Article de revue

L'Union des écrivains

Un modèle institutionnel et ses limites

Pages 59 à 70

Citer cet article


  • Dragomir, L.
(2011). L'Union des écrivains Un modèle institutionnel et ses limites. Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 109(1), 59-70. https://doi.org/10.3917/vin.109.0059.

  • Dragomir, Lucia.
« L'Union des écrivains : Un modèle institutionnel et ses limites ». Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2011/1 n° 109, 2011. p.59-70. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2011-1-page-59?lang=fr.

  • DRAGOMIR, Lucia,
2011. L'Union des écrivains Un modèle institutionnel et ses limites. Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2011/1 n° 109, p.59-70. DOI : 10.3917/vin.109.0059. URL : https://shs.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2011-1-page-59?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/vin.109.0059


Notes

  • [1]
    Petru Negura, « Gels et dégels du réalisme socialiste : les transformations sociales de la littérature en Moldavie soviétique, du jdanovisme à la déstalinisation », in Mihai Dinu Gheorghiu (dir.), Littératures et pouvoir symbolique, Pitesti, Paralela 45, 2005, p. 59.
  • [2]
    Vladimir Miguev, Balgarskite pisateli i polititcheskiat jivot v Balgaria (1944-1970), Sofia, Kota, 2001, p. 55 ; Koço Bihiku, Histoire de la littérature albanaise, Tirana, 8 Nentori, 1980, p. 161 ; Marci Shore, « Engineering in the Age of Innocence : a Genealogy of Discourse Inside the Czechoslovak Writers’ Union, 1949-67 », East European Politics and Society, 12 (3), 1998, p. 403.
  • [3]
    Pierre Buhler, Histoire de la Pologne communiste : autopsie d’une imposture, Paris, Karthala, 1997, p. 270.
  • [4]
    Décision du 23 avril 1932 du Comité central du parti communiste d’Union soviétique, stipulant de « rassembler tous les écrivains sous la plateforme du pouvoir soviétique » dans une seule Union des écrivains (Michel Aucouturier, Le Réalisme socialiste, Paris, PUF, 1998, p. 54-55).
  • [5]
    Carl Tighe, The Politics of Literature : Poland 1945-1989, Cardiff, University of Wales Press, 1999, p. 78-80 ; Lubov Panova, « L’Union des écrivains bulgares pendant la période communiste : enjeux et stratégies littéraires », DEA de sociologie, EHESS, Paris, 2001, p. 22 ; Vladimir Miguev, Balgarskite pisateli i polititcheskiat jivot v Balgaria (1944-1970), Sofia, Kota, 2001, p. 68 ; Archives de l’Union des écrivains de la Roumanie (AUER), « Recueil d’actes normatifs, 3 », décret d’État n° 267/24, juin 1949. Nous avons analysé plus en détail le cas roumain dans Lucia Dragomir, L’Union des écrivains. Une institution transnationale à l’Est : l’exemple roumain, Paris, Belin, 2007.
  • [6]
    Koço Bihiku, Histoire de la littérature albanaise, Tirana, 8 Nentori, 1980, p. 163.
  • [7]
    Joseph Krulic, Histoire de la Yougoslavie de 1945 à nos jours, Bruxelles, Complexe, 1993, p. 78.
  • [8]
    Miklos Haratzi, L’Artiste d’État : de la censure en pays socialiste, Paris, Fayard, 1983, p. 107-108.
  • [9]
    Régine Robin, Le Réalisme socialiste : une esthétique impossible, Paris, Payot, 1986, p. 38-65 ; Michel Aucouturier, op. cit., p. 58-60.
  • [10]
    Vladimir Miguev, op. cit., p. 20.
  • [11]
    Ibid. ; Josef Krulic, op. cit., p. 78 ; « Salutul CC al PMR adresat Conferintei scriitorilor din RPR », Scinteia, 1385, 26 mars 1949, p. 1.
  • [12]
    Anne-Marie Thiesse et Nathalia Chmatko, « Les nouveaux éditeurs russes », Actes de la recherche en sciences sociales, 126-127, 1999, p. 75-90, p. 75.
  • [13]
    Carl Tighe, op. cit., p. 81.
  • [14]
    John et Carol Garrard, Inside the Soviet Writers’ Union, New York, Collier Macmillan Publishers, 1990, p. 3.
  • [15]
    AUER, statut de l’Union des écrivains de Roumanie, 1969, p. 1, ; voir aussi, pour le cas bulgare, Vladimir Miguev, op. cit., p. 65.
  • [16]
    John et Carol Garrard, op. cit., p. 3.
  • [17]
    Nous avons utilisé les statuts de l’Union des écrivains de la Roumanie, retrouvés dans ses archives. Nous avons également pu retrouver des études qui décrivent en détail la structure de l’Union des écrivains en URSS, en Bulgarie et en Pologne révélant de fortes similitudes avec le cas roumain : Antoine Baudin, Le Réalisme socialiste soviétique de la période jdanovienne (1947-1953), Bern, Peter Lang, 1998, vol. 2 ; John et Carol Garrard, op. cit. ; Lubov Panova, op. cit. ; Vladimir Miguev, op. cit. ; Carl Tighe, op. cit.
  • [18]
    Antoine Baudin, op. cit., p. 17.
  • [19]
    Ibid.
  • [20]
    Sandrine Kott, Le Communisme au quotidien : les entreprises d’État dans la société est-allemande, Paris, Belin, 2001, p. 34-39.
  • [21]
    Entretien de groupe avec les membres de la Rédaction de la revue roumaine Romania literara : Adriana Bittel, Alex Stefanescu, George Dimisianu, Ioana Parvulescu, Bucarest, le 27 juillet 1999 ; entretien avec Augustin Buzura, Bucarest, le 6 novembre 2003 ; des archives montrent cet aspect : note adressée à l’Inspectorat de la milice de Bucarest, le 4 septembre 1982, par le vice-président de l’Union des écrivains de Roumanie, Laurentiu Fulga ; AUER, dossier 31 « Correspondance de l’UE 1970-1989 » ; et Mihai Pelin (dir.), Cartea Alba a Securitatii, Istorii literare si artistice. 1969-1989, Bucarest, Presa Romaneasca, 1996, p. 326-327.
  • [22]
    Mihai Dinu Gheorghiu, « Le champ littéraire et ses institutions internationales », Liber, 28, 1996, p. 10 ; Carl Tighe, op. cit., p. 70-71.
  • [23]
    Vitali Chentalinski, La Parole ressuscitée : dans les archives littéraires du KGB, Paris, Robert Laffont, 1993, p. 391-393.
  • [24]
    Antoine Baudin, op. cit., p. 14-15.
  • [25]
    Lubov Panova, op. cit., p. 25.
  • [26]
    Claude Pennetier et Bernard Pudal, Autobiographies, autocritiques, aveux dans le monde communiste, Paris, Belin, 2002, p. 26.
  • [27]
    Antoine Baudin, op. cit., p. 23.
  • [28]
    Entretien avec Mihai Dinu Gheorghiu, Paris, le 22 décembre 1999.
  • [29]
    Entretien avec George Astalos, Paris, le 22 mars 2000.
  • [30]
    Entretien avec A. (anonyme), écrivain roumain, Bucarest, le 23 septembre 2001.
  • [31]
    Antoine Baudin, op. cit., p. 22.
  • [32]
    Michel Aucouturier, op. cit., p. 61.
  • [33]
    Václav Havel, Interrogatoire à distance : entretien avec Karel Hvizdala, La Tour d’Aigues, L’Aube, 1989, p. 68-69 et p. 80.
  • [34]
    Guéorgui Marcov, Zadotchni reportaji za Balgaria, Sofia, Profizdat, 1990, p. 137 ; Pierre Buhler, op. cit., p. 270 ; Vladimir Miguev, op. cit. ; John et Carol Garrard, op. cit. ; Czeslaw Milosz, La Pensée captive : essai sur les logocraties populaires, Paris, Gallimard, 1953 ; Miklos Haratzi, L’Artiste d’État : de la censure en pays socialiste, Paris, Fayard, 1983.
  • [35]
    AUER, « Recueil d’actes normatifs, 3 », décret n° 31 du 29 janvier 1949.
  • [36]
    Ibid. ; voir aussi Antoine Baudin, op. cit., p. 16.
  • [37]
    Antoine Baudin, op. cit., p. 17.
  • [38]
    AUER, dossier « Secrétariat 1967, janv.-juin », rapport présenté devant le Comité de l’Union des écrivains par Zaharia Stancu dans la séance plénière du 21 février 1967.
  • [39]
    Michel Aucouturier, op. cit., p. 61 ; Serguei Borovikov, « La province après le dégel », Esprit, juillet 1996, p. 146 ; Miklos Haratzi, op. cit., p. 101.
  • [40]
    Miklos Haratzi, op. cit., p. 9 et p. 85 ; Michel Aucouturier, op. cit., p. 61 ; Serguei Borovikov, op. cit., p. 146 ; Nicole Gabriel, « Chute du Mur, déchéance de l’écrivain ? De Prométhée à Schlemihl : figures d’écrivains à l’Est de l’Allemagne », Tumultes, 12, 1999, p. 157-177, p. 159 ; Pierre Buhler, op. cit., p. 270 ; Guéorgui Marcov, op. cit., p. 179 ; Zaharia Stancu, « Spre un nou avint al creatiei literare », Viata Romaneasca, 3-4, 1949, p. 207.
  • [41]
    Nicole Gabriel, op. cit., p. 159.
  • [42]
    Sheila Fitzpatrick, Le Stalinisme au quotidien : la Russie soviétique dans les années 30, Paris, Flammarion, 2002, p. 146-153.
  • [43]
    Pierre Buhler, op. cit., p. 270.
  • [44]
    Guéorgui Marcov, op. cit., p. 160.
  • [45]
    Ibid., p. 142 ; Pierre Buhler, op. cit., p. 270 ; Carl Tighe, op. cit., p. 82 ; John et Carol Garrard, op. cit., p. 2.
  • [46]
    Guéorgui Marcov, op. cit., p. 142.
  • [47]
    Miklos Haratzi, op. cit., p. 101-102.
  • [48]
    Antoine Baudin, op. cit., p. 42.
  • [49]
    Michel Aucouturier, op. cit., p. 90 ; Sheila Fitzpatrick, op. cit., p. 164.
  • [50]
    Vladimir Miguev, op. cit., p. 65.
  • [51]
    Guéorgui Marcov, op. cit., p. 158 ; Antoine Baudin, op. cit., p. 17 ; Miklos Haratzi, op. cit., p. 85 ; Václav Havel, op. cit., p. 79-80 ; Serguei Borovikov, op. cit., p. 147.
  • [52]
    Voir Pierre Bourdieu, « Le champ littéraire », Actes de la recherche en sciences sociales, 89, 1991, p. 4-46.
  • [53]
    Cette caractéristique n’est pas propre aux espaces littéraires sous le communisme, mais se rencontre partout où se produit une situation de forte contrainte politique, comme l’a déjà démontré Gisèle Sapiro dans son étude sur le comportement des écrivains français sous l’Occupation (Gisèle Sapiro, La Guerre des écrivains 1940-1953, Paris, Fayard, 1999).
  • [54]
    Gisèle Sapiro et Boris Gobille, « Propriétaires ou travailleurs intellectuels ? Les écrivains français en quête d’un statut », Le Mouvement social, 214, 2006, p. 113-139.
  • [55]
    Certains écrivains roumains ont insisté sur ce point pendant les entretiens.
  • [56]
    C’est le terme « méthode » que les activisites culturels employaient lorsqu’ils faisaient référence au réalisme socialiste.
  • [57]
    Michel Aucouturier, op. cit., p. 4 ; Stanko Lasic, Les Intellectuels et la contrainte idéologique : conflits internes de la gauche littéraire yougoslave, Paris, Denoël, 1974, p. 55 ; Vladimir Miguev, op. cit., p. 68 ; Czeslaw Milosz, Histoire de la littérature polonaise, Paris, Fayard, 1986, p. 613 ; Miklos Molnar, La Démocratie se lève à l’Est. Société civile et communisme en Europe de l’Est : Pologne et Hongrie, Paris, PUF, 1990, p. 144-157 ; Koço Bihiku, op. cit., p. 160. En Roumanie, le réalisme socialiste est inscrit, comme en URSS, dans le premier article du statut de l’Union des écrivains adopté à sa conférence de fondation en 1949 (Ion Ianosi, « Uniunea Scriitorilor in sistemul culturii socialiste si segmentul literar in tranzitia romaneasca », in Adrian Miroiu (dir.), Institutii in tranzitie, Bucarest, Paideia, 2003, p. 277).
  • [58]
    Michel Aucouturier, op. cit., p. 84-88.
  • [59]
    Archives nationales historiques centrales de Roumanie (ANHCR), fonds du ministère des Arts et des Informations (MAI), direction littéraire, dossier 197/1948, p. 47-52.
  • [60]
    ANHCR, fonds du Comité central du parti communiste roumain, chancellerie, procès-verbal n° 10 de la séance du secrétariat du Comité central du parti roumain des travailleurs, 6 septembre 1948, dossier n° 26/1948, p. 2.
  • [61]
    ANHCR, MAI, Direction littéraire, dossier 197/1948, p. 47-52.
  • [62]
    Ioana Popa, « Le réalisme socialiste, un produit d’exportation politico-littéraire », Sociétés & Représentations, 15, 2002, p. 261-292, p. 262-265.
  • [63]
    MAI, Direction littéraire, ANHCR, tableau numérique avec les livres de littérature, 1944-1 novembre 1948, dossier n° 198/1948, p. 34-45.
  • [64]
    Ioana Popa, op. cit., p. 262.
  • [65]
    Stefan Druia, « Realizarile si lipsurile Scolii de literatura si critica literara Mihail Eminescu », Contemporanul, 220, 1950, p. 2. Nous avons analysé cette école dans « L’écrivain de parti : l’École de littérature et de critique littéraire Mihai Eminescu », Romanian Political Science Review : Studia Politica, 4 (4), 2004, p. 873-884 ; voir aussi Radu Bilbiie, Istoria unui experiment esuat, Bucarest, Societatea Scriitorilor Militari, 2004.
  • [66]
    Antoine Baudin, op. cit., p. 20.
  • [67]
    Mihai Dinu Gheorghiu, « Les métamorphoses de l’agit-prop. Les institutions de contrôle des intellectuels par les partis communistes et leurs transformations après 1989: le cas des écoles de parti », thèse de doctorat de sociologie, EHESS, Paris, 1997, p. 324.
  • [68]
    Antoine Baudin, op. cit., p. 20.
  • [69]
    Guéorgui Tzanev (dir.), Retchnik na balgarskata literatura, Sofia, Balgarska Akademya na Naukite, 1976, vol. 1, p. 337 et p. 352.
  • [70]
    Ismaïl Kadaré, Dialogue avec Alain Bosquet, Paris, Fayard, 1995, p. 16-21.
  • [71]
    Nous avons pu retrouver des conventions de collaboration que l’Union des écrivains de Roumanie a signées en 1966 avec l’Union des écrivains des pays suivants : Yougoslavie, Bulgarie, URSS, Hongrie et Tchécoslovaquie. (AUER, dossier « CSCA [Conseil d’État pour la culture et l’art], 1966 »)
  • [72]
    AUER, dossier « R. P. Hongroise, 1966 », note n° 7121, 10 mai 1966 ; dossier « CSCA, 1966 », note n° 7688, 18 juillet 1966.
  • [73]
    AUER, dossier « CSCA, 1966 », situation des arrivées en Roumanie en 1966, 14 novembre 1966.
  • [74]
    AUER, information tirée de la séance du Bureau de l’Union des écrivains de Roumanie du 6 février 1968, p. 12 ; voir aussi Lubov Panova, op. cit., p. 34.
  • [75]
    Observation de Lubov Panova (ibid.) qui fait référence aux délégations d’écrivains bulgares. Les archives de l’Union des écrivains de Roumanie relèvent la même situation et, selon les personnes arrivées en Roumanie, le constat semble valable pour les autres unions.
  • [76]
    Lubov Panova, op. cit., p. 34.
  • [77]
    Danielle Risterucci-Roudnicky, France-RDA : anatomie d’un transfert littéraire, 1949-1990, Bern, Peter Lang, 1999, p. 243-245.
  • [78]
    Par exemple, en Roumanie, à l’occasion du centenaire du poète George Cosbuc ou en URSS pour le centenaire de Maxime Gorki. (Dossier « CSCA, 1966 », note n° 7791/9, août 1966, adressée au CSCA par l’Union des écrivains de Roumanie ; et dossier « 1966-URSS », note n° 7905, 27 août 1966, lettre adressée par l’Union des écrivains à l’Union des écrivains de l’URSS ; AUER, réunion du Bureau de l’Union des écrivains de Roumanie du 9 avril 1968, p. 41)
  • [79]
    AUER, dossier « R. P. Hongroise», note n° 7925/29, août 1966 ; et note n° 7483, 18 juin 1966.
  • [80]
    AUER, information tirée de la réunion du Bureau de l’Union des écrivains de Roumanie du 9 avril 1968, p. 41.
  • [81]
    AUER, dossier 31 « Correspondance de l’Union des écrivains, 1970-1981 ».
  • [82]
    AUER, dossier « CSCA, 1966 », note n° 7177, 14 mai 1966, adressée au CSCA par l’Union des écrivains de Roumanie.
  • [83]
    Lubov Panova, op. cit., p. 12.
  • [84]
    AUER, dossier « R. P. Hongroise 1966 », note n° 8041, 14 septembre 1966.
  • [85]
    AUER, dossier « Secrétariat 1967, janv.-juin », séance du Bureau de l’Union des écrivains de Roumanie, 10 janvier 1967, p. 2.
  • [86]
    AUER, dossier « 1966-URSS », lettre de l’Union des écrivains de l’URSS adressée à l’Union des écrivains, 15 juillet 1966.
  • [87]
    L’arrestation et le procès des écrivains Siniavski et Daniel ont lieu en 1966. Siniavski avait publié sous pseudonyme un essai clandestin « Qu’est-ce que le réalisme socialisme ? » en 1957 à Paris dans Kultura où il contestait le réalisme socialiste, ce qui lui vaudra sept ans de détention : Michel Aucouturier, op. cit., p. 111-119.
  • [88]
    AUER, dossier « 1966, SUA, Congrès PEN », 34e Congrès du PEN-club international, à New York, du 12 au 19 juin 1966.
  • [89]
    AUER, dossier « CSCA, 1966 », p. 3, note adressée par l’Union des écrivains de Roumanie à Pompiliu Macovei, président du CSCA, 18 mars 1966.
  • [90]
    Pour une analyse nuancée de cet aspect, voir Catherine Durandin et Despina Tomescu, La Roumanie de Ceausescu, Paris, Guy Epaud, 1988 ; et Vladimir Tismaneanu, Stalinism for all Seasons : A Political History of Romanian Communism, Berkeley, University of California Press, 2003.
  • [91]
    AUER, dossier « 1966-URSS », note n° 8323/ 4 octobre 1966 adressée à l’Union des écrivains de Roumanie par le ministère des Affaires étrangères.
  • [92]
    Information sur la participation de la délégation de l’Union des écrivains aux manifestations organisées à Moscou à l’occasion des Journées de la poésie soviétique. (Ibid.)
  • [93]
    Cité in Ovidiu S. Crohmalniceanu, « Cind criticul… », Romania literara, 22, 1975, p. 8.
  • [94]
    Ibid.
  • [95]
    Rodica Chelaru, Culpe care nu se uita : convorbiri cu Cornel Burtica, Bucarest, Curtea-Veche, 2001, p. 82.
  • [96]
    AUER, réunion du Bureau de l’Union des écrivains de Roumanie du 6 février 1968, p. 12-17.
  • [97]
    Alexandre Soljenitsyne, Le Chêne et le veau : esquisses de la vie littéraire, Paris, Seuil, 1975, p. 443-447 ; Michel Aucouturier, op. cit., p. 119.
  • [98]
    Fernando Claudin, L’Opposition dans les pays du « socialisme réel » : Union soviétique, Hongrie, Tchécoslovaquie, Pologne, 1953-1980, Paris, PUF, 1983, p. 97. Voir aussi sur le combat des dissidents soviétiques, Cécile Vaissié, Pour votre liberté et pour la nôtre, Paris, Robert Laffont, 1999.
  • [99]
    Ibid., p. 55.
  • [100]
    Séance du Bureau de l’Union des écrivains de Roumanie du 9 avril 1968.
  • [101]
    « Rolul Uniunii Scriitorilor », Romania literara, 2, 17 octobre 1968, p. 10.
  • [102]
    Fernando Claudin, op. cit., p. 248-250 ; voir aussi Pierre Grémion, Paris-Prague : la gauche face au renouveau et à la régression tchécoslovaques (1968-1978), Paris, Julliard, 1985, p. 239.
  • [103]
    Fernando Claudin, op. cit., p. 211, p. 249 et p. 251 ; Pierre Grémion, op. cit., p. 239.
  • [104]
    Virgil Tanase, « Dossier Paul Goma : l’écrivain face au socialisme du silence », Cahiers de l’Est, Paris, Albatros, 1977.
  • [105]
    La question d’un « transfert » doublé d’« innovations » et d’« hétérogénéités » de l’influence des spécificités nationales, politiques, socio-économiques, culturelles et territoriales sur la reproduction du modèle soviétique dans divers domaines des sociétés socialistes a été soulignée dans la présentation, les exposés et les débats de la conférence « Trajectoires communes, trajectoires singulières dans l’Europe (post-)socialiste », organisée par Centre Marc-Bloch de Berlin, en collaboration avec l’Université d’Europe de Viadrina et le Centre Géophile de l’ENS-LSH de Lyon, à Berlin et à Prague, les 29 juin-3 juillet 2004.

1Les régimes communistes ont toujours considéré que les écrivains devaient jouer un rôle éminent dans la société socialiste. L’Union des écrivains devait d’ailleurs aider les auteurs, déchargés de toute préoccupation matérielle, à accoucher de leurs œuvres, tout en assurant le contrôle du parti sur les auteurs. Ce modèle commun à toutes les démocraties populaires, a-t-il pour autant assumé la cohésion du bloc soviétique ? ou au contraire rendu plus lisible les différences, voire les conflits qui pouvaient opposer les pays frères ?

2« La littérature doit aider l’État », proclamait Andreï Jdanov à Moscou? [1]. Les autres idéologues ou représentants des partis communistes renchérissent : la littérature doit aider le parti à construire la nouvelle société, éduquer le peuple et se mettre complètement à son service? [2]. De ces exhortations découlent les fonctions de la littérature et de l’écrivain dans les pays communistes. Au regard d’autres sociétés, la littérature acquiert à l’Est une fonction d’« arme de lutte », idéologique et politique, une fonction éducative et de propagande, de légitimation des nouveaux régimes politiques. « Cet État mécène, nullement désintéressé, offre à l’artiste, à l’écrivain, une position extraordinaire : celle d’un “ingénieur des âmes”, selon l’expression de Staline, investi d’une mission politique de la plus haute importance, changer l’ordre du monde », résume Pierre Buhler? [3].

3Les politiques culturelles des États communistes accordent donc une place centrale à l’écrivain. Elles entendent unifier et homogénéiser les communautés des gens de lettres pour les orienter plus facilement vers ces fonctions idéologiques tout en les contrôlant. Ces objectifs entraînent la création d’une institution littéraire monopolistique, l’Union des écrivains. Créé en Union soviétique en 1932? [4], ce modèle institutionnel est reproduit après la Seconde Guerre mondiale dans tous les pays d’Europe centrale et orientale passés sous régime communiste. Toute autre forme d’organisation des écrivains est désormais exclue. Les anciennes sociétés des écrivains sont soit liquidées, soit restructurées afin d’adopter le modèle soviétique? [5]. En l’absence d’organisation préexistante, comme en Albanie, on assiste à une création ex nihilo? [6].

4Pourtant, l’étude des unions des écrivains dans le temps fait apparaître certaines variations par rapport au modèle soviétique qui diffèrent selon les périodes et les pays. Ces institutions représentent, de ce fait, un lieu particulièrement propice pour questionner les significations et la pertinence de la notion de bloc soviétique.

« L’artiste citoyen »

5Si les écrivains doivent « changer l’ordre du monde », leur statut matériel est particulièrement amélioré en Europe de l’Est. « Si vous avez besoin du soutien de l’État, demandez-le ! », disait Tito aux écrivains yougoslaves? [7]. Cette « attention flatteuse? [8] » dont bénéficient les auteurs et leurs créations est annoncée dès les premiers congrès des écrivains. Tout comme à Moscou en 1934, lors du premier congrès des écrivains soviétiques? [9], les manifestations qui officialisent, après la guerre, les nouvelles unions des écrivains se déroulent, bien qu’à une échelle plus modeste, dans la même ambiance de faste et de pompe, digne de l’importance accrue que les pouvoirs communistes allaient accorder aux gens de lettres. La forte participation des écrivains, des collègues invités de l’étranger, des pays-frères mais aussi des écrivains occidentaux de gauche, des délégations d’ouvriers, de paysans copie fidèlement la mise en scène soviétique. À la conférence nationale des écrivains bulgares assistent ainsi Mihail Sadoveanu, l’un des futurs présidents de l’Union roumaine des écrivains, Ivo Andric, qui représente les écrivains de Yougoslavie et Alekseï Surcov et Ilya Ehrenbourg de l’Union soviétique des écrivains? [10]. Les représentants des partis communistes (Tito en personne en Yougoslavie, le secrétaire général du parti communiste roumain Gheorghiu-Dej, Valko Tchervenkov en Bulgarie) honorent de leur présence ces manifestations présidées par les « grands écrivains » du moment, pour renforcer par leurs discours les espoirs placés dans la future littérature? [11].

6« Hautement valorisée », la littérature est aussi « étroitement contrôlée »? [12]. La subordination politique des unions des écrivains est exprimée explicitement à maintes reprises, bien que celles-ci ne soient pas officiellement des organisations communistes? [13]. On peut les intégrer sans être membre de parti? [14], mais l’Union des écrivains « mène son activité sous la tutelle directe du parti communiste, force dirigeante de toute notre société », comme le stipule le statut de l’Union roumaine? [15].

Structure et fonctionnement

7Fortement bureaucratisées, les unions des écrivains imitent là encore l’institution soviétique, dont la structure est, à son tour, « semblable à celle du parti? [16] ». Selon ses statuts? [17], l’Union des écrivains est dirigée par un président qu’assistent un ou plusieurs vice-présidents et des secrétaires, dont un secrétaire général. Ceux-ci représentent la direction de l’Union à côté d’un Bureau, qui assure aussi les relations de l’Union des écrivains avec le pouvoir politique. Si l’on descend dans la hiérarchie, un Conseil dirige l’activité de l’Union des écrivains sur tous les plans et élit à bulletin secret le Bureau, les sections de création et diverses commissions. Les sections de création, constituées en fonction du genre littéraire ont, en Roumanie comme ailleurs, le même rôle qu’en URSS : « assister l’écrivain aux différents stades de son travail » « jusqu’à la critique de son manuscrit et/ou de l’œuvre déjà publiée »? [18]. Elles sont « en quelque sorte la première instance d’orientation, d’application des normes idéologico-esthétiques et de contrôle de la production littéraire? [19] ». Les commissions remplissent diverses tâches professionnelles ou administratives : admission de nouveaux membres, attribution des prix, relations externes, découverte et direction des jeunes écrivains… Comme dans toute entreprise socialiste? [20], fonctionne aussi auprès de l’Union des écrivains une Organisation de base du parti communiste, à laquelle appartiennent les écrivains membres du parti. Si l’Union des écrivains siège dans la capitale, elle dispose de filiales dans toutes les villes importantes du pays, voire – en URSS, en Tchécoslovaquie et en Yougoslavie – dans les républiques ou les régions.

8Cette structure pyramidale engendre souvent des conflits entre le Conseil de l’Union et son Bureau. En effet, le pouvoir a intérêt à faire appliquer ses dispositions littéraires par les personnes les plus fidèles à sa politique. Malgré les statuts, l’immixtion politique dans les élections des membres du Bureau et notamment du président, des vice-présidents et des secrétaires de l’Union des écrivains est plus manifeste que dans les processus électifs qui décident des membres du Conseil – constante pour toute la période communiste? [21]. La règle générale veut que les personnes situées au plus haut de la hiérarchie soient aussi membres des partis communistes, voire de leur Comité central ou qu’elles soient nommées directement par les comités centraux? [22]. En URSS, Maxime Gorki, le premier président de l’Union des écrivains est, on le sait, l’un des proches de Staline? [23] ; Aleksandr Fad?ev, secrétaire général de l’institution entre 1946 et 1953, siège au Comité central du parti communiste d’Union soviétique, tout comme Alekseï Surcov qui lui succède? [24]. En Bulgarie, le président est « élu officiellement après avoir été désigné par Todor Jivkov? [25] ».

Être membre d’une Union

9Conformément aux statuts de l’Union des écrivains de Roumanie, pour devenir membre de l’institution, il faut présenter, outre ses publications, une fiche biographique – qui s’inscrit parfaitement dans « les pratiques d’encadrement biographique » des pays de l’Est évoquées par Claude Pennetier et Bernard Pudal? [26] –, accompagnée d’un mémoire concernant son activité littéraire, et avoir obtenu la recommandation écrite de trois membres de cette institution. La pratique contredit pourtant ces stipulations, l’accès à l’Union des écrivains étant en réalité assez ambigu, et pas seulement en Roumanie. Étudiant le cas soviétique, Antoine Baudin constate que « l’on ignore à peu près tout des pratiques réelles d’admission et des parts respectives du mérite politique et de la qualité littéraire? [27] ». D’après nos recherches sur le cas roumain, l’entrée dans l’Union des écrivains est inégalement difficile en fonction des périodes : elle double ses effectifs au cours des années 1960 et 1970, mais réduit le nombre d’admissions dans la dernière décennie communiste. Le renforcement des contraintes politiques conduit à ajouter des critères supplémentaires d’admission, comme l’obligation d’« avoir un lieu de travail » (statut de 1977) ou une recommandation du parti (condition non écrite, mais imposée aux candidats? [28]). Parmi les personnes que nous avons interrogées, un bon nombre d’écrivains ne se rappellent pas avec précision la date à laquelle ils sont devenus membres de l’Union, ni les conditions exactes nécessaires lors de leur entrée dans cette institution. Les critères nécessaires changent apparemment en fonction de chaque situation, le nombre de volumes publiés imposé variant – mais « on peut devenir membre de l’Union sans avoir rien publié? [29] », car, au final, « la condition la plus importante pour en faire partie était d’y avoir des pistons? [30] ». À l’inverse, un écrivain prometteur peut être invité à s’y inscrire sans nécessairement se soumettre à toutes les formalités bureaucratiques.

10Les écrivains tentent d’intégrer l’Union de leur pays, avant tout parce qu’en dehors de l’institution « il n’y a pas de pratique littéraire? [31] » ou, pour mieux dire, il n’y a pas de pratique littéraire reconnue officiellement. Le monopole que l’Union détient sur chacun des espaces littéraires nationaux est assuré par son fort appareil de diffusion : elle possède sa maison d’édition, ses revues, ses journaux? [32]. Aussi, même si l’écrivain veut s’en tenir à l’écart, à l’instar de Václav Havel qui avoue avoir détesté l’institution, il est en quelque sorte obligé de l’intégrer? [33]. L’Union des écrivains offre en outre à ses membres une gamme diverse de reconnaissances symboliques, qui vont des lectures et conférences devant de larges auditoires aux postes éminents dans l’espace littéraire, culturel et politique (ministres, députés, diplomates), en passant par les traductions à l’étranger et les prix littéraires? [34]. À ce prestige immédiat s’ajoutent des profits matériels considérables qui renforcent ce statut privilégié, a fortiori dans des sociétés communistes où règne la pénurie. Les droits d’auteurs, considérables à l’époque, sont complétés par une source financière qui semble inépuisable : auprès de toutes les unions des écrivains fonctionne un fonds littéraire, né sur l’initiative des partis communistes, qui aide matériellement les auteurs? [35]. Ce « fonds de secours mutuel » est alimenté par les cotisations (symboliques) de ses membres, par le budget d’État et par des prélèvements sur les droits d’auteurs? [36]. Il accorde des prêts de création, à long terme et sans intérêts, considérés comme des avances sur le travail à venir. Ces prêts ne mènent pas toujours aux résultats littéraires escomptés? [37] et deviennent autant de dettes accumulées par les écrivains dont le recouvrement constituera progressivement un problème pour les responsables du fonds? [38]. Cette manne assure également des aides et pensions de retraites – en cas de maladie, d’invalidité, d’incapacité de travailler –, des bourses d’étude ou des aides à la documentation dans ou hors du pays, et gère l’assistance sociale et médicale pour les membres et leur famille? [39]. Dans le même temps, l’Union des écrivains met à la disposition de ses membres des maisons, pour favoriser leur activité de création ou leur permettre de se reposer. Qu’elles soient situées à la campagne, à la mer ou à la montagne, voire dans des stations de luxe, les prix payés sont toujours dérisoires? [40].

11Le statut de membre de l’Union des écrivains ouvre l’accès à d’autres privilèges inaccessibles pour la grande majorité de la population. Ainsi, en RDA, « dans la société de pénurie des années 1950 », une fois admis dans l’Union, l’écrivain « a droit à un logement, une ration de charbon supérieure à celle du reste de la population », « peut voyager à l’étranger et disposer de devises »? [41]. De 1929 à 1934, période caractérisée en URSS par la pénurie, les rationnements, les appartements communautaires surpeuplés et les files d’attente interminables, les écrivains comptent parmi les bénéficiaires de rations alimentaires « académiques », de mètres carrés supplémentaires, de trente datchas de quatre-cinq pièces chacune dans le célèbre « village des écrivains » de Peredelkino? [42]. Les écrivains polonais connaissent des « appartements confortables? [43] », les écrivains roumains et bulgares étant logés dans les endroits les plus recherchés de Bucarest ou de Sofia? [44]. L’approvisionnement privilégié dans des magasins alimentaires à régime spécial, dans les restaurants et aux clubs des écrivains? [45], la possibilité d’acheter une voiture dans un délai plus court par rapport à d’autres catégories sociales? [46] comptent également parmi les aspects qui améliorent sensiblement le quotidien des écrivains.

12Les prix littéraires, qui se multiplient à l’époque communiste, jouent également un rôle important. Aux côtés des prix de l’Union des écrivains dont l’aspect matériel complète la valeur symbolique existent aussi prix, médailles et distinctions qu’attribuent divers organismes : conseils locaux, régionaux ou festivals. Les prix d’État sont accordés aux auteurs les plus fidèles en Roumanie, en Pologne et en Tchécoslovaquie, et leur valeur matérielle est loin d’être négligeable. En Hongrie, le prix Kossuth est décerné tous les trois ans? [47]. Distribué annuellement entre 1941 et 1952? [48] par les unions de créateurs soviétiques, les prix Staline obéissent à des choix « ratifiés [et parfois modifiés] par le dictateur en personne? [49] » ; en Bulgarie, les prix Dimitrov sont décernés annuellement à partir de 1950 conformément aux choix opérés par le secteur Art et Culture auprès du Comité central du parti communiste? [50].

13Si la cotisation de membre à l’Union des écrivains offre la possibilité d’accéder aux ressources de l’institution, elle ne donne cependant pas la certitude d’en profiter de manière égale. Les fonctions plus ou moins importantes dans l’espace littéraire et au sein de l’Union des écrivains, le degré de notoriété, le genre littéraire pratiqué, l’appartenance au « centre » ou à une filiale régionale ou provinciale de l’Union, les postes politiques ou les relations personnelles avec ceux qui détiennent un accès direct aux ressources engendrent des inégalités entre les écrivains, parmi lesquels se détache, dans chaque institution, un « cercle de privilégiés? [51] ». La richesse matérielle de l’Union et les avantages symboliques qu’elle peut procurer à ses membres suscitent, par ces différences, mécontentements et rivalités internes. Les luttes pour les positions importantes, inhérentes aux espaces littéraires? [52], sont, de ce fait, accrues et exacerbées en Europe de l’Est? [53].

14Par rapport à d’autres régimes? [54], les pouvoirs communistes assignent donc à la profession d’écrivain une position centrale, qui se traduit par l’amélioration significative de leurs conditions de vie et de travail, au prix d’une forte mobilisation financière étatique. Toutefois, en raison des énormes subsides alloués à la littérature, les États communistes entendent modifier la fonction de l’écrivain : libérés des contraintes du marché, réunis dans une institution unique, soumis au contrôle du pouvoir, ces derniers doivent désormais se mettre au service du public, ce qui signifie, dans ce contexte, au service de la propagande du régime. La création des unions correspond bien davantage à une volonté politique (elles sont d’ailleurs issues de décisions politiques) qu’aux canons des professionnels contraints de les intégrer. Ni les fonctions, ni le fonctionnement de ces institutions ne traduisent le souhait unanime des auteurs de se grouper sous leur tutelle? [55]. Après 1989, de nombreux écrivains quittent d’ailleurs les unions, contestant leur caractère d’institution professionnelle représentative.

Les relations de collaboration entre unions

15L’implantation du modèle soviétique de l’Union des écrivains, son assimilation et sa préservation à l’Est sont assurées par les intenses relations de collaboration que développent les institutions pendant toute la période communiste. Des écrivains « représentatifs » participent à tour de rôle aux événements les plus importants des institutions-sœurs, à commencer par leur premier congrès. Dans le même temps, le réalisme socialiste, « méthode? [56] » de création adoptée tôt ou tard par toutes les unions des écrivains? [57], s’impose avant tout par l’énonciation de ses principes tels qu’exprimés en URSS. En Roumanie, par exemple, les articles soviétiques, les décisions et les rapports politiques sur le réalisme socialiste, de même que des comptes rendus des réunions des écrivains soviétiques sont prestement publiés. À titre d’exemple, le Rapport Jdanov et la Résolution du Comité central du parti communiste d’Union soviétique sur les revues Zvezda et Leningrad – critiquées pour avoir publié des œuvres « étrangères à la littérature soviétique? [58] » – sont largement popularisés, afin de « vaincre la résistance de ceux qui ont essayé de se cramponner aux théories caduques de “l’art pour l’art”? [59] ». Dans la période stalinienne, les principes énoncés par Andreï Jdanov sur la littérature s’imposent en Roumanie comme dans les autres démocraties populaires? [60]. Des ouvrages russes centrés sur l’analyse des problèmes d’art et de littérature « par le biais des principes marxistes-léninistes » sont également traduits. L’ouvrage de Lénine intitulé Sur la littérature? [61] en constitue un exemple majeur.

16La connaissance réciproque des littératures nationales est assurée par le biais des traductions, conclues grâce à des accords entre les unions. Cette politique entraîne, pour la première décennie communiste, une circulation intense d’ouvrages réalistes socialistes, avant tout soviétiques? [62].

17En Roumanie, cette tâche est principalement assumée par les Éditions du livre russe. Dans la période 1944-1948, cent quatre-vingt-huit livres de littérature classique russe et soviétique ont été publiés en Roumanie. Les trois volumes du Don paisible de Mikhaïl Cholokhov sont tirés à plus de dix mille exemplaires, La Mère de Maxime Gorki à dix mille, et La Guerre d’Ilya Ehrenbourg à cinq mille. Réédité, Et l’acier fut trempé de Nikolaï Ostrovski connaît des tirages de seize mille exemplaires? [63]. Selon les données recueillies par Ioana Popa? [64], entre 1945 et 1946, sept cent quarante-et-un titres de littérature soviétique sont déjà traduits en Tchécoslovaquie. En 1949, ils représentent plus de la moitié des traductions faites en Hongrie, alors qu’en Pologne ils dépassent un tiers en 1949 et atteignent presque les deux tiers en 1951.

18Un autre objectif de la coopération des unions des écrivains réside dans le souci de former des « écrivains nouveaux », suivant, ici encore, le modèle soviétique. En 1950 s’ouvre à Bucarest l’École de littérature et de critique littéraire Mihai Eminescu – inspirée de l’Institut Maxime Gorki de Moscou? [65] –, qui entendait former des écrivains au moyen d’un enseignement littéraire assuré par des personnalités de la littérature russe, doublé d’une formation idéologique? [66]. En 1955, la RDA reprend le modèle et fonde à Leipzig l’Institut pour la littérature Johannes R. Becher? [67]. L’Institut Gorki forme non seulement les écrivains de l’URSS, mais aussi des écrivains prometteurs de ses pays satellites? [68]. Les Bulgares Blaga Dimitrova et Gyorgy Djagarov, ce dernier devenant un des présidents de l’Union des écrivains? [69], ou l’Albanais Ismaïl Kadaré? [70] ont par exemple participé à cette expérience.

19À partir des années 1960, la coopération des unions est réglementée par des conventions de collaboration? [71]. À ce niveau, tout semble se dérouler d’une manière harmonieuse. Ces conventions prévoient des échanges annuels réciproques entre des délégations d’écrivains et de traducteurs pour une période allant de trois semaines à deux mois, et des échanges d’information concernant les manifestations littéraires importantes ainsi que les dernières parutions éditoriales de chaque pays, l’envoi réciproque des revues littéraires et des échanges entre leurs représentants. Les archives mentionnent par exemple des collaborations entre Secolul XX (revue roumaine) et Navyvilag (revue hongroise), entre la Liternaturnaia Gazeta soviétique et la Gazeta literara de Bucarest? [72]. S’ajoutent l’envoi réciproque des traductions d’ouvrages et articles et la « popularisation » des invités par des reportages, des interviews et des publications dans la presse du pays d’accueil. Au cours de la seule année 1966, au chapitre des arrivées en Roumanie, l’Union des écrivains enregistre douze actions réalisées avec les pays socialistes contre quatre avec les autres pays, dans le cadre des accords culturels? [73].

20Outre ces échanges, les unions organisent annuellement et à tour de rôle des réunions avec leurs représentants? [74]. L’organisation de ces rencontres, mise au point dans les réunions de leurs Bureaux, relève des responsables de l’activité internationale des unions. En principe, les délégations sont formées de sorte qu’elles transmettent « correctement » à l’extérieur l’activité et le point de vue de chaque institution. La délégation « idéale » comprend à la fois de jeunes écrivains « prometteurs » et des écrivains consacrés. La filiation est ainsi assurée sans compromettre pour autant les réunions en n’invitant que des « noms obscurs? [75] ».

21Accords culturels bilatéraux exceptés, les délégations des unions se réunissent également dans une formule élargie à l’occasion des festivals, symposiums, conférences, tels que le Festival de poésie de Struga en Yougoslavie, les réunions internationales de Sofia? [76], la conférence des éditeurs de 1957 de Leipzig – lors de laquelle les pays socialistes décident de s’informer réciproquement des traductions mises en œuvre – qui établit entre autres? [77] les centenaires des écrivains « nationaux »? [78], les Journées de la poésie à Budapest? [79], le Festival Tourgueniev en 1968? [80] ou le Festival Pouchkine en 1979? [81]. Ces rencontres peuvent également avoir pour but de mettre au point des ouvrages collectifs, telle l’anthologie dédiée aux cinquante ans de la « Grande Révolution d’Octobre », à laquelle des poètes de tous les pays de l’Est sont invités à participer? [82].

22Les rencontres internationales ou bilatérales offrent autant d’occasions de discussions, de lectures littéraires, de promotion éditoriale, de débats idéologiques et contribuent dans une large mesure à une certaine convergence des pratiques et des productions littéraires dans les pays socialistes. Elles favorisent également une intense activité touristique et on peut supposer qu’elles favorisent des amitiés et le développement de relations informelles entre les écrivains.

23La correspondance intense entre les unions reflète la nature de leur coopération. Elle évoque principalement les aspects administratifs, enregistre les télégrammes transmis à l’occasion de divers événements littéraires ou de « grandes dates nationales? [83] », mais rend aussi compte également des discussions sur des sujets politiques « brûlants ». Ainsi, l’Union des écrivains de la Hongrie sollicite-t-elle la solidarité de son homologue roumain, en lui annonçant qu’elle refuse de participer à une rencontre internationale des écrivains organisée en octobre 1966 par la société autrichienne de littérature. De fait, elle « [suppose] que la conférence autrichienne a l’intention de soumettre les écrivains hongrois à des insultes supplémentaires, puisqu’elle est organisée exactement à l’anniversaire de la contre-révolution? [84] ». Les Roumains enregistrent « l’attitude politique anticommuniste » des Autrichiens et hésitent à répondre favorablement à leur invitation? [85]. Cet appel à la solidarité entre les unions n’est pas isolé. En juillet 1966, l’Union des écrivains de l’URSS exige une prise de position politique commune des écrivains socialistes contre « l’agression impérialiste des États-Unis au Vietnam » et invite les unions à participer à une réunion du Comité soviétique pour les relations avec les écrivains d’Asie et d’Afrique? [86]. Ce même esprit de solidarité conduit le Bureau de l’Union des écrivains de Roumanie à considérer son invitation au congrès « L’écrivain comme esprit indépendant » organisé par le PEN-club international à New York en juin 1966 comme « particulièrement inopportune ». Le thème du congrès et le fait qu’il se déroule dans le contexte du procès des écrivains soviétiques Andreï Siniavski et Iouli Daniel? [87], un des points « brûlants » inscrits à l’ordre du jour concernant les relations avec l’Union des écrivains soviétiques? [88], déterminent le président de l’Union des écrivains à exprimer des réserves sur la participation roumaine? [89].

Une coopération imparfaite

24Il n’existe pas pour autant de parfaite coopération entre les unions des pays socialistes, encore moins de bloc homogène des écrivains socialistes. Que les unions des écrivains aient développé une activité commune intense durant le communisme n’empêche pas qu’aient surgi des conflits plus ou moins masqués, dus aux différences de comportements politique et littéraire qu’évoquent de temps à autre les archives.

25Quand la Roumanie se détache partiellement de la ligne soviétique dans les années 1960? [90], les relations entre les unions des deux pays enregistrent certaines fissures. L’institution littéraire roumaine reçoit alors des demandes répétées pour intensifier la coopération. Viktor Cerneavski, le président de la Commission internationale de l’Union des écrivains de l’URSS, propose en 1966 que les deux unions augmentent le nombre de jours affectés aux délégués dans le cadre des échanges habituels, qu’elles coopèrent d’une manière plus systématique « dans l’intérêt de la perspective des traductions réciproques » et, enfin, qu’elles entretiennent « des échanges permanents de matériels, ouvrages, personnes, revues et publications, plus efficaces sur une plus large échelle »? [91]. Les échanges entre les deux unions ne sont pourtant pas toujours des succès. La délégation roumaine qui participe aux manifestations organisées à Moscou lors des Journées de la poésie soviétique en décembre 1966 laisse entendre que son point de vue sur la littérature et « la liberté des poètes de définir la poésie, la liberté et l’espace poétique » n’a pas été agréé par les organisateurs soviétiques? [92].

26Paru en 1975, le roman de l’écrivain roumain Marin Preda intitulé Le Délire provoqua un conflit quelques années plus tard. La rébellion des membres du mouvement légionnaire (la Garde de fer), une image réhabilitée du maréchal Antonescu et la participation de la Roumanie à la Seconde Guerre mondiale dessinent le cadre général dans lequel se déroule son action. La presse soviétique réagit aussitôt par un article paru dans la Literaturnaia Gazeta du 14 mai 1975, qui reproche entre autres au prosateur roumain sa « conception idéaliste » et « la perte des critères de classe »? [93]. Apparemment, la réaction des Soviétiques est provoquée par l’absence du mouvement ouvrier dans le roman et par la réhabilitation du maréchal Antonescu. Un critique consacré, Ovidiu S. Crohmalniceanu, réprouve d’un ton catégorique l’immixtion de l’auteur soviétique dans les affaires internes des écrivains roumains? [94]. Mais les choses ne s’arrêtent pas là. Les responsables politiques sont impliqués dans cette affaire. Selon le secrétaire du Comité central roumain à la propagande de l’époque, l’ambassade soviétique à Bucarest aurait aussi protesté contre la parution de ce roman. Marin Preda écrit dès lors une nouvelle version de son livre, ajoutant quelques scènes sur l’activité des communistes, pour, semble-t-il, apaiser le conflit? [95].

27Les faiblesses de la coopération littéraire socialiste ne se résument pas à ces malentendus entre les écrivains roumains et soviétiques. La réunion internationale qui a lieu à Sofia entre le 31 décembre 1967 et le 3 janvier 1968 offre un bon observatoire des différences dans les comportements littéraires et politiques des unions des écrivains? [96]. Si les Bulgares affirment que les écrivains socialistes sont (encore !) unis par la méthode du réalisme socialiste, les autres institutions qui ont déjà rompu avec la doctrine unique le contestent. La délégation soviétique se fait attaquer par les participants pour ne pas avoir informé ses confrères de la lettre de protestation qu’Alexandre Soljenitsyne avait adressée à l’Union des écrivains de l’URSS? [97], lettre connue par le seul truchement de la presse occidentale. Jozsef Darvas, le président de l’Union des écrivains de Hongrie, se dresse à son tour contre la délégation roumaine, à laquelle il reproche le traitement appliqué en Roumanie aux écrivains hongrois, en insistant sur la difficulté qu’ils rencontrent pour publier en Roumanie, et sur leur accès limité aux livres parus en Hongrie.

28Les unions des écrivains développent par ailleurs diverses stratégies de négociation avec le pouvoir politique en fonction des ouvertures et fermetures des régimes : leur parcours va en général de la subordination politique presque totale vers une certaine autonomie, avec toutefois certaines différences et nuances d’un pays à l’autre. Certaines unions se constituent en lieux de contestation ouverte des pouvoirs en place et violent « le contrat » qui a permis leur fondation. Celles-ci sont dissoutes pour être remodelées selon le but initial, comme en Hongrie après 1956, en Tchécoslovaquie après 1968 ou en Pologne après 1980. Le blocage des activités de l’Union roumaine après 1985 va dans le même sens. Ce dernier aspect de la vie de l’institution roumaine ne change pourtant pas son comportement assez docile dans ses rapports avec le pouvoir, similaire à celui de ses homologues est-allemande, bulgare, soviétique ou albanaise.

29En outre, les relations entre les unions ne sont pas seulement formelles. Leurs membres regardent très attentivement les mouvements internes de leurs institutions-sœurs et ils s’influencent réciproquement. Les années 1960-1970 se caractérisent ainsi par un affrontement continuel entre l’opposition intellectuelle, plus ou moins ouverte ou radicale, et le pouvoir communiste. Les protestations individuelles ou collectives réussissent souvent à dépasser les frontières, de sorte que, comme le remarquait Fernando Claudin, un « lien de plus en plus étroit s’établit entre les mouvements oppositionnels des pays du bloc soviétique? [98] ». Deux événements jouent un rôle majeur : le printemps de Prague et la Charte 77. Déclenchés en Tchécoslovaquie, leurs idées alimentent les intellectuels de tous les pays du bloc soviétique, même s’ils n’ont pas toujours les moyens de l’exprimer publiquement du fait du durcissement des régimes communistes? [99]. En Roumanie, par exemple, les jeunes écrivains exigent au printemps 1968, et pour la première fois devant les autorités politiques, l’abolition de la censure? [100]. La même année, la conférence de l’Union des écrivains se transforme en tribune d’où les écrivains roumains s’attaquent à plusieurs aspects tabous de l’époque, s’en prennent à la direction de l’Union et contestent le fonctionnement même de l’institution, exigeant sa réorganisation de sorte qu’elle devienne « plus souple, plus dynamique? [101] ». La Charte 77, qui invoque les accords de Helsinki de 1975 censés garantir dans les pays signataires les droits et les libertés des citoyens, parvient également à réunir les opposants de presque tous les pays de l’Est? [102]. Signée par deux cent trente-huit personnalités tchécoslovaques, le mouvement obtient également le soutien des trente-quatre intellectuels hongrois, du KOR polonais (Comité de défense des ouvriers formé à l’initiative des intellectuels), de Sakharov en URSS? [103] et de l’écrivain roumain Paul Goma? [104].

30Les Unions des écrivains sont donc constituées selon le modèle soviétique, et cherchent à le préserver tout au long de la période communiste tant par des stratégies internes (contraintes politiques mais aussi participation de leurs membres) que par une coopération intense, inégalement harmonieuse, avec les institutions homologues de l’espace soviétique. Les documents reflètent pourtant des évolutions qui montrent les limites du modèle, allant parfois jusqu’à sa mise en doute, voire à la transformation de certaines unions en lieu de contestation du pouvoir politique, violant donc leur contrat initial. Les conflits internes des unions et certaines tensions enregistrées dans les échanges littéraires des démocraties populaires remettent partiellement en question l’idée d’un « transfert homogène » et d’un « effet uniformisant » du modèle littéraire et institutionnel soviétique dans les différents États socialistes, idée à laquelle renvoie le terme de « bloc de l’Est »? [105].


Mots-clés éditeurs : Union des écrivains communisme bloc soviétique dissidence démocraties populaires

Date de mise en ligne : 09/02/2011

https://doi.org/10.3917/vin.109.0059