Chapitre d’ouvrage

Paroles de pierre : lire A Mercy (avec Derrida)

Pages 115 à 138

Citer ce chapitre


  • Raynaud, C.
(2015). Paroles de pierre : lire A Mercy (avec Derrida) Dans
  • A. Kekeh-Dika,
  • M. Graham
  • et J. Mayes
Toni Morrison : Au-delà du visible ordinaire / Beyond the Ordinary Visible (p. 115-138). Presses universitaires de Vincennes. https://doi.org/10.3917/puv.kekeh.2015.01.0115.

  • Raynaud, Claudine.
« Paroles de pierre : lire A Mercy (avec Derrida) ». Toni Morrison Au-delà du visible ordinaire / Beyond the Ordinary Visible, Presses universitaires de Vincennes, 2015. p.115-138. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/toni-morrison--9782842924133-page-115?lang=fr.

  • RAYNAUD, Claudine,
2015. Paroles de pierre : lire A Mercy (avec Derrida) In :
  • KEKEH-DIKA, Andrée-Anne,
  • GRAHAM, Maryemma
  • et MAYES, Janis A.,
Toni Morrison Au-delà du visible ordinaire / Beyond the Ordinary Visible. Saint-Denis : Presses universitaires de Vincennes. L’Imaginaire du Texte, p.115-138. DOI : 10.3917/puv.kekeh.2015.01.0115. URL : https://shs.cairn.info/toni-morrison--9782842924133-page-115?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/puv.kekeh.2015.01.0115


Notes

  • [1]
    Morrison 2008a : 160 ; 2009a : 193 pour la traduction française. Sauf indication contraire, les traductions des romans sont de ma main.
  • [2]
    Voir Page 1995 et Raynaud 1999.
  • [3]
    Morrison 2008a : 3 ; 2009a : 11 pour la traduction française.
  • [4]
    Gilroy 1993 : 178.
  • [5]
    Bien que le titre de la traduction d’Anne Wicke ne traduise pas toute la complexité du titre de Morrison, notamment dans son jeu visuel de paronomase avec « America », je reprends ce titre tout au long de l’essai. « Un acte de merci » serait plus proche de l’original.
  • [6]
    «   My telling   » est traduit par Anne Wicke comme « mon récit », mais ce gérondif est plus proche de « mes paroles » ou « ce que je dis ».
  • [7]
    Morrison 2008a : 8 ; 2009a : 12 pour la traduction française.
  • [8]
    Morrison 2008e.
  • [9]
    Morrison 2008a : 3 ; 2009a : 9 pour la traduction française.
  • [10]
    Morrison 2008a : 6 ; 2009a : 12 pour la traduction française.
  • [11]
    Une analyse de l’autre langue à l’aune du texte de Derrida, Le Monolinguisme de l’autre, serait éclairante (Derrida 1996). Le terme « a minha mae » signifie « ma mère » en portugais.
  • [12]
    Derrida : 1967a ; 1967b.
  • [13]
    Morrison 2008e.
  • [14]
    Morrison 2008a : 4 ; 2009a : 10 pour la traduction française.
  • [15]
    Morrison 2008a : 11 ; 2009a : 18 pour la traduction française.
  • [16]
    Allen [1994] 1997.
  • [17]
    Morrison 2008a : 187 ; 2009a : 160-161 pour la traduction française.
  • [18]
    Cette même ronde fait écho aux paroles des femmes fantômes qui hantent l’esprit de Rebekka alitée : elle se souvient de leurs voix qui s’entrechoquent (Morrison 2008a : 91 ; 2009a : 110 pour la traduction française).
  • [19]
    Morrison 2008a : 134 ; 2009a : 159 pour la traduction française.
  • [20]
    Beloved peut être également perçu comme un « tombeau » : un poème aux morts du Passage du Milieu, texte-tombeau ou monument funéraire qui se substitue à la pierre tombale de la fillette esclave assassinée par sa mère (Raynaud 2007: 45). A Mercy poursuit cette quête d’un texte-monument, d’une archive de pierre (et de cendres).
  • [21]
    Delain [Dalayin] 2005.
  • [22]
    Morrison 2008a : 161 ; 2009a : 187 pour la traduction française. Cette vision renvoie au passage de Beloved dans lequel Sethe dit à Denver que la destruction d’une maison n’est jamais absolue. Cet endroit est toujours là. Il attend celui qui va s’y cogner, souvenir qui assaille sa mémoire depuis celle, collective, du peuple et du sol (Raynaud 2000).
  • [23]
    Morrison 2008a : 8 ; 2009a : 14 pour la traduction française.
  • [24]
    L’usage de la Bible ici rejoint l’analyse d’Homi Bhabha sur l’hybridité, le colonialisme et les cultures subalternes (Bhabba 1985).
  • [25]
    Morrison 2008a : 48 ; 2009a : 161 pour la traduction française.
  • [26]
    Morrison 2008a : 113 ; 2009a : 136 pour la traduction française.
  • [27]
    Bergthaller 2006-2007.
  • [28]
    Morrison 2008a : 3 ; 2009a : 9 pour la traduction française.
  • [29]
    Morrison 2008a : 4 ; 2009a : 10 pour la traduction française.
  • [30]
    Derrida 1967b : 253-292.
  • [31]
    Morrison 2008a : 139 ; 2009a : 165 pour la traduction française. C’est nous qui soulignons.
  • [32]
    Guillaumin 1992 : 178-183.
  • [33]
    L’Œil le plus bleu met également en scène la diffraction de la lecture dans la reproduction du manuel de lecture Dick and Jane. Ceci demande une réflexion plus poussée.
  • [34]
    Tate 1983 : 124.
  • [35]
    Raynaud 1995.
  • [36]
    Morrison 2008c : 61.
  • [37]
    Morrison 2008a : 139 ; 2009a : 164 pour la traduction française.
  • [38]
    Morrison 2008a : 157 ; 2009a : 183 pour la traduction française.
  • [39]
    Morrison 2008a : 159 ; 2009a : 186 pour la traduction française.
  • [40]
    Derrida 1967b : 310.
  • [41]
    Morrison 2008a : 166-167 ; 2009a : 193 pour la traduction française.
  • [42]
    Morrison 2008a : 4 ; 2009a : 10 pour la traduction française.
  • [43]
    Morrison 2008a : 112 ; 2009a : 135 pour la traduction française.
  • [44]
    Morrison 2008a : 115 ; 2009a : 138 pour la traduction française.
  • [45]
    Morrison 2008a : 115 ; 2009a : 138 pour la traduction française.
  • [46]
    Je fais allusion au titre de la réponse de Derrida à Lacan sur le Séminaire de la « Lettre volée » dans « Le Facteur de la vérité » (Derrida 1980).
  • [47]
    Morrison 2008a : 6 ; 2009a : 13 pour la traduction française.
  • [48]
    Morrison 2008a : 6 ; 2009a : 12 pour la traduction française.
  • [49]
    Morrison 2008a : 6 ; 2009a : 12 pour la traduction française.
  • [50]
    Derrida 1967b : 266.
  • [51]
    Morrison 2008a : 112 ; 2009a : 135 pour la traduction française.
  • [52]
    Morrison 2008a : 158 ; 2009a : 184 pour la traduction française.
  • [53]
    Il faut lire ces spectres avec le texte de Derrida sur Marx (1993) et l’analyse de Justin Pickard sur le fantôme de Jacob (2012).
  • [54]
    Morrison 2008a : 38 ; 2009a : 49 pour la traduction française
  • [55]
    Morrison 2008a : 10 ; 2009a : 186 pour la traduction française.
  • [56]
    Morrison 2008a : 160 ; 2009a : 187 pour la traduction française.
  • [57]
    Morrison 2008a : 158 ; 2009a : 184 pour la traduction française.
  • [58]
    Morrison 2008a : 161 ; 2009a : 187 pour la traduction française.
  • [59]
    Morrison 2008a : 161 ; 2009a : 187 pour la traduction française.
  • [60]
    Wild est la mère de Joe Trace dans Jazz. Elle semblerait être, dans la genèse de la trilogie morrisonienne, une version de Beloved. On la retrouve donc ici.
  • [61]
    Morrison 2008a : 161 ; 2009a : 187 pour la traduction française.
  • [62]
    Morrison 2008a : 11 ; 2009a : 186 pour la traduction française.
  • [63]
    Cette question est récurrente dans son œuvre, surtout du côté des femmes.
  • [64]
    Morrison 2008a : 4 ; 2009a : 10 pour la traduction française.
  • [65]
    Morrison 2008a : 6 ; 2009a : 12 pour la traduction française.
  • [66]
    Derrida 1967b : 314.
  • [67]
    Morrison 2008a : 167 ; 2009a : 193 pour la traduction française.
  • [68]
    Outre l’intertexte biblique, d’autres textes se font entendre, et tout d’abord, Le Paradis perdu de Milton, La Chute de la maison de Usher de Poe, La Lettre écarlate d’Hawthorne, Les Sorcières de Salem d’Arthur Miller. La liste est loin d’être close, comme l’attestent des lectures critiques récentes (Stave et Tally [dir.] 2011).
  • [69]
    Morrison 2008a : 7 ; 2009a : 13 pour la traduction française.
  • [70]
    Morrison 2008a : 111 ; 2009a : 133 pour la traduction française.
  • [71]
    Morrison 2008a : 136 ; 2009a : 161 pour la traduction française.
  • [72]
    Derrida 1967a : 443.
  • [73]
    Morrison 2008a : 133 ; 2009a : 158 pour la traduction française. Voir Luce Irigaray sur le placentaire et l’autre-femme (Irigaray 1984).
  • [74]
    Morrison 2008a : 132 ; 2009a : 163 pour la traduction française.
  • [75]
    Morrison 2008a : 100 ; 2009a : 122 pour la traduction française.
  • [76]
    Morrison 2008a : 138 ; 2009a : 163 pour la traduction française.
  • [77]
    Morrison 2008a : 137 ; 2009a : 162 pour la traduction française.
  • [78]
    Morrison 2008a : 140 ; 2009a : 166 pour la traduction française.
  • [79]
    Morrison 2008a : 142 ; 2009a : 167 pour la traduction française.
Français

A Mercy problématise bien plus directement que les autres œuvres de Morrison les thématiques de l’écriture et de la parole au centre de la pensée derridienne. Écrire et (ra)conter sont, dès le départ, présentés comme les éléments d’une opposition binaire que le roman systématiquement déconstruit, privilégiant cette fois-ci l’écriture et non la voix. L’esclave Florens n’est pas illettrée. Elle écrit sa confession sur les murs de la maison du maître. Les parois-textes disent le rôle et la fonction de l’écriture, la voix qui l’excède et la refoule vers une préhistoire de l’écriture. Le texte se lit à voix haute car il est adresse. Il est aussi traduction depuis d’autres langues à partir de l’effacement-absence de la langue originelle de la mère. Un don se fait alors l’écho de l’opposition entre écriture et archi-écriture, thème que le roman explore en profondeur et dont le lecteur suit le cheminement dans le « grain » du texte lui-même. Florens s’écrit à elle-même. L’écriture se parle à elle-même. Finalement, l’espace d’un don (« A Mercy ») s’insinue entre la parole vive, libérée du texte, et le lecteur ou la lectrice qui l’accueille pour (re)faire le monde.


English

“Stone talk”: Reading A Mercy (with Derrida)

More directly than Morrison’s other works, A Mercy problematizes the thematics of writing and speech at the center of Derridian thought. From the start, writing and “telling” are presented as elements of a binary opposition that the novel systematically deconstructs, privileging this time writing over voice. The slave Florens is not illiterate. She writes her confession on the walls of the master’s house. The walls-texts tell the role and the function of writing, the voice that exceeds it and represses it towards a prehistory of writing. The novel must be read out loud for it is an address. It is also a translation from other languages, starting from the erasure-absence of the original language of the mother. A Mercy is thus the echo of the opposition between writing and arche-writing, a theme that the novel explores in depth and whose trajectory the reader follows in the very “grain” of the text. Florens writes to herself. Writing speaks to itself. Ultimately, the space of A Mercy finds its way between the living word, liberated from the text, and the male or female reader who welcomes it to (re)make the world.


Date de mise en ligne : 01/04/2016

https://doi.org/10.3917/puv.kekeh.2015.01.0115

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