La tyrannie de la bonne santé
- Par Claire Marin
Pages 25 à 31
Citer ce chapitre
- MARIN, Claire,
- FROUARD, Hélène
- et HALPERN, Catherine,
- Marin, Claire.
- Marin, C.
- H. Frouard
- et C. Halpern
https://doi.org/10.3917/sh.froua.2021.01.0025
Citer ce chapitre
- Marin, C.
- H. Frouard
- et C. Halpern
- Marin, Claire.
- MARIN, Claire,
- FROUARD, Hélène
- et HALPERN, Catherine,
https://doi.org/10.3917/sh.froua.2021.01.0025
Notes
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[1]
Cet article a été rédigé en 2018 dans un contexte sanitaire évidemment très différent de celui de 2020. On lira en fin d’article l’addendum rédigé à l’occasion de cette nouvelle publication.
-
[2]
Selon le magazine Slate, 15 août 2020, http://www.slate.fr/story/193902/en-juin-unquart-des-jeunes-adultes-americains-pense-au-suicide-la-suite-du-coronavirus
Si l’on devait interviewer Sartre aujourd’hui, il serait impensable de le filmer en train de fumer, un cendrier plein au premier plan. On lui conseillerait de corriger son strabisme, de soigner sa peau et ses vilaines dents. On ne pourrait pas non plus imaginer un documentaire tout enfumé comme L’Abécédaire consacré à Gilles Deleuze, déjà fort malade. Les philosophes d’aujourd’hui fréquentent les salles de gym et surveillent leur alimentation. Certes, c’était déjà ce que préconisait Platon. Mais le souci de soi, dont Foucault a retracé l’histoire, est devenu une véritable obsession.
Parmi toutes les injonctions qui pèsent sur l’individu contemporain, celle d’être en bonne santé s’est imposée ces dernières années, censurant les images des films et des affiches, purifiant l’atmosphère des fumées de cigarette, modelant les corps des publicités dans une confusion implicite entre les silhouettes filiformes et les corps sains. Les messages de santé publique se sont multipliés, non sans paradoxe, puisqu’ils accompagnent d’une manière fort cynique les produits alimentaires les plus néfastes. Les publicités mensongères qui prônent les vertus alimentaires de « céréales » ou de boissons « énergisantes » essentiellement constituées de sucres continuent à cohabiter ironiquement avec les exhortations à pratiquer une activité physique régulière, à se laver les mains en cas d’épidémie de grippe, à bien s’hydrater pendant la canicule.
Dans cette schizophrénie du moment, où le sujet est déchiré entre tentations consuméristes et surmoi hygiéniste, il s’agit, selon l’expression en vigueur, de devenir « acteur de sa santé »…
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