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Chapitre 3. Punir : un acte banal ? Les rythmes punitifs en prison et en maison de retraite (France, XXe siècle)

Pages 91 à 122

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  • Génard, E.
  • et Rossigneux-Méheust, M.
(2023). Chapitre 3. Punir : un acte banal ? Les rythmes punitifs en prison et en maison de retraite (France, XXe siècle) Dans
  • M. Rossigneux-Méheust
  • et E. Génard
Routines punitives : Les sanctions du quotidien XIXe-XXe siècle (p. 91-122). CNRS Éditions. https://doi.org/10.3917/cnrs.rossi.2023.01.0091.

  • Génard, Elsa.
  • et al.
« Chapitre 3. Punir : un acte banal ? Les rythmes punitifs en prison et en maison de retraite (France, XXe siècle) ». Routines punitives Les sanctions du quotidien XIXe-XXe siècle, CNRS Éditions, 2023. p.91-122. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/routines-punitives--9782271133113-page-91?lang=fr.

  • GÉNARD, Elsa
  • et ROSSIGNEUX-MÉHEUST, Mathilde,
2023. Chapitre 3. Punir : un acte banal ? Les rythmes punitifs en prison et en maison de retraite (France, XXe siècle) In :
  • ROSSIGNEUX-MÉHEUST, Mathilde
  • et GÉNARD, Elsa,
Routines punitives Les sanctions du quotidien XIXe-XXe siècle. Paris : CNRS Éditions. Hors collection, p.91-122. DOI : 10.3917/cnrs.rossi.2023.01.0091. URL : https://shs.cairn.info/routines-punitives--9782271133113-page-91?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/cnrs.rossi.2023.01.0091


Notes

  • [1]
    Michel Foucault, Surveiller et punir. Naissance de la prison, Paris, Gallimard, 1975, p. 213. Nous soulignons.
  • [2]
    C’est par exemple le cas à propos des punitions dans les hospices : Bernard Ennuyer et Michèle Troude, Il y a toujours des hospices de vieux, Paris, Stock, 1977, p. 37, 76, 82-87, 94, 131, 144-146 ; Carmen Bernand, Les Vieux vont mourir à Nanterre, Paris, Le Sagittaire, 1978, p. 19, 37, 96-110, 141 ; Nicole Benoit-Lapierre, Rithée Cevasco et Markos Zafiropoulos, Vieillesse des pauvres. Les Chemins de l’hospice, Paris, Les Éditions ouvrières, 1980, p. 23-24, 30-31, 35, 37, 41-42, 70-75.
  • [3]
    La notion de routine est aujourd’hui investie par les historiens, notamment comme temporalité pour analyser la production du genre et de la classe (Groupe Genre et classes populaires, « La production quotidienne du genre en milieu populaire », Genèses, vol. 111, n° 2, 2018) et comme temporalité du travail administratif. Cette notion invite alors à observer les répétitions mais aussi les écarts à la norme. Pierre Karila-Cohen, « Maupas, ou le métier de préfet : réflexion sur le fonds 607AP », Histoire, économie & société, vol. 34, n° 2, 2015, p. 42-54 ; Claire Zalc, Dénaturalisés. Les retraits de nationalité sous Vichy, Paris, Seuil, 2016.
  • [4]
    Mathilde Rossigneux-Méheust, Vies d’hospice. Vieillir et mourir en institution au xixe siècle, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2018, p. 59.
  • [5]
    Voir les travaux sur le contrôle du temps, et notamment l’émergence de l’emploi du temps comme instrument central de discipline : Michel Foucault, Surveiller et punir, op. cit., p. 126-127 et p. 151-154 ; Michel Lallement, Temps, travail et modes de vie, Paris, PUF, 2003 ; Edward P. Thompson, Temps, discipline du travail et capitalisme industriel, Paris, La fabrique éditions, 2004 ; Corine Maitte et Didier Terrier, « Une question (re)devenue centrale : le temps de travail », Genèses, vol. 85, n° 4, 2011, p. 156-170 ; Jonathan Crary, Le capitalisme à l’assaut du sommeil, Paris, La Découverte, 2016.
  • [6]
    Jean Genet exprime cette idée dans Miracle de la rose, Décines, L’Arbalète, 1956, p. 7 : « De toutes les centrales de France, Fontevrault est la plus troublante. C’est elle qui m’a donné la plus forte impression de détresse et de désolation, et je sais que les détenus qui ont connu d’autres prisons ont éprouvé, à l’entendre nommer même, une émotion, une souffrance incomparable. »
  • [7]
    Jacques-Guy Petit, Ces peines obscures. La prison pénale en France, 1780-1875, Paris, Fayard, 1990, p. 387 ; Anna Le Pennec, Histoires de prisonnières. Les femmes incarcérées dans les maisons centrales du sud de la France au xixe siècle, Toulouse, Presses universitaires du Midi, 2022, p. 83-89.
  • [8]
    L’intégralité du fonds de la maison de retraite de Villers-Cotterêts est en cours de classement et sera très prochainement versée aux Archives de Paris. Pour cette raison, il n’est pas possible de renvoyer chacun des carnets de punitions ou des dossiers ici mobilisés – par ailleurs anonymisés – à des cotes précises et définitives.
  • [9]
    Hinda Hedhili-Azéma, « La réforme d’administration pénitentiaire Amor de mai 1945 », Criminocorpus [En ligne], 13 / 2019, mis en ligne le 09 septembre 2019, consulté le 12 juin 2023.
  • [10]
    Comme le notent Nicolas Mariot et Jay Rowell, l’asymétrie est inhérente à la démarche comparative, et elle « implique nécessairement des opérations de transposition de catégories analytiques et de cadres interprétatifs utilisés pour déterminer un étalon à partir duquel on classe les observations empiriques sur une échelle de l’identique et du différent ». Nicolas Mariot et Jay Rowell, « Une comparaison asymétrique. Visites de souveraineté et construction nationale en France et en Allemagne à la veille de la Première Guerre mondiale », Le Genre Humain, 2004/1, n° 42, p. 184.
  • [11]
    Instruction du 8 juin 1842, Codes des prisons, t. I, Paris, Imprimerie administrative de Paul Dupont, p. 383.
  • [12]
    Sur les liens entre autorité et maîtrise du temps, voir notamment Yves Cohen, Le Siècle des chefs. Une histoire transnationale du commandement et de l’autorité, Paris, Éditions Amsterdam, 2013, p. 547-556.
  • [13]
    Rapport d’inspection sur les maisons centrales, 21 juillet 1911, Code pénitentiaire, t. XVIII, Melun, Imprimerie administrative, 1918, p. 72-73.
  • [14]
    Archives départementales de Maine-et-Loire (désormais AD49), 2Y2/90. Ce rythme est confirmé par le rapport du 21 octobre 1920 à Fontevrault. Archives nationales, F/1a/4554, rapport du 21 octobre 1920, p. 13.
  • [15]
    Archives de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris, 621W- 9-3. Lettre du 22 août 1967.
  • [16]
    À Fontevrault, aucun mois n’apparaît plus punitif que les autres. À Villers-Cotterêts, les mois d’août et de septembre sont souvent moins punitifs, peut-être en raison des congés du personnel et des résidents, et les mois de décembre et de janvier le sont davantage, peut-être en raison des fêtes et des reports de punitions après des levées généralisées. Mais il n’est pas possible d’en faire une règle à partir de l’échantillon observé.
  • [17]
    Jean-François Condette, « La semaine, une division pratique mais tardive du temps scolaire ? (xvie-xxie siècles) », Sociétés & Représentations, 2021/2, n° 52, p. 79-100 ; Véronique Fau-Vincenti, « Temps organisé ou temps dilaté. Des jours dans les asiles du département de la Seine (1838-1950), Sociétés & Représentations, 2021/2, n° 52, p. 101-118.
  • [18]
    La paie des résidents de Villers-Cotterêts est distribuée les premiers jours du mois, puis, après le 20 du mois à partir de 1966.
  • [19]
    Michelle Perrot, « L’ouvrier consommateur », Les Ouvriers en grève, tome 2 : France 1871-1890, Paris, Éditions de l’EHESS, 2001, p. 203-250 ; Collectif Rosa Bonheur, « Des “inactives” très productives. Le travail de subsistance des femmes de classes populaires », Tracés. Revue de Sciences humaines, n° 32, 2017, p. 91-110 ; Olivier Schwartz, « Les femmes dans les classes populaires, entre permanence et rupture », Travail, genre et sociétés, vol. 39, n° 1, 2018, p. 121-138.
  • [20]
    Jusqu’en 1934, il existe trois maisons centrales féminines : Rennes, Haguenau, Montpellier. Puis cette dernière ferme ses portes.
  • [21]
    Elsa Génard, À la peine. Une histoire sociale des interactions carcérales (France, années 1910 – années 1930), thèse d’histoire, Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2021, p. 264-269 et p. 284-292.
  • [22]
    Ibid., p. 104-109 et p. 406-410.
  • [23]
    Ludivine Bantigny, « Demander le possible. Pratiques de la critique et imagination politique », in Ludivine Bantigny (dir.), 1968. De grands soirs en petits matins, Paris, Seuil, 2018, p. 301-324 ; Xavier Vigna, L’insubordination ouvrière dans les années 1968. Essai d’histoire politique des usines, Rennes, PUR, 2007.
  • [24]
    Grégory Salle, « Surmonter les murs. Les luttes anticarcérales en RFA et en France autour de 1968 », Raison présente, 170, 2009, p. 39-52 ; Jean Bérard, La justice en procès. Les mouvements de contestation face au système pénale, Paris, Presses de Sciences Po, 2013, p. 63-97.
  • [25]
    Mathilde Rossigneux-Méheust, Vieillesses irrégulières. Des « indésirables » en maison de retraite, Paris, La Découverte, 2022, p. 31-36.
  • [26]
    La peur des abus est centrale dans l’histoire du droit d’amnistier et dans les applications des levées de punitions : Hervé Joly, À Polytechnique. X 1901, Paris, Flammarion, 2021, p. 82 ; Pauline Türk, « Le droit de grâce présidentiel à l’issue de la révision du 23 juillet 2008 », Revue française de droit constitutionnel, vol. 79, n° 3, 2009, p. 513-542 ; Michel Charasse, « La période mitterrandienne », in Xavier Bioy et al. (dir.), Le Président de la Ve République et les libertés, Paris, CNRS Éditions, 2017, p. 25-40.
  • [27]
    Circulaire du 16 novembre 1880, Code pénitentiaire, t. VIII, Melun, Imprimerie administrative, 1888, p. 121 ; Circulaire du 25 novembre 1883, Code pénitentiaire, t. IX, Melun, Imprimerie administrative, 1889, p. 158-160.
  • [28]
    Annie Kensey et Aurélie Ouss, « Mesure des effets d’une nouvelle politique pénale : la suppression de la grâce collective », Champ pénal/Penal field, vol. VIII, 2011.
  • [29]
    Donald Clemmer, The Prison Community, Boston, Christopher Pub. House, 1940 ; Antoinette Chauvenet, « Guerre et paix en prison », Cahiers de la sécurité intérieure, n° 31, 1998, p. 91-109.
  • [30]
    Corentin Durand, « Les reconfigurations de la relation carcérale. Sociologie des espaces de communication entre prisonnier.e.s et autorités pénitentiaires », thèse de sociologie, EHESS, 2019, p. 425-429.
  • [31]
    Le corpus est composé de 504 dossiers d’individus arrivés dans la maison centrale entre 1908 et 1938. Pour 477 individus, le « bulletin de statistique morale » glissé dans le dossier permet une analyse des sanctions reçues en détention. AD49, 2Y2/1045-2102.
  • [32]
    Mathilde Rossigneux-Méheust, Vieillesses irrégulières, op. cit., p. 23.
  • [33]
    Marie Derrien et Mathilde Rossigneux-Méheust, « L’État social à l’épreuve des personnes âgées atteintes de troubles mentaux. Une expérience de réadaptation pendant les années 1950 », 20 & 21. Revue d’histoire, vol. 145, n° 1, 2020, p. 19-33.
  • [34]
    Intégrant la dimension évolutive des trajectoires de déviance, étoffées interaction après interaction, Howard Becker explique que la « carrière » est un « concept utile pour construire des modèles séquentiels de divers types », Howard S. Becker, Outsiders. Études de sociologie de la déviance, Paris, Éditions Métailié, 2020 [1963], p. 47.
  • [35]
    Michelle Perrot, « Dans le Paris de la Belle Époque, les “Apaches”, premières bandes de jeunes », La Lettre de l’enfance et de l’adolescence, 2007/1, n° 67, p. 71-78 ; Dominique Kalifa, L’Encre et le Sang. Récits de crime et société à la Belle Époque, Paris, Fayard, 1995 ; Arnaud-Dominique Houte, Les Peurs de la Belle Époque. Crimes, attentats, catastrophes et autres périls, Paris, Tallandier, 2022.
  • [36]
    Howard S. Becker, op. cit., p. 49.
  • [37]
    La complexité des problématiques spécifiques liées à la consommation d’alcool des personnes âgées est une question très contemporaine. Pascale Menecier, Boire et vieillir. Comprendre et aider les aînés en difficulté avec l’alcool, Paris, Érès, 2010.
  • [38]
    AD49, 2Y2/1974, écrou 3664, Jean H.
  • [39]
    AD49, 2Y2/2096, écrou 5556, Jean C.
  • [40]
    AD49, 2Y2/457, comptes individuels de pécule pour l’année 1929.
  • [41]
    Elsa Génard, « La libération conditionnelle en France de 1885 aux années 1930. De la loi à la pratique », Revue d’histoire moderne & contemporaine, 2016, vol. 63-1, n° 1, p. 191.
  • [42]
    Sur les manières de cerner les expériences du temps grâce aux témoignages et sources de l’intime, voir la proposition de Nicolas Beaupré d’étudier des « micro-régimes d’historicité » : Nicolas Beaupré, « La guerre comme expérience du temps et le temps comme expérience de guerre. Hypothèses pour une histoire du rapport au temps des soldats français de la Grande Guerre », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, 2013/1, n° 117, p. 166-181.
  • [43]
    Rapport sur les maisons centrales du 28 septembre 1924, CP, t. XXII, p. 430-431.

Au sujet du système des privilèges et des pensums à l’école – travail supplémentaire auquel un élève est astreint par punition –, Michel Foucault note dans Surveiller et punir : « Par le jeu de cette quantification, de cette circulation des avances et des dettes, grâce au calcul permanent des notations en plus et en moins, les appareils disciplinaires hiérarchisent les uns par rapport aux autres, les “bons” et les “mauvais” sujets. À travers cette micro-économie d’une pénalité perpétuelle s’opère une différenciation qui n’est pas celle des actes, mais des individus eux-mêmes, de leur nature, de leurs virtualités, de leur niveau ou de leur valeur. » Il pose ainsi la question majeure des effets de classement et de domination produits par la réitération d’une pratique sociale. De la mise au jour de ce principe à l’idée d’une sanction généralisée, pour tous et partout, il n’y a qu’un pas, franchi à de multiples reprises par les voix critiques qui ont dénoncé le modèle répressif des institutions. Néanmoins rien ne prouve, dans les travaux consacrés au fonctionnement ordinaire institutionnel, que cette perpétuité signifie banalité, et encore moins quotidienneté. Seule une réflexion prenant au sérieux la dimension temporelle des micropénalités permettra d’évaluer ce qu’elles ont d’effectivement répétitif, régulier et banal, en somme, de routinier.
En raison de la divergence de leur finalité (répression versus assistance), de leurs publics (dangereux versus vulnérables) et de leur taux d’encadrement, les deux institutions mises en regard ici – la prison et la maison de retraite – entretiennent des rapports distants…


Date de mise en ligne : 20/08/2024

https://doi.org/10.3917/cnrs.rossi.2023.01.0091

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