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- Par Éric Fottorino
Pages 213 à 232
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- FOTTORINO, Éric,
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- Fottorino, É.
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Notes
-
[1]
Le Petit Parisien, première édition, 1924.
D’abord, je ne vis que du bleu. Deux fois le bleu vif
de ses yeux, des agates qui auraient fait merveille à nos
jeux de petits coureurs. Le poil blanc et ras, la poigne
d’un cheminot, un sourire étincelant : je n’en croyais pas
mes mirettes, ce matin–là sous la halle ventée du marché des Capucins, à Bordeaux, où j’aidais mon oncle Guy
à son stand de fleurs coupées. Entre les pots de zinnias
et de poinsettias, et les bottes de chrysanthèmes pour
la Toussaint, j’entendis le tonton m’interpeller d’un air
qui rigole : « Tu vois, Éric, ce monsieur–là, on ne croirait pas comme ça, mais il a gagné le Tour de France ! »
Le bonhomme rigolait de plus belle tout en me fixant.
« Mon neveu est fou de vélo, alors avec vous, il est bien
tombé ! » Devinant la blague, je restais muet, observant
les traits de cet homme trapu qui ressemblait à un facétieux grand–père, une pointe de malice dans le regard.
Oui, malin comme trois singes. Je n’avais pas le moyen
de vérifier ses dires, pas de téléphone portable, pas de
Google. Juste ce vieux gars que j’avais envie d’écouter.
Il n’était pas bavard, sans doute une immense modestie.
Mais quand il me dit que je devais croire mon oncle, je
le crus aussitôt. Et j’avais raison. Un vainqueur du Tour.
Un champion d’avant–guerre. Un sacré sprinter qui s’était
joué des Pyrénées pour l’emporter à Paris au nez et à la
barbe des cracks de l’époque.
Certes, Bartali avait chuté dans les Alpes. Et le Maillot
jaune belge Sylvère Maes se retira avec toute son équipe
quelques jours avant l’arrivée, protestant contre une irrégularité qui avait avantagé le Bordelais…
Date de mise en ligne : 25/04/2025
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