Compte rendu

Dowe Dieter et al. (dir.), Parteien im Wandel vom Kaiserreich zur Weimarer Republik. Rekrutierung – Qualifizierung – Karrieren, Munich, Oldenbourg, 1999, 410 p., 68 DM., 34 €

Pages 128a à 150a

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  • Palmowski, J.
(2001). Dowe Dieter et al. (dir.), Parteien im Wandel vom Kaiserreich zur Weimarer Republik. Rekrutierung – Qualifizierung – Karrieren, Munich, Oldenbourg, 1999, 410 p., 68 DM., 34 € Vingtième Siècle. Revue d'histoire, no 71(3), 128a-150a. https://doi.org/10.3917/ving.071.0128a.

  • Palmowski, Jan.
« Dowe Dieter et al. (dir.), Parteien im Wandel vom Kaiserreich zur Weimarer Republik. Rekrutierung – Qualifizierung – Karrieren, Munich, Oldenbourg, 1999, 410 p., 68 DM., 34 € ». Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2001/3 no 71, 2001. p.128a-150a. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2001-3-page-128a?lang=fr.

  • PALMOWSKI, Jan,
2001. Dowe Dieter et al. (dir.), Parteien im Wandel vom Kaiserreich zur Weimarer Republik. Rekrutierung – Qualifizierung – Karrieren, Munich, Oldenbourg, 1999, 410 p., 68 DM., 34 € Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2001/3 no 71, p.128a-150a. DOI : 10.3917/ving.071.0128a. URL : https://shs.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2001-3-page-128a?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/ving.071.0128a


1 Ce livre propose les résultats de re-cherches parallèles menées par une dizaine d’historiens qui examinent un sujet qui revient à la mode outre-Rhin, les élites politiques. La question principale est d’actualité en Allemagne : c’est celle de la continuité de ces élites après la césure d’une révolution. Il ne s’agit cependant pas de celle de 1989-1990, mais de celle de 1918-1919 qui fut à l’origine de la première République allemande. Dès son introduction, Dieter Langewiesche souligne un résultat majeur de l’enquête : on a sous-estimé l’aptitude du libéralisme à s’organiser, une thèse qui, comme d’autres encore dans ce livre, peut être mise en rapport avec la recherche française, menée par exemple par Gilles Le Béguec. L’un des fondements de la démocratie de Weimar est donc justement cette continuité avec l’Empire dans l’organisation des partis libéraux et, aussi, du parti social-démocrate. Il y a cependant une contrepartie à cela : la primauté du politique qui caractérise la République de 1919 suscite l’opposition des élites extra-politiques, et tout particulièrement celles des universités et de l’armée, qui refusent d’être privées de l’influence dont elles jouissaient dans la société de l’Empire.

2 La première partie du recueil se consacre à l’étude des élites des partis. La contribution de W.H. Schröder retraçant les biographies des députés sociaux-démocrates au Parlement de l’Empire et de la République fait bien ressortir que 90 % des députés du SPD pouvaient être considérés comme des « politiciens professionnels » et des « fonctionnaires » au service du parti. Sous l’effet du nouveau droit de suffrage, introduit par la révolution en Prusse et au niveau national, la composition de groupes parlementaires, surtout de celui du SPD, change de manière fondamentale. Cependant, on observe qu’au sein de cette élite parlementaire de la République dominent des personnalités qui avaient exercé leurs fonctions depuis de longues années à l’époque de l’Empire. Andreas Biefang arrive au même résultat dans son étude de la diète de Prusse, dont l’élection par un suffrage à deux degrés fut abolie en 1918. La thèse de la continuité au-delà de la césure révolutionnaire se confirme dans la comparaison des élites politiques du SPD et du Zentrum, du parti catholique (Siegfried Weichlein), et dans une étude des élites politiques de Erfurt, capitale régionale de Thuringe (Jürgen Schmidt). Au niveau local, on saisit bien l’importance, aussi bien avant qu’après 1918, de ces « multifonctionnaires » qui joignent à leur capital en tant que leaders politiques, un capital culturel ou économique en tant que dirigeants d’une association professionnelle ou autre, alliant ainsi capacité politique et connaissance technique ou sociale. Wolther von Kieseritzky souligne le succès considérable des élites libérales dans leur effort pour influencer durablement les médias modernes d’alors, la presse nationale ou régionale. Son résultat contredit la thèse traditionnelle parlant de notables libéraux en recul par rapport à une société de plus en plus politisée. Néanmoins, il semble exagéré de prétendre, comme le fait l’auteur, que les élites libérales auraient été pleinement adaptées à l’âge des masses en politique. Le jugement de Manfed Hettling est plus fin : il pense que les élites libérales de l’époque ne sauraient être analysées à l’aune du modèle des notables, manifestement désuet, ni à l’échelle du modèle du parti moderne : pour une force politique qui faisait de l’individualisme un principe fondamental, des structures plus informelles, comme par exemple des associations ou des unions, étaient tout à fait adaptées. Cependant, il est vrai qu’à l’époque de la République démocratique, ces structures avec leur indépendance des organisations locales et leur faible degré de centralisation se transformaient en un handicap dans la compétition électorale. Ludwig Richter souligne cet aspect dans son analyse de la scission du libéralisme allemand qui, à l’image du libéralisme français depuis l’Affaire Dreyfus, était divisé en un parti plus à droite et un parti plus à gauche, plus démocratique, dont l’intransigeance en 1919 mit en échec la réunion projetée des deux ailes en un seul grand parti. Dans son étude de la noblesse, Wolfgang Zollitsch montre le sort d’une élite franchement inadaptée à l’époque et dont l’influence est en chute libre. La tentative de stabiliser l’influence conservatrice au moyen de la création de certains mouvements ne fit que causer de nouvelles scissions au sein d’une élite dont la prétention à jouer un rôle de premier plan était hors de propos.

3 La seconde partie du livre s’ouvre sur l’Europe. La comparaison avec la France, l’Italie et les États-Unis fait ressortir à chaque fois le haut degré d’organisation des partis en Allemagne. Pour un lecteur allemand habitué à considérer les partis politiques comme des institutions constitutives de la démocratie libérale moderne, la faiblesse des structures partisanes en France sous la Troisième République reste surprenante. Il en est de même du rôle des dynasties politiques, des mécanismes d’auto-recrutement, des comités locaux mis en évidence par Klaus-Peter Sick. Il démontre, par une analyse du discours sur les élites politiques et par une analyse des efforts de recrutement, qu’une élite formée par de tels mécanismes avait de plus en plus de mal à répondre aux attentes d’une société moderne et d’un État d’intervention où le pouvoir se légitimait par l’efficacité lors de son exercice. Arpad von Klimo décrit en Italie une situation où les élites parlementaires revendiquaient une position prépondérante par rapport aux partis. Sa comparaison de l’Italie et de la Prusse nous semble cependant, par endroits, critiquable : la séparation entre l’élite politique et l’administration qu’il pense pouvoir diagnostiquer contredit directement les observations de Schröder et de Weichlein. Thomas Mergel attire l’attention sur les États-Unis en analysant le discours allemand sur les élites et les partis américains. Il démontre combien ce discours sur les « machines de partis » et la « corruption » américaine était déterminé par des motivations de politique intérieure. La faiblesse effective des élites politiques américaines soulignée par Mergel ne se retrouve pas en Angleterre, analysée par Christiane Eifert. Sa thèse, selon laquelle il y avait beaucoup de points communs entre la noblesse en Angleterre et celle de l’Allemagne d’avant 1914, et tout particulièrement ses développements sur la position politique incontestée de nobles au niveau local méritent la considération du lecteur. En somme, ce livre donne une image excellente de l’état de la recherche en Allemagne à travers des contributions de qualité qui, en outre, sont bien reliées les unes aux autres.

4 Jan Palmowski (traduit de l’allemand par Klaus-Peter Sick)


Date de mise en ligne : 01/12/2005

https://doi.org/10.3917/ving.071.0128a