XXVI. L’impossible mémoire du policide. L’Ilioupersis et l’Énéide
- Par Florence Dupont
Pages 287 à 294
Citer ce chapitre
- DUPONT, Florence,
- SÉITÉ, Yannick
- et PATRON, Sylvie,
- Dupont, Florence.
- Dupont, F.
- Y. Séité
- et S. Patron
Citer ce chapitre
- Dupont, F.
- Y. Séité
- et S. Patron
- Dupont, Florence.
- DUPONT, Florence,
- SÉITÉ, Yannick
- et PATRON, Sylvie,
Notes
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[1]
Textuel, n° 43, « Le Survivant, un écrivain du xxe siècle », 2003, p. 17-25.
-
[2]
Marcel Detienne (éd.), Tracés de fondation, Paris-Louvain, Peeters, 1990, p. 271-287.
-
[3]
Nicole Loraux, La Voix endeuillée. Essai sur la tragédie grecque, Paris, Gallimard, 1999, p. 45-66.
-
[4]
Nous utilisons de préférence au terme « mythe », au passé trop lourd, celui de « grand récit », emprunté à Marc Augé.
-
[5]
Titre générique (nostos) donné à tous les récits racontant le retour des chefs troyens après la prise de Troie, dont le plus célèbre est l’Odyssée.
-
[6]
Jean-Pierre Vernant, « Chasse et sacrifice dans l’Orestie », in J.-P. Vernant et Pierre Vidal-Naquet, Mythe et tragédie en Grèce ancienne, Paris, Maspéro, 1972, p. 133 sq.
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[7]
M. Detienne et J.-P. Vernant (éd.), La Cuisine du sacrifice en pays grec, Paris, Gallimard, 1979.
-
[8]
Florence Dupont, « L’aphasie, le cri, le chant. Hécube dans les Troyennes de Sénèque », Les Cahiers de la Villa Gillet, n° 6, mars 1998, p. 25-40, dont nous reprenons ici les conclusions.
-
[9]
J.-P. Vernant, Mythe et pensée chez les Grecs, Paris, Maspéro, 1966, p. 251-264.
L’Antiquité creuse d’abord l’écart par rapport à nous-mêmes : nous sommes nés au xxe siècle, qui appartient à cette ère des génocides commencée il y a 500 ans avec la conquête du Nouveau Monde. Le mot de génocide a beau combiner un radical grec genos- et un suffixe latin -cide, le fait, lui, est une invention de la modernité qui n’appartient pas à l’Antiquité, ni à son histoire ni à son imaginaire. D’abord parce que les Anciens ne donnaient pas au mot genos la signification de race, car pour eux, l’identité ethnique n’était pas biologique mais politique : genos désignait un peuple défini par ses traditions et ses institutions. C’est pourquoi les Anciens ne pouvaient dramatiser en termes biologiques l’anéantissement d’un groupe humain. Récemment une conscience plus aiguë des malheurs qui pouvaient frapper l’humanité a ajouté le terme d’ethnocide, autre mot métissé de grec et de latin qui dénonce, à côté de l’anéantissement biologique, l’anéantissement culturel d’une communauté humaine définie par sa culture et ses traditions. Mais la modernité du terme apparaît dans l’emploi qui est fait du radical ethno-, qui est repris de l’ethnologie et de l’ethnographie contemporaine.
Si l’on reconstitue l’imaginaire grec, on constate que les Anciens n’ayant pas produit le concept de race ni même de communauté humaine, l’anéantissement d’un groupe humain n’est dramatisé que comme celui d’une collectivité civilisée, c’est-à-dire une cité ; anéantissement que nous appellerons, pour éviter toute ambiguïté, un policide…
Date de mise en ligne : 05/11/2024
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