Bruits et enregistrement de terrain
- Par Marie Willaime
Pages 150d à 154d
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- WILLAIME, Marie,
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- Willaime, M.
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1 Jean-Luc Guionnet rejoint cette idée en appréhendant non pas le bruit comme objet mais comme fonction, comme relation à l’espace. Le silence peut être alors appréhendé comme du « bruit de merde », gênant, indésirable, qui ne nous intéresse pas ou bien comme le définit Claude Simon comme un flux sonore si continu qu’il engendre l’uniformité et perd sa matérialité pour devenir ce qu’il appelle « silence au second degré ». Le silence assez continu pour être converti en vide renvoie aux bruits de fond, au fond sonore du sonore. Jean-Luc Guionnet pose alors la question : qui du bruit ou du silence forme la première couche ? Lequel est le bloc, lequel l’outil pour le tailler ?
2 Le travail de Pascal Battus, Bertrand Gauguet et Éric La Casa se préoccupe également de ces bruits de fond mais cette fois envisagés comme lieu de musique pour faire musique. Se plaçant dans l’espace acoustique du chantier de la Philarmonie, ils mettent en place un processus musical empirique de mise en relation des outils avec les instruments, des espaces avec les corps des musiciens, qui déplace la musique hors de son cadre habituel (concert, répétition...) sans pour autant développer un travail documentaire.
3 Les bruits de fond sont également au cœur de l’entreprise sonore de Célio Paillard, qui tente de repérer les comportements spécifiques de ces bruits du dessous entre superposition sonore, saturation sonore et effets palliers (processus d’apparition et de disparition des bruits). Peut-on relier ces travaux au field-recording ?
4 Cette possibilité d’enregistrer sur le terrain grâce aux appareils portatifs n’a pas seulement modifié la sphère musicale, elle a également bousculé le monde poétique. Gaëlle Théval analyse la poésie sonore de Bernard Heidsieck qui prend pour composante poétique à part entière les bruits de la ville : le poème réintègre, ainsi, en son sein le corps, l’infra-ordinaire, une perception directe du monde, et devient pour Heidsieck « biopsie » c’est-à-dire prélèvement du corps social.
5 Résonnant avec les performances de la poésie sonore, Christof Migone propose avec Hit parade d’investir l’espace social pour un « happening à l’horizontale » où les participants couchés, frappant le sol micro en main, composent une partition visuelle et sonore.
6 Ces diverses propositions ont permis d’ouvrir un regard sur le bruit dans sa valeur esthétique et politique, un questionnement autour de l’écoute, du plaisir procuré leur octroyant le statut de son, de musique à part entière appelées harsh noise, noise, musiques bruitistes, industrielles ou expérimentales et enfin d’appréhender le bruit comme fonction, relation au monde spécifique entre pratique sauvage et pratique savante, bruits de fond et bruits de surface.
Date de mise en ligne : 17/06/2015