Conclusion
§ 32. L’avance de Descartes
- Par Jean-Luc Marion
Pages 261 à 270
Citer ce chapitre
- MARION, Jean-Luc,
- Marion, Jean-Luc.
- Marion, J.-L.
Citer ce chapitre
- Marion, J.-L.
- Marion, Jean-Luc.
- MARION, Jean-Luc,
Notes
-
[1]
Ne pourrait-on pas distinguer les philosophes du troisième rang, qui ont la grandeur, déjà rare, d’instituer un seul commencement, pour accéder à leur « intuition », leur distinction ou leur instauratio magna (ainsi Spinoza, Berkeley, Schopenhauer, Bergson, etc.) ; les philosophes du deuxième rang, qui parviennent, parce que la chose même le leur demande, à accomplir deux commencements, donc une « seconde navigation » (ainsi Platon, Leibniz, Nietzsche, etc.) ; et enfin les philosophes du premier rang, à qui la chose même impose d’établir pas moins de trois nouveaux commencements (ainsi peut-être Descartes, Kant, Husserl, etc.). Le cas de Heidegger restant à examiner (et on se souviendra qu’il ne s’agit pas d’une hiérarchie entre les philosophes, mais de caractériser des styles).
-
[2]
Meditatio II, VII, 29, 14-18 : « Et il est certain que je me vois voir, que je me vois entendre, que je me vois m’échauffer. Cela ne peut être faux ; et c’est cela proprement que j’appelle sentir en moi ; et aussi cela, pris précisément ainsi, n’est-il rien d’autre que penser » (IX-1, 23, mais nous re-traduisons).
-
[3]
Passions de l’âme, § 26, XI, 349, 4-7.
-
[4]
Ibid., § 154, 446, 13.
-
[5]
À Clerselier, juin ou juillet 1646, IV, 444, respectivement 12, 17-18 et 23-25. La présente discussion prolonge et, en un sens, corrige notre développement dans Sur le prisme métaphysique de Descartes, § 10, op. cit., p. 126-136.
-
[6]
Voir supra, chap. vi, § 29.
-
[7]
À Dinet, VII, 602, 24-26.
-
[8]
À Silhon ?, 4 avril 1648, V, 139, 9-10.
-
[9]
M. Merleau-Ponty, Le Visible et l’Invisible, 19641, 19792, p. 288.
L’enquête ainsi menée sur la pensée passive, telle qu’elle occupe la dernière période de la recherche de Descartes, aboutit à quelques conclusions nettes. – (a) Il faut relire les deux parties de la Meditatio VI, en les articulant synchroniquement l’une avec l’autre : la démonstration de l’existence des autres corps, matériels et étendus, ne peut qu’échouer (et ce fut historiquement le cas) si elle ne repose pas sur la constatation (pourtant déployée après elle) de l’union de la mens avec son corps (meum corpus), union qui permet seule d’asseoir la causalité efficiente des sensations extérieures sur l’épreuve de la passivité de la pensée (chap. i et ii). – (b) Entre la substance pensante et la substance étendue se dégage un troisième terme, qui n’ajoute substantivement aucune nouvelle substance, bien qu’il qualifie l’union adjectivalement de substantielle : mon corps, meum corpus, par opposition aux autres corps, eux étendus, mon corps qui relève encore de la mens, mais de la mens pensant sous le mode de la sensation, de la mens modifiée par l’exercice de sa passivité. Ce troisième terme peut venir fonder in fine l’existence des corps matériels (des choses étendues), parce qu’en droit il n’avait jamais été mis en doute, même par la Meditatio I, malgré des hésitations cartésiennes de fait, jusqu’en 1641 (chap. iii). – (c) Le meum corpus acquiert sa parfaite spécificité en recevant la qualification de troisième notion primitive, au prix d’une réécriture radicale (mais non contradictoire) de la table de…
Date de mise en ligne : 05/04/2017
Ce chapitre est en accès conditionnel
Acheter cet ouvrage
25,00 €
Acheter ce chapitre
4,00 €