Chapitre d’ouvrage

Introduction

Pages 7 à 9

Citer ce chapitre


  • Coblence, F.
(2000). Introduction. Sigmund Freud. Volume 1 : 1886-1897 (p. 7-9). Presses Universitaires de France. https://shs.cairn.info/sigmund-freud-volume-1--9782130509158-page-7?lang=fr.

  • Coblence, Françoise.
« Introduction ». Sigmund Freud. Volume 1 1886-1897, Presses Universitaires de France, 2000. p.7-9. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/sigmund-freud-volume-1--9782130509158-page-7?lang=fr.

  • COBLENCE, Françoise,
2000. Introduction. In : Sigmund Freud. Volume 1 1886-1897. Paris cedex 14 : Presses Universitaires de France. Psychanalystes d'aujourd'hui, p.7-9. URL : https://shs.cairn.info/sigmund-freud-volume-1--9782130509158-page-7?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Voir M. Gauchet, L’inconscient cérébral, Éd. du Seuil, 1992.
  • [2]
    « Petit abrégé de psychanalyse » (1924), RIP, II, 97.
  • [3]
    Nous commençons donc la bibliographie des écrits de Freud avec le Rapport de 1886 sur son voyage à Paris et à Berlin.
  • [4]
    Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse, Gallimard, 1984, p. 80.
  • [5]
    « Prix Goethe, 1930 », RIP, II, 182.

1 « Je ne suis vraiment pas un homme de science, un observateur, un expérimentateur ou un penseur. Par tempérament, je ne suis rien qu’un conquistador – un aventurier si tu veux une traduction – avec toute la curiosité, l’audace et la ténacité propres à cette sorte d’homme. » Ainsi Freud se dépeint-il à Fliess dans sa lettre du 1er février 1900. C’est cette aventure et cette conquête que nous voudrions tenter de retracer.

2 C’est dire que cette présentation relève d’un parti pris. Centrée sur la naissance de la psychanalyse, elle est délibérément orientée par l’évolution ultérieure de l’œuvre de Freud et, en ce sens, résolument téléologique. Elle ne prétend aucunement restituer « objectivement » ou historiquement les premiers textes mais utilise les concepts qui suivent pour tenter de dégager, à l’évidence dans l’après-coup, leur genèse, avec ses tâtonnements, ses apories, voire ses échecs. Pas davantage ne sera-t-il question ici de retracer l’histoire de la découverte de l’inconscient. Certes, Freud, quoi qu’il ait pu en dire lui-même, n’est ni le seul ni le premier à affirmer que la vie psychique ne s’identifie pas à la conscience [1]. Les philosophes l’ont dit, au moins Aristote et Leibniz et, au xix e siècle, c’est une idée familière issue du Romantisme d’un côté, de la neurophysiologie de l’autre. Freud, du reste, participe de ces deux traditions. Comme il l’écrit lui-même en 1924, la psychanalyse « n’a pas jailli du rocher, ni n’est tombée du ciel, elle se rattache à quelque chose d’antérieur qu’elle prolonge, elle part d’incitations qu’elle retravaille » [2]. Mais nous voudrions montrer comment s’élabore le sens radicalement nouveau que Freud va donner à l’inconscient, à partir de la mise en tension de différents champs, et de données initiales qui sont évidemment celles de son siècle.

3 Par où commencer ? La date de 1886 choisie comme point de départ est celle du séjour de Freud à Paris, de sa rencontre avec Charcot. Elle fait débuter la psychanalyse avec l’hystérie, avec le passage de Freud de l’étude du système nerveux à la psychopathologie [3]. Pourquoi ce point de départ ? En 1932, Freud disait : « Il n’a pas été indifférent pour la psychanalyse de commencer son travail sur le symptôme, la chose la plus étrangère au moi qui se trouve dans le psychisme. Le symptôme provient du refoulé, il en est, en quelque sorte, le représentant devant le moi ; le refoulé est toutefois pour le moi une terre étrangère, une terre étrangère interne, tout comme la réalité est une terre étrangère externe. » [4] Or, en dépit des apparences, la nature étrangère du symptôme n’est pas donnée. Freud a dû la constituer en la liant à la sexualité et à l’inconscient. C’est cette mise en extériorité du symptôme que l’on voit se dégager progressivement, à partir de la rencontre avec Charcot, à travers l’élaboration de la technique analytique, de la dissociation de l’affect et de la représentation, des interrogations sur le statut de la réalité. L’inconscient au sens que lui donne Freud est le résultat de la conquête de l’hétérogène et de l’étranger. C’est en cela qu’il se distingue radicalement des constructions philosophiques ou neurobiologiques.

4 Nous nous arrêterons en 1897. À cette date, qu’on associe à l’abandon de la neurotica, on voit Freud renoncer à l’illusion qu’on pourrait dévoiler les ressorts cachés de la nature – selon Nietzsche, la grande illusion de la métaphysique –, renoncer à trouver dans l’inconscient des indices de réalité. Il est plongé dans son auto-analyse et dans la rédaction du livre sur le rêve. « Mon cœur sent-il encore quelque tendresse pour ces illusions ? » Ainsi s’interroge Goethe dans la dédicace du Faust souvent citée par Freud et dont les termes, écrit-il, conviendraient pour chaque analyse [5]. Mais l’heure n’est pas à la nostalgie. Un nouveau champ est à conquérir. Pour citer toujours Goethe :

5

« Ce que je possède, je le vois dans un vague lointain,
Et ce qui disparut devient pour moi réalité. »


Date de mise en ligne : 17/09/2015