Article de revue

Vingtième Siècle signale

Pages 237 à 245

Citer cet article


(2011). Vingtième Siècle signale. Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 109(1), 237-245. https://doi.org/10.3917/vin.109.0237.

« Vingtième Siècle signale ». Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2011/1 n° 109, 2011. p.237-245. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2011-1-page-237?lang=fr.

2011. Vingtième Siècle signale. Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2011/1 n° 109, p.237-245. DOI : 10.3917/vin.109.0237. URL : https://shs.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2011-1-page-237?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/vin.109.0237


Les communistes, combien de divisions ?

1La brochure volumineuse que propose Roger Martelli est une véritable mine d’informations, et il est certain que son propos donnera lieu à d’abondants commentaires. Grâce au dépôt de la comptabilité nationale des effectifs tenue par la Section centrale d’Organisation du PCF dans les archives du PCF, l’historien compile en effet à partir de 1954 et jusqu’en 2009, le nombre de cartes placées, c’est-à-dire remises aux adhérents, par département, mais aussi le nombre d’entrées et de sorties du PC. C’est un vrai secret de parti que livre ainsi Roger Martelli et on dispose donc pour la première fois des effectifs réels du PC pendant cinquante-cinq ans. En outre, à la lumière d’autres fonds d’archives, il discute les estimations classiques sur les évolutions du nombre de militants pour la période antérieure à 1954. Tendanciellement, ses conclusions, reposant sur le nombre de cartes placées, conduisent à minorer leur importance, notamment au moment du Front populaire et à la Libération. À tous égards, ces documents sont passionnants. (Roger Martelli, Prendre sa carte, 1920-2009 : données nouvelles sur les effectifs du PCF, Paris, Fondation Gabriel Péri/Conseil général de Seine-Saint-Denis, 2010, 95 p., téléchargeable sur le site de la Fondation Gabriel Péri)

L’aveu et son déni

2Dans un dossier pluridisciplinaire consacré à l’aveu et coordonné par Béatrice Fleury, l’article du même auteur consacré à Günther Grass revient sur la confession de l’écrivain d’août 2006 dont Vingtième Siècle. Revue d’histoire s’était fait l’écho (n? 94, avril-juin 2007). On se souvient que le prix Nobel de littérature avait avoué à la presse allemande son enrôlement à 17 ans dans les Waffen-SS en 1944. Béatrice Fleury s’intéresse à la manière dont la presse française a suivi et interprété ces révélations : la défense de l’écrivain a dominé l’ensemble des réactions, contrairement à ce qui s’est passé outre-Rhin, mais rares sont ceux qui ont mené des comparaisons avec des personnalités françaises compromises pendant la Seconde Guerre mondiale. Selon l’auteur, ce phénomène renvoie au rapport particulier que les intellectuels français entretiennent avec Grass, figure même de l’engagement. À lire aussi l’intéressante étude d’Ophir Levy sur le déni d’aveu dans le film de Claude Lanzmann Un vivant qui passe (1997) : celui-ci évoque les souvenirs du jeune médecin suisse Maurice Rossel ayant dirigé, à 27 ans, la délégation du Comité international de la Croix-Rouge en visite au camp de Theresienstadt (23 juin 1944). Rossel avait alors rédigé un apport positif sur le fonctionnement du camp, prouvant qu’il avait été totalement dupe de la mise en scène nazie. Plus de cinquante ans après les faits, il reste persuadé de la vérité de ce qu’il a vu, malgré les preuves factuelles que lui oppose Claude Lanzmann. (Témoigner entre histoire et mémoire : revue pluridisciplinaire de la Fondation Auschwitz, 107, avril-juin 2010, 200 p., 15 ?)

Le « renard du désert »

3Les carnets de guerre du maréchal Rommel ont été réédités, soixante-dix ans après les combats de 1940. La précédente édition datait de 1960, présentée par Liddell Hart. La nouvelle comprend une introduction très bien faite sur le « phénomène Rommel » de Berna Günen. Elle montre la carrière fulgurante de Rommel depuis sa distinction en 1917 comme plus jeune officier décoré « pour le mérite », son héroïsation par Goebbels dans la propagande du Troisième Reich jusqu’à faire de lui le prototype du général national-socialiste au sein d’une armée de terre qui conservait un caractère aristocratique et conservateur et la protection que lui offre le Führer face aux autres généraux de l’état-major. Mais Berna Grünen explique aussi le respect que lui vouent les Alliés (notamment Churchill) en matière militaire et le mythe dont il fait l’objet après la guerre en RFA dans son incarnation du bon soldat allemand non compromis dans les crimes nazis (Rommel n’adhéra jamais au NSDAP). Le renouvellement de l’historiographie sur la Wehrmacht depuis les années 1980 a modifié cette image. La postface évoque d’ailleurs le dossier complexe de la collaboration de Rommel à la conjuration du 20 juillet 1944, qui lui valut son accusation pour haute trahison et le conduisit au suicide forcé le 14 octobre 1944. Pour les Français, les carnets permettent aussi une relecture de la campagne de mai-juin 1940 : ainsi que le souligne Maurice Vaïsse dans sa préface, la défaite n’était pas inéluctable, tant la vraie force de l’armée allemande a consisté dans l’audace et la surprise. (Erwin Rommel, La Guerre sans haine : carnets, préface de Maurice Vaïsse, commentaires et annotations de Berna Günen, Paris, Nouveau Monde, 2010, 475 p., 24 ?)

Les services de Sa Majesté

4Un livre fait parler de lui dans les médias britanniques ! Il s’agit de l’histoire officielle du MI6, célèbre service de renseignement de Sa Majesté, depuis sa fondation en 1909 jusqu’en 1949. Pour la première fois (et sans doute la dernière), un historien, Keith Jeffery (Queen’s University, Belfast) a eu accès aux archives du service, passant un « pacte faustien » avec ses commanditaires. Seul autorisé à consulter ces archives interdites et pour beaucoup détruites, contraint de taire les noms de certains agents et de passer sous silence les épisodes les plus embarrassants de l’histoire du service (relations avec l’Allemagne hitlérienne, Solution finale, débuts de la guerre froide), l’auteur livre un ouvrage digne des romans d’espionnage, mais tempéré par le sérieux de l’universitaire britannique qui manie sources et archives. Un regret : le livre se referme en 1949, au seuil de la guerre froide et traite de périodes déjà bien connues... (Keith Jeffery, MI6 : The History of the Secret Intelligence Service, 1909-1949, Londres, Bloomsbury, 2010, 832 p., 30 £)

Piero Gobetti dans le texte

5Éric Vial poursuit son infatigable travail de passeur, en publiant une belle anthologie de textes politiques de Piero Gobetti qu’il a traduits et soigneusement annotés. Dans une longue introduction, Éric Vial restitue toute l’ampleur de cet intellectuel, mort à 25 ans en 1926. Car ce libéral piémontais, influencé notamment par Benedetto Croce et Luigi Einaudi, a produit une œuvre remarquable, qui influença ensuite le Parti d’action et ainsi tout un courant de la Résistance italienne. L’anthologie restitue d’abord l’originalité de son libéralisme réformateur, avant de faire une large place à sa lutte contre le fascisme qui culmine avec l’assassinat de Matteotti. Il lui consacre un portrait superbe qui s’achève ainsi : « La génération que nous devons créer est bien celle-là : des volontaires de la mort redonnant au prolétariat sa liberté perdue. » Pourchassé et menacé par le régime fasciste, Gobetti s’exile à Paris où il décède d’une pneumonie. On peut s’incliner sur sa tombe au Père Lachaise, mais il vaut sans doute mieux le lire, grâce à Éric Vial. (Piero Gobetti, Libéralisme et révolution antifasciste, édité par Éric Vial, Paris, Éditions Rue d’Ulm, 2010, 383 p., 28 ?)

Archives filmées de la retirada

6Fin janvier et début février 1939, plus de cinq cent mille personnes, hommes, femmes et enfants, vaincus de la guerre civile espagnole, passèrent la frontière des Pyrénées pour arriver en France. Première guerre à impliquer les médias de masse dans une guerre de propagande, ce conflit a donné lieu à la production de nombreuses images. Ainsi celles de ces files d’êtres humains, civils et militaires, marchant en plein hiver dans la montagne, avec leurs armes, leurs drapeaux, leurs baluchons, appartiennent-ils à la mémoire collective. À côté de films devenus très célèbres, beaucoup d’autres, tournés par des amateurs ou des professionnels, sont restés dispersés et peu connus. La Retirada en images mouvantes en présente un état des lieux. Issu d’une rencontre organisée par la Cinémathèque eurorégionale Institut Jean-Vigo à Perpignan en 2009, dans le cadre de la commémoration des soixante-dix ans de l’exode des Républicains, cet ouvrage rassemble les contributions d’universitaires, de journalistes, de cinéastes et de conservateurs d’archives filmiques. Elles procèdent à la recension des films existant et à des études monographiques sur des films et sur des hommes. L’ouvrage est accompagné d’un DVD qui édite le film d’un amateur, témoin de l’arrivée des Espagnols à la frontière française, conservé à la Cinémathèque Jean-Vigo. Pas de gros plans sur les visages, pas de larmes, ni de scènes dramatiques, mais une succession d’images brutes qui saisissent dans l’instant les postures d’enfants fatigués, les soldats déposant leurs armes, tirant des poignées de balles de leurs poches, le contrôle des exilés par la police française, les animaux et les objets qu’ils purent emporter. Ce remarquable petit ouvrage est une mine d’informations pour qui s’intéresse à ces archives filmées. Sa publication, impliquant la collaboration de plusieurs collectivités territoriales et de quatre archives de films, françaises et espagnoles, est une initiative à saluer. (Michel Cadé (dir.), La Retirada en images mouvantes, Canet, Éditions Trabucaire/Cinémathèque eurorégionale Institut Jean-Vigo, 2010, 180 p., 25 ?)

S’engager en situation de contrainte

7La revue Genèses fait paraître une nouvelle fois un beau numéro, organisé en deux parties. La première « s’engager en situation de contrainte » entend utiliser les outils de la sociologie des mobilisations collectives sur des terrains pas seulement occidentaux : le travail collectif des intellectuels cubains depuis les années 1990 ; les manifestations des diplômés chômeurs dans le Maroc des années 2000 ; l’apprentissage électoral à l’œuvre au cours des élections saoudiennes de 2005 ; les trajectoires de militantes de la cause autochtone colombienne à cette même période. Les contributions montrent les apports, mais aussi les limites de ces outils, tout en proposant d’utiles précisions ou aménagements qui peuvent très bien convenir aux espaces européens. Leur intérêt est aussi de faire voir la difficulté pour certains chercheurs, travaillant sur des espaces politiques contemporains « autoritaires » ou « en transition », à rendre compte de leur expérience ou de leurs données. Cet élément fait lien avec la seconde partie, « les savants dans l’action », qui analyse des formes d’engagements des chercheurs dans la Cité, qu’il s’agisse de situations vécues ou observées de l’extérieur. Prolongeant de manière originale les interrogations anciennes mais aujourd’hui croissantes sur les rapports entre sciences et action, ces exercices portent sur des implications, passées et actuelles, de chercheurs dans le travail usinier (l’établissement), dans des associations (AIDES), dans des groupes politiques d’extrême gauche (Lutte ouvrière) ou dans des mouvements de protestation (Sauvons La Recherche). Ce faisant, les récits valent autant pour le compte rendu problématisé des situations que pour l’expression de la tension qui habite les chercheurs en de telles situations ou encore pour celle des solutions qu’ils tentent de mettre en œuvre. Bricolées, ces dernières entraînent le plus souvent un travail réflexif, personnel et critique qui apparaît difficile mais manifestement fécond. (« S’engager en situation de contrainte », Genèses, 77, décembre 2009, 175 p., 20 ?).

Harkis pendant et après la guerre d’indépendance

8Continuant son œuvre en faveur d’une meilleure connaissance de l’histoire des harkis, l’association Harkis et droits de l’Homme est à l’initiative d’un nouveau volume consacré à ces hommes et leurs familles si longtemps mal connus, souvent tout simplement ignorés et parfois méprisés de l’histoire commune de la France et de l’Algérie. Organisé en trois parties « Histoire », « Mémoire », « Transmission », ce livre est un très stimulant tableau des avancées historiographiques sur le sujet des harkis dans la guerre d’indépendance algérienne. Les points les plus saillants de cette histoire sont abordés : question de l’engagement des harkis, tactique et stratégie françaises, question de leur abandon enfin. Ce volet consacré à l’histoire des harkis au sens strict est accompagné d’une partie sur l’histoire de leur mémoire et de leurs représentations après la guerre. L’ouvrage se clôt, enfin, par une série de textes sur la place des harkis dans l’enseignement en France et en Algérie. Le bilan qui en ressort plaide pour la nécessité d’un tel livre qui saura donner à toute personne intéressée par le sujet des éléments d’information clairs, utiles pour aborder un sujet trop souvent manipulé au service de causes politiques ou idéologiques douteuses. (Fatima Besnaci-Lancou, Benoît Falaize et Gilles Manceron (dir.), Les Harkis : histoire, mémoire, transmission, Paris, L’Atelier, 2010, 222 p., 19,90 ?)

La fabrique sioniste

9« Transformer les habitants d’un territoire défini en communauté nationale exige un effort éducatif vaste, approfondi et continu », écrit Avner Ben-Amos en ouverture de son ouvrage sur La Fabrique de l’identité nationale en Israël, s’appuyant sur les acquis historiographiques de Benedict Anderson et d’Anne-Marie Thiesse notamment. Professeur d’histoire de l’éducation à l’Université de Tel-Aviv, spécialiste des funérailles nationales en France aux 19e et 20e siècles, familier des outillages conceptuels forgés par l’anthropologie historique, Avner Ben-Amos livre enfin au public français une synthèse de ses meilleures analyses consacrées aux différents supports de la fabrique identitaire sioniste. Les deux premières parties, centrées sur l’école et les commémorations, permettent de revenir sur l’histoire complexe du système scolaire israélien, sur les programmes scolaires bien sûr, mais aussi sur les cérémonies de remise du prix Israël ou, de façon plus inattendue, sur l’impact du bicentenaire de 1789 au sein de la société israélienne aux prises avec la première intifada en 1989. La troisième partie, consacrée à la « culture visuelle », est assurément la plus neuve pour le public français : l’auteur décrypte d’abord subtilement l’imagerie martiale des affiches de propagande sur la longue durée, puis la scénographie du nouveau musée du Palmach, avant de s’attarder pour finir sur l’émission de télévision « Une telle vie » diffusée en Israël à partir de 1972, galerie de portraits intimistes d’anciens officiers de l’armée israélienne. Si certains de ces chapitres ont déjà été publiés sous d’autres formes en France, il n’en reste pas moins que ce livre est désormais incontournable pour qui veut comprendre la complexité des processus d’identifications nationales en Israël. (Avner Ben-Amos, Israël : la fabrique de l’identité nationale, traduit de l’anglais par Fabienne Bergmann, Paris, CNRS éditions, 2010, 271 p., 25 ?)

Guerre du Liban : amnistie, amnésie ?

10Fruit du programme ANR « Liban, mémoires de guerre : pratiques, traces et usages », l’ouvrage collectif dirigé par Franck Mermier et Christophe Varin ne fera pas que des heureux : constatant que la loi d’amnistie votée le 26 août 1991 instituait une véritable « politique d’amnésie » qui empêchait plus qu’elle n’encourageait une authentique « politique du pardon », les auteurs de cet ouvrage collectif tentent de dénouer les nœuds et les conflits de mémoires qui s’attachent encore aujourd’hui aux récits des différentes guerres civiles libanaises des années 1975-1990. En reprenant à leur compte les avancées récentes de l’anthropologie et de la sociologie de la mémoire, l’ouvrage s’adresse explicitement aux historiens pour leur faire admettre que les mémoires concurrentes y compris les plus violentes, dans leur processus d’élaboration, de transmission et de légitimation, doivent être saisies comme des objets d’histoire à part entière, sans quoi elles risquent d’être totalement abandonnées aux mains de ceux qui les manipulent. À ceux qui douteraient de l’utilité d’une telle démarche, les auteurs rappellent que l’assassinat de Rafic Hariri en février 2005 ou la guerre entre Israël et le Hezbollah à l’été 2006 démontrent de toutes façons cette présence du passé. Ce livre-manifeste nous emmène ainsi sur les terrains minés que sont les cultures miliciennes, les cultes des martyrs, les blogosphères militantes, les symptômes d’altération psychique dans les camps de réfugiés, les ruines urbaines en attente de relèvement, les cimetières saturés de souvenirs guerriers, les programmes de télévisons, les cours d’écoles... autant de lieux d’une mémoire fissurée par quinze années de guerres civiles puis deux décennies d’occultation manquée. (Franck Mermier et Christophe Varin (dir.), Mémoires de guerres au Liban (1975-1990), Arles, Actes Sud-Sindbad, 2010, 618 p., 30 ?)

Un Italien au cœur du Caire

11Mario Rispoli est né au Caire à la fin des années 1930 ; à la différence de la plupart de ses congénères, il ne quitte pas le pays après 1956, mais demeure au contraire le témoin des transformations de la capitale égyptienne jusqu’à la fin des années 1970 : voilà ce qui fait d’abord la valeur de cette inclassable « autobiographie » rédigée à quatre mains avec son ami Jean-Charles Depaule, anthropologue, poète et traducteur, grand connaisseur et infatigable arpenteur du Caire. Volontairement fragmenté, ce « récit patchwork » ne cherche pas à gommer les lignes de ruptures d’une vie partagée entre les deux rives de la Méditerranée, mais au contraire à rendre compte des diverses « adhérences du monde » qu’elle révèle au passage, pour reprendre la belle expression empruntée à Alain Corbin, qui signifiait ainsi sa défiance envers la fausse linéarité du narratif biographique. De l’Italie fasciste mais lointaine à la crise de Suez vécue en direct, de l’ambiance cosmopolite du Gezira Sporting Club aux guerres successives avec Israël, Mario Rispoli pose un regard décalé sur l’histoire contemporaine de l’Égypte ; pour le lecteur, cette histoire d’une vie est bel et bien un livre d’histoire. (Mario Rispoli et Jean-Charles Depaule, Italien du Caire : une autobiographie, Marseille, Parenthèses/MMSH, « Parcours méditerranéens », 2010, 251 p., 22 ?)

Réhabiliter les Seventies ?

12Le spectre du choc pétrolier et de la crise économique hanterait-il définitivement les années 1970 ? Vingt et une contributions réunies par Niall Ferguson, historien anglo-américain et chantre controversé de l’impérialisme britannique, tentent de réviser une lecture par trop pessimiste, attribuée à des intellectuels anxieux face à l’effondrement du système universitaire et à l’agitation étudiante. Foin de la crise du système financier, du chômage et de l’inflation ou de la révolution iranienne ! Les années 1970, vues en perspective transnationale, seraient des années de destruction-créatrice et de reconfiguration systémique. Elles annonceraient le début de la fin de la guerre froide. Elles porteraient la gestation du 21e siècle caractérisé par le « choc de la mondialisation » dont elles mettent à l’honneur les acteurs (les ONG) et les problématiques (environnement et droits de l’Homme) mais aussi par le double défi de l’islamisme et du géant chinois. Un essai provocateur d’interprétation de l’histoire du temps présent ! (Niall Ferguson, Charles S. Maier, Erez Manela et Daniel J. Sargent (dir.), The Shock of the Global : The 1970s in Perspective, Cambridge, Belknap Press, 2010, 448 p., 29,95 $)

Histoire de la violence, violence de l’histoire

13La « régulation de la violence » est-elle le moteur de l’histoire ? Deux économistes, dont un prix Nobel d’économie, Douglass North et John Wallis, et un politologue, Barry Weingast se sont associés pour proposer rien moins qu’un cadre conceptuel d’interprétation de l’histoire mondiale des dix derniers millénaires et « un nouveau programme de recherche pour les sciences sociales ». Ces champions de l’économie institutionnelle font de la régulation de la violence par les « institutions politiques », par les « organisations » économiques et sociales et par les élites, la clé de l’histoire. Les auteurs dressent une vaste fresque de l’histoire de l’humanité, des « États naturels » à accès limité aux richesses et au pouvoir aux « États à accès ouvert » qui auraient émergé depuis l’avènement du capitalisme et de la démocratie et qui regrouperaient 15 % de la population mondiale. Aussitôt traduit en français et déjà contesté pour son caractère fort peu historique et de ses conclusions néoconservatrices, ce livre fera certainement débat. (Douglass C. North, John Joseph Wallis et Barry R. Weingast, Violence et ordres sociaux : un cadre conceptuel pour interpréter l’histoire de l’humanité, Paris, Gallimard, 2010, 450 p., 21,90 ?)

Protéger les juifs à Dieulefit...

14Si chacun connaît le refuge que les habitants du Chambon-sur-Lignon ont offert aux juifs persécutés pendant la guerre, celui qu’a constitué Dieulefit est largement ignoré. C’est pour combler cette lacune qu’est publié ce bref ouvrage, issu d’un mémoire de sciences politiques soutenu à Grenoble à la fin des années 1980. L’originalité de Dieulefit est triple : si les calvinistes (un tiers de la population de la petite ville) se mobilisent, cette opposition est d’abord menée par deux figures féminines (Marguerite Soubeyran et Jeanne Barnier). Puis Emmanuel Mounier y crée à l’automne 1943 une « Université libre », où se retrouvent aussi Pierre Emmanuel, Pierre Jean-Jouve ou des antifascistes allemands. L’histoire de ce « miracle dieulefitois » est accompagnée d’annexes, constituées pour l’essentiel d’extraits d’entretiens. (Sandrine Suchon-Fouquet, Résistance et liberté : Dieulefit, 1940-1944, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2010, 199 p., 18 ?)

... et les spolier dans l’Isère

15Les études sur « l’aryanisation » des biens réputés juifs se multiplient depuis une quinzaine d’années, croisant les approches nationale et locale. Tal Bruttmann, chargé par la ville de Grenoble d’enquêter sur la spoliation, livre un bilan de cette enquête qui s’est étendue à tout le département de l’Isère jusqu’en juillet 1944. Inscrivant le phénomène dans la politique menée par le Commissariat général aux questions juives, il envisage successivement « l’aryanisation » des entreprises et des biens immobiliers, jusqu’aux restitutions finales. L’ouvrage est complété par des annexes comprenant à la fois des statistiques et des pièces d’archives, parfois glaçantes. Une monographie exemplaire qui complète les études déjà parues sur Lyon ou le Lot-et-Garonne. (Tal Bruttmann, « Aryanisation » économique et spoliations en Isère (1940-1944), Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2010, 255 p., 20 ?)

L’histoire militaire en mouvement

16L’histoire militaire change. Le dossier « De l’histoire bataille à l’histoire totale » de la Revue historique des armées s’en fait l’écho. Alors que la dimension concrète de la guerre dans les sociétés européennes contemporaines s’érode, la discipline s’émancipe de la tutelle des états-majors et s’internationalise. Sur le modèle anglo-saxon, l’histoire militaire allemande et française adoptent progressivement les codes universitaires et étendent le champ de leurs questionnements aux domaines sociaux, culturels et économiques. Ralf Pröve à propos de la nouvelle histoire militaire de l’époque moderne en Allemagne, d’une part, et Martin Motte et Jean de Préneuf dans le cas de l’histoire de la marine française, d’autre part, rendent compte de cette mue. L’histoire militaire n’est donc plus avant tout une histoire faite par et pour les militaires, même si elle demeure un outil précieux de formation des officiers comme en témoigne l’importance croissantes des Military History Operations au sein de l’armée américaine, que souligne Gilles Krugler. Quelque peu disparate, ce dossier ouvre la voie à des réflexions plus approfondies tant sur l’histoire bataille que sur l’histoire totale de la guerre. Hors dossier, signalons la rubrique régulière consacrée aux fonds du Service historique de la Défense. En l’occurrence, Charlotte Capelle et Pascal Gallien présentent les archives de la Résistance entrées par voie extraordinaire, comme les archives de liquidation des associations de résistance (celle de l’Organisation de Résistance de l’Armée notamment) et les archives privées de témoins ou d’historiens, dont celles de Jean-Louis Crémieux-Brilhac. Mettant en lumière la richesse mésestimée des fonds conservés à Vincennes, cette rubrique invite, précisément, à varier les écritures de la guerre et du fait militaire. (« De l’histoire bataille à l’histoire totale », Revue historique des armées, 257 p., 2009, 13 ?).

Jaurès en cahiers

17Organe de la Société d’études jaurésienne, Les Cahiers Jaurès, toujours dirigés par Alain Chatriot, après Gilles Candar et Vincent Duclert qui restent de l’aventure, poursuivent leur travail de fond sur la vie politique et culturelle au tournant des 19e-20e siècles, autour de et par-delà la figure tutélaire de Jean Jaurès. Ils alternent numéros thématiques et recueils de comptes rendus. Les Cahiers de « Lectures » constituent des recensements précieux de dizaines d’études parues en France ou à l’étranger, qu’elles soient connues ou plus confidentielles. Ces articles, souvent plus long et développés (et parfois plus polémiques) que la moyenne du genre donnent une image de la recherche en cours et de l’avancée de l’historiographie, particulièrement riche à l’issue de l’année du 150e anniversaire de la naissance de Jaurès. Dans la tradition de la revue, une large place est consacrée à la production internationale ainsi qu’aux mondes extra-européens et coloniaux. Et pour la première fois, les articles sont classés de façon thématique, avec des regards sur l’histoire de l’État, sur l’histoire de l’économie au prisme du politique, etc. Par ailleurs, la dernière livraison, dédiée à l’« Agriculture, socialisme et République », propose quatre études inédites (de Chloé Gaboriaux, Alain Chatriot, Nicolas Delbaere et Rémy Pech) et publie deux textes classiques, l’un de Jaurès, l’autre de Paul Lafargue, annotés et présentés par l’équipe de la revue. (Les Cahiers Jaurès : « Lectures », 193-194, juillet-décembre 2009, 176 p. ; « Agriculture, socialisme et République », 195-196, janvier-juin 2010, 122 p.)

Le Maroc depuis 1956

18Voici de nouveau rééditée l’Histoire du Maroc depuis l’indépendance de Pierre Vermeren. La clarté de la collection « Repères » (Éditions La Découverte) est ici tout à fait au rendez-vous : dans une démarche chronologique qui donne toute sa place à la période du Protectorat où furent, si l’on suit l’auteur, « instillés des ferments encore mal digérés de modernisation économique et politique », c’est une histoire essentiellement politique du Maroc qui est exposée. Parsemé d’encarts permettant des arrêts biographiques, ce texte est accompagné d’une sélection bibliographique et d’une chronologie de plusieurs pages qui seront d’utiles outils à tout lecteur désireux de découvrir ce pays en profitant des apports les plus actuels de l’historiographie. (Pierre Vermeren, Histoire du Maroc depuis l’indépendance, Paris, La Découverte, « Repères », 128 p., 9,50 ?)

Vingtième Siècle signale à l’étranger

Ayer 115 (3)

19Ciudadanía e inmigración : los exiliados rusos en España, 1914-1936 Mikel Aizpuru Murua

20La Buchpropaganda nazi en el primer franquismo a través de la política de donaciones bibliográficas (1938-1939) Isabel Bernal Martínez

21Grecia ante la cuestión española (1946-1950) Luciano Hassiotis

22Azaña, más cerca (sobre dos obras de Santos Juliá) José Carlos Mainer

Contemporary European History 19 (4)

23Popular Resistance in Communist Czechoslovakia : The Plze? Uprising, June 1953 Kevin McDermott

24A « Mediterranean New Left » ? Comparing and Contrasting the French PSU and the Italian PSIUP Daniel A. Gordon

25A Party for the Mezzogiorno : The Christian Democratic Party, Agrarian Reform and the Government of Italy Rosario Forlenza

26« Anarchist Amazons » : The Gendering of Radicalism in 1970s West Germany Alan Rosenfeld

27Conservation in the Age of Gentrification : Historic Cities from the 1960s Filippo de Pieri

Diplomatic History 34 (4)

28Introduction : Workers, Labor, and War : New Directions in the History of American Foreign Relations Elizabeth Mckillen

29Integration Labor into the Narrative of Wilsonian Internationalism : A Literature Review Elizabeth Mckillen

30Labor’s Second Front : The Foreign Policy of the American and British Trade Union Movements during the Second World War Geert Van Goethem

31Class and Brass : Demobilization, Working Class Politics, and American Foreign Policy between World War and Cold War Daniel Eugene Garcia

32Peace Work : The Antiwar Tradition in American Labor from the Cold War to the Iraq War John Bennett Sears

33U.S. Labor and American Foreign Policy Carolyn Eisenberg

34Workers and Diplomacy David Montgomery

35Foreign Affairs ! That’s for People Who Don’t Have to Work to Make a Living Edmund F. Wehrle

Diplomatic History 34 (5)

36« No Peace with the Hohenzollerns » : American Attitudes on Political Legitimacy towards Hohenzollern Germany, 1917-1918 Binoy Kampmark

37« Going to War in Buses » : The Anglo-American Clash over Leyland Sales to Cuba, 1963-1964 Christopher Hull

38Congress, Kissinger, and the Origins of Human Rights Diplomacy Barbara Keys

39A Test of Wills : Jimmy Carter, South Africa, and the Independence of Namibia Piero Gleijeses

40« You Are Not Alone ! » : Anime and the Globalizing of America Andrew C. Mckevitt

Geschichte und Gesellschaft 36 (3)

41« Meint Ihr’s auch ehrlich ? » Vertrauen und Misstrauen in der linken Arbeiterbewegung in Leipzig und Lyon zu Beginn der 1930er Jahre Joachim Häberlen

42Der Protestantismus und das linksrevolutionäre Pathos : der Ökumenische Rat der Kirchen in Genf im Ost-West-Konflikt in den 1960er und 1970er Jahren Hedwig Richter

43Der Imperialismus als Regierung der Masse : Zur Geschichte der Gouvernementalität bei Foucault Clemens Reichhold

44Zwischen Helden, Tätern und Opfern : welchen Sinn deutsche, französische und englische Museen heute in den beiden Weltkriegen sehen Thomas Thiemeyer

Hispania nova 9 (1)

45La intensidad de la limpieza politica franquista en 1936 en la Ribera de Navarra Fernando Mikelarena Peña

46Los avatares de la primera expedición misionera a las posesiones españolas del Golfo de Guinea a cargo de los eclesiásticos ilustrados Jerónimo Mariano Usera y Alarcón y Juan del Cerro Miquel Vilaró i Güell

47Las mil caras del peronismo (1975-2007) Maria Matilde Ollier

48Los métodos de las ciencias sociales y la investigación histórica Matilde Eiroa San Francisco

49Proyección propagandistica de la España franquista en Norteamérica (1936-1945) Antonio César Moreno Cantano

50La semifeudalidad en la agricultura española durante la Edad Contemporánea : la isla de Tenerife entre finales del XIX y el primer tercio del siglo XX José Manuel Rodriguez Acevedo

Hispania nova 9 (2)

51La Asistencia Social en Sevilla : del Auxilio de Invierno al Auxilio Social (1936-1939) Maria del Carmen Giménez Muñoz

52Los mapas de la memoria : nombres de calles y politicas de memoria en Barcelona y Madrid Fernando Sánchez Costa

53Inhumados en el Valle de los Caidos : los primeros traslados desde la provincia de Madrid Queralt Solé i Barjau

Journal of American History 97 (2)

54Out of the Revolution, into the Mainstream : Employment Activism in the now Sears Campaign and the Growing Pains of Liberal Feminism Katherine Turk

Journal of Contemporary History 45 (3)

55Special Issue : Before the Holocaust : New Approaches to the Nazi Concentration Camps, 1933-1939 Christian Goeschel et Nikolaus Wachsmann

56Before Auschwitz : The Formation of the Nazi Concentration Camps, 1933-1939 Christian Goeschel et Nikolaus Wachsmann

57« We’ll Meet Again in Dachau » : The Early Dachau SS and the Narrative of Civil War Christopher Dillon

58A « Political Soldier » and « Practitioner of Violence » : The Concentration Camp Commandant Hans Loritz Dirk Riedel

59Cementing the Enemy Category : Arrest and Imprisonment of German Jews in Nazi Concentration Camps, 1933-1938/9 Kim Wünschmann

60Cultural Behaviour and the Invention of Traditions : Music and Musical Practices in the Early Concentration Camps, 1933-1936/7 Guido Fackler

61Suicide in Nazi Concentration Camps, 1933-1939 Christian Goeschel

62« And What Concentration Camps Those Were ! » : Foreign Concentration Camps in Nazi Propaganda, 1933-1939 Paul Moore

63The Role of the Concentration Camps in the Nazi Repression of Prostitutes, 1933-1939 Victoria Harris

Ricerche di storia politica 13 (2)

64L’« esilio interno » di Alcide De Gasperi tra difesa del costituzionalismo cattolico e recupero della tradizione cattolico-liberale Maurizio Cau

65Europa e Antieuropa nell’ideologia del laburismo britannico contemporaneo Andrea Romano

66Il dibattito storiografico sulla Conferenza di Helsinki (1973-1975) Sara Lamberti

67Democrazia e partiti nell’Italia repubblicana Mariuccia Salvati

Zeithistorishe Forschungen 2010 (1)

68Der Beton, die Stadt, die Kunst und die Welt : der Streit um die Pariser UNESCO-Gebäude Iris Schröder

69Virtual Reality : Sowjetische Bild-und Zensurpolitik als Erinnerungskontrolle in den 1930er-Jahren Klaus Waschik

70« Anarchie der Zellen » : Geschichte und Medien der Krebsaufklärung in der ersten Hälfte des 20. Jahrhunderts Anja Laukötter

71Debatte : Zeitgeschichte der Begriffe ? Perspektiven einer historischen Semantik des 20. Jahrhunderts

72Safety Kits : Pflaster für den Atomkrieg Annette Vowinckel

73Transnationale Erinnerung, nationale Imagination ? Das Apartheid-Museum in Johannesburg Katharina Fink

74« Nur Idioten ändern sich nicht » : biographischer Wandel und historische Sinnkonstruktion im Dokumentarfilm Die Anwälte Hanno Hochmuth

Zeitschrift für Geschichtswissenschaft 58 (2)

75H. G. Adlers Opus magnum über das Ghetto Theresienstadt : Kritik eines Standardwerkes Jirí Kosta

76Jenseits der Liberalisierungsthese : Individualität in Westberlin zwischen Kriegsende und Mauerbau Moritz Föllmer

Zeitschrift für Geschichtswissenschaft 58 (3)

77Risse im Schleier der Erinnerung : zur Kritik der historischen Memorik Marcel Müllerburg

78Deutschlands gekrönter Herrscherstand am Vorabend des Ersten Weltkriegs : ein Inspektionsbericht zur Funktionstüchtigkeit des deutschen Monarchie-Modells Lothar Machtan

79Hunger und Kannibalismus bei sowjetischen Kriegsgefangenen im Zweiten Weltkrieg Karsten Linne

Zeitschrift für Geschichtswissenschaft 58 (4)

80« Auf nach Oberschlesien » : die Kämpfe der deutschen Freikorps 1921 in Oberschlesien und den anderen ehemaligen deutschen Ostprovinzen Bernhard Sauer

81Der Beginn des NS-Krankenmords in Brandenburg and der Havel : zur Bedeutung der « Brandenburger Probetötung » für die « Aktion T4 » Astrid Ley

82Rentendiskussion und Artikulation von Fraueninteressen in der DDR : zur Situation der Frauen-Altersversorgung in den 1950er-Jahren im Spiegel von Eingaben Christiane Reuter-Boysen

Zeitschrift für Geschichtswissenschaft 58 (5)

83Die Tschechoslowakei und die Enteignungen nach dem Zweiten Weltkrieg : der Fall Liechtenstein Václav Horcidka

84Das Dritte Reich in den Reden des Bundespräsidenten Richard von Weizsäcker : ein Vergleich mit seinen Amtsvorgängern Tim Szatkowski

Zeitschrift für Geschichtswissenschaft 58 (6)

85Die polnisch-jüdischen Beziehungen unter der NS-Herrschaft von 1939 bis 1941 Klaus-Peter Friedrich

86Revolution in verträglicher Dosis : der Ring christlich-demokratischer Studenten (RCDS) während der 68er-Jahre an der FU Berlin Manuel Seitenbecher

87Thälmanns Gethsemane : die Gedenkstätte Ziegenhals und ihr Ende Christoph Henseler


Date de mise en ligne : 09/02/2011

https://doi.org/10.3917/vin.109.0237