Chapitre d’ouvrage

9. Le déni

Pages 300 à 311

Citer ce chapitre


  • Sironi, F.
(2017). 9. Le déni. Comment devient-on tortionnaire ? : Psychologie des criminels contre l’humanité (p. 300-311). La Découverte. https://shs.cairn.info/comment-devient-on-tortionnaire--9782707195074-page-300?lang=fr.

  • Sironi, Françoise.
« 9. Le déni ». Comment devient-on tortionnaire ? Psychologie des criminels contre l’humanité, La Découverte, 2017. p.300-311. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/comment-devient-on-tortionnaire--9782707195074-page-300?lang=fr.

  • SIRONI, Françoise,
2017. 9. Le déni. In : Comment devient-on tortionnaire ? Psychologie des criminels contre l’humanité. Paris : La Découverte. Sciences humaines, p.300-311. URL : https://shs.cairn.info/comment-devient-on-tortionnaire--9782707195074-page-300?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Voir Gitta Sereny, Au fond des ténèbres, op. cit.
  • [2]
    Haïm Gouri, La Cage de verre (Journal du procès d’Eichmann), Albin Michel, 1964. Cité dans le dossier du procès Eichmann, L’Histoire, 362, 2011, p. 58.
  • [3]
    Sur le lien entre blessure narcissique, humiliation et désir de vengeance, voir Gérard Bonnet, La Perversion. Se venger pour survivre, Paris, PUF, 2008. Sur le même thème, mais dans le registre géopolitique clinique, voir le chapitre « Prévenir la vengeance » dans mon ouvrage cité précédemment.
  • [4]
    Voir Robert Jay Lifton, Les Médecins nazis, op. cit., p. 487.

Refuser de voir la réalité, lui substituer une néoréalité autoproduite plus conforme à ce que le sujet peut supporter ou veut croire, voilà ce qu’est le déni. L’objet du déni ne traverse pas les barrières préconscientes ou conscientes. Tout sera activement mis en œuvre pour cela. Le sujet aura recours à des mécanismes de défense concomitants, tels que l’annulation. Il s’agit de faire comme si un fait, un acte, une parole ou un affect (en soi ou dans l’autre) n’avaient jamais existé. Pourtant, ce qui est effacé de l’existence consciente, avec plus ou moins de succès, perdure dans le fonctionnement psychique. Le retour à la conscience de l’objet, de la pensée, de l’affect ou du ressenti qui ont été déniés, se fait généralement de manière violente. Dans le déni, le sujet veut croire, avec force, en une réalité qui arrange son psychisme. Elle peut concerner des éléments liés à la vie individuelle ou collective. Si le sujet s’autopersuade à propos d’une vérité reconstruite, il la fait d’autant plus exister qu’elle constitue une nécessité psychique vitale pour lui.
Les auteurs de crimes contre l’humanité, Duch y compris, doivent activement organiser la simplification des faits pour parfaire la construction de leur propre « néosubjectivité ». Ils le font donc en premier lieu pour eux-mêmes bien qu’ils n’en soient pas tout à fait conscients. Mais cela ne se parle pas, ne s’explicite pas… sauf en entretien d’expertise ou avec les juges et les avocats. Ce mécanisme de construction du déni sera révélé au grand jour, le cas échéant, par la procédure criminelle…


Date de mise en ligne : 15/02/2019

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