Chapitre 4. Objet-totem, objet tabou : la camisole dans les institutions de soin et de coercition (France et Belgique, XIXe – XXe siècle)
- Par Benoît Majerus
- et Nicolas Picard
Pages 163 à 185
Citer ce chapitre
- MAJERUS, Benoît
- et PICARD, Nicolas,
- ROSSIGNEUX-MÉHEUST, Mathilde
- et GÉNARD, Elsa,
- Majerus, Benoît.
- et al.
- Majerus, B.
- et Picard, N.
- M. Rossigneux-Méheust
- et E. Génard
https://doi.org/10.3917/cnrs.rossi.2023.01.0163
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- Majerus, B.
- et Picard, N.
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- et E. Génard
- Majerus, Benoît.
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- et PICARD, Nicolas,
- ROSSIGNEUX-MÉHEUST, Mathilde
- et GÉNARD, Elsa,
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Notes
-
[1]
Michel Foucault appelle les objets de la contrainte les « instruments orthopédiques ». C’est la quatrième catégorie d’« appareils corporels » décrits dans Le pouvoir psychiatrique. Cours au Collège de France 1973-1974, Paris, Seuil/Gallimard, 2003, p. 107.
-
[2]
Monika Ankele et Benoît Majerus (dir.), Material Cultures of Psychiatry, Bielefeld, Transcript, 2020.
-
[3]
Les merveilles de l’Exposition de 1878, Paris, Librairie contemporaine, 1879, p. 111.
-
[4]
Claude Quétel, Histoire de la folie. De l’Antiquité à nos jours, Paris, Tallandier, 2009.
-
[5]
Anne Carol, Physiologie de la Veuve. Une histoire médicale de la guillotine, Seyssel, Champ Vallon, 2012, p. 34.
-
[6]
Trésor de la langue française, https://www.cnrtl.fr/definition/camisole (consulté le 14 janvier 2022).
-
[7]
Will Wiles, « Straitjacket: A Confined History », in Thomas Knowles et Serena Trowbridge (dir.), Insanity and the Lunatic Asylum in the Nineteenth Century, Londres, Pickering & Chatto, 2014, p. 167-181.
-
[8]
William Cullen, First Lines of the Practice of Physic, Edinburgh, C. Elliot, 1789, vol. 4/1, p. 151-155.
-
[9]
Emmanuel Régis, Manuel pratique de médecine mentale, 1re éd., Paris, Octave Doin, 1885.
-
[10]
Id., Précis de psychiatrie, 1re éd., Paris, Gaston Doin, 1907, p. 970.
-
[11]
Henri Dagonet, avec la collaboration de G. Duhamel et J. Dagonet, Traité des maladies mentales, Paris, J.-B. Baillière et fils, 1894.
-
[12]
Eugène Rouhier, De la camisole ou gilet de force, thèse de médecine, Paris, Imprimerie de A. Pillet, fils aîné, 1871, p. 11.
-
[13]
P. Girard, De la suppression de la camisole de force dans les asiles d’aliénés, Montpellier, Imprimerie G. Firmin, Montane et Sicardi, 1904, p. 32.
-
[14]
Le « règlement général et organique » de 1874, qui détaille la loi belge des aliénés de 1873 et qui sera valable jusqu’aux années 1990, prévoit explicitement que chaque institution doit avoir un règlement d’ordre intérieur concernant les « moyens de contrainte » et les « punitions ». Chaque institution doit tenir « un registre spécial où il est fait mention des cas de séquestration absolue, de punition ou de contrainte, et de la durée de celle-ci dans chaque cas », « Régime des aliénés – Règlement général et organique », Le Moniteur belge, 1874, p. 1664.
-
[15]
Joseph Guislain, Règlement – Établissements d’aliénés à Gand, Gand, 1850.
-
[16]
Édouard Ducpétiaux, De l’état des aliénés en Belgique, et des moyens d’améliorer leur sort ; extrait d’un rapport adressé au ministre de l’Intérieur, suivi d’un projet de loi relatif au traitement et à la séquestration des aliénés, Bruxelles, Laurent Frères, 1832, p. 9.
-
[17]
Yohan Van Honacker, Le traitement des aliénés à l’Institut Saint-Martin de Dave de 1901 à 1920, mémoire, Université catholique de Louvain, 2012, p. 123. Les termes du tableau proviennent du « registre des contraintes », nom donné au cahier qui répertorie les moments de contention tels que prévus dans le règlement de de 1874.
-
[18]
Ibid.
-
[19]
Archives Saint-Martin, registre des contraintes, p. 4-5.
-
[20]
Archives de Kortenberg, rapport annuel, 1915.
-
[21]
Benoît Majerus, Parmi les fous. Une histoire sociale de la psychiatrie au xxe siècle, Rennes, PUR, 2013, p. 53.
-
[22]
Le terme de « camisole chimique » est attesté en français à partir de 1885, et attribué au « langage imagé » du psychiatre anglais Henry Maudsley (Max Simon, recension du livre du Dr Foville, Lyon médical. Gazette médicale et journal de médecine réunis, t. XVIII, 1885, p. 549). Il se répand dans les dernières années du xixe siècle avec l’introduction de médicaments narcotiques dans les asiles. Il connaît un regain, avec une forte connotation péjorative, à partir des années 1950 et le débat qui entoure l’introduction des neuroleptiques.
-
[23]
Cf. la fréquence du terme « reçu ».
-
[24]
Valérie Leclercq, Et qu’en disent les patients ? L’Institut de psychiatrie Brugmann et les écrits de ses malades (1950-1980), travail de séminaire, ULB, 2008, p. 21.
-
[25]
Léopold Amade et Émile Corsin, Dictionnaire des connaissances générales utiles à la gendarmerie, 17e éd., Paris, Henri Charles-Lavauzelle, 1909, p. 145.
-
[26]
Émile Richard, La prostitution à Paris, Paris, Librairie J.P. Baillière et fils, 1890, p. 144.
-
[27]
Le journal choisi, Le Peuple, journal de gauche et urbain, accorde une attention particulière aux classes populaires. Sur les 194 articles qui contiennent le mot « camisole » et qui couvrent une période de douze ans (1886-1898) 111 ont été retenus. Ont été exclues les références à la camisole de force se trouvant dans le roman que Le Peuple publie chaque jour sur sa première page, à la camisole en tant « chemisette », à la camisole de force concernant des événements en dehors de la Belgique, et les usages métaphoriques du mot.
-
[28]
Ceci n’est bien sûr pas un indice sur la fréquence de l’utilisation de la camisole puisque l’asile reste un espace fermé, non ouvert à la publicité, contrairement à l’intervention de la police dans l’espace urbain bruxellois. Sur les faits divers dans la presse, cf. Dominique Kalifa, L’encre et le sang. Récits de crimes et société à la Belle époque, Paris, Fayard, 1995 ; Anne-Claude Ambroise-Rendu, Petits récits des désordres ordinaires. Les faits divers dans la presse française des débuts de la IIIe République à la Grande Guerre, Paris, S. Arslan, 2004.
-
[29]
« Le règlement sur la prostitution », Le Peuple, mai 1887, p. 3.
-
[30]
Le Peuple, 26 octobre 1887, p. 3.
-
[31]
Règlement du 20 mai 1845, Code des prisons, t. II. De 1846 à 1856, Paris, Imprimerie administrative de Paul Dupont, p. 15 (note infrapaginale).
-
[32]
« Affaire de la Fouilleuse », La Presse, 14 août 1892, p. 2.
-
[33]
Le Petit Parisien, 6 avril 1913, p. 2.
-
[34]
Elsa Génard, À la peine. Une histoire sociale des interactions carcérales (France, années 1910 – années 1930), thèse d’histoire, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2021, p. 554-555, notamment à travers le cas particulier de Blanche C.
-
[35]
Charles Perrier, La maison centrale de Nîmes. Ses organes, ses fonctions, sa vie. Emprisonnement et criminalité, Paris, G. Masson, 1896, p. 133-134.
-
[36]
Ministère de la Justice, Règlement général des prisons, Bruxelles, 1905, p. 58, art. 191.
-
[37]
G.N., « Les prisons cellulaires en Belgique », Revue générale, 16e année, t. 31, 1880, p. 756.
-
[38]
Charles Perrier, op. cit., p. 125-126.
-
[39]
Francis Carco, Prisons de femmes, Paris, Éd. de France, 1933, p. 71-72.
-
[40]
Elsa Génard, op. cit., p. 554.
-
[41]
Veerle Massin, « “La Discipline”. Jeunes délinquantes enfermées, violence institutionnelle et réaction disciplinaire : une dynamique (Belgique, 1920-1970) », Crime, Histoire & Sociétés / Crime, History & Societies [En ligne], vol. 18, n° 1, 2014.
-
[42]
Note sur le régime pénitentiaire des condamnés à mort, s.d. (mais sans doute de 1954 étant donné son contenu et son positionnement dans la liasse), Archives nationales, 19960136/36.
-
[43]
Circulaire du 12 avril 1866, Code des prisons, t. IV. De 1862 à 1869, Paris, Librairie administrative de Paul Dupont, 1870, p. 264.
-
[44]
Ludovic Pichon, Code de la guillotine. Recueil complet de documents concernant l’application de la peine de mort en France et les exécuteurs des hautes-œuvres, Paris, Librairie générale de droit et de jurisprudence, 1910, p. 63.
-
[45]
Jules Uhry, « Le régime de la camisole de force. Il a été établi par l’Empire. Depuis il était tombé en désuétude », L’Humanité, 8 avril 1913, p. 2.
-
[46]
« Olivier “le Tigre” ne tuera plus ! », L’Égalité (de Roubaix et Tourcoing), 24 mars 1925, p. 1.
-
[47]
Circulaire du 27 octobre 1937, citée par Jean Pinatel, Traité élémentaire de science pénitentiaire et de défense sociale, législation pénitentiaire, administration pénitentiaire, régime pénitentiaire, problèmes de défense sociale, Melun, Impr. administrative, 1950, p. 54.
-
[48]
En effet, alors que fers et entraves sont progressivement supprimés de la surveillance en cellule, une note établit que « les condamnés à mort de ces établissements seront avertis que cette mesure de bienveillance peut à tout moment leur être retirée ». Note du Directeur de l’administration pénitentiaire, 7 juin 1951, Archives nationales, 19960136/37. Dans une des rares notifications explicites de punition à l’égard de trois condamnés à mort, le directeur de la Santé applique ainsi des amendes et des mises aux entraves. Rapport au directeur de la circonscription pénitentiaire, 15 octobre 1951, Archives nationales, 19960136/53.
-
[49]
Cf. la lettre du surveillant-chef de la maison d’arrêt de Montluc au directeur des prisons de Lyon, au sujet du comportement en détention de Slimane Benchelloug, 28 avril 1960. Archives nationales, 19960136/36.
-
[50]
Véronique Fau-Vincenti, Le bagne des fous. Le premier service de sûreté psychiatrique 1910-1960, Paris, La Manufacture de livres, 2019 ; Camille Lancelevée, Gaëtan Cliquennois, Frédéric Dugué, Yves Cartuyvels & Marc Bessin, « Ce que la dangerosité fait aux pratiques : entre soin et peine, une comparaison Belgique-France », Les Cahiers de la Justice, 2013/1, p. 104.
-
[51]
Commission d’enquête parlementaire sur le régime des établissements pénitentiaires, Enquête parlementaire sur le régime des établissements pénitentiaires, Paris, Cerf et fils, 1873, p. 44.
-
[52]
Léon Mirman, Préfecture du département de Meurthe-et-Moselle, Nancy, Imprimerie Berger-Levrault, 1916, p. 136.
-
[53]
Sophie Richelle, Les « folles » de Bailleul. Expériences et conditions d’internement dans un asile français (1880-1914), Bruxelles, Université des femmes, 2014, p. 78.
-
[54]
Veerle Massin, Protéger ou exclure ? L’enfermement des « filles perdues » de la Protection de l’enfance à Bruges (1922-1965), thèse d’histoire, Université catholique de Louvain, 2011, p. 328.
-
[55]
Catalogue de la maison Drapier : bandages herniaires, ceintures – bas pour varices, accessoires, Paris, 1911, p. 52.
-
[56]
A. Bouchardat, « Mémoire sur l’hygiène des hôpitaux et hospices civils de Paris », Annales d’hygiène publique et de médecine légale, 1837, vol. 17, p. 71.
-
[57]
Alf Lüdtke, « Geschichte und Eigensinn », in Berliner Geschichtswerkstatt (dir.), Alltagskultur, Subjektivität und Geschichte. Zur Theorie und Praxis von Alltagsgeschichte, Münster,Westfälisches Dampfboot, 1994, p. 139-153 ; Thomas Lindenberger et Alf Lüdtke, « Eigensinn : espaces d’action et pratiques de domination », Le Mouvement Social, 2020/4 (n° 273), p. 67-89.
-
[58]
Jusqu’au milieu du xxe siècle, le personnel soignant est essentiellement composé de personnes peu ou pas qualifiées et/ou de sœurs et frères de congrégations religieuses : Benoît Majerus, « Surveiller, punir et soigner ? Pratiques psychiatriques en Europe de l’Ouest du xixe siècle aux années 1950 », Histoire, médecine et santé, 2015, vol. 7, p. 51-62.
-
[59]
Emmanuel Régis, Manuel pratique de médecine mentale, op. cit., p. 463.
-
[60]
« Cour de Cassation (Ch. crim). – 13 juillet 1905 », Revue des établissements de bienfaisance, 1905, p. 370-379.
-
[61]
« Société générale des infirmiers infirmières », in Annuaire-almanach du commerce, de l’industrie, de la magistrature et de l’administration : ou almanach des 500 000 adresses de Paris, des départements et des pays étrangers, Paris, Firmin Didot et Bottin réunis, 1894, p. 1472.
-
[62]
Par exemple : « Assistance publique n° 174 », in Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris, Paris, 1949, p. 735.
-
[63]
Par exemple : Recueil des arrêts du Conseil d’État, Paris, Librairie du Recueil Sirey, 1925, p. 1052.
-
[64]
Ian Woodward, Understanding Material Culture, Los Angeles, Sage Publications, 2007, p. 66.
-
[65]
Christophe Bittolo, « La camisole ne va pas de soi ! Note sur l’actualité de la contention et de l’isolement en psychiatrie », Connexions, n° 110, 2018/2, p. 183-190. La contention dont il est question ici n’est pas l’usage de la camisole, malgré le titre de l’article, mais le fait d’attacher des patients au lit. L’usage de la camisole semble donc bien révolu.
Depuis une vingtaine d’années, l’histoire des objets est mobilisée pour réinterroger les grands récits des lieux d’enfermement. S’inspirant de différents courants issus des Science and Technologies Studies, notamment autour des travaux de Bruno Latour, de l’histoire de la consommation ou de l’archéologie, les trajectoires des objets font découvrir de nouveaux espaces et des acteurs parfois oubliés dans l’historiographie. Les objets de contrainte révèlent les fortes dissymétries de pouvoir qui existent entre enfermants et enfermés, entre ceux qui punissent et ceux qui sont punis. Leur usage laisse aussi apparaître des contournements permettant de dépasser un clivage parfois manichéen entre dominés et dominants. Malgré ce changement de perspective amorcé il y a déjà plus de vingt ans, de nombreux objets restent ancrés dans le champ des imaginaires plutôt que dans une histoire des pratiques. La camisole, qui symbolise dès le xixe siècle la folie, en fait sans aucun doute partie.
Dans le pavillon de la ville de Paris, lors de l’Exposition universelle de 1878, un nouveau prototype de camisole inventé à Ville-Évrard incarne la modernité des structures asilaires chapeautées par la Préfecture. Objet presque totémique de la psychiatrie, la camisole devient par la suite omniprésente dans les cultures populaires, que ce soit dans la bande dessinée avec Les Cigares du pharaon de Hergé (1934), dans le cinéma avec Shock Corridor de Samuel Fuller (1963) ou dans les jeux vidéo avec le personnage de Zant dan…
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