XXVII. Survivre à la Shoah : les deux voix de Lazare
Pages 295 à 310
Citer ce chapitre
- DAYAN ROSENMAN, Anny,
- SÉITÉ, Yannick
- et PATRON, Sylvie,
- Dayan Rosenman, Anny.
- Dayan Rosenman, A.
- Y. Séité
- et S. Patron
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- Dayan Rosenman, A.
- Y. Séité
- et S. Patron
- Dayan Rosenman, Anny.
- DAYAN ROSENMAN, Anny,
- SÉITÉ, Yannick
- et PATRON, Sylvie,
Notes
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[1]
Textuel, n° 43, « Le Survivant, un écrivain du xxe siècle », 2003, p. 27-45.
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[2]
Cette expression de Primo Levi dans Si c’est un homme a été reprise par Myriam Revault d’Allonnes en titre de son Essai sur le mal politique, paru au Seuil en 1995.
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[3]
L’expression est de Jean Améry, Par-delà le crime et le châtiment. Essai pour surmonter l’insurmontable, Actes Sud, 1995.
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[4]
Dans cette perspective, on peut aussi comprendre que le terme de survivant puisse être utilisé dans diverses extensions. Quand il y a eu condamnation portée sur un groupe humain dans son entier, chacun des héritiers et des descendants de cette histoire et de ce groupe peut potentiellement se considérer comme un survivant, comme un vivant par erreur, par inadvertance, par infraction, et ce sont les effets au présent de cette condamnation qui s’inscrivent chez ceux que l’on appelle désormais la génération d’après et chez leurs descendants. C’est le rappel de cette condamnation qui peut nouer de façon indissociable la perspective historique et la perspective identitaire, qui peut dangereusement cimenter le rapport de l’individu à son groupe d’origine, entamer son rapport au monde, le couper du rapport à l’autre si nécessaire.
-
[5]
André Schwarz-Bart, Le Dernier des Justes, Le Seuil, 1959.
-
[6]
Pierre Gascar, Le Temps des morts, Gallimard, 1953.
-
[7]
Richard Marienstras, Être un Peuple en diaspora, Maspéro, 1975.
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[8]
Piotr Rawicz, Le Sang du ciel, Gallimard, 1961, p. 199.
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[9]
Les Naufragés et les Rescapés, p. 80.
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[10]
Elie Wiesel, Entre deux soleils, Le Seuil, 1970 ; Dialogues, III, p. 185.
-
[11]
Rachel Ertel, Dans la langue de personne. Poésie yiddish de l’anéantissement, Le Seuil, 1993, p. 75.
-
[12]
Mieczysław Jastrun, « Les Obsèques », in Du fond de l’abîme, cité par Michel Borwicz dans Écrits des condamnés à mort sous l’occupation nazie 1939-1945, Gallimard, 1973, p. 236.
-
[13]
E. Wiesel, La Nuit, Minuit, 1959.
-
[14]
Jean Cayrol, « Lazare parmi nous », Pour un romanesque lazaréen, Neufchâtel, La Baconnière, 1950.
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[15]
Elias Canetti, Masse et Puissance, op. cit., p. 291.
-
[16]
J. Semprun, op. cit., p. 257.
-
[17]
P. Rawicz, op.cit., p. 276
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[18]
Aharon Appelfeld, L’Immortel Bartfus, trad. fr., Gallimard, 1993.
-
[19]
J. Cayrol, « Préface », Et je vivrai l’amour des autres, op. cit.
-
[20]
Ka. Tzetnik 135633, Les Visions d’un rescapé ou le syndrome d’Auschwitz, trad. fr., Hachette, 1990.
-
[21]
P. Levi, La Trêve, Grasset, 1966, dernier paragraphe.
-
[22]
Ibid., p. 166.
-
[23]
E. Wiesel, L’Aube, Le Seuil, 1960.
-
[24]
Id.
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[25]
Linéarité que l’on retrouve dans La Nuit, le premier récit d’E. Wiesel, ou dans Le Sel et le soufre d’Anna Langfus.
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[26]
Françoise Carasso, Primo Levi. Le Parti pris de la clarté, Belin, 1996.
-
[27]
Shoah, mémoire et écriture. Primo Levi et le dialogue des savoirs, sous la direction de Giuseppina Santagostino, L’Harmattan, 1997.
-
[28]
Au cours d’une conférence à l’université Paris Diderot en janvier 2000.
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[29]
P. Levi, À une heure incertaine, Gallimard, « Arcades », 1997.
-
[30]
Brancadoria par exemple.
-
[31]
Ces structures brisées ou tressées sont caractéristiques d’œuvres comme La Mémoire et les Jours de Ch. Delbo, Le Sang du ciel de P. Rawicz, Le Temps des prodiges d’A. Appelfeld, Le Crépuscule au loin, Le Cinquième Fils de même qu’une grande partie des œuvres d’E. Wiesel. À la génération d’après, le canonique W ou le souvenir d’enfance de Georges Perec, ou encore Quand vient le souvenir de Saul Friedlander, me semblent répondre à d’autres enjeux.
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[32]
L’expression est de Philippe Lejeune concernant le récit double de Perec dans W ou le souvenir d’enfance.
Encore glacée de son contact avec les morts, et comme froidement nimbée de son contact avec la mort, la figure du survivant constitue une figure troublante, énigmatique.
Une figure double, saisie dans le double mouvement qui la porte, l’emporte, vers la vie, la survie, vers la parole aussi, et qui dans le même temps, la retient, la fige, la maintient murée dans le silence, tournée vers une mort à laquelle elle n’en finit pas d’échapper, sa mort, la mort des autres, la mort des siens. Au risque de rester, telle la femme de Loth, pétrifiée, à jamais stupéfiée par cet événement impartageable, éternellement au présent, et qui représente en même temps ce qui a pu lui arriver de plus essentiel.
De Daniel sorti vivant de la fosse aux lions aux Naufragés de la Méduse, d’Ulysse à Robinson Crusoé, de représentations picturales en figures littéraires, la figure du survivant trace dans notre culture un sillage solitaire et mythique, à la mesure de la fascination qu’exerce cette vivante relique d’une mort presque accomplie. Mais c’est dans le contexte d’une mort démultipliée à l’échelle industrielle que le survivant inscrit son obsédante présence, qu’il fait entendre une voix à la fois singulière et collective de témoin de l’Histoire, et qu’il s’impose à nous comme l’une des figures représentatives du xxe siècle et de ses désastres.
Rescapé de massacres de masse, ce témoin lazaréen hante désormais – faut-il dire notre mémoire ? – en tout cas notre imaginaire, notre appréhension de l’Histoire, notre perception du présent, notre culture, et aussi, d’une certaine manière, notre espace littéraire…
Date de mise en ligne : 05/11/2024
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