Les colonies, un refuge pour les juifs ?
Le cas de la Gold Coast (1938-1945)
- Par Anne Hugon
Pages 23 à 41
Citer cet article
- HUGON, Anne,
- Hugon, Anne.
- Hugon, A.
https://doi.org/10.3917/ving.084.0023
Citer cet article
- Hugon, A.
- Hugon, Anne.
- HUGON, Anne,
https://doi.org/10.3917/ving.084.0023
Notes
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[1]
Cet article est dédié à la mémoire de John (Hans) Biel (Vienne, 1906 – Londres, 2000). Historienne travaillant sur l’histoire du Ghana, je ne suis pas spécialiste de l’histoire des juifs d’Europe, et cet article n’aurait pu voir le jour sans l’aide et les encouragements du personnel du Centre de documentation juive contemporaine (Paris) et de l’Alliance israélite universelle (Paris), que je remercie. Mes remerciements vont aussi à Annette Wieviorka, qui m’a conseillée sur ce projet, alors qu’il n’était encore qu’à l’état d’ébauche ; à Jean-Claude Lescure et à Gabrielle Houbre pour leur relecture attentive et leurs recommandations sur la structure de l’article ; et enfin à Marianne Biel pour son aide en matière bibliographique.
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[2]
Surtout au regard de l’émigration vers les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France ou la Palestine, par exemple.
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[3]
Projet connu sous le nom de Plan de l’Ouganda, ou Uganda Scheme. Sur ce projet, son promoteur et les réactions hostiles de la communauté de colons britanniques, cf. Mwangi Wa-Githumo, « Controversy over Jewish Ante-chamber in Kenya. British Settlers’ Reaction to the proposed Jewish Settlement Project in Kenya, 1902-1905 », Transafrican Journal of History, vol. 22, 1993, p. 87-99.
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[4]
Au titre des plans totalement farfelus, on peut mentionner un projet de colonisation en Birmanie, ou encore dans l’île de Socotra, au large du Yémen (cf. Martin Gilbert, « British Government Policy towards Jewish Refugees, November 1938-September 1939 », Yad Vashem Studies, vol. 13, 1979, p. 127-167). Sur les anciennes colonies allemandes, cf. Joseph Tenenbaum, « The Crucial Year 1938 », Yad Vashem Studies, vol. 2, 1958, p. 49-76. Pour le projet du Tanganyika, élaboré en 1933 et abandonné un an après, cf. aussi CO 323/ 1221/3, et CO 323/11271/3. Le plan originel comprenait 10 000 personnes, destinées à une activité agricole essentiellement ; finalement, le pays n’a reçu que 10 à 20 personnes, tous médecins… Enfin, le projet angolais est développé dans FO 371/24094 : Political Western Refugees (1939). Il s’agit là, en fait, d’une suggestion du Président des États-Unis et du Département d’État, visant à établir rien moins qu’un « État juif » en Angola. Le gouvernement britannique se montre plus que réservé, et, comme on l’imagine, le Portugal fait la sourde oreille, invoquant le climat malsain pour détourner de ce projet ses promoteurs.
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[5]
Tous les documents dont la cote commence par CSO.
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[6]
Tous les documents dont la cote commence par CO ou FO.
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[7]
Je remercie Ms Oxana Korol, de l’Institut Yad Vashem, qui a accepté de faire des recherches sur treize personnes dont je lui ai envoyé les nom, adresse et profession, et qui a trouvé des renseignements sur deux d’entre elles, comme on le verra plus loin.
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[8]
On entend par là un ensemble de fonctionnaires de la Gold Coast, en particulier les membres du Colonial Secretary’s Office, instance exécutive avec à son sommet le gouverneur ; le personnel du Medical Department ; et celui des services de police et d’immigration ; et, dans une moindre mesure, des membres des assemblées de Gold Coast dont le rôle est d’assister le gouverneur, le Legislative Council et l’Executive Council.
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[9]
Bernard Wasserstein, Britain and the Jews of Europe, 1939-1945, Institute of Jewish Affairs, London & Clarendon Press, Oxford, 1979.
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[10]
Louise London, Whitehall and the Jews 1933-1948. British Immigration and the Holocaust, Cambridge University Press, 2001.
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[11]
Au point qu’un mémorandum du Home Office de 1938 définit le droit d’asile comme le droit d’un État à décider souverainement de qui il veut accueillir et non des personnes persécutées à réclamer quoi que ce soit (cité par Bernard Wasserstein, « Nazi Germany and the German Immigration, 1933-1945 », in Gerhard Hirschfeld (dir.), Exile in Great Britain, England, Berg Publishers, 1984, p. 70).
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[12]
« It was also a product of a more general lack of sensitivity to the plight of the refugee from racial persecution. Many people had difficulty in assimilating this new type of victim to existing notions of what constituted a refugee. It was widely accepted that the government should offer refuge to individuals persecuted for their political or religious beliefs. But Jews were hounded for what they were, rather than because of anything they did or believed. They were persecuted as members of a group rather than as individuals. » Louise London, Whitehall and the Jews…, op. cit., p. 274.
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[13]
À cet égard, Louise London soutient que finalement, Hitler n’avait en quelque sorte fait que pousser à son extrême la logique d’un État-nation ethniquement homogène, (Louise London, Whitehall and the Jews…, op. cit., p. 280).
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[14]
En particulier Bernard Wasserstein, Britain and the Jews of Europe…, op. cit., et Louise London, Whitehall and the Jews…, op. cit.
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[15]
Les chiffres font l’objet de débats entre historien/nes : selon Wasserstein, la Grande-Bretagne aurait accueilli entre 50 000 réfugiés allemands et autrichiens entre 1933 et 1939, dont 90 % de juifs. Sherman donnait une estimation proche, avec 56 000 réfugiés juifs entre les mêmes dates (A. I. Sher-man, Island Refuge. Britain and Refugees from the Third Reich, 1933-1939, London, Paul Elek, 1973). Louise London parvient pour sa part au chiffre de 90 000 réfugiés, dont 85 à 90 % de juifs. Cette dernière estimation, qui révise à la hausse les chiffres donnés jusque-là, doit cependant être considérée au regard des 500 000 à 600 000 demandes qui auraient été adressées au Royaume-Uni, ce qui amène l’auteure à affirmer (p. 12) : « The conclusion cannot be avoided : escape to Britain was an exception for a lucky few ; exclusion was the fate of the majority. »
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[16]
« Année cruciale » selon Tenenbaum (Joseph Tenenbaum, « The Crucial Year 1938 », art. cité), qui rappelle entre autres événements majeurs pour les communautés juives : l’Anschluss ; l’échec de la Conférence d’Évian ; et l’éviction quasi totale des juifs de l’économie allemande.
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[17]
Tels que le Central British Fund for German Jewry, ou le Council for German Jewry. Pour l’histoire de ces organismes, cf. Norman Bentwich, They found refuge. An account of Jewry’s Work for victims of Nazi Oppression, London, the Cresset Press, 1956.
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[18]
Le secrétaire d’État aux Colonies, Ramsay MacDonald, rédigeait ainsi une circulaire le 1er décembre 1938, destinée aux différents gouvernements coloniaux et dans laquelle on pouvait lire : « Since that [last] despatch was written, the position of the various classes of persons in Germany who are likely to become involuntary immigrants has steadily deteriorated, and it is not too much to say that in some cases, particularly that of the Jews, it has become almost desperate. […] Many hundreds of applications have been received in the Colonial Office, and I have no doubt that an equally large number have been received by many Colonial governments. » NAG, CSO 15/1/123. Dépêche de MacDonald aux gouvernements coloniaux, 1er décembre 1938.
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[19]
Les demandes augmentent évidemment avec l’avènement des lois anti-juives dans ces différents pays : cf. la lettre adressée le 22 décembre 1938 au Colonial Office par un médecin hongrois, protestant d’origine juive, qui évoque la nouvelle législation anti-juive de son pays pour expliquer la nécessité d’émigrer (CO 323/1546/12). Ou le cas de l’Italie, qui, en septembre 1938, édicte des lois raciales contre les étrangers d’origine juive, lesquels ont alors six mois pour quitter le pays (CO 323/1564/7). Le Colonial Office en est bien conscient, comme le prouvent les minutes du dossier CO 323/1565/1, rappelant que les demandes sont de plus en plus nombreuses et que la situation va probablement empirer avec l’aggravation des persécutions.
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[20]
En contradiction d’ailleurs avec la réalité, puisque, faute de trouver d’autres destinations, la grande majorité des réfugiés qui y avaient trouvé asile y restèrent au lieu de ré-émigrer comme l’avaient espéré les autorités britanniques (cf. Louise London, Whitehall and the Jews…, op. cit., p. 11).
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[21]
Cf. PRO, CO 323/1221/2 : Question of settlement in colonies of Jewish refugees from Germany, 1933.
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[22]
NAG, CSO 15/1/123. Dépêche de MacDonald aux gouvernements coloniaux, 1er décembre 1938.
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[23]
Louise London, dont l’étude ne touche que très indirectement l’Empire, confirme cette analyse : « As for the Empire, Whitehall did not envisage doing battle with dominions or colonies over their reluctance to offer settlement opportunities for refugee Jews. » (Louise London, Whitehall and the Jews…, op. cit., p. 9).
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[24]
« I am aware that in certain territories the entry of such persons [les réfugiés] may be rendered difficult by the provisions of the immigration laws and regulations, which are naturally designed to avoid the entry of persons likely to become a charge upon the revenues of the territory. I have no intention of suggesting to the Government of any Colonial Dependency that it should relax its regulations in favour of foreign refugees or accord them treatment more favourable than that which is allowed to persons of British nationality. On the other hand I should greatly deprecate the introduction of any restrictions expressly designed to render the entry of refugees from Germany more difficult. » NAG, CSO 15/1/ 123. Dépêche de MacDonald aux gouvernements coloniaux, 1er décembre 1938.
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[25]
NAG, CSO 15/1/123. Dépêche de MacDonald aux gouvernements coloniaux, 1er décembre 1938.
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[26]
« His Majesty’s Government are, however, anxious that Colonial Governments should continue to play their part in the solution of this grave problem by admitting refugees in the maximum numbers compatible with their existing laws and regulations and their economic and social interests, and by giving consideration to ways and means by which the interests of their territories might possibly be furthered through the expansion of existing activities by utilising the professional and technical abilities possessed by any of the refugees. » NAG, CSO 15/1/123. Dépêche de MacDonald aux gouvernements coloniaux, 7 août 1939.
-
[27]
« The main contribution of His Majesty’s Government towards the solution of the refugee problem must now be regarded as taking the form of the concentration of all their energies upon the eradication of the root cause of the problem, namely, the existing regime in Germany. » NAG, CSO 15/1/123. Dépêche de MacDonald aux gouvernements coloniaux, 23 octobre 1939.
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[28]
« As far as refugees were concerned, the government consciously avoided articulating clear and comprehensive policies […] Minimising policy on refugees was seen as a way to minimise British involvement in action on refugees. » Louise London, Whitehall and the Jews…, op. cit., p. 9.
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[29]
Un bureau du gouvernement à Londres, qui dispose de crédits pour aider à l’émigration des réfugiés, demande entre autres à la Côte de l’Or en 1936 de faire connaître les règles d’entrée dans cette colonie. Cf. CSO 15/1/123.
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[30]
Cf. CO 323/1271/1 : Jewish Refugees from Germany. Settlement in British Colonies (1934). Notons que la Gold Coast n’a pas été sollicitée pour cette enquête, comme si le Colonial Office ne se faisait aucune illusion sur les possibilités offertes par ce territoire.
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[31]
Cf. CSO 15/1/123 (lettre de janvier 1939).
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[32]
CSO 11/1/436, document non daté mais probablement rédigé en 1939.
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[33]
Cf. CO 323/1549/7.
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[34]
Lord Baldwin, ancien Premier ministre, avait prononcé un vibrant discours radiodiffusé au Royaume-Uni dès le 8 décembre 1938, en appelant à la générosité des particuliers pour aider les juifs d’Europe à émigrer : il s’agissait de récolter des fonds destinés à divers organismes d’aide aux réfugiés potentiels ; la collecte fut de près d’un demi million de livres sterling. Cf. Louise London, Whitehall and the Jews…, op. cit., p. 122. Pour le texte de Lord Baldwin, traduit en français et publié en 1939, cf. Collectif, Les pogromes en Allemagne. Les minorités religieuses, raciales et politiques. Débats de la Chambre des Communes novembre 1938 et Appel de Lord Baldwin, Paris, Races et Racisme, 1939 (brochure de 40 p.).
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[35]
Il pourrait bien s’agir d’un Africain, nombre de familles de l’élite locale portant des noms à consonance anglaise.
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[36]
« The broadcast appeal was so pathetic that I am of opinion the inhabitants of this Colony would like to do something for these poor people is distress. » Lettre de Johnston au gouverneur intérimaire, 10 décembre 1938, CSO 15/1/124.
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[37]
Cf. lettre du Secrétariat à Johnston, 14 décembre 1938, CSO 15/1/124.
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[38]
Nana Sir Ofori Atta, éduqué chez les missionnaires de la Basel Mission est élu chef d’Akyem Abuakwa en 1912. Cette fonction politique « traditionnelle » se double, à partir de 1916, d’une carrière dans l’administration politique de la colonie puisqu’il siège d’abord au Legislative Council puis à l’Executive Council peu avant sa mort, en 1943 (cf. David Owusu-Ansah et Daniel McFarland, Ghana Historical Dictionary, Metuchen, London, The Scarecrow Press, 1995, p. 176).
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[39]
Somme que l’on peut rapprocher du salaire annuel d’un médecin au service de la Colonie dans les années 1930.
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[40]
D’après une lettre du Secrétariat du gouverneur à Johnston (9 mai 1938), cette liste aurait dû être publiée peu après dans le Gold Coast News (cf. CSO 15/1/124) ; hélas, aucun exemplaire de ce journal ne semble avoir survécu, ni au Ghana ni en Grande-Bretagne ni à la Bibliothèque du Congrès à Washington.
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[41]
Et qui allait devenir homme politique dans les années 1940 ; cf. David Owusu-Ansah et Daniel McFarland, op. cit.
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[42]
George J. Christian à Johnston, 11 janvier 1939, CSO 15/1/123.
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[43]
Cf. pièce jointe à la circulaire du 1er décembre 1938, CSO 15/1/123. On ignore si ce projet a vu le jour ou non.
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[44]
Lettre du Secrétaire intérimaire à Johnston, 10 février 1939, CSO 15/1/123.
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[45]
Note rédigée par Fieldgate, Commissioner of Central Province, 1er mai 1939, CSO 15/1/123.
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[46]
Note du Secrétaire colonial à Fieldgate, 6 juin 1939, CSO 15/1/123.
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[47]
C’est le cas des autres territoires de la région : ainsi, le gouverneur de Sierra Leone, qui précise : « …nor is it likely that any part of this Dependency would be considered suitable for even small scale settlement. » (lettre du gouverneur intérimaire de Sierra Leone au gouverneur de Gold Coast, 19 janvier 1939, CSO 15/1/123.)
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[48]
D’ailleurs, le dossier portant la cote CSO 11/1/444, ayant apparemment contenu trois demandes, était hélas vide au moment où je l’ai consulté, en mai 1999.
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[49]
Précisons d’emblée que la plupart de ces demandes ont essuyé un refus, plus ou moins circonstancié. Les quelques-unes qui n’ont pas été immédiatement rejetées n’ont apparemment pas eu de suite pour autant car parmi les quelques réfugiés juifs qui se trouvent effectivement en Gold Coast au moment de la déclaration de guerre (cf. infra), on ne trouve aucun nom qui corresponde aux demandeurs dont on a retrouvé les lettres.
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[50]
Dans un dossier intitulé « Jewish Doctors » (CSO 11/ 1438), on trouve également une lettre d’un certain Heinz Duffek, Allemand des Sudètes, qui ayant précisé qu’il est protestant et aryen, explique devoir réfléchir au plus vite sur son avenir et envisager une émigration imminente. Il n’explicite par les raisons de son éventuel départ, mais au vu de ce qu’il dit de ses origines, sa lettre a été exclue de notre corpus.
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[51]
La comparaison n’est malheureusement pas aisée car la majorité des lettres ont été détruites légalement (« destroyed under statute ») : on ne retrouve donc souvent qu’une mention de chaque missive, et rarement le document lui-même. Cf. par exemple, pour les années 1938-1939 : CO 323/1426/ 3, CO 323/1546/12, CO 323/1546/11 ; ou encore CO 323/ 1221/12, pour une période antérieure (1933).
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[52]
Cf. CO 323/1546/11 : Julie Klein to Colonial Office, Vienne, 16th May 1938.
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[53]
Cf. CO 323/1551/17, Jewish Refugees from Germany. Settlement in British Colonies, (1937).
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[54]
Sa lettre, aujourd’hui perdue, est mentionnée dans un autre courrier : cf. CSO 11/1/436. Quant à Singerova, dont le patronyme tchèque désigne de façon certaine une femme, elle a omis de donner son prénom ; par conséquent, les autorités la prennent manifestement pour un homme, puisqu’elles parlent d’elle au masculin et lui répondent en commençant par « Dear Sir » (CSO 11/1/440).
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[55]
De 1933 à 1938, les demandes d’émigration dans l’Empire britannique proviennent presque systématiquement de membres de professions médicales, seule branche pour laquelle les autorités britanniques essaient de réfléchir à une politique d’accueil.
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[56]
Cf. CO 323/1564/9. Practice of Medicine, Dentistry, etc. by foreigners in the colonies. Anglo-Italian Agreement (1938).
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[57]
British Medical Association to the Registration Authorities in the Dominions & Colonies, London, 7th November 1936, CO 323 1462/6, (1937). La même lettre stipulait qu’un certain nombre de médecins avaient trouvé refuge en Afrique du Sud mais que des dispositions « apparemment destinées à les exclure » venaient d’y être prises.
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[58]
Home Office, London, 10th March 1937. The Under Secretary of state, Aliens Dept, to the Under Secretary of state, Colonial Office : « Every application received from a foreign medical practitioner registered in the UK for permission to establish himself in this country for the purpose of engaging in practice is considered on its merits irrespective of the nationality, race or creed of the applicant, but save in the most exceptional circumstances permission is not granted. This rule has not been embodied in any separate statute or departmental order, but is the result of an administrative decision taken some years ago by the Secretary of State in pursuance of the powers conferred on him by the Aliens Order, 1920, and was rendered necessary by the large number of applications received since 1933 from foreign doctors, especially German Jews, for permission to settle in the UK for the purpose of following their profession. » CO 323/1462/6 Medical. Practice of medicine, dentistry, veterinary surgery etc., by foreigners in the colonies. German Jewish Doctors (1937).
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[59]
CO 323/1564/7. Practice of Medicine, Dentistry and Veterinary Surgery by Foreigners in the Colonies etc. (1938).
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[60]
Ainsi que le soulignait déjà Stephen Addae, (Stephen Addae, Evolution of Modern Medicine in a Developing Country, Ghana, 1880-1960, Durham Academic Press, 1996, p. 207-209).
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[61]
« The question of sending German Jewish doctors to the Cameroons was raised at the League of Nations about 4 years ago. The argument used was that many more doctors could be obtained for less money and we strongly resisted this. It is clear that the salaries paid would be less than would be offered to British Medical Officers. » Notes administratives, anonyme, 9 février 1937, in CO 323/1462/6 Medical. Practice of medicine, dentistry, veterinary surgery etc., by foreigners in the colonies. German Jewish Doctors (1937).
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[62]
CSO 11/1/436. Jewish Doctors of German & Austrian Origin. Possibility of employment of, in the Colonial Empire, 1938-39.
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[63]
Cf. infra pour un développement sur les employés de bureau. Le Secrétaire du Conseil Exécutif écrit, le 31 janvier 1939 : « At a meeting of the Ex. Co. held on 27.1.39 Council further considered the question of the employment of German Jewish refugees in the Gold Coast and advised that, while it was undesirable that individuals who were not British subjects should be given posts in the Medical Department, there would be no objection to suitably qualified refugees being appointed to fill vacancies as foremen of works in the Public Works Department if it should prove impossible for these vacancies to be filled by the Crown Agents in the normal manner. » CSO 11/1/436. Jewish Doctors of German & Austrian Origin. Possibility of employment of, in the Colonial Empire, 1938-39.
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[64]
Cf. CSO 11/1/436. Jewish Doctors of German & Austrian Origin. Possibility of employment of, in the Colonial Empire, 1938-39. La proposition du Nyasaland, présentée au Colonial Office en janvier 1939, consistait à modifier la législation pour permettre à des détenteurs de diplômes étrangers de pratiquer dans ce territoire, et de faire venir quatre médecins, auxquels serait versée une subvention annuelle de 300 £ (soit environ le tiers d’un salaire annuel de médecin fonctionnaire en Gold Coast). Cette solution aurait l’avantage de grever moins lourdement les finances locales que quatre salaires à proprement parler, et de compléter le faible revenu prévisible pour un médecin pratiquant en libéral. Cette solution, ayant plu au ministère des Colonies, a été proposée à tous les autres gouvernements coloniaux, sans aucun succès.
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[65]
Harkness, Director of Medical Services, to Colonial Secretary, 16 January 1940. CSO 11/1/436. Jewish Doctors of German & Austrian Origin. Possibility of employment of, in the Colonial Empire, 1938-39.
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[66]
Il s’agit de la plus grande et prestigieuse école secondaire de Gold Coast, située juste au Nord d’Accra.
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[67]
Harkness, Director of Medical Services, to Colonial Secretary, 16 January 1940. CSO 11/1/436. Jewish Doctors of German & Austrian Origin. Possibility of employment of, in the Colonial Empire, 1938-39.
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[68]
Ce souci de ménager les médecins autochtones avait déjà été exprimé quelques années auparavant : « Government policy has been to encourage natives of West Africa to take out qualifications in the United Kingdom and to return to the Gold Coast to practise amongst their own people. Any influx of German Jewish doctors might result in complaint from African private practitioners and lead to restrictions. » Dr Duff, Director of Medical Services, to Medical Secretary, British Medical Association, Accra, 3rd December 1936. CO 323/1462/6 Medical. Practice of medicine, dentistry, veterinary surgery etc., by foreigners in the colonies. German Jewish Doctors (1937).
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[69]
Cf. Ghana Medical Journal, n° 1, septembre 1962 : « A History of Medical Societies in Ghana », by A. M. Barnor, p. 4-7.
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[70]
Governor to Secretary of State, 29th February 1940. CSO 11/1/436. Jewish Doctors of German & Austrian Origin. Possibility of employment of, in the Colonial Empire, 1938-39.
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[71]
Harkness, Director of Medical Services, to Colonial Secretary, 16 January 1940. CSO 11/1/436. Jewish Doctors of German & Austrian Origin. Possibility of employment of, in the Colonial Empire, 1938-39.
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[72]
À l’exception de Ulrich, dont le diplôme est reconnu en Grande-Bretagne, de Seidenmann et Ottolenghi, médecins diplômés d’une faculté italienne, et de Singerova, dentiste.
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[73]
Rappelons que, comme le reconnaissait un document officiel cité plus haut, cet obstacle n’était pas insurmontable : d’une part, il est toujours possible de modifier la législation, à condition d’en avoir la volonté politique ; d’autre part, les autorités de Gold Coast admettaient des exceptions, comme le prouve le cas d’un médecin allemand non juif, le Docteur Huppenbauer. Né en Gold Coast de parents missionnaires travaillant pour la Mission de Bâle, diplômé de l’université de Tübingen, puis employé par la même Mission que ses parents, le Dr Huppenbauer demande précisément en 1939 à pratiquer en privé. On publie alors, en janvier 1939, une ordonnance intitulée « An Ordinance to enable Carl Bartholomew Huppenbauer to be registered under the Medical Practitioners & Dentists registration ordinance », document dans lequel on lit : « as a special case, provision should be made to enable him to be registered as medical practitioner under section 6 of the Medical Practitioners and Dentists Registration Ordinance ». CO 96/761/ 6 Medical Practitioners & Dentists Legislation.
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[74]
Somme qui représentait environ un an de salaire dans la fonction publique en Gold Coast pour un poste de qualification moyenne.
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[75]
Cf. CSO 15/1/129, Political Refugees from Germany and Austria. Settlement in other countries. Dr Vadasz Haladar of Hungary. Permission to settle in the Gold Coast, (1939).
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[76]
Mémorandum, automne 1939, CSO 15/1/129. Cf. également CO 323/1271/3, Jewish Refugees from Germany. Question of settlement in Tanganyika Territory (1934).
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[77]
« A key element in the rationale of the British government’s approach to Jewish suffering [was] that the problem of what to do with the Jews took precedence over saving them, whether from Nazi persecution or mass murder. The necessity of such an order of priorities was apparent to politicians who decided British policy and the officials who upheld it. » (Louise London, Whitehall and the Jews…, op. cit., p. 2).
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[78]
CSO 15/1/126. Siegfried Schnabel au gouverneur de Gold Coast, Vienne, Allemagne (sic), le 27 février 1939. La citation est donnée ici avec ses maladresses de style et d’orthographe.
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[79]
CSO 15/1/126. Northcroft à Siegfried Schnabel, 4 mai 1939.
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[80]
Cf. note administrative, 11 août 1939, CSO 15/1/129.
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[81]
La citation est donnée ici avec ses maladresses d’orthographe et de style. Dr H. Molser to His Excellency the Governor at Accra, Stanleyville, Congo, 16th March 1940. CSO 2/8/348. Jewish Doctors. Possibilities of Settlement in the Colonial Empire. Dr H. Molser, Jewish Refugee. Application for Employment in the Gold Coast.
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[82]
Howells, Director of Medical Department, 12th April 1940. CSO 11/1/436. Jewish Doctors. Possibilities of Settlement in the Colonial Empire. Dr H. Molser, Jewish Refugee. Application for Employment in the Gold Coast.
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[83]
On ignore qui est l’auteur de ces annotations, mais le fonctionnement de l’administration laisse supposer qu’il pourrait s’agir du Dr Harkness, alors Directeur du Medical Department, qui aurait donc décidément de lourdes responsabilités personnelles dans le rejet quasi systématique des candidatures de médecins réfugiés juifs.
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[84]
Autrement dit : « Rappelez-vous le Dr Machinchouette ! Chat échaudé ! » CSO 11/1/436. Jewish Doctors. Possibilities of Settlement in the Colonial Empire. Dr H. Molser, Jewish Refugee. Application for Employment in the Gold Coast.
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[85]
En effet, on ne trouve pas trace dans les archives d’un autre médecin juif qui, en mars 1940, ait eu maille à partir avec les autorités coloniales, comme le laisse entendre l’auteur de ce commentaire. Il aurait pu s’agir du Dr Lusztig (cf. infra), mais les dates ne correspondent pas, étant donné que ce dernier était encore en Côte-d’Ivoire en avril 1940.
-
[86]
D’ailleurs, cet antisémitisme « ordinaire », loin d’être réservé aux fonctionnaires de terrain, était partagé par ceux du Colonial Office. Ainsi, répondant à des critiques selon lesquelles l’Empire n’aurait pas joué un rôle assez actif à l’égard des réfugiés juifs, un autre fonctionnaire, du Colonial Office préférait dénoncer l’ingratitude systématique du peuple juif : « The implication that the Colonial Empire (in contradiction to the Dominions and the UK) has done nothing at all for these German refugees needs some qualification in the light of what was actually done for them in Palestine. We opened our doors very wide there and it is at least arguable that our present troubles are largely due to our having let in so many. I am afraid that my long experience of the Jews has made me rather callous to these ad misericordiam appeals. We shall get no thanks for anything we may do ; only reproaches and abuse for not having done more. » CO 323/1515/17, Jewish refugees from Germany. Settlement in British Colonies, (1937). On sait par ailleurs que Chamberlain, dénonçant la persécution des juifs en Allemagne, trouvait bon d’ajouter, dans une lettre à sa sœur (juillet 1939) : « No doubt Jews aren’t a loveable people ; I don’t care about them myself ; but that is not sufficient to explain the Pogrom ». Cité in Martin Gilbert, « British Government Policy… », art. cité, p. 156.
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[87]
Note de R. V. Vernon, 22 janvier 1937. CO 323/1515/ 17. Jewish refugees from Germany. Settlement in British Colonies. (1937).
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[88]
On leur explique que, munis de leur diplôme italien, ils pourront pratiquer en Gold Coast, à condition de disposer du capital nécessaire à l’installation d’un cabinet.
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[89]
À l’inverse, des recherches menées au National Holocaust Museum de Washington, dont je remercie ici le personnel, ont permis de savoir que l’un des autres demandeurs d’asile, le Dr Haladar Vadasz, était encore vivant en 1946 (cf. Jewish Survivors in Budapest, publié par le World Jewish Congress, 1946). Malheureusement, toutes les autres recherches, dans les très nombreuses listes de déportés, de survivants, ou de réfugiés d’après-guerre, se sont révélées infructueuses et l’on n’a donc au total de certitude que sur le destin de trois des quatorze auteurs de lettres retrouvées aux Archives nationales du Ghana.
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[90]
Cf. Hall of Names, Yad Vashem : fiches no 140923 et 2215666.
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[91]
Quoique profondément ironique, la mesure d’internement (au demeurant très bref en Gold Coast) n’est pas exceptionnelle : elle a même été la règle en Grande-Bretagne, où les internements ont pu durer jusqu’à une année. Cf. Miriam Kochan, Britain’s Internees in the Second World War, London, Macmillan, 1983 ; Michael Seyfert, « His Majesty’s Most Loyal Internees », in Gerhard Hirschfeld (dir.), Exile in Great Britain, op. cit., p. 163-193 ; Lucienne Germain : « “Saisissez-vous d’eux !”. L’internement des “étrangers ennemis” en Grande-Bretagne au cours de la seconde guerre mondiale », Revue française de civilisation britannique, vol. 9, no 1, octobre 1996, p. 71-91.
-
[92]
Les dossiers contiennent donc des témoignages attestant qu’ils sont juifs, ou des rapports de la police stipulant que leur qualité de réfugiés ne peut être mise en doute.
-
[93]
Lettre du gouverneur à MacDonald, 4 janvier 1939, CSO 15/1/123.
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[94]
Il s’agit probablement de Max Berger, installé successivement dans diverses villes de Gold Coast mais qui songe à en repartir en janvier 1939, son cabinet n’ayant guère connu de succès.
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[95]
La même remarque s’applique peut-être à d’autres colonies, si l’on en croit une circulaire de MacDonald, 29 juillet 1939, affirmant qu’entre le 1er octobre 1938 et le 31 mars 1939, ce sont 1 670 réfugiés qui ont trouvé asile dans un territoire sous domination britannique (CSO 15/1/123).
-
[96]
Dossiers de Weinberg, Fabian, Bein et Friedmann. Cf. CO 323/1797/8. Ces dossiers contiennent des détails sur leur identité et leur parcours en amont de leur arrivée en Gold Coast.
-
[97]
« [He] now claims he has no nationality ». Liste des réfugiés tchèques et allemands qui n’ont pas été internés le 3 septembre 1939, CO 323/1667/6.
-
[98]
Toutes ces informations se trouvent dans une lettre du secrétariat du gouverneur, 16 mai 1940 ; M. Weinberg, employé par un service d’urbanisme semi-public d’Accra, a demandé à prendre un congé et à se rendre en Grande-Bretagne. Sa situation administrative un peu délicate explique que les autorités se penchent sur son parcours.
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[99]
Généralement située au Nord-Ouest de Londres, comme la majorité des réfugiés juifs d’alors, cf. Anthony Grenville, Continental Britons. Jewish Refugees from Nazi Europe, catalogue de l’exposition du même nom, mai-octobre 2002, The Jewish Museum, London, 2002, 72 p., p. 31.
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[100]
Dossier de Karl Friedmann, CO 323/1797/8.
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[101]
Une lettre du directeur de l’UAC au commissaire de police d’Accra (18 septembre 1939) précise par exemple : « M. Friedmann was warmly recommended to us by the Jewish Refugee Committee. » Tandis que le dossier de Herbert Bein contient une lettre du Jewish Aid Committee, le félicitant de sa réussite et le remerciant de son don de 10 £ (CO 323/1797/8).
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[102]
C’est lui qui souligne. Copie d’une lettre de Frank Samuel (Jewish Aid Committee) à UAC, 20 février 1936 (CO 323/1797/8).
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[103]
« This government is willing to offer employment immediately to two Jewish male clerks of Austrian or German origin who are refugees from their own country. » Dépêche du gouverneur à MacDonald, 30 novembre 1938, CSO 11/1/ 436.
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[104]
Il a été approché en Grande-Bretagne par un certain London, fonctionnaire en Gold Coast qui se trouve à Londres au début de l’année 1939 : l’une de ses lettres (London au gouverneur, 6 avril 1939, CSO 11/1/436) explique qu’il a rencontré, au Colonial Office, quatre candidats au poste d’employé de bureau offert par le gouvernement.
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[105]
Son dossier ne compte pas moins de 170 pages (CSO 2/1/171).
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[106]
Né et formé comme médecin en Hongrie, il pratique deux ans comme médecin à Budapest avant de se mettre au service du gouvernement libérien en 1931-1932. En 1933, il suit une formation complémentaire de dentiste en Suède, puis est recruté par les autorités coloniales françaises en 1934-1935. Il s’engage ensuite auprès du gouvernement républicain espagnol durant la guerre civile, de juillet 1936 à décembre 1938, date à laquelle il entre de nouveau au service des autorités coloniales françaises, militaires cette fois.
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[107]
Lettre du directeur des services médicaux au Secrétaire Colonial, 4 août 1943 (CSO 2/1/171).
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[108]
Hans Karl Loeb, un réfugié politique allemand, apparemment non-juif, pose aussi quelques soucis aux autorités vers septembre 1939 car il se trouve sans travail ; le gouvernement redoute donc de l’avoir à sa charge. Mais une note du mois d’octobre stipule qu’il a obtenu un emploi auprès d’une compagnie minière de Gold Coast.
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[109]
Cf. lettre de l’ingénieur de District au directeur des Travaux Publics, 28 février 1940, CSO 11/1/898.
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[110]
Sur l’engagement des réfugiés juifs dans l’effort de guerre en Grande-Bretagne, cf. entre autres Anthony Grenville, Continental Britons…, op. cit., p. 41-48.
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[111]
Kurt Eichenberg au gouverneur Arnold Hodson, 24 août 1940, CSO 2/11/881. Un autre réfugié, Weinberg, prend une initiative similaire, espérant lui aussi pouvoir servir dans l’armée, alors que la guerre vient tout juste d’être déclarée. Des motivations comparables sont avancées dans son courrier : « I make this application out of my deepest conviction that it would be shameful, if we Refugees, who have found a new home in the British Empire, would let the British people do alone the defending of their country and thereby of us Refugees too, against a political system which nobody could hate more than we, who have been driven by it out of their homes. » Hans Weinberg au commissaire du District d’Accra, 6 septembre 1939, CSO 2/11/881.
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Maîtresse de conférences à l’université Grenoble 2 Pierre Mendès France et membre junior de l’IUF (2000-2005) Anne Hugon est spécialiste de l’histoire africaine à laquelle elle a consacré plusieurs ouvrages.
1 Face à la persécution antisémite qui s’abattait en Europe, les colonies anglaises offraient-elles un refuge pour les juifs ? Sans provoquer de flux massifs, cette solution fut envisagée par quelques juifs que persécutait le régime nazi. Elle butait cependant sur de terribles obstacles qui révèlent les ambivalences de la politique suivie, à Londres comme dans l’Empire, par les autorités britanniques.
2 L’un des aspects peu étudiés de l’histoire des communautés juives d’Europe est celui de quelques tentatives d’émigration vers l’Afrique subsaharienne, à la suite des pogromes et persécutions des années 1930 [1].
3 Cette migration a certes concerné peu de gens [2] : il semble qu’au 20e siècle, les rapports entre les communautés juives européennes et l’Afrique subsaharienne aient essentiellement consisté en projets d’implantation jamais réalisés. Ainsi le Congrès sioniste avait-il envisagé, au tout début du siècle, une colonisation de terres situées au Kenya [3], avant d’abandonner officiellement ce scénario en 1903. L’idée d’une colonisation juive européenne en Afrique renaît après l’avènement du nazisme en Allemagne, comme solution possible (et partielle) à la « question juive ». Au Colonial Office, on songe à d’anciennes colonies allemandes comme terre d’accueil et on élabore des plans, plus ou moins fantaisistes, pour envoyer des juifs en Rhodésie du Nord, au Tanganyika ou encore en Angola [4].
4 En définitive, hormis le Kenya et surtout l’Afrique du Sud qui accueillent quelques communautés numériquement significatives (quelques milliers de personnes), aucune émigration collective n’a eu lieu vers le continent africain – en grande partie inadapté à une colonisation de peuplement. Cependant, quelques trajectoires individuelles de réfugiés juifs, vers des destinations plus rares que le Kenya ou l’Afrique du Sud, peuvent être retracées. Il existe en effet des documents prouvant que, face à l’urgence de la situation consécutive à la Nuit de cristal et à la fermeture à l’immigration de nombreux pays, certains juifs d’Europe ont tenté de trouver refuge dans des colonies britanniques du continent africain – et y sont parfois, mais rarement, parvenus.
5 C’est sur ces tentatives de migration que porte cet article, qui s’appuie principalement sur des sources découvertes en mai 1999 aux Archives nationales du Ghana [5], complétées par des recherches au Public Record Office [6] (Londres) et un court séjour au National Holocaust Museum (Washington) ; une enquête a également été menée à ma demande par le personnel de Yad Vashem à Jérusalem [7]. Il s’agira en particulier, après avoir rappelé le contexte général et la politique britannique à l’égard des « réfugiés potentiels », d’analyser l’attitude des autorités coloniales [8] vis-à-vis des demandeurs d’asile ; l’émergence d’un courant de sympathie dans certaines classes de la société ghanéenne ; puis de suivre le destin des rares personnes qui ont effectivement trouvé refuge dans cette colonie britannique qu’était la Gold Coast (ou Côte de l’Or).
6 L’historiographie de la politique britannique envers les juifs d’Europe est assez complète, avec entre autres « classiques » l’ouvrage de Wasserstein [9]. Elle a en outre été récemment renouvelée par l’étude de Louise London [10], qui a le mérite de replacer la politique d’immigration du Royaume Uni, somme toute plutôt restrictive, dans la culture politique de l’époque. L’humanitarisme n’y était pas considéré comme un devoir de l’État [11] ; le concept même de persécution raciale n’était pas parfaitement compris ni appréhendé Outre-Manche [12] ; et le principe, largement accepté, d’États-nations « ethniquement homogènes » permettait à un gouvernement d’expulser ses minorités sans susciter de réactions particulièrement vives [13] ni de solidarité adéquate. Au total, selon nombre d’auteurs [14], la logique qui sous-tendait la politique vis-à-vis de l’immigration juive était dictée par l’intérêt national, et son caractère limitatif [15] serait plus imputable à ces considérations relevant de la raison d’État qu’à un antisémitisme actif. Nous verrons dans quelle mesure cette conclusion est ou non applicable au cas des autorités de Gold Coast.
7 C’est dans ce contexte qu’à partir de 1938 [16], en particulier après le pogrome de la Nuit de cristal, se multiplient des demandes d’immigration, avec deux nouveautés. D’une part, les demandes directement adressées aux autorités britanniques se multiplient, beaucoup d’entre elles ne transitant plus par les organismes spécialisés qui constituaient la filière « classique » d’immigration en Grande-Bretagne [17]. D’autre part, ces demandes concernent de plus en plus souvent des territoires coloniaux, qu’elles soient envoyées directement aux gouvernements des différentes colonies ou au Colonial Office [18]. À elles seules, l’augmentation et la diversification des demandes reflètent bien l’aggravation de la situation en Allemagne, et dans nombre d’États européens, en 1938 [19].
8 Rappelons par ailleurs que la Grande-Bretagne ne souhaitait pas devenir une terre d’asile, et se considérait plutôt comme un lieu de passage, en vue d’une ré-émigration dans d’autres régions du monde [20] : d’où l’initiative de certains aspirants au départ, qui pensaient sans doute augmenter leurs chances en postulant à l’émigration dans l’Empire plutôt qu’en métropole.
? Une politique du colonial office ?
9 Or le Colonial Office n’avait pas réellement défini de politique susceptible de répondre à ces demandes. De l’arrivée de Hitler au pouvoir à la déclaration de guerre, la politique vis-à-vis de l’émigration vers l’Empire se caractérise par des déclarations d’intention aussi vagues que généreuses, exprimées dans diverses dépêches qui prennent soin de ne formuler ni solution concrète ni disposition législative.
10 Avec une constance remarquable, ces dépêches signées par MacDonald (secrétaire d’État aux Colonies) témoignent d’une bonne volonté générale à l’égard des demandeurs d’asile… jamais assortie d’un dispositif propre à les accueillir. Dès 1933, on encourageait les territoires coloniaux à employer des réfugiés allemands [21]. Mais en 1938, le secrétaire d’État se contentait toujours d’encouragements, incitant les colonies à se montrer bienveillantes vis-à-vis des réfugiés potentiels, en affirmant par exemple : « I am very anxious that the Colonial Empire should play its part in furnishing a contribution towards the solution of this grave and most urgent problem [22] . » Il n’ose manifestement pas aller trop loin, n’envisageant nullement de contraindre les territoires à revenir sur des mesures restreignant l’immigration [23], comme l’indique la même dépêche [24].
11 Finalement, les autorités se limitent à promouvoir une mansuétude qui s’appliquerait au cas par cas, notamment pour les demandes individuelles : « All that I am asking is that all Colonial Governments will give the most sympathetic consideration they can to any applications from actual or potential German refugees which indicate that the applicant is likely to become a good and useful citizen [25]. » Cette stratégie, qui se distingue par une absence de volonté politique réelle en dépit d’un discours charitable, se poursuit, avec une très timide et brève inflexion volontariste à l’été suivant : en août 1939, le secrétaire d’État préconise pour la première fois que l’on déploie des efforts pour créer des conditions favorables à l’accueil des réfugiés – mais sans se donner les moyens de cette politique, puisqu’il recommande de ne pas amender pour autant les lois existantes [26]. La déclaration de guerre, début septembre 1939, va de toute façon rendre caduc ce texte, puisque pour les autorités, le problème des réfugiés passe alors au second plan, derrière celui de la lutte contre le régime nazi [27].
12 L’absence d’une politique centrale claire, qui ne relève pas du hasard mais vise à décourager les immigrants potentiels [28], aurait éventuellement pu être palliée par les autorités des diverses colonies, qui disposent d’une autonomie suffisante pour décider quasiment souverainement de leur politique d’immigration. Elles sont régulièrement sollicitées par le Colonial Office, qui les interroge pour connaître la teneur de leur législation en la matière [29], les possibilités matérielles dont elles disposent pour accueillir des réfugiés, ou encore les opportunités qui s’offriraient à de nouveaux arrivants. Or bien souvent, les gouvernements locaux se montrent aussi décourageants que possible : approchées pour ce type d’enquête en 1934, les autorités coloniales de différentes régions de l’Empire (dont le Kenya, la Rhodésie du Nord, le Nyasaland, le Tanganyika, l’Ouganda et Zanzibar) répondent qu’elles n’ont aucun poste à offrir à des réfugiés juifs [30]. Quelques années après, plus diplomatiquement, le gouvernement de Sierra Leone rappelle que ce territoire ne saurait constituer une terre d’émigration collective, mais qu’il considérera avec bienveillance les dossiers individuels [31].
13 Dans l’ensemble, les gouvernements coloniaux optent donc pour une politique d’atermoiements, dans l’espoir, non dissimulé, de décourager les candidats à l’installation. L’aveu d’un officiel britannique en Gold Coast est à cet égard exemplaire, lorsqu’il écrit, à propos de demandes de médecins juifs : « In fact, we did the best we could to discourage intending immigrants from coming [32]. » Cette politique prend même dans certains territoires un caractère systématique. Parmi les mesures kafkaïennes mises en œuvre, citons-en une qui indigne jusqu’aux autorités du Colonial Office : certains gouvernements coloniaux exigent des demandeurs d’asile qu’ils possèdent un passeport valide pendant des années, et qu’ils aient la possibilité de retourner dans leur pays d’origine – un comble, pour des réfugiés [33].
14 Existait pourtant en Gold Coast un capital de sympathie pour les juifs persécutés, qui s’est manifesté de différentes manières.
? L’appel de baldwin et ses suites
15 La première manifestation de sympathie prend la forme d’un relais, au niveau de la colonie, de « l’appel de Lord Baldwin [34] ». Dès le mois de décembre 1938, un membre du Conseil législatif de Gold Coast, du nom de Johnston [35], demande au gouverneur intérimaire l’autorisation de lancer une souscription publique au niveau local et d’ouvrir un compte pour recueillir des dons destinés aux juifs d’Europe, dans la continuité de l’appel de Lord Baldwin. Johnston exprimait ainsi sa conviction : « The broadcast appeal was so pathetic that I am of opinion the inhabitants of this Colony would like to do something for these poor people in distress [36]. » Avant même de mettre cet espoir à l’épreuve des faits, il s’agit déjà de s’assurer le soutien, ou du moins la bienveillance, du gouvernement. Or celui-ci fait preuve d’une attitude ambivalente. Certes, il accorde l’autorisation nécessaire au lancement de la souscription publique, dont Johnston devient trésorier ; puis il répond favorablement à une requête de ce dernier, demandant une radiodiffusion de l’appel de Baldwin sur les ondes de la colonie. Mais dans le même temps, tout en acceptant de faire paraître l’appel trois jours de suite dans le journal Gold Coast News, et de faire imprimer 700 exemplaires sous forme de brochure à faire circuler, les autorités refusent de le faire gratuitement. Un fonctionnaire prend par ailleurs bien soin de stipuler que le gouvernement ne souhaite pas être associé officiellement à ce projet [37].
16 Cette attitude équivoque n’empêche pas que se développe dans la colonie un courant de solidarité dont une caractéristique frappante est qu’il n’a pas concerné exclusivement la petite communauté britannique. En effet, preuve qu’une partie des élites traditionnelles se sentent concernées par cet appel, le plus influent des « chefs » africains, Nana Sir Ofori-Atta [38], y prête son concours, en acceptant de lire à la radio l’appel de Baldwin, le 7 janvier 1939. L’écho rencontré par cet appel en Gold Coast prend donc d’abord la forme d’une contribution financière. Entre janvier et mai 1939, ce sont en effet 750 £ qui sont récoltées [39], somme qui, dans un contexte de crise économique persistance et de faible circulation monétaire, n’est pas négligeable. On ne dispose hélas pas de la liste des donateurs [40], mais on peut supposer raisonnablement qu’elle n’a pas rassemblé que des Britanniques : une note manuscrite de Johnston envisage de solliciter la générosité (100 ou 200 £, suggère-t-il – rien moins) d’un certain Grant. Il pourrait s’agir de George Grant, homme d’affaires africain qui avait fait fortune dans le commerce du bois [41].
17 D’autre part, on sait que, en dehors des chefs traditionnels, des membres de l’élite urbaine se sont impliqués dans ce mouvement de solidarité. Au titre des élites côtières, citons George J. Christian, Antillais très bien intégré à la bourgeoisie de Sekondi (alors la deuxième ville de la colonie) dans les années 1930. Dans une étonnante lettre à Johnston, à laquelle il joint un chèque de 10 guinées, il écrit : « If you should have the opportunity of speaking to the Governor I wish you would ascertain what chances there are of admitting some of the persecuted Jews into our Colony. Such a request I have had from Britain but I have had no opportunity of meeting the Governor yet. They might improve some of our waste lands as they have in Jerusalem [42]. »
18 Cette citation mérite qu’on s’y arrête un instant : d’une part, l’expression « our lands » est remarquable de la part d’un « étranger », fût-il bien intégré à la communauté africaine. D’autre part, Christian évoque le modèle sioniste, suggérant de suivre cet exemple, qu’il considère donc comme une réussite. On peut s’étonner que l’exemple de la Palestine soit évoqué en Afrique de l’Ouest mais il faut rappeler que l’élite urbaine ghanéenne est alors parfaitement informée des affaires internationales – et plus particulièrement de celles qui concernent directement l’Empire britannique. De surcroît, il existe au moins un point commun entre l’entreprise sioniste et l’entreprise coloniale : l’idée de la « mise en valeur » agricole, inscrite au cœur des deux projets. Il n’est d’ailleurs pas fortuit que tous les plans de colonisation juive en Afrique aient été des projets d’implantation agricole : on trouve encore un modeste projet de colonisation agraire au Kenya fin 1938, mis sur pied avec l’aide du Council for German Jewry de Londres, pour 25 juifs allemands [43]. En Gold Coast, où la colonisation agricole a été exclue dès les années 1910, le projet de Christian n’est pourtant pas immédiatement rejeté par les autorités : une note du secrétaire intérimaire stipule que si Christian rédige un plan d’implantation agricole pour des réfugiés, celui-ci recevra toute l’attention nécessaire du gouverneur [44]. Les archives n’ont pas conservé de traces d’un tel document, mais quelques mois plus tard, une nouvelle offre émane, cette fois, d’un chef traditionnel (« omanhene ») de la Province Centrale, un extrait des minutes d’une réunion expliquant : « The omanhene stated that he had discussed the question of Jewish immigration with other Chiefs and that they were prepared to offer land for settlement [45]. » La réponse, cette fois, est plus catégorique : « His Excellency thanked the Omanhene for his generosity but stated that he did not think a settlement scheme of the requisite magnitude was feasible for the Colony. » Quelques semaines plus tard, la diplomatie s’efface devant un net refus qui décline la même offre (peut-être entre-temps renouvelée) : « The Omanhene should be informed that, while His Excellency greatly appreciates his motive in offering land for occupation by Jewish refugees, a settlement scheme such as that which the Omanhene seems to envisage would be wholly impracticable [46]. »
19 Certes, le plan paraissait peu viable, la Gold Coast se prêtant mal à une colonisation de peuplement, même sur une toute petite échelle [47]. Mais le fait remarquable ici est que des membres de l’élite urbaine et traditionnelle aient été au courant de la situation dramatique des juifs d’Europe, aient tenté de contribuer à l’effort de solidarité, et se soient vus découragés par les autorités coloniales, alors même que celles-ci venaient de recevoir plusieurs demandes d’asile.
? Les demandes adressées aux autorités de Gold Coast
20 Pour des raisons évidentes, le nombre de demandes adressées directement aux autorités de Gold Coast est resté faible, voire très faible : étant donné l’environnement naturel, ce territoire ne convenait guère à une arrivée en nombre d’Européens. En dépit de l’urgence de la situation, il est probable que peu de réfugiés potentiels aient songé spontanément à cette colonie comme terre d’accueil : la Gold Coast restait peu attractive et il semble qu’au total, elle ait reçu fort peu de demandes. On n’en retrouve aujourd’hui qu’une petite quinzaine aux Archives nationales du Ghana : certes, il y en a sûrement eu davantage, puisqu’il faut prendre en compte des pertes ou destructions de dossiers [48]. Néanmoins, les archives à ce sujet paraissent assez complètes et le faible nombre de réfugiés ayant effectivement trouvé asile dans ce territoire avant la Nuit de cristal incite à penser que le nombre de postulants n’a pas dépassé quelques dizaines [49].
21 Les lettres des quatorze candidats [50] à l’installation en Gold Coast ont été comparées, dans la mesure du possible, avec les lettres similaires conservées au Public Record Office à Londres [51]. On peut donc à la fois brosser un portrait de groupe de ces demandeurs et les confronter à un ensemble plus large, afin de comprendre ce que ces demandes avaient, ou non, de spécifique.
22 Une première analyse synthétique des missives et de leurs auteurs peut se présenter comme suit :
23 On constate de prime abord que presque toutes ces lettres ont été écrites par des hommes, ce qui correspond à une tendance très générale. En effet, parmi les documents accessibles au PRO, on n’a retrouvé qu’une lettre écrite par une femme, célibataire [52] ; de même, une liste de 100 personnes juives allemandes demandant l’asile dans n’importe quel territoire colonial en 1937 donne la proportion suivante : 5 femmes pour 95 hommes [53]. La Gold Coast ne fait donc pas exception puisqu’il semble que les autorités n’aient eu à se pencher que sur deux demandes adressées par des femmes : la dentiste Singerova et une laborantine dont on ignore le nom [54]. Manifestement, les candidats déclarés à l’asile politique dans l’Empire, suivant en cela le modèle classique de départ aux colonies, étaient donc presque toujours des hommes. Une très grande majorité d’entre eux sont par ailleurs jeunes (entre 25 et 35 ans) : le seul sexagénaire, Siegfried Schnabel, fait figure d’exception. On trouve aussi une importante proportion de célibataires : quatre demandes le stipulent, contre quatre qui précisent le contraire – mais on peut raisonnablement supposer que les cinq qui ont écrit en leur seul nom, sans mentionner d’épouse ou d’enfants, sont aussi célibataires. Ces deux dernières caractéristiques (jeune âge et célibat) ne surprennent pas dans une logique migratoire d’urgence, où l’on cherche à convaincre les autorités des atouts dont on dispose. La même remarque vaut pour le niveau de qualification, puisque l’on ne compte aucune personne non qualifiée et peu de travailleurs manuels, voire de commerçants : un cordonnier, un négociant en gros, un imprimeur, un jardinier (doublé d’un photographe) et un homme polyvalent (Georg Steiner) pèsent de peu de poids à côté des médecins et ou dentistes, qui ne sont pas moins de huit [55]. Cette importante proportion invite à un examen plus attentif de cette catégorie.
? Les professions médicales, un cas à part ?
24 Les membres des professions médicales ne constituent pas un cas à part uniquement du point de vue numérique : ils forment aussi une exception dans la façon dont les autorités coloniales les perçoivent, parmi l’ensemble des réfugiés. Aux Archives britanniques comme aux Archives du Ghana, on trouve en effet un ensemble de dossiers intitulés « Jewish Doctors », ce qui prouve que parmi les courriers adressés par des demandeurs d’asile, ceux qui émanent de médecins et dentistes ont été abordés séparément. La question de l’accueil de médecins et dentistes allemands a par ailleurs occupé les autorités précocement, dès 1933.
25 Or la situation en Grande-Bretagne n’est guère favorable aux médecins étrangers. Leurs diplômes n’y sont pas reconnus, à l’exception de ceux obtenus en Italie, en vertu d’un accord bilatéral passé en 1925 [56]. En principe, les médecins venus d’Europe continentale sont donc tenus de repasser certains examens pour valider leurs diplômes – ceci ne constituant en rien une garantie qu’ils seront autorisés à pratiquer au Royaume-Uni, du moins dans la seconde moitié des années 1930. En 1936, l’Association médicale de Grande-Bretagne écrivait ainsi au Colonial Office :
« We are frequently asked for advice by Jewish doctors who have found it necessary to leave Germany and who are contemplating the possibility of practising in one of the British Dominions or Colonies. Such doctors are able to obtain the Diploma of the Scottish Conjoint Board after one year of clinical study in this country. Having obtained this qualification they are eligible for registration here, but, owing to restrictions recently imposed by the Secretary of State for Home Affairs, it is no longer possible for them to obtain permission to practise in this country [57]. »
27 La Grande-Bretagne reste disposée à étudier chaque dossier de médecin au cas par cas, mais cette politique est conçue pour demeurer très restrictive, notamment depuis 1933 [58]. On apprend ainsi en 1938 que le ministère de l’Intérieur est disposé à laisser entrer 50 médecins allemands et autrichiens sur 1 500 candidats [59]. Et encore ne s’agit-il que de leur permettre de repasser un examen sur le sol britannique avant de ré-émigrer dans un territoire colonisé.
28 En Gold Coast, où le manque de personnel médical est un problème chronique, l’arrivée de médecins supplémentaires, dont certains seraient susceptibles d’ouvrir un cabinet privé, pourrait constituer une solution au faible encadrement médical [60]. Qui plus est, leur recrutement ne coûterait pas excessivement cher au gouvernement, puisque si l’on en croit une source du Colonial Office, les médecins réfugiés ainsi enrôlés seraient moins bien payés que leurs collègues britanniques [61].
29 De fait, en 1938, les autorités de Gold Coast semblent opter pour une politique, prudente et temporaire, de recrutement de médecins juifs européens. Sans omettre de rappeler les difficultés, un rapport expose synthétiquement la situation de la manière suivante :
« The prospects of a Jewish Doctor of German or Austrian origin making a living in this country as a private practitioner is not very bright and the Director of Medical Services is not encouraging. (…) There are two spheres in which a limited number of such doctors could be employed :
a) it appears that there is such a shortage of applicants that many vacancies in the Colonial Medical Services cannot be filled by doctors of British nationality. It is of paramount importance that the people of this country should be given the best medical attention we can afford and to meet the present temporary shortage of doctors we might well make use of the best of the German and Austrian refugees. Many of them possess high qualifications and it is presumed that the present situation as regards refugees will not continue indefinitely. It seems an excellent opportunity to obtain some very good doctors and at the same time to relieve colonial governments of the difficulty of obtaining candidates for the Colonial Medical Service. The proposals is not without precedent and the difficulty of registration is not insuperable. If necessary they could be employed for a limited period only – say ten years. The question of training in tropical medicine should present no difficulty since there are Jewish organisations in the U. K. which would, I think, provide the necessary funds.
b) There is a possibility that the Mining Companies, if informed of the situation, might be able to find employment for one or two [62]. »
31 Pourtant, cette politique d’ouverture ne dure pas : dès le début de l’année 1939, le Conseil Exécutif rend un avis défavorable au sujet de recrutement de médecins étrangers. Pour prouver néanmoins sa bonne volonté à l’égard des réfugiés, la même instance affirme vouloir offrir deux postes d’employés de bureaux [63] et examiner les possibilités de recrutement au département des Travaux Publics. Les raisons de ce retournement ne sont pas extrêmement claires, mais il semble que l’avis du directeur des services médicaux en Gold Coast ait pesé de tout son poids dans cette affaire. Car à la mi-janvier, celui-ci écrivait une longue lettre au ministère des Colonies, qui avait insisté pour que soient prises des mesures moins restrictives. Le directeur y expliquait en quoi il jugeait inapplicable la proposition du Nyasa-land [64] : adoptant une position clairement nationaliste, il expliquait que les diplômes de médecine délivrés à l’étranger n’étaient pas toujours à la hauteur de leurs équivalents britanniques. S’opposant à ce que la législation en vigueur en métropole fût assouplie dans la colonie, il concluait :
« In view of the very small contribution which this country could afford to make to the solution of the refugee doctor problem if the interest of the local inhabitants is to be safeguarded I recommend that the Secretary of State be informed that the Nyasaland scheme is not suitable for this country and that no alteration of the law appears necessary [65]. »
33 Outre les réserves résumées ci-dessus, un autre facteur spécifique à la Gold Coast explique la politique restrictive menée à l’égard des réfugiés : l’existence d’une classe de médecins africains pratiquant en Côte de l’Or, que les services médicaux ne tiennent pas à s’aliéner, pour des raisons éminemment politiques.
34 En premier lieu, le directeur des Services médicaux privilégie le recrutement de médecins africains, politique selon lui incompatible avec l’accueil de professionnels étrangers :
« There are at present four government scholars studying medicine in England, two of whom are due to qualify in about eighteen months. Three more students have recently passed their premedical examinations at Achimota [66] and are due to go to the U. K. this year. The employment of Jewish refugee doctors by Government except on a very temporary basis would be likely to arouse criticism and I doubt whether engagement on such terms would attract a desirable type of doctor. […] A further objection to the opening of this Colony as a field for medical practice by foreigners is that it would be detrimental to the policy of encouraging Africans to take up the study of medicine, and to the plan for the ultimate establishment of a West African Medical School. By the time that the Africans were graduating in material numbers the likelihood would be that the best openings in private practice would be already occupied by foreigners and promising young men would not be attracted to the profession [67]. »
36 Ainsi, l’arrivée de médecins européens contrarierait les plans à long terme des services médicaux, qui redoutent les réactions des médecins africains face à une concurrence inattendue [68]. Cette sollicitude des services médicaux à l’endroit des jeunes praticiens autochtones, pour touchante qu’elle paraisse, s’explique en fait par les relations difficiles que ces derniers entretiennent avec leurs autorités de tutelle, régulièrement accusées de discrimination à leur endroit : les médecins africains ont moins facilement accès au service public que leurs collègues européens, et ils y sont moins bien payés. Ce système discriminatoire n’est évidemment pas sans conséquences politiques. Ainsi, le Dr Frederic Nanka-Bruce, diplômé de la faculté d’Edinburgh en 1907, s’étant vu refuser un poste de médecin fonctionnaire et contraint de s’installer à son compte, s’était lancé dans la politique, en opposition au gouvernement. Très influent politiquement grâce à son journal The Gold Coast Independent, il a fondé en 1933 avec deux de ses collègues un syndicat, intitulé Medical Practitioners’ Union [69]. L’existence de ce syndicat n’est probablement pas étrangère à la prudence dont fait preuve le Medical Department dans les années 1930. D’autant plus que l’ensemble des médecins autochtones sont des membres de l’élite « moderne », dont l’une des caractéristiques, à cette époque, est de se mobiliser (sans pour autant parvenir à une unanimité) autour de mots d’ordre « nationalistes », réclamant davantage de droits et une plus grande justice. C’est donc par souci de stabilité politique que l’on tient à minimiser les possibilités de conflits et de révolte dans leurs rangs :
« An influx of foreign medical practitioners, especially at a time when the establishment of a West African Medical School is contemplated, would have an unfavourable effect on African students in medicine, and would undoubtedly lead to considerable political repercussions [70]. »
38 Le directeur du Département médical en 1940 va encore plus loin dans la même logique. Exposant un argument supplémentaire pour refuser d’admettre des médecins diplômés à l’étranger, il avoue craindre que les futurs médecins africains ne subissent de « mauvaises » influences politiques s’ils faisaient leurs études ailleurs qu’en Grande-Bretagne :
« The recognition of foreign university degrees would open these universities to African students where, apart from obtaining a registrable qualification on a lower standard than at present, they might pursue their studies in an atmosphere critical, if not actually hostile, to British Imperial Policy [71]. »
40 Ainsi, soucieux d’éviter tout contentieux avec les médecins africains, dont le nombre absolu, la proportion et l’influence augmentent, le département Médical opte pour une politique de fermeture à l’égard des médecins juifs réfugiés. Ce sont donc des considérations de politique locale qui ont pesé de tout leur poids dans l’attitude des autorités et le refus presque systématiquement opposé aux demandes émanant de médecins juifs [72].
41 En général, ce refus est exprimé de la façon suivante : une lettre, signée du gouverneur ou de son remplaçant, est envoyée à l’auteur de la demande, développant différents points pour motiver ce rejet. Au premier chef, le gouvernement colonial invoque l’alignement sur la législation britannique : les diplômes obtenus en Europe continentale n’étant pas reconnus en Grande-Bretagne, les demandeurs d’asile n’ont pas le droit de se faire enregistrer comme médecins en Gold Coast et ne peuvent pas y pratiquer [73] – à l’exception toutefois du territoire togolais sous mandat britannique. Dans ce dernier cas, le gouvernement n’étant pas prêt à employer de nouveaux médecins, les candidats sont informés que les possibilités de pratiquer en médecine libérale sont faibles, et qu’un capital minimal de 500 £ [74] doit être envisagé pour installer un cabinet. On ajoute que la clientèle solvable est rare et qu’une difficulté supplémentaire consiste à obtenir la confiance des Africains. Enfin, on rappelle que le climat ne se prêtant pas à une installation définitive, les Européens doivent prévoir de retourner en climat tempéré environ tous les 18 mois. La missive s’ouvre ou se clôt sur un autre rappel, concernant les conditions d’immigration applicables à tous : être en possession d’un passeport valide et déposer 60 £ de caution, rendus sous 6 mois à condition que le nouvel arrivant ait trouvé un moyen de subsistance et ne soit pas à la charge du gouvernement [75].
? Entre logique administrative et antisémitisme discret
42 Car là semble bien être le principal souci : ne pas laisser entrer en Gold Coast des personnes qui risquent, à plus ou moins long terme, de dépendre des finances publiques. Un mémorandum émanant des services de police explique ainsi :
« The real difficulty in such cases is that if a doctor, for example, arrived and set up in practice which failed it might be impossible to get rid of him. Even though he might have made a deposit it might be impossible to send him back to his own country and no other country would have him. […] It should therefore be considered whether the time has not arrived to shut down decisively, especially in view of the fact that immigrants of this type are not unlikely to become “old men of the sea” on this country’s shoulders [76]. »
44 Cette citation corrobore parfaitement la récente analyse de Louise London au sujet des autorités britanniques, expliquant que leur préoccupation principale est de savoir « quoi faire » des réfugiés et non de leur offrir un moyen d’échapper à la persécution [77]. Dans le cas qui nous occupe, ce n’est pas la situation objective du réfugié qui est déterminante, mais les besoins de la colonie. Aussi regarde-t-on avec plus de bienveillance la demande d’un médecin que celle d’un cordonnier ou d’un commerçant déjà âgé. Dans ces derniers cas, les fonctionnaires coloniaux ne s’embarrassent pas de scrupules pour répondre à des appels pourtant désespérés. Certaines lettres sont en effet particulièrement poignantes, à l’instar de celle rédigée par Siegfried Schnabel, qui finissait par ces termes :
« Please, your Honour, let us have your kindly help by sending us the permission ; you are going to save two lifes out of despair and distress [78]. »
46 La réponse des autorités tranche alors par sa sécheresse :
« Sir, with reference to your letter dated the 27th February, I am directed by the Governor to inform you that no person other than a native of West Africa is allowed to enter the Colony, unless he can show to the satisfaction of the Immigration Officer either that he is in possession of substantial funds or that he can obtain a guarantee from a prospective employer approved by that Officer. As it appears that you will not be able to fulfil either of these conditions, I am to advise you that it is not desirable that you should make any preparations to settle in the Gold Coast. (Sgd : A. Northcroft, for Acting Colonial Secretary) [79]. »
48 Comme celle des autorités britanniques, la logique des autorités coloniales est essentiellement une logique administrative et budgétaire, et consiste à prévenir les difficultés pouvant résulter de l’accueil des réfugiés, plutôt qu’à mettre en place des solutions pour les accueillir. Englués dans leur rôle de gestionnaires et leur mode de pensée bureaucratique, les fonctionnaires coloniaux paraissent insensibles à la tragédie qui se joue alors en Europe continentale. Au point qu’un mémorandum stipule en 1939 que par rapport aux réfugiés strictement politiques, les juifs présentent l’avantage que l’on peut s’adresser à des organisations juives pour leur demander un soutien financier [80].
49 Pour autant, les réfugiés juifs sont loin de bénéficier d’une plus grande popularité que les autres. En effet, certains documents témoignent au contraire d’une suspicion a priori à l’égard de tous les demandeurs juifs, quelles que soient les spécificités propres à chaque cas. Ils sont perçus avant tout comme une source potentielle d’embarras, à l’instar du Dr Molser, écrivant de Stanleyville en mars 1940 pour s’engager comme médecin volontaire en Gold Coast ou au Togo :
« I have the German nationality, but I am a Jew, and was obliged to leave my country. I know that the British Empire and all his colonies has entered this war to fight against Nationalsozialisme and for the liberty and humanity of all people in the world. I am full of admiration for this high idea and it is my greatest wish to help with all my forces. […] I hope that you will make use of my services. I thank you in anticipation [81]. »
51 Dans sa réponse, le directeur du Medical Department préconise que l’on décline cette offre, émettant des doutes sur la volonté de Molser de travailler réellement comme bénévole, et ajoutant :
« Presumably nothing is known about him, and it seems somewhat strange that he should so suddenly have become imbued with such a high feeling of admiration for British ideals [82]. »
53 Ainsi, alors même que le Dr Molser n’est pas un demandeur d’asile, qu’il offre de l’aide plutôt que d’en solliciter, et qu’il donne un sens politique à son engagement, sa lettre est abordée avec suspicion. Il est d’ailleurs révélateur qu’elle soit classée par l’administration sous le titre : « Jewish Doctors. Possibilities of Settlement in the Colonial Empire. Dr H. Molser, Jewish Refugee. Application for Employment in the Gold Coast ». On peut certes comprendre qu’en temps de guerre, une certaine méfiance s’impose à l’égard de ressortissants d’un pays ennemi, fussent-ils persécutés dans leur pays d’origine. Mais il est probable que cette méfiance soit ici liée à l’origine juive de Molser, comme l’attestent deux annotations au crayon sur ladite lettre [83]. La première, un simple trait de crayon sous les termes déjà cités « but I am a Jew », pourrait presque paraître anodine, s’il ne s’agissait de la seule partie de sa lettre qui ait été ainsi mise en exergue. Et le caractère indubitablement antisémite d’une autre annotation ne laisse plus de doute sur les opinions du fonctionnaire qui a commenté sa lettre. On lit en effet au crayon, juste sous la date : « Remember Dr Whatshisname ! Once bitten [84] ! »
54 L’allusion n’est pas claire [85] mais cette façon de suggérer ouvertement que quand on connaît un médecin juif, on les connaît tous, montre bien que l’antisémitisme n’était ni absent ni honteux parmi les agents de l’administration coloniale [86]. Le problème de cet antisémitisme non officiel, qui n’a certes rien du ton ni des pratiques que connaît alors l’Europe continentale, est qu’il n’est pas sans influence dans un système où le cas par cas laisse une marge de manœuvre considérable à l’arbitraire de chaque agent du Colonial Office ou des gouvernements coloniaux. Que l’antisémitisme n’ait pas été un élément de la politique coloniale britannique n’empêche pas qu’il ait pu jouer dans les prises de décision concernant les demandeurs d’asile. Un document montre bien à quel point le pouvoir discrétionnaire des fonctionnaires pouvait influer sur le destin de tel ou tel réfugié potentiel. Il s’agit du cas d’un juif allemand, précédemment employé au Kenya par une firme allemande, et qui vient de se faire congédier car non-aryen. Souhaitant retrouver un poste au Kenya, qu’il connaît bien, il passe un entretien avec un certain Vernon, du Colonial Office, qui conclut peu après :
« I rather liked him and we went off into an extremely interesting discussion of the present position and possible future development in Germany [87]. »
56 Dans ce cas précis, le fonctionnaire admet sa sympathie pour le candidat et, quoi que l’on n’ait pas les moyens de s’en assurer, on peut supposer que sa demande a été regardée favorablement. Mais cette citation montre bien le caractère aléatoire de la politique mise en œuvre. L’antisémitisme influait sur la façon de traiter les dossiers et l’on peut même arguer qu’il était d’autant plus redoutable que, fluctuant et officieux, il échappait à tout contrôle.
57 En définitive, que leurs raisons aient été motivées par une logique administrative bornée, des considérations de politique intérieure ou un préjugé antisémite, les autorités coloniales en Gold Coast n’ont formellement accepté aucune demande d’asile. Leurs réponses vont du refus pur et simple, non accompagné de motivations, à un « Oui, mais… » poli et détaillé mais ne débouchant sur rien. Ainsi, la demande de Singerova, assez favorablement accueillie (sans doute en raison de la très grande pénurie de dentistes en Gold Coast), reste-t-elle néanmoins sans suite, de même que la demande conjointe adressée par les docteurs Seidenmann et Ottolenghi, qui se trouvent déjà en Grande-Bretagne en 1939 [88]. Dans deux des quatorze cas qui nous occupent, la réponse négative des autorités coloniales a eu des conséquences tragiques pour les demandeurs d’asile [89] : les recherches menées à ma demande par l’Institut Yad Vashem ont établi que Ernst Weihs, déporté à Auschwitz, y est mort en 1945 ; quant à Georg Steiner, sa fiche indique qu’il a été assassiné à Pressburg (Bratislava) au printemps 1944 [90].
58 S’adresser directement aux autorités coloniales n’était donc manifestement pas la meilleure stratégie pour quitter l’Europe. Pourtant, on retrouve la trace de quelques réfugiés juifs en Gold Coast, dont il convient à présent de présenter le parcours en précisant les modalités de leur installation.
? Les réfugiés juifs en Côte de l’Or
59 Au début de la guerre, les quelques juifs qui se trouvaient en Gold Coast ont été internés, ou du moins surveillés, en tant qu’ « enemy aliens [91] ». Le souci des autorités était manifestement de savoir si les individus en question étaient bien des réfugiés et ne risquaient pas de s’adonner à des activités contraires aux intérêts britanniques [92] ; c’est cette préoccupation qui a donné lieu à une précieuse documentation sur une poignée de réfugiés juifs.
60 Avant même la déclaration de guerre, les autorités coloniales commencent à recenser tous les ressortissants allemands (y compris autrichiens) entrés en Gold Coast depuis 1933. En janvier 1939, le gouverneur répond à une demande du Colonial Office concernant leur nombre : les effectifs ne dépassent pas quelques dizaines, et sont surtout constitués d’hommes d’affaires et de missionnaires [93]. Trois familles seulement sont considérées comme « réfugiées », et pour deux d’entre elles, il s’agit en fait de réfugiés politiques (« anti-nazi ») et non raciaux. Seul un dentiste est alors identifié comme « réfugié juif [94] ». Le nombre de réfugiés augmente très légèrement dans les mois suivants [95] : un tableau de septembre 1939 intitulé « Refugees entering the Gold Coast » montre qu’en six mois (depuis le 1er avril), on compte sept nouveaux arrivants : deux de Tchécoslovaquie et cinq d’Allemagne (Autriche comprise). Cependant, deux d’entre eux seulement, une femme et un homme, portent la mention « German Jewess/Jew » en face de leur nom.
61 On ignore comment ils ont réussi à immigrer en Gold Coast mais au vu des noms, aucun de ces réfugiés ne fait partie des quatorze demandeurs d’asile qui avaient préalablement écrit aux autorités coloniales. Il était donc manifestement préférable de passer par une autre voie, comme l’illustre le cas d’autres juifs internés ou surveillés en septembre 1939. Curieusement, ces derniers sont étiquetés comme « enemy aliens », mais non comme réfugiés. Cette bizarrerie s’explique par le fait qu’ils n’étaient pas considérés comme réfugiés lorsqu’ils ont débarqué en Côte de l’Or, ainsi que le montrent quatre dossiers personnels [96]. Hans Weinberg, par exemple, arrive en décembre 1936, avec son épouse, Anne-Marie Eichenberg. Tous deux détenaient un passeport allemand dont la validité expirait un an plus tard ; leurs papiers leur ont été confisqués par le consulat allemand à l’occasion de leur renouvellement, et Weinberg se retrouve apatride au début de la guerre [97]. Le détail le plus important de leur parcours est qu’ils ont passé plusieurs années en Grande-Bretagne avant de débarquer dans la colonie : à vrai dire, leur passage par Londres date même d’avant les persécutions nazies puisqu’ils y sont arrivés (séparément) en 1930 [98]. Or, transiter par la Grande-Bretagne semble être un point commun à tous les réfugiés sur lesquels on dispose de détails : Kurt Fabian, Karl Friedmann et Herbert Bein ont tous eu une adresse londonienne [99] et ne sont donc pas directement arrivés d’Allemagne.
62 Le plus sûr moyen de trouver refuge en Côte de l’Or semble cependant avoir été d’y trouver un emploi avant même d’y poser pied. C’est le cas de Karl Friedmann, dont le frère, préalablement employé par la United Africa Company en Sierra Leone, est parvenu à lui trouver un travail dans une colonie voisine [100]. L’entreprise en question, ancêtre de l’actuelle Unilever, représente d’ailleurs un « gros » employeur pour ces réfugiés : c’est là que travaillent Bein, Friedmann et Fabian. Il faut dire que les organisations juives de solidarité avaient apparemment l’habitude de s’adresser à l’UAC pour lui recommander des réfugiés [101], encouragés par la politique de l’entreprise ainsi résumée :
« You recently said that the UAC Staff Department would consider as candidates for positions on the Coast young Germans who had been trained by – and had held responsible positions with – German departmental stores, even if they had not yet learnt English of French [102]. »
64 La bonne volonté de l’UAC est d’autant plus frappante qu’elle tranche avec les réticences répétées des autorités coloniales. Celles-ci ont néanmoins recruté à cette date deux réfugiés dans des services publics : ayant freiné autant que possible l’immigration de médecins, le gouvernement avait proposé en 1938 d’ouvrir à des réfugiés juifs, allemands ou autrichiens, deux postes d’employés de bureau et un au département des Travaux Publics [103]. L’offre est relayée par Downing Street et transmise à la German Jewish Aid Society ; quelques mois plus tard, deux postes sont pourvus, respectivement par Glück [104], réfugié juif autrichien, et employé comme assistant au Secrétariat de la Colonie ; et Eichenberg, chef de travaux au département des Travaux Publics, arrivé en mars 1939.
65 Au total, les autorités n’ont donc trouvé d’emploi que pour deux réfugiés juifs, alors que des demandes dans ce sens étaient émises depuis 1933 par le Colonial Office. Pourtant, le gouvernement n’a pas eu à se plaindre de l’attitude des réfugiés, qu’ils travaillent dans le secteur privé ou public.
? Des réfugiés-modèles
66 Évoquons d’abord une exception à cette affirmation, avant d’aborder la question de la loyauté des réfugiés juifs. L’exception en question est constituée par un médecin hongrois, qui, sans d’ailleurs se montrer déloyal vis-à-vis des Britanniques, a cependant exaspéré ses supérieurs hiérarchiques par une véritable débauche de lettres de réclamation [105]. Joseph Lusztig – c’est son nom – a un parcours tout à la fois singulier et typique de son profil d’internationaliste [106]. Arrivé de Côte d’Ivoire à une date incertaine, ayant probablement passé la frontière après l’armistice signé par la France, il semble avoir été employé par les services médicaux de Gold Coast dès juillet 1940. Il sert alors dans différents secteurs, comme la campagne contre la trypanosomiase lancée dans les Territoires du Nord.
67 Dès l’été 1940, il inonde les autorités médicales de lettres dans lesquelles il se plaint d’être mal traité et exige de quitter la Gold Coast dans les plus brefs délais. Changeant constamment de projet, il envisage (en pleine guerre) d’émigrer au Canada, au Honduras, au Congo belge, en Côte d’Ivoire… Excédés, ses supérieurs finissent par demander une expertise psychiatrique, dont le diagnostic est ainsi transmis : « The alienist Officer is of opinion that Dr Lusztig is an “egocentric” with paranoidal outlook, i. e. contentious and recalcitrant with mild persecutory ideas [107]. »
68 Peut-être médicalement fondé (l’abondance de courriers échevelés l’accréditerait), cet avis doit cependant être replacé dans le contexte : juif et internationaliste, le Dr Lusztig a largement de quoi, durant la guerre, se sentir persécuté, voire nourrir des tendances paranoïdes.
69 On perd sa trace après 1946 : il a probablement réalisé ses projets d’émigration, profitant du nouveau contexte de paix. Mais le personnage de Lusztig représente bel et bien une exception dans une toute petite poignée de réfugiés qui ne font guère parler d’eux [108], sinon en bien. Ainsi, Kurt Eichenberg, ingénieur, et employé au début de son séjour en Gold Coast par le département des Travaux publics, fait l’objet d’une lettre particulièrement élogieuse de la part de son supérieur, qui souligne sa compétence, son dévouement, son sens du devoir et des responsabilités [109]. Il s’était déjà distingué par ailleurs en écrivant une lettre au gouverneur, juste avant le début de la guerre, se plaçant au service du gouvernement en cas de conflit, en dépit de l’interdiction faite aux étrangers de servir auprès des Britanniques [110]. Il justifie son engagement en ces termes :
« Your Excellency will readily understand that I can only regard the curbing and ultimate destruction of the Nazi ideals of domination by force as essential if European civilisation is to be preserved. Animated by that sentiment and also by a desire to repay the hospitality extended to my wife and myself by the British in the time of our distress, I conceive it to be my duty and moreover feel it a pleasure to offer my services. […] [I] sincerely trust that I may be accorded the opportunity for which I plead to demonstrate my gratitude to the British people [111]. »
71 Une réponse polie est adressée en retour à Eichenberg, accusant réception et affirmant qu’en cas de besoin, il sera fait appel à lui – opportunité qui ne paraît pas s’être présentée. Quoi qu’il en soit, il semble évident, au regard de ces quelques exemples, que les angoisses des autorités (que les réfugiés deviennent une charge pour les finances publiques ou qu’ils se retournent contre leur pays d’accueil) ont été totalement infondées. Les quelques réfugiés qui étaient parvenus à franchir les nombreux obstacles avant de trouver refuge en Gold Coast n’ont pas donné matière, ni au regard de la raison d’État ni au regard de la logique bureaucratique, à faire regretter leur séjour.
72 Il n’est évidemment pas question de prétendre ici que, si l’attitude des autorités coloniales de Gold Coast avait été différente, le sort des communautés juives d’Europe en eût été changé. Rappelons d’une part que la colonisation de peuplement n’est pas une panacée, et qu’en outre cette colonie n’était guère apte à accueillir des Européens en grand nombre, qu’ils fussent réfugiés ou non. D’ailleurs, comme on l’a vu, le nombre de demandes d’asile parvenues aux autorités est demeuré presque insignifiant – mais il reste extrêmement révélateur qu’elles aient toutes été systématiquement rejetées. Cette attitude s’explique certes par la culture politique de l’époque, par l’antisémitisme larvé de certains fonctionnaires ; mais aussi par une logique administrative qui, elle, a peu changé, et qui anticipe, dans toute demande d’asile, les problèmes auxquels il faudra (peut-être) faire face. Une partie importante des analyses de Louise London s’applique au cas de la Gold Coast, mais avec une réticence particulière de l’administration locale vis-à-vis des réfugiés. Si le Colonial Office ne témoignait pas d’une immense détermination, on est forcé de conclure que le gouvernement de Gold Coast, lui, faisait quasiment de l’obstruction systématique. Position d’autant plus regrettable qu’une partie des élites locales avaient fait preuve d’un élan de solidarité étonnant si l’on considère l’éloignement du théâtre des pogromes. En répondant favorablement à la souscription lancée début 1939 et surtout en proposant d’offrir des terres à des juifs européens, tant les chefs traditionnels que les élites urbaines manifestaient une empathie qui manquait singulièrement aux fonctionnaires coloniaux. La proposition formulée par un autre territoire, le Nyasaland, montre assez que la fermeture aux réfugiés, loin d’être fatale, était le résultat d’un choix politique, bien assumé par les autorités de Gold Coast au moins jusqu’en 1939. Que le gouvernement ait accueilli tardivement une poignée de réfugiés ne modifie que partiellement cette analyse : à ses yeux, le « problème juif » était plus le problème posé par les juifs que le problème auquel ils étaient confrontés.
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