Article de revue

Aborder la sexualité avec un adolescent dans un contexte de violences sexuelles agies et subies

Pages 57 à 63

Citer cet article


  • Benoist, Y.
(2014). Aborder la sexualité avec un adolescent dans un contexte de violences sexuelles agies et subies. VST - Vie sociale et traitements, 123(3), 57-63. https://doi.org/10.3917/vst.123.0057.

  • Benoist, Yannick.
« Aborder la sexualité avec un adolescent dans un contexte de violences sexuelles agies et subies ». VST - Vie sociale et traitements, 2014/3 N° 123, 2014. p.57-63. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-vie-sociale-et-traitements-2014-3-page-57?lang=fr.

  • BENOIST, Yannick,
2014. Aborder la sexualité avec un adolescent dans un contexte de violences sexuelles agies et subies. VST - Vie sociale et traitements, 2014/3 N° 123, p.57-63. DOI : 10.3917/vst.123.0057. URL : https://shs.cairn.info/revue-vie-sociale-et-traitements-2014-3-page-57?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/vst.123.0057


Note

  • [1]
    Média créé par l’association je tu il.

1J’évoquerai ici le travail mené auprès d’un mineur auteur de violences sexuelles, en retraçant la prise en charge autour du jeune. Cette situation est singulière et ne se veut pas généralisable, chaque jeune étant unique en raison de son parcours et de son histoire de vie.

2La mesure de justice est ici confiée à une Unité éducative de milieu ouvert (uemo) et l’éducateur désigné a pour mission de mettre en application la décision du magistrat. Cette contrainte fait que l’uemo n’est pas un lieu au sein duquel le jeune vient naturellement. Les attendus sont ordonnés par le juge à qui nous devrons rendre compte de l’évolution de la situation. L’intervention de l’éducateur à la Protection judiciaire de la jeunesse (pjj) est particulière au regard du cadre judiciaire, l’adhésion du jeune n’est pas requise a priori dans un cadre pénal, le suivi étant ordonné par le juge des enfants, voire le juge d’instruction ou encore le procureur de la République.

Un contexte d’intervention délicat dans le cadre d’une mesure d’investigation

3Au premier entretien, David est un mineur âgé de 15 ans. Le juge des enfants nous mandate pour réaliser une Mesure judiciaire d’investigation éducative (mjie), associée à une mesure de liberté surveillée préjudicielle. L’adolescent est mis en cause dans une affaire d’agression sexuelle imposée à un mineur de moins de 15 ans. La mjie va permettre au juge de comprendre la personnalité du jeune, l’histoire de sa famille et son ancrage environnemental. Le juge nous demande également de réaliser un travail spécifique sur le thème : « mineur auteur de violence sexuelle ». Ce travail est conjointement mené avec la psychologue du service. Cette phase d’exploration vise à favoriser l’émergence d’hypothèses de travail afin d’élaborer une action éducative. La mesure de liberté surveillée préjudicielle, quant à elle, est une mesure éducative pénale, prononcée avant jugement. Elle consiste à réaliser des actions éducatives auprès du jeune et à veiller à son évolution. Cette dernière sera prise en compte par le magistrat lors du jugement. Au niveau familial, les parents de David ont vécu ensemble pendant huit ans. Il est leur unique enfant. Le couple se sépare en 2005. Madame s’est rapidement remise en ménage, Monsieur n’a pas refait sa vie. Fragilisé par la séparation, il a préféré laisser la garde de David à Madame. Celle-ci avait déjà un enfant issu d’une précédente union. Elle ne le voit plus depuis six ans, expliquant qu’il préférait vivre chez son père. J’ai rencontré David pour la première fois au service il y a environ dix-huit mois. Ma collègue psychologue est présente avec moi lors de ce premier entretien. Nous présentons notre service et notre cadre d’intervention. L’adolescent est accompagné de sa mère. Lorsque j’arrive dans la salle d’attente, ils se tiennent à l’opposé l’un de l’autre. Madame se lève rapidement. David la suivra une fois que je les invite à le faire. Un certain malaise résulte de ce bref instant qui laisse déjà entrevoir certains questionnements. Dans la salle d’entretien, il se tient prostré aux côtés de sa mère. Il ne parvient pas à nous regarder et sa voix est difficilement audible. Madame se tient très droite sur sa chaise et s’exprime très directement. Elle ne regardera David à aucun moment. Elle dit être bouleversée, les faits reprochés à son fils lui semblent inentendables. David regarde ses chaussures. Il paraît difficile pour lui de répondre d’actes d’agression sexuelle commis sur un voisin âgé de 6 ans au moment des faits. La réaction de Madame nous surprend, car il ressort de l’interrogatoire de gendarmerie que David a expliqué avoir vécu une agression similaire à celle-ci au même âge, par son demi-frère. Madame dit avoir reçu deux gros coups de massue ce jour-là. Des larmes de colère coulent sur son visage. David se défend immédiatement d’avoir porté plainte contre son demi-frère, qui était âgé de 12 ans lors des faits. Qu’est-ce qui se dégage de cette colère, du ressenti de Madame à l’égard de David ? Nous décidons de ne pas aller plus loin dans l’évocation des faits et de la place particulière de David présumé auteur, mais également victime neuf ans plus tôt. Madame ne semble pas en capacité de mettre des mots sur ce qui a été révélé. Elle semble vouloir rester très digne face à son fils, et se montre distante et froide à son égard.

4David évoque succinctement sa scolarité. Il regarde rapidement sa mère pour dire que celle-ci se déroule convenablement, et qu’il veut faire un lycée professionnel l’année prochaine. L’approbation de Madame se fait attendre. Elle explique finalement qu’elle lui laisse le choix, et qu’il ne devra pas le regretter plus tard. Aucun signe affectif de Madame à l’égard de David n’émane de cet entretien. L’adolescent ne semble attendre aucune réassurance de la part de cette dernière. Nous abordons ensuite la question du père. Cela semble affecter David. Monsieur vient de sortir d’hospitalisation suite à une rechute d’un cancer qui tendrait à se généraliser.

De la limite des entretiens avec un adolescent en grande souffrance

5David est un adolescent triste, en souffrance. Il est ouvert au dialogue en dehors de la présence de sa mère. Cette souffrance ne semble pas uniquement en lien avec les faits qui lui sont reprochés. Il évoque un mal-être qu’il lie à un quotidien ennuyeux et à ses inquiétudes au sujet de la santé de son père. Il parlera de sa mère en critiquant sa façon d’être avec son père, « froide et désintéressée ». Il dira s’adresser rarement à elle, préférant échanger au domicile avec son beau-père. Lorsque nous le questionnons sur ses activités, il évoque un vide « total », mais paradoxalement il est en difficulté pour émettre des envies.

6Dans sa relation aux pairs, il fait spontanément part de l’image qu’il renvoie aux autres : « le pd, ce sont mes initiales de toute façon ». David dit projeter une image de lui qu’il affirme ne jamais avoir cultivée, celle d’un homosexuel ; selon lui, cela découlerait de la façon dont il regarde les autres. Il a peu, voire pas d’amis, il reste à distance de ses camarades de classe, préférant la solitude et évitant ainsi les éventuelles moqueries. Il relate un quotidien où l’ennui est roi. Il évoque un mal-être profond lorsqu’il réside chez sa mère, mais consent que son père ne peut l’accueillir compte tenu de ses problèmes de santé et d’argent. Il fait une fixation sur la maladie de son père, ne parvenant pas à la mettre à distance afin de penser à lui. Penser pour lui-même est difficile. Il dira souffrir de ne pas pouvoir parler de son père lorsqu’il réside chez sa mère. De son histoire passée, notamment les faits dont il a été victime de la part de son demi-frère, il affirme ne jamais en avoir parlé auparavant, en disant : « ça n’a jamais été possible ». À propos de cet épisode de sa vie, qu’il dira marquant et non traumatisant, il soutiendra être partagé entre un soulagement d’avoir pu en parler et une crainte que cela puisse avoir des répercussions judiciaires pour son demi-frère, qui est aujourd’hui dans la vie active et auquel il est très lié. Son demi-frère ne lui en voudrait pas d’avoir révélé les faits. David n’a pas souhaité porter plainte.

7Évoquer le thème de la sexualité avec un adolescent est complexe, car intime ; aborder ce même sujet avec un mineur auteur d’agression sexuelle est encore plus complexe. Lorsque les faits ont été abordés à la gendarmerie, David dit avoir craqué et ne pas être parvenu à contenir ce qu’il avait lui-même vécu. Sur les faits, il dit avoir proposé de faire des fellations à l’enfant qui a été victime, et que ce dernier aurait accepté. Cela se serait reproduit par la suite, jusqu’à ce que l’enfant en parle à ses parents, « car il en avait marre » nous dit David. Il évoque les faits en faisant un parallèle avec ce qu’il a subi de son demi-frère lorsqu’il avait lui-même 6 ans. Il semble prendre conscience que ce qu’il a reproduit sur son voisin est grave. Mais se considère-t-il comme victime de son demi-frère compte tenu des relations affectives maintenues avec lui ?

Le travail avec la famille autour de l’acte sexuel transgressif, révélateur d’une histoire familiale complexe

8Lorsque nous rencontrons Madame, celle-ci reste à l’image de la première rencontre avec David : directe mais fragile. Elle dit ne pas être en capacité d’aborder ce qu’il a fait et encore moins ce qu’il a subi quelques années plus tôt. Elle a pris comme résolution de ne plus lui permettre de sortir en dehors des limites du terrain de la maison. Elle exerce un contrôle absolu sur lui, cela l’empêche ainsi d’être en contact avec la victime et sa famille. Elle dit alors porter une croix depuis de nombreuses années, que « cela doit être écrit dans les gènes ». « Il y a des fantômes dans mes placards que je ne veux pas réveiller », explique-t-elle. Elle révèlera plus tard avoir été abusée plus jeune par son frère aîné, aujourd’hui décédé. Elle aurait été enceinte de ce dernier et contrainte au silence par sa famille qui la fera avorter. Ces faits n’avaient plus été parlés depuis de nombreuses années. David ne connaît pas cette histoire de sa mère, et il ne l’apprendra pas pendant le suivi. Madame dira se sentir poursuivie par ces histoires, avec lesquelles elle ne parvient plus à prendre de la distance. Un travail avec la psychologue de l’uemo est engagé afin de l’orienter vers un travail thérapeutique.

9Le père de David est vu à son domicile. Il paraît détaché de l’affaire, dit vouloir faire confiance à son unique fils, que ce dernier a fait une « erreur ». Sur le fait que David ait pu être quelques années plus tôt victime de son demi-frère, Monsieur fera part de sa stupéfaction. Il dit en avoir reparlé avec le premier enfant de Madame, qu’il a toujours considéré comme son fils, et que celui-ci a reconnu son « erreur. » Ce dernier a été entendu au commissariat. Monsieur sait que David est inquiet pour sa santé. Il semble bénéficier d’une attention toute particulière de son fils, qui ne lui permet « sans doute pas » de réaliser un travail autour des actes commis.

10Monsieur est désormais principalement préoccupé par sa maladie. Il accepte difficilement l’absence d’affection de Madame envers David. Il s’estime alors comme l’unique point de repère de son fils, mais en incapacité de pouvoir le recevoir chez lui, au grand désarroi de David. Concernant les faits reprochés, il dit en vouloir à Madame, qu’elle devait savoir ce qui s’était passé mais qu’elle n’a jamais voulu en dire le moindre mot. Il met cela en lien avec l’histoire de son ex-compagne. Nous constatons l’incapacité de la famille à pouvoir aborder les faits avec David. Madame accepte rapidement l’orientation de David vers un cmpp (Centre médico-psychopédagogique), toutefois elle y mettra fin suite à une remarque du psychologue, comprenant que son fils ne souffre pas de troubles psychiatriques. Cette décision sera reprise avec elle. Par ailleurs, il ressort des difficultés à pouvoir élaborer autour des questions affectives et sexuelles chez David. Cela nous amène à envisager un lieu à même de faire ce travail auprès du garçon, en s’entourant d’un dispositif partenarial pour ne pas commettre de nouvelles « infractions » dans l’intime et en présence d’un fond dépressif notable. Ainsi, un travail d’articulation est à mettre en place afin de permettre à l’adolescent d’élaborer sur les faits, de travailler sur sa prise de conscience, de réaliser un travail sur son mal-être et son rapport à sa famille, et enfin d’assurer un regard sur son évolution sociale. De ma place d’éducateur, je serai « le fil rouge » qui tend à permettre à l’adolescent de mettre au travail ces orientations.

Le travail sur l’acte sexuel transgressif : comment évoquer la sexualité avec un adolescent auteur de violences sexuelles ?

11David reste peu prolixe sur les circonstances du passage à l’acte. Il dit se questionner, la jeune victime étant l’unique personne avec laquelle il s’entendait bien. Il fait part d’un énervement important lorsqu’il se remémore les faits. Il se frappe la tête contre sa main au cours d’un entretien, ne comprenant pas son attitude. Il assure ne jamais avoir voulu faire de mal à l’enfant. David est actuellement dans l’incapacité de pouvoir sortir de chez lui du fait, d’une part, du règlement imposé par sa mère, d’autre part, de son incapacité à pouvoir à nouveau affronter le regard de la victime et de sa famille. Il n’explique pas ce qui l’a poussé à agir de la sorte auprès de l’enfant.

12Nous faisons toutefois un lien de reproduction entre ce qui lui est reproché aujourd’hui et ce qu’il a subi, lorsque lui-même avait 6 ans, de son demi-frère. La question de ce que la loi dit concernant un rapport sexuel et de son rapport à l’autre nous apparaît être un indispensable dans le travail à conduire auprès de l’adolescent. Le fait que David ait pu être victime par le passé peut amener à de grandes difficultés dans l’élaboration du jeune. Face à la difficulté de l’adolescent à élaborer autour de questions relatives à la sexualité en général, il y a nécessité à créer un environnement facilitant, un climat favorisant la parole.

13La question de la sexualité sera abordée durant le suivi, David en est informé dès le premier entretien. Nous nous donnerons un temps avant de pouvoir l’évoquer, il est important que la relation éducative soit instaurée. La question du temps me semble être un incontournable, compte tenu, en plus, de la particularité auteur-victime d’agressions sexuelles.

14Il s’agira par la suite de poursuivre des entretiens durant lesquels David se sente sécurisé, non jugé, mais en confiance avec l’interlocuteur. Aborder le passage à l’acte est complexe, nous devons éviter d’être trop intrusifs, ce qui nous amène à considérer la question du temps comme un paramètre important. La bienveillance sera de mise pour lui permettre de mettre des mots sur des questions autour de l’intime et du ressenti de l’autre.

L’utilisation de médias pour appréhender la sexualité, favoriser la relation éducative

15L’évocation de la sexualité génère de l’angoisse chez David, l’entretien duel sur la question tend à accentuer cet état de fait. Aborder de front la question de la sexualité avec un adolescent s’avère difficile. Dans le cadre de quelques entretiens, j’utilise comme média éducatif le « Qu’en dit-on ? ». C’est un ensemble de cartes présentant un dessin et une courte phrase mettant en scène des situations relationnelles à partir desquelles le jeune est invité à s’exprimer. Les thèmes abordés sont très différents (conduites addictives, violences, sexualité, responsabilité parentale, circulation routière…). C’est un support à la verbalisation. Ce média étant utilisé seul dans un premier temps avec David favorise le fait qu’il se sente sécurisé. Il parle plus facilement et parvient à émettre des avis sur différents thèmes, y compris ceux relatifs à la sexualité. Le média met en exergue la prise de conscience d’une loi par David et en même temps la construction de sa position en tant que sujet. Les règles sont clairement énoncées au début du jeu, ce qui soutient la qualité des échanges dans un cadre posé, souvent riches, entre l’éducateur et le jeune. David doit décider ensuite du positionnement de la carte lue dans un tableau : acceptable, non acceptable, interdit par la loi, discutable.

16L’autre outil utilisé est le média « Cet autre que moi [1] ». Nous sommes plusieurs professionnels du service à être formés à son utilisation ; il vise à la responsabilisation individuelle et collective face aux violences, en particulier de genre. Il s’agit d’un accompagnement dans la construction individuelle, qui n’exige pas des jeunes l’évocation de leurs expériences personnelles. La technique d’animation est particulière et nécessite une formation spécifique, afin de garantir la parole de chacun et de sécuriser les adolescents. Cette proposition permet de confronter sa vision à celle des autres au sein d’un groupe qui échange sur la sexualité et notamment sur le sentiment amoureux, question essentielle. La prise en compte de l’autre en tant qu’être humain est l’une des composantes de ce média, raison pour laquelle je propose ce travail à David. En effet, au vu de son isolement, de ses difficultés à se situer dans les relations, cela me paraît constituer un support adapté à la relation. La dynamique de groupe peut alors être un atout. Il m’apparaît nécessaire de confronter le regard de David à celui d’autres adolescents.

Travail sur le mal-être : vers une prise en charge interdisciplinaire, interinstitutionnelle

17Un travail d’orientation de David vers le cmpp de sa ville de résidence est envisagé. La poursuite d’une prise en charge soignante s’avère essentielle pour accompagner le travail sur soi à l’issue de la mesure d’investigation éducative. David comprend la nécessité d’être rapproché d’un lieu de soin. Il se pose des questions sur son mal-être et sur un acte dont il ne parvient pas à comprendre le sens. Dans notre travail, le rapprochement de l’adolescent d’un lieu de soin peut favoriser un regard croisé sur la situation. Nous considérons ce lieu comme une possibilité qui lui est offerte de poursuivre sa construction et d’éviter un éventuel effondrement. L’adhésion facilite actuellement le travail avec l’adolescent. Un lieu extérieur à un service de la Protection judiciaire de la jeunesse peut favoriser un travail thérapeutique qui ne peut être conduit sur notre service. Un travail au long terme est ainsi plus facilement envisageable. La psychologue de l’uemo demeure présente et garantit le lien avec le secteur de la pédopsychiatrie. Par ailleurs, elle favorise en complémentarité ma prise de recul sur la situation et reste disposée à recevoir les parents en cas de nécessité.

18L’objectif poursuivi dans le partenariat est de parvenir à travailler ensemble et à coordonner la prise en charge psycho-éducative de David. Il importe de garder à l’esprit que nos temporalités doivent au mieux rester cohérentes pour l’adolescent, ce qui n’est pas toujours simple. Cette question de la temporalité n’est pas sans interroger certaines différences inhérentes à toute prise en charge éducative dans un cadre judiciaire : le temps de l’éducatif est différent de celui du psychologique ; le temps judiciaire est différent de celui de l’éducatif et du psychologique ; le temps de l’intervention de l’éducateur pjj est contraint et différent de celui des divers partenaires. Si le partenariat apparaît comme une nécessité dans la compréhension de la situation et du suivi de son évolution, l’idée de la temporalité demeurera une composante de la prise en charge à ne pas ignorer.

19À plusieurs reprises dans ma pratique, j’ai été amené à me questionner sur la situation de David : suis-je le mieux formé pour assurer ce suivi ? Ne s’agit-il pas de déléguer la prise en charge ? Le jeune me parle d’un mal-être qui semble l’envahir, qu’il me confie, dont il ne souhaite pas que je fasse part à sa famille. Il n’est pas toujours simple de composer avec ces situations. Est-ce que finalement éduquer ne serait pas si éloigné d’une fonction soignante ? La question de la réitération ne doit-elle pas interroger d’autres institutions, d’autres structures susceptibles d’intervenir auprès de David ?

20Pour autant et au-delà du travail autour de l’acte transgressif et de la prise en charge au niveau des soins, je continue de suivre David dans son évolution sociale et scolaire. Le sentiment de vide constaté au début du suivi s’estompe progressivement, les réunions de synthèse nous ont permis de mettre en évidence la nécessité d’ouvrir David vers l’extérieur. L’idée d’un placement a été évoquée, compte tenu d’une famille trop en difficulté pour assurer un regard bienveillant à son égard. Mais un placement pourrait constituer une exclusion de sa famille, cela pourrait le fragiliser. Nous n’excluons pas cette hypothèse mais elle reste à évaluer avec grande précaution. Le réseau actuellement constitué autour de l’adolescent tend aujourd’hui à l’aider, à l’accompagner dans la restauration d’une image plus acceptable de lui-même et pour sa famille. David semble avancer dans sa réflexion. Il demeure dans l’attente de son jugement.


Date de mise en ligne : 07/08/2014

https://doi.org/10.3917/vst.123.0057