Compte rendu

Barbier Maurice, La modernité politique, Paris, PUF, 2000, 257 p. (coll. « Thémis. Philosophie »), préface de Marcel Gauchet, 138 F., 21,04 €., Ferry Jean-Marc, La question de l’État européen, Paris, Gallimard, 2000, 322 p. (coll. « NRF Essais »), 129 F., 19,67 €.

Pages 170f à 190f

Citer cet article


  • Rioux, J.-P.
(2001). Barbier Maurice, La modernité politique, Paris, PUF, 2000, 257 p. (coll. « Thémis. Philosophie »), préface de Marcel Gauchet, 138 F., 21,04 €., Ferry Jean-Marc, La question de l’État européen, Paris, Gallimard, 2000, 322 p. (coll. « NRF Essais »), 129 F., 19,67 €. Vingtième Siècle. Revue d'histoire, no 70(2), 170f-190f. https://doi.org/10.3917/ving.070.0170f.

  • Rioux, Jean-Pierre.
« Barbier Maurice, La modernité politique, Paris, PUF, 2000, 257 p. (coll. “Thémis. Philosophie”), préface de Marcel Gauchet, 138 F., 21,04 €., Ferry Jean-Marc, La question de l’État européen, Paris, Gallimard, 2000, 322 p. (coll. “NRF Essais”), 129 F., 19,67 €. ». Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2001/2 no 70, 2001. p.170f-190f. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2001-2-page-170f?lang=fr.

  • RIOUX, Jean-Pierre,
2001. Barbier Maurice, La modernité politique, Paris, PUF, 2000, 257 p. (coll. « Thémis. Philosophie »), préface de Marcel Gauchet, 138 F., 21,04 €., Ferry Jean-Marc, La question de l’État européen, Paris, Gallimard, 2000, 322 p. (coll. « NRF Essais »), 129 F., 19,67 €. Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2001/2 no 70, p.170f-190f. DOI : 10.3917/ving.070.0170f. URL : https://shs.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2001-2-page-170f?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/ving.070.0170f


1 Le critère fondamental de la modernité en politique, soutient Maurice Barbier, est « la séparation entre l’État politique et la société civile ». On discutera, naturellement, ce distinguo abrupt aux relents d’infrastructure-superstructure. Mais cette candeur laïque donne au livre sa vertu pédagogique et sa force rétrospective : les idées simples font les manuels utiles. Le parcours historique est clairement jalonné, et parfois trop, de la Cité antique à Tocqueville ou Marx, en passant par le christianisme, la Réforme, Hobbes, Rousseau ou Montesquieu. On ne suit pas toujours l’analyse de l’emprise du national sur la modernité politique, quand la « nation ethno-culturelle » de Herder et Fichte est trop systématiquement opposée à la « nation politique » de Sieyès et Renan et que le « nationalisme français » court en droite ligne « de Barrès au Front national ». Mais la fin du livre pose d’utiles questions aux historiens du contemporain. Elle définit utilement le totalitarisme comme rejet du moderne. Elle signale les interférences religieuses qui dégénèrent en « insuffisance » ou déficits de modernité en Israël, en Turquie, en Inde, au Japon et dans toutes les zones d’islamismes où l’on refuse le « Grand Satan » politique. Surtout, elle signale combien l’Union européenne, aujourd’hui, ignore la classique modernité politique : sa démocratie, plus procédurale que substantielle, sa forme purement normative signalent, selon Barbier, une postmodernité en marche. C’est ici que le livre autrement plus foisonnant et subtil du philosophe Jean-Marc Ferry prend tout son sens. Lui aussi est persuadé qu’une construction étatique inédite est déjà engagée, dans cette coalition de fortune (dont l’histoire si singulière serait, décidément, a-hégélienne ?), d’institutions intergouvernementales visant à coordonner des politiques publiques, appliquer des lois communes, libérer la circulation des personnes, faire valoir des droits individuels contre les États-Nations. Toutefois, il soutient que cette entité politique en gestation, cosmopolite et décrochée des modes de penser le cours de l’Histoire, n’aboutira pas si une communauté morale – et non plus de destin – ne vient pas l’étayer. Il soutient donc que les chantiers ouverts sont ceux d’une Constitution sociale de la Communauté (droit à un revenu de base), d’une culture politique commune (grâce à une Charte européenne de l’audiovisuel) et même d’une communauté des origines (par une réévaluation critique des mémoires nationales).

2 Finalement, conclut J.-M. Ferry, tout « dépend au premier chef de l’aptitude des peuples d’Europe à reconsidérer leur passé, à réévaluer leur histoire et à décentrer leur mémoire en conséquence, à engager, autrement dit, une histoire réfléchie du rapport à leur propre histoire, sans craindre de déstabiliser le narcissisme national ». Une « nouvelle histoire » paraît « timidement s’enclencher ». Postmoderne, il va de soi…

3 Jean-Pierre Rioux


Date de mise en ligne : 01/12/2005

https://doi.org/10.3917/ving.070.0170f