XIII. Ce qui n’a pas de nom
- Par Gilles Collard
Pages 195 à 205
Citer ce chapitre
- COLLARD, Gilles,
- LAHOUSTE, Corentin
- et WATTHEE-DELMOTTE, Myriam,
- Collard, Gilles.
- Collard, G.
- C. Lahouste
- et M. Watthee-Delmotte
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- Collard, G.
- C. Lahouste
- et M. Watthee-Delmotte
- Collard, Gilles.
- COLLARD, Gilles,
- LAHOUSTE, Corentin
- et WATTHEE-DELMOTTE, Myriam,
Notes
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[1]
Walter Benjamin, Le conteur. Réflexions sur l’œuvre de Nicolas Leskov, dans Œuvres III, Paris, Gallimard, « Folio essais », 2000, p. 115.
-
[2]
Yannick Haenel, « L’élégance, la science, la violence ! », dans Ligne de risque n° 23, novembre 2007, p. 40.
-
[3]
Yannick Haenel, « La mort blanche », dans Ligne de risque n° 16, septembre 2001, p. 27.
-
[4]
Yannick Haenel, « L’élégance, la science, la violence ! », ibid., p. 40.
-
[5]
Yannick Haenel, La forêt de l’idée perdue, dans Pylône n° 5, automne 2006, Bruxelles, Filipson éditions, p. 70.
-
[6]
« Claude Lanzmann parle de Jan Karski de Haenel », entretien avec Sylvain Bourmeau sur le site de Mediapart, disponible sur Dailymotion.
-
[7]
Voir Maurice Olender, Une fantôme dans la bibliothèque, Paris, Seuil, « La Librairie du xxie siècle », 2017.
-
[8]
Pasolini cite en exergue de Pétrole un vers d’Ossip Mandelstam tiré du Voyage en Arménie.
-
[9]
Yannick Haenel, Le Corps politique de Maria Schneider, sur le site de la revue Edwarda (blog), publié le 6 avril 2012.
-
[10]
Giorgio Agamben, Au nom de quoi ? dans Le Feu et le récit, trad. Martin Rueff, Paris, Payot et Rivages, « Bibliothèque Rivages », 2015, p. 83.
-
[11]
Yannick Haenel, La forêt de l’idée perdue, idem.
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[12]
Giorgio Agamben, Opus alchymicum, dans Le Feu et le récit, op. cit., p. 156.
« Quelque chose m’est arrivé, je ne peux plus en douter. » C’est la première phrase de La nausée de Sartre et c’est aussi bien la prémisse à toute œuvre, à toute vie qui cherche sa propre forme dans la langue et les corps. Quelque chose arrive, sous les airs de l’attente ou du doute, du vide ou du trop-plein. Chacun le sait, au fond de lui. Que quelque chose m’arrive, à moi, singulièrement, sans la médiation du spectacle ou de la société, voilà qui est plus rare. Ce moment où quelque chose m’arrive pose la question des mots que je peux accoler à ce dont je fais l’expérience, des noms que je porte en moi, empruntés ou inventés. Que quelque chose m’arrive et le vocabulaire vacille. Des noms doivent être à nouveau traversés comme des paysages, des territoires à peupler par des phrases et des langues, des cultures et des manières d’habiter, de vivre. Yannick Haenel a fait de la littérature une tentative de saisir la singularité de ce qui m’arrive en propre, quitte à laisser une place ouverte à ce qui n’a pas de nom, se cherche un nom, ou n’est peut-être qu’un jeu d’esquive, rusé, avec les mots usés de la tribu, une refonte personnelle des lourdes entités qui font littérature. Dans cet interstice sans cesse à réinventer, entre ce qui porte nom et ce qui n’en porte pas, scintille le graal dont le xxe siècle paraît avoir fait sa quête sublime, celle d’une rencontre de l’art et de la vie, le récit de nos gestes et les manières d’habiter le monde. Le vieux fétiche de l’art n’est rien s’il ne change pas le site de notre existence, tandis que vivre sans le souci d’une mise en forme de notre expérience s’évite le vif de la courbure du temps…
Date de mise en ligne : 02/12/2024
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