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- Par Éric Fottorino
Pages 233 à 280
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- FOTTORINO, Éric,
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Pour voir le Tour en juillet, il fallait fermer les volets
du salon afin de créer l’obscurité. Ne laisser allumé que
le poste de télévision, ne regarder en face que le soleil du
Maillot jaune qui s’agitait à l’écran. Mes premiers souvenirs de la Grande Boucle sont des images de télé en
couleurs. La féerie des maillots, les visages des champions
grimaçant dans la montée des cols, la voix excitée des suiveurs à moto évaluant les écarts. Et nos cris par–dessus.
J’étais pour Merckx mais j’espérais qu’il trouverait son
maître. Serait–ce Ocaña avec ses allures de torero, fier et
sombre, attrapant son guidon par les cornes pour porter
l’estocade ? Serait–ce Thévenet revêtu d’un damier noir
et blanc, le menton volontaire, l’œil vif, avec la puissance
d’un jeune Charolais ? Ou alors faudrait–il en appeler au
demi–dieu Poulidor sorti tantôt de la cuisse de Jupiter,
tantôt des cercles de l’infernale malchance ? Parfois, et
c’était bien sûr au cœur du suspense, l’image décrochait.
L’écran restait désespérément noir de longues secondes,
des minutes entières ! On entendait les voix éperdues des
commentateurs, mais le reste, il fallait l’imaginer. La liaison était coupée avec l’hélico, la montagne aimait garder
pour elle les joutes des champions. Des lignes grises
striaient la télé, on tapait dessus pour rétablir le contact
avec l’épopée. Enfin la silhouette d’un coureur se dessinait, puis une autre. On avait enfin recollé avec la tête de
course. On revivait !
Je repense à ces moments d’enfance heureuse, quand
le Tour s’étirait comme un chewing–gum dans la torpeur
de juillet…
Date de mise en ligne : 25/04/2025
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