Schwartz Vanessa R., It’s So French ! Hollywood, Paris, and the Making of a Cosmopolitan Culture, Chicago, University of Chicago Press, 2007, 259 p., 65 $
Pages 211zh à 246zh
Citer cet article
- WHITFIELD, Stephen,
- Whitfield, Stephen.
- Whitfield, S.
https://doi.org/10.3917/ving.102.0211zh
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https://doi.org/10.3917/ving.102.0211zh
1 La conclusion à laquelle aboutit cette monographie est la suivante : dans l’immédiat après-guerre, la France et les États-Unis s’entendaient mieux d’un point de vue cinématographique que politique. Alors que des hommes politiques américains craignaient l’influence électorale du parti communiste français, alors que des nationalistes français s’inquiétaient du déplacement du pouvoir politique et d’autorité culturelle vers l’autre côté de l’Atlantique, les secteurs du cinéma américain et français, dont les deux républiques étaient si fières, ont réussi à s’embrasser. Ainsi l’anxiété relative à la vulnérabilité culturelle et à l’impérialisme culturel se trouva-t-elle injustifiée, Paris et Cannes apprenant à commercialiser leur patrimoine et leur capacité à se rajeunir dans un contexte de prospérité nationale sans précédent, et Hollywood rejetant son esprit de clocher au profit d’un cosmopolitisme à l’accent français.
2 It’s So French ! à la fois augmente et densifie la masse croissante d’études consacrées aux influences culturelles réciproques des républiques sœurs au siècle dernier. Bien que la puissance mondiale de l’économie américaine n’ait jamais été aussi incontestée qu’au cours des quelque dix années suivant la seconde guerre mondiale, Paris conserva son charme sans égal de ville de sublimité, d’élégance et de plaisir ; et Vanessa R. Schwartz note judicieusement que la fin de siècle de Jane Avril et Henri de Toulouse-Lautrec a suscité une fascination particulière. Après tout, ils étaient présents à la naissance de cet engagement moderne dans le bonheur aux dépens du devoir. L’ouvrage de Schwartz souligne néanmoins la capacité de la France d’après-guerre à se renouveler, à ne pas se rigidifier dans la nostalgie. Ainsi la capitale contemporaine a-t-elle servi de décor à la comédie musicale, récompensée par un Oscar, Un Américain à Paris (1951), tandis que l’adaptation d’une nouvelle de Jules Verne produite par Mike Todd cinq ans plus tard, Le Tour du monde en quatre-vingts jours, imposa une sensibilité raffinée, en exaltant les aventures d’un voyage autour du monde avant l’invention de l’avion. Un Oscar du meilleur film fut aussi décerné au film ambitieux de Todd. Vanessa R. Schwartz livre un travail rigoureux et captivant, lorsqu’elle retrace la production des deux films américains, soulignant comment chacun, et notamment le second film à grand succès, témoignent d’une ouverture aux influences internationales, ouverture d’une nation qui semblait alors isolée entre deux océans.
3 Deux autres chapitres analysent l’efficacité avec laquelle la culture cinématographique française réussit à s’imposer au goût américain. Débutant en 1946, le festival de Cannes a tiré toutes les ressources possibles de la publicité, des techniques de vente, de la mise en scène et d’un exhibitionnisme grossier pour devenir la plus importante de ces manifestations où les stars, les starlettes et opérateurs se rassemblent annuellement. Avec Et Dieu créa la femme (1956), avec le slogan faussement timide sur des affiches de film et des publicités « Mais le diable créa Bardot », « BB » devint une star internationale encore plus étincelante que Marilyn Monroe par exemple et accomplit cet exploit sans jamais se donner la peine de visiter Hollywood. Grâce à une analyse précise, une recherche minutieuse et une plume subtile, Vanessa R. Schwartz fait de l’histoire culturelle un élément nécessaire à l’appréciation des relations internationales. Et non la moindre des qualités : It’s So French ! propose de nombreuses illustrations, dont beaucoup en couleurs (et technicolor).
4 Stephen Whitfield (trad. Hélène Bourguignon)