Article de revue

Les jeunes délinquants issus de l'immigration postcoloniale africaine

Pages 54 à 60

Citer cet article


  • Sommaire, J.-C.
(2013). Les jeunes délinquants issus de l'immigration postcoloniale africaine. VST - Vie sociale et traitements, 119(3), 54-60. https://doi.org/10.3917/vst.119.0054.

  • Sommaire, Jean-Claude.
« Les jeunes délinquants issus de l'immigration postcoloniale africaine ». VST - Vie sociale et traitements, 2013/3 N° 119, 2013. p.54-60. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-vie-sociale-et-traitements-2013-3-page-54?lang=fr.

  • SOMMAIRE, Jean-Claude,
2013. Les jeunes délinquants issus de l'immigration postcoloniale africaine. VST - Vie sociale et traitements, 2013/3 N° 119, p.54-60. DOI : 10.3917/vst.119.0054. URL : https://shs.cairn.info/revue-vie-sociale-et-traitements-2013-3-page-54?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/vst.119.0054


Notes

  • [1]
    Voir Antoine Garapon, « Diversité ethnique : le mot et la chose. Pour une révolution réaliste », Esprit, décembre 2005.
  • [2]
    F. Khosrokhavar, L’islam dans les prisons, Paris, Balland, 2004.
  • [3]
    H. Lagrange, Le déni des cultures, Paris, Le Seuil, 2010.
  • [4]
    M.R. Moro, « Manifeste pour l’adolescence », Le Monde, 30 août 2010.
  • [5]
    Une version plus développée de ce texte a été publiée sur le site de Rue 89.

1Comment nommer ces jeunes ? Dans ce texte, j’emploie les mots « d’origine maghrébine », « d’origine africaine subsaharienne, « issus de nos immigrations postcoloniales ». Ces termes sont piégeants et ne sont pas satisfaisants. Il y a une vraie difficulté à nommer...

2Jeunes issus de…, jeunes d’origine… : jusqu’à combien de générations installées en France va-t-on utiliser cette formulation ? Jeunes franco-maghrébins : bizarre, surtout quand on en est à la troisième génération ou plus, qu’on n’a jamais connu le bled, et parce que le Maghreb n’est pas une nation. Jeunes arabes : et les Berbères ?

3Jeunes musulmans : en reprenant alors l’ancienne expression que la France laïque utilisait pour désigner ces indigènes-là jusqu’à l’indépendance de l’Algérie…

4Beurs (pas terrible) ou Rebeus (pas mieux). Enfants d’immigrés ? L’immigré étant alors uniquement arabe ou africain ?

5Blacks : eux se disent ainsi. Faut-il les suivre dans cet enfermement dans la couleur ?

6Jeunes des quartiers populaires : là où on ne souhaite pas habiter quand on a le choix. Jeunes des quartiers sensibles : comme le lait sur le feu.

7Jeunes tout court : ce que font les médias en laissant le lecteur deviner : « des jeunes ont détroussé des voyageurs dans le rer à Grigny ».

8Ce débat sur les mots est évidemment sous-tendu par des principes et des a priori : ne pas parler de couleur, de religion, d’origines géographiques… au risque de ne pas vouloir voir les effets des constructions culturelles acquises ou imposées, et des sentiments d’être qui y sont liés [1].

Une crise du « modèle français d’intégration » qui s’aggrave

9Depuis le début des années 1980, notre pays connaît régulièrement, dans ses quartiers en difficulté, des moments de violences urbaines auxquels les gouvernements successifs se sont efforcés, sans grand succès jusqu’à maintenant, de porter remède. Cette situation, qui ne se limite pas, loin de là, aux grands épisodes émeutiers spectaculaires et médiatisés, s’est aggravée ces dernières années malgré la politique sécuritaire qui a été mise en œuvre jusqu’en 2012 par l’ancienne majorité. En effet, dans tous ces territoires et au-delà, les incivilités et la petite délinquance sont restées à un niveau élevé, les incendies de voitures et de bâtiments publics ou privés n’ont pas régressé, et les violences à l’égard des personnes ont augmenté.

10Ces violences et cette délinquance, dont il n’est plus possible d’ignorer que leurs auteurs sont très souvent d’origine maghrébine et, de plus en plus, d’origine africaine subsaharienne, témoignent de la crise du « modèle d’intégration » que notre vieille nation d’immigration s’est forgé au cours de son histoire. Depuis longtemps déjà, nous ne parvenons plus à intégrer socialement une part importante de nos jeunes compatriotes issus de nos immigrations postcoloniales. Confrontés à l’échec scolaire et aux discriminations, beaucoup de ces jeunes se retrouvent alors dans une situation de désespérance sociale et de malaise identitaire qui nourrit la délinquance mais aussi les divers « replis communautaires » que l’on observe aujourd’hui avec inquiétude.

11En effet, dans beaucoup de cités, parallèlement à la montée de la violence et de la délinquance, on constate maintenant l’affirmation croissante d’un islam fondamentaliste que notre laïcité républicaine ne parvient pas à contenir. La loi de 2004 interdisant les signes religieux à l’école, puis celle de 2010 proscrivant le port du voile intégral dans l’espace public n’ont pas fait obstacle au développement du « salafisme » dans les quartiers. Enfin, en mars 2012, le drame de Toulouse a révélé aux yeux de tous, à travers la personnalité pathologique de Mohamed Merah, que des comportements de délinquance ordinaire pouvaient désormais se combiner à un antisémitisme exacerbé pour nourrir un islamisme djihadiste meurtrier, y compris à l’égard d’autres musulmans.

12Pourtant, depuis plus de dix ans, des travaux de plusieurs chercheurs, autour de ces questions, auraient dû inciter les pouvoirs publics à s’en préoccuper. Ainsi, en 2002, une étude coréalisée par le sociologue Sébastian Roché dans le département de l’Isère, à partir de dossiers judiciaires, avait révélé que, dans ce département, les deux tiers des jeunes délinquants étaient « d’origine étrangère ». De même, en 2004, une enquête de Farhad Khosrokhavar sur « l’islam carcéral [2] » avait relevé que la proportion de ces jeunes en prison dépassait très largement leur pourcentage au sein de la population totale et que, de plus, ils y étaient souvent la cible d’un prosélytisme islamique très actif. Plus récemment, un livre d’Hugues Lagrange [3] a eu un écho médiatique important en proposant une explication « culturelle » à la surdélinquance des jeunes originaires d’Afrique subsaharienne. L’absence de prise en compte de ces travaux de recherche par les gouvernements successifs a été très dommageable car, dans le même temps, la population des jeunes « issus de l’immigration » a beaucoup augmenté dans notre pays, notamment dans certaines zones géographiques connaissant déjà d’importantes difficultés économiques et sociales. Des travaux des démographes Bernard Aubry et Michèle Tribalat, difficilement rendus publics en 2009, montrent ainsi qu’en Ile-de-France ils représentent maintenant 37 % du total des jeunes, leur pourcentage dépassant même 60 % dans une vingtaine de communes. Par ailleurs la progression de ceux d’entre eux originaires d’Afrique subsaharienne a été spectaculaire.

13En ayant eu, très vite, à devoir gérer une succession de règlements de compte à Marseille, sur fond de trafic de drogue, puis divers actes de violence très médiatisés, la nouvelle majorité a été très rapidement confrontée aux aspects les plus tragiques de cette réalité. Toutefois, elle n’en a pas tiré toutes les conséquences car, si les moyens de la police ont été ponctuellement renforcés dans les zones en tension, notre politique d’intégration n’a pas été repensée. Or on ne peut oublier que si la police et la justice ont un rôle très important à jouer pour réprimer, le plus efficacement possible, les crimes et les délits, elles ne peuvent, en ce qui les concerne, que sanctionner lorsque le mal est fait.

Prendre en compte la surdélinquance de nos jeunes compatriotes issus des immigrations postcoloniales

14Si on veut réellement freiner le développement des violences urbaines, il ne faut plus occulter la réalité de la surdélinquance des jeunes issus des immigrations postcoloniales. Cela serait également justifié moralement car, ces dernières décennies, ce sont essentiellement les familles maghrébines qui ont été les principales victimes de cette situation. En effet, en raison de leurs multiples comportements à risque, ces jeunes connaissent une surmortalité impressionnante : accidents à l’issue de rodéos avec des voitures volées, affrontements avec les forces de l’ordre ou entre bandes rivales, suicides en prison, etc.

15Tahar Ben Jelloun, dans une tribune publiée par Le Monde en avril 2010, s’est exprimé avec beaucoup d’émotion à ce sujet : « Les immigrés ne s’ennuient pas. Ils vivent ou survivent en assistant au naufrage de leur destin […] Quand on leur apprend que leur fils est mort suite à une bagarre ou après un acte de délinquance, ils restent abasourdis, le ciel leur tombe sur la tête et ils ne comprennent pas pourquoi ils ont été choisis par le malheur. Quand leur cité devient le théâtre de règlements de compte entre bandes rivales ou entre ces bandes et la police, quand des bus sont incendiés et que la police démantèle un réseau de trafiquants de drogue, les parents, ceux qui regardent par la fenêtre, sont impuissants, sans voix, sans recours […] Peut-être qu’il leur arrive de se poser cette question : “Est-ce que le voyage en valait la peine ?” »… « Les Français d’origine immigrée ne sont pas condamnés à être dans le retard scolaire, à provoquer les gens dans la rue, à voler, à vendre de la drogue et à finir leurs jours en prison »… « C’est un corps malade et personne, ni la droite ni la gauche, ne s’est réellement préoccupé de son sort »… « L’État ne peut plus attendre ; les “coups de poing”, même s’ils sont spectaculaires et nécessaires, ne font pas une politique ». La surdélinquance de nos jeunes compatriotes, issus des immigrations postcoloniales, ne peut donc plus continuer, au pire, à être niée ou, au mieux, à être considérée comme une sorte de fatalité à laquelle il faudrait se résigner dans l’attente de jours meilleurs pour tous, au plan économique et social.

16Les nations qui s’assument pleinement comme des pays d’immigration n’ont pas une volonté aussi exacerbée qu’en France de ne pas « stigmatiser » les membres des « minorités ethniques ». Elles échappent ainsi aux effets pervers du « politiquement correct » qui, dans notre pays, paralyse bien des initiatives. Sachant que ces populations courent plus de risques que la majorité autochtone de voir leurs enfants tomber dans la délinquance, on y met en œuvre, avec elles, des actions de prévention adaptées aux spécificités de leur communauté.

17Aujourd’hui, certains juges pour enfants se demandent d’ailleurs rétrospectivement si le fait d’avoir voulu formater à tout prix, dans une logique d’assimilation, des petits citoyens « républicains » uniformes, en dépossédant leurs parents de leur pouvoir éducatif, n’aurait pas contribué, au final, à façonner des « racailles » qui sifflent la Marseillaise et des « islamistes » qui cultivent la haine des « Français ».

Reconnaître la réalité pluriculturelle de la société française

18Dans un « Manifeste pour l’adolescence » intéressant, publié en 2010, la pédopsychiatre Marie Rose Moro indiquait avoir été sensibilisée, quand elle exerçait en Seine-Saint-Denis, à l’impact de notre histoire coloniale sur les jeunes Français issus de cette immigration. Selon elle, ces adolescents, du fait de leur destin de Français « minoritaires », sont obligés de se construire une identité complexe incluant « l’histoire qui les a précédés ». En conséquence, vouloir effacer leur altérité a un coût psychique fort dont il serait préférable de faire l’économie. Elle appelait donc de ses vœux « une société qui reconnaîtrait tous ses adolescents en assumant pleinement sa diversité culturelle [4] ».

19Beaucoup de jeunes d’origine maghrébine et africaine subsaharienne intériorisent maintenant le fait qu’ils ne pourront jamais devenir des « Français à part entière » mais, au mieux, des « Français entièrement à part ». Ayant le sentiment d’être assignés à résidence identitaire, beaucoup d’entre eux ne se définissent plus alors que par ce qui les distingue des « Français » en se construisant, sur un mode sectaire, une « communauté » d’appartenance autour de l’islam. Dans les quartiers en difficulté, des associations musulmanes se substituent d’ailleurs progressivement aux services sociaux et aux anciennes associations laïques d’Éducation populaire.

20Cependant, dans le même temps, d’autres jeunes, issus des immigrations extracoloniales portugaises, turques, tamoules, indo-pakistanaises, chinoises, etc., pour qui le « modèle français d’intégration », assimilateur et destructeur des identités d’origine, n’a sans doute jamais vraiment fait sens, semblent s’insérer plus facilement qu’eux au plan économique et social. Plus en paix avec leur identité, ces jeunes s’intègrent dans notre société selon des modalités de type communautaire, voire communautariste, avec l’appui de leurs réseaux familiaux et les ressources de leur diaspora. En effet, pour ces communautés, le souci de l’insertion économique est premier et c’est par ce biais que leurs membres développent progressivement un sentiment d’appartenance à la société française, dont ils finissent par adopter les normes et les valeurs.

Ne plus ignorer le fait « communautaire » et développer l’« empowerment »

21Il faudrait donc cesser d’être dans l’évitement, ou dans la dénonciation simpliste, à l’égard de la « question communautaire » dont, dans notre pays, il est devenu très difficile de débattre sereinement. Il ne faudrait plus être sommé de choisir, sous peine d’excommunication, entre le « républicanisme français » aveugle aux réalités communautaires et le « communautarisme anglo-saxon » les exaltant. Ces deux « modèles » qui sont, l’un et l’autre, en crise – le monde anglo-saxon devant faire face aujourd’hui aux limites et aux impasses du multiculturalisme – devraient être débattus et discutés afin de pouvoir identifier et analyser tranquillement ce qui marche, et ce qui ne marche pas, dans chacun d’eux.

22La question qui se pose actuellement à notre pays n’est pas d’accorder des droits juridiques spécifiques à des communautés ethniques et culturelles. Il s’agit seulement de mieux prendre en compte la réalité pluriculturelle de beaucoup de nos territoires urbains afin d’essayer d’y préserver un « vivre ensemble » sérieusement mis à l’épreuve. Il faut construire, avec pragmatisme, des réponses éducatives et sociales plus efficaces, en direction de ces jeunes et de leurs familles, qui soient adaptées à la réalité sociologique de ces quartiers.

23Ainsi, on sait que dans beaucoup de grands ensembles, quelques dizaines d’individus impliqués dans le trafic peuvent imposer leur loi à des centaines d’habitants tétanisés. Cependant, trop souvent, ces derniers sont traités en assistés et en malades à qui on ne demande rien qui serait utile à leur communauté et à la collectivité. Une utilisation intelligente du lien « communautaire » pourrait pourtant aider ces adultes, actuellement dévalorisés, à reconquérir progressivement l’autorité que les jeunes leur ont confisquée et à retrouver de la sorte une place de citoyen.

24Pour lutter plus efficacement contre la délinquance des jeunes dans les quartiers sensibles, il faut mobiliser intelligemment les habitants qui y vivent car, encore une fois, ce sont eux qui en sont les premières victimes. À cet effet, il faut que notre pays accepte d’innover en matière d’interventions sociales, notamment en promouvant des démarches d’« empowerment » (interventions sociales communautaires). Ces dernières, qui visent à développer « le pouvoir d’agir » des publics défavorisés, sont mises en œuvre depuis longtemps avec succès dans de nombreux pays, pour améliorer le vivre ensemble dans des territoires en difficulté.

25Largement ignoré en France, mais largement présent dans le monde anglo-saxon, en Amérique du Sud et dans des pays émergents, le « travail social communautaire » considère que les hommes vivent au sein de diverses « communautés » (famille, quartier, église, associations, collectifs de travail, etc.) au sein desquelles ils se réalisent en tant qu’individus. Ce lien « communautaire », qui peut également s’exprimer au plan ethnique, culturel, ou religieux, est, par nature, un lien « fort » qui donne une capacité collective à prendre des initiatives qui seront bénéfiques à tous.

26Le travail social communautaire ne s’oppose pas au travail social individuel classique et aux diverses formes d’interventions sociales collectives qu’il peut très utilement compléter. Toutefois, il a pour conséquence une désacralisation de la parole des « experts » et il implique une redéfinition du rôle et des méthodes d’intervention des professionnels et des bénévoles de terrain qui peut être déstabilisante pour beaucoup. Malheureusement peu enseigné en France, peut-être pour ces raisons, il permettrait de travailler plus efficacement au maintien du vivre ensemble dans les quartiers sensibles, à un moindre coût et sans doute avec de meilleurs résultats.

Concevoir de nouvelles réponses éducatives et sociales

27Pour répondre plus efficacement aux défis de la délinquance et des violences urbaines, tels qu’ils se posent actuellement à notre pays, il faut acter le fait que les politiques à finalité sécuritaire, qui ont été mises en œuvre au cours de la dernière décennie, ne sont parvenues ni à rétablir la paix civile dans les quartiers ni à entraver la montée des violences à l’égard des personnes. Cependant, au-delà des interventions policières, des actions très utiles à vocation pacificatrice, de médiation sociale et culturelle, se sont beaucoup développées. Il faut maintenant aller plus loin.

28En complément des politiques de droit commun destinées à tous, il faut concevoir des interventions éducatives et sociales spécifiques en direction des familles et des jeunes issus de l’immigration, notamment pour freiner, par tous les moyens, le basculement vers la délinquance des générations les plus jeunes. Il faut aussi rééquilibrer les actions de « prévention » par rapport aux actions de « réparation », en considérant notamment que les sommes investies en matière de prévention précoce généreront ultérieurement des économies en matière de réinsertion sociale.

Trois chantiers prioritaires pour construire un nouveau « modèle d’intégration »

29Trois chantiers de réflexion, prenant pleinement en compte la réalité pluriculturelle de la société française, pourraient être ouverts par les pouvoirs publics (État et collectivités territoriales) en lien avec l’ensemble des organisations de la société civile concernées (fédérations du secteur social et de l’Éducation populaire, associations communautaires issues des diasporas, mouvements confessionnels actifs sur le terrain, etc.), pour actualiser notre politique d’intégration des « minorités ethniques et culturelles » en se donnant pour objectif de :

Développer un « bon usage » des « communautés » ethniques, culturelles et religieuses

30

  • pour faciliter l’intégration économique et sociale des populations issues de l’immigration dans la cité (en considérant le fait communautaire comme une ressource et non plus comme un handicap) ;
  • pour faire évoluer les « traditions », éducatives et culturelles, qui posent problème : la polygamie, « l’honneur » des familles, l’éducation « petit prince » des garçons, la surveillance phobique des filles, les mariages forcés, l’excision, etc. ;
  • pour prévenir les dysfonctionnements familiaux, notamment les violences intrafamiliales, les pertes d’autorité parentale, l’« absence » des pères, etc., en confortant toutes les formes d’entraides communautaires, au niveau des femmes notamment ;
  • pour pacifier les relations de nos compatriotes, « issus de l’immigration », avec les institutions de la République (école, police, justice, organismes sociaux, etc.) ;
  • pour restaurer le rôle et la place des parents d’origine étrangère vis-à-vis de l’école, de la police, de la justice et des divers intervenants sociaux (apprendre notamment aux enseignants et aux travailleurs sociaux à travailler avec eux sans les stigmatiser) ;
  • créer des réseaux d’entraide entre parents d’une même communauté (maghrébins, africains subsahariens, etc.) pour faire du soutien parental, prévenir le décrochage scolaire et aider les jeunes en rupture ;
  • pour concevoir des actions spécifiques de prévention précoce de la délinquance et des comportements à risque, notamment en direction des familles monoparentales ;
  • pour contrer plus efficacement les dérives « communautaristes » ;
  • construire des partenariats, au plan local, avec les « associations communautaires » relevant des diverses diasporas présentes sur les territoires.

Revisiter la question « religieuse » à la lumière d’une laïcité d’inclusion

31

  • reconnaître que « l’islam » peut être un facteur d’intégration en examinant avec bienveillance, mais sans naïveté, le rôle social des mosquées et des associations musulmanes ;
  • expérimenter des partenariats avec des associations musulmanes, au plan local, pour faire vivre au quotidien une laïcité d’inclusion favorisant le vivre ensemble (créer des conseils extra municipaux de la laïcité et du vivre ensemble) ;
  • faciliter le libre exercice des pratiques musulmanes au niveau communal (lieux de culte, espaces de prière, ramadan, voile, abattage rituel, nourriture halal, etc.) dans le respect absolu de la liberté de conscience de tous ;
  • réfléchir, avec les associations musulmanes, aux moyens à mettre en œuvre, dans les quartiers, pour combattre l’islamisme radical et les pressions communautaristes cherchant à imposer à tous des modes de vie contraignants ;
  • mener une réflexion similaire à l’égard des églises évangélistes qui développent aussi très fortement leur influence dans les quartiers, notamment auprès des populations africaines non musulmanes.

Adapter les interventions éducatives et sociales à la réalité pluriculturelle de la société française d’aujourd’hui

32

  • revaloriser la place des actions à finalité éducative et sociale à vocation émancipatrice (construction identitaire, maîtrise du langage, civilité, comportement, etc.) par rapport à celles, de type médiation, à vocation pacificatrice ;
  • former les intervenants de terrain (travailleurs sociaux, animateurs socioculturels, bénévoles des associations caritatives, etc.) aux problématiques interculturelles et à une approche laïque des problématiques religieuses habituellement rencontrées ;
  • construire et promouvoir une pédagogie de la diversité culturelle dans l’intervention sociale (outils méthodologiques, référentiels de formation, etc.) ;
  • promouvoir les méthodes du travail social et du développement communautaires (empowerment) qui ont fait leurs preuves à l’étranger ;
  • créer des espaces institutionnels de réflexion et d’échange pour aider les professionnels à mieux se positionner sur les questions interculturelles et religieuses qui les interpellent au quotidiens [5].


Date de mise en ligne : 18/09/2013

https://doi.org/10.3917/vst.119.0054