Compte rendu

La distinction de sexe. Une nouvelle approche de l’égalité, Irène Théry, Paris, Odile Jacob, 2007, 677 p.

Pages 80b à 88b

Citer cet article


  • Ladsous, J.
(2008). La distinction de sexe. Une nouvelle approche de l’égalité, Irène Théry, Paris, Odile Jacob, 2007, 677 p. VST - Vie sociale et traitements, 99(3), 80b-88b. https://doi.org/10.3917/vst.099.0080b.

  • Ladsous, Jacques.
« La distinction de sexe. Une nouvelle approche de l’égalité, Irène Théry, Paris, Odile Jacob, 2007, 677 p. ». VST - Vie sociale et traitements, 2008/3 n° 99, 2008. p.80b-88b. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-vie-sociale-et-traitements-2008-3-page-80b?lang=fr.

  • LADSOUS, Jacques,
2008. La distinction de sexe. Une nouvelle approche de l’égalité, Irène Théry, Paris, Odile Jacob, 2007, 677 p. VST - Vie sociale et traitements, 2008/3 n° 99, p.80b-88b. DOI : 10.3917/vst.099.0080b. URL : https://shs.cairn.info/revue-vie-sociale-et-traitements-2008-3-page-80b?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/vst.099.0080b


Ouvrage

La Distinction de sexe

Une nouvelle approche de l’égalité

Odile Jacob (2007)

1 Comment rendre compte d’une telle somme de travail dans les quelques espaces qu’une revue met à ma disposition pour en parler, et pour en recommander la lecture à tous ceux qui s’intéressent en profondeur aux rapports du masculin et du féminin !

2 Je commencerai d’abord par m’attarder sur les deux mots « différence » et « distinction ». Parler de différence, c’est considérer que l’homme et la femme seraient deux êtres humains séparés, alors que, s’il est clair que nos corps biologiques sont distincts, il n’en est pas moins vrai que nous appartenons au même genre, le genre humain, et que les autres éléments que l’on pointe souvent comme différenciés ne sont que la conséquence du statut qu’on nous donne.

3

« On ne devient “un individu humain” qu’en étant reconnu comme membre d’une société donnée, et en y apprenant non seulement à parler, mais à agir de façon proprement humaine… ».
(p. 34)

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« Être homme ou femme comme partenaire d’une société n’est pas saisissable autrement que comme un ensemble de manières d’agir au masculin ou au féminin prescrites par les usages et les coutumes, les normes religieuses ou les règles juridiques dans un certain univers de sens […] Parce que l’évolution des corps humains au cours de la vie n’est pas perçue comme relevant d’une logique biologique radicalement séparable de celle qui organise les relations sociales, la différence physique n’est pas considérée comme suffisant à produire par elle-même ce que nous appelons un homme ou une femme de l’espèce humaine : il faudra pour cela des rites et des cérémonies ».
(p. 35 et 43)

5 Nous sommes donc, l’une comme l’autre, des membres du genre humain, et selon les civilisations, les attributs donnés à chacun pourront être autres, ce que confirment bien les études anthropologiques qui ont été menées à ce jour. Ce qui fait écrire à Irène Théry dans sa conclusion :

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« Notre système de parenté n’est fondé ni sur la biologie, ni sur l’hétérosexualité, mais sur la valeur fondamentale d’égale implication des hommes et des femmes dans la filiation ; en distinguant deux lignées, paternelle et maternelle, il n’impose pas que tout enfant n’ait qu’un père et qu’une mère et soit élevé par ceux qui l’ont engendré. Il peut évoluer pour reconnaître qu’un enfant peut avoir des parents de naissance et des parents adoptifs, et aussi des beaux-parents. Mais il énonce, comme tous les systèmes de parenté étudiés par les anthropologues, une signification fondamentale accordée à la personne de chaque enfant accueilli dans un monde institué : garçon ou fille, chacun de nous n’est certes que d’un sexe, mais est pourtant signifié comme constitué des deux… ».
(p. 619)

7 Mais un tel raccourci ne donne qu’une idée bien imparfaite de cet ouvrage. Son cheminement nous permet de mieux saisir comment les significations que nous donnons, ici ou là, à l’origine du monde ont influencé les représentations que nous avons des deux membres de l’humanité où, le plus souvent, l’infériorité de la femme dans la sphère publique est posée comme une évidence.

8 Le passage que j’ai personnellement trouvé le plus passionnant est celui que Irène Théry consacre à Durkheim et à Mauss. Durkheim considère comme un fait acquis la différence d’existence entre l’homme et la femme, modelant jusqu’à leur psychisme respectif : « La différenciation sociale progressive des sexes par la division sexuelle du travail, les caractères acquis masculins et féminins qui différencient les sexes et les poussent à se “rechercher passionnément”, l’institution juridique du couple fondé sur le libre choix du conjoint dans le mariage moderne, la recherche du bonheur privé, et la redéfinition du mariage comme socle de la famille conjugale sont issus d’un seul et même grand processus d’évolution historique » (p. 113).

9 Mauss, quant à lui, reconnaît dans toute société humaine quatre grandes divisions qui l’organisent : le sexe, l’âge, la génération, le clan, et ne voit dans la division par sexe qu’une des divisions sociales.

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« Mille usages codés et cérémonies rituelles, prescriptions et interdits, montrent que la division par sexes doit être vue comme une véritable opération intellectuelle et pratique, même si elle n’est pas explicitée tant elle va de soi […]
La division par sexes porte sur tous les aspects de la vie – cultiver, chasser, pêcher, chanter, prier, tuer, posséder, transmettre, guérir, danser, manger… – et jamais seulement sur les relations sexuelles, l’engendrement et les soins aux enfants, qui ne forment pas un domaine isolable de la configuration générale des représentations et des valeurs ».
(p. 123)

11 Pour Mauss, « être “une femme” comme partenaire d’une vie sociale n’est en rien réductible à être une épouse ou une mère, si importantes soient les alliances matrimoniales et la famille dans la vie d’une société. C’est tout aussi bien être une sœur, une initiée, une prêtresse ou une magicienne, une chanteuse de “vouros”, une ordonnatrice de vendetta, une belle-mère, une ancêtre, une horticultrice… Toutes choses qui ne sont pas des caractères internes de la personne, mais des statuts, supposant des manières sociales d’agir en relation à autrui » (p. 127).

12 De ce fait, le statut universaliste de la femme infériorisée lui paraît non conforme à l’observation. « Tout en soulignant la généralité du pouvoir politique masculin dans les sociétés traditionnelles, et en citant nombre de violences subies par les fillettes ou les femmes, il insiste sur les très grandes différences dans la place et la valeur accordées au féminin d’une société à l’autre, ainsi que sur la variabilité des statuts féminins, entre position subordonnée et position supérieure, à l’intérieur d’une même société » (p. 132).

13 Ce ne sont pas les individus qui ont un genre, mais la nature des relations sociales qu’ils entretiennent.

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« Il ne s’agit donc pas d’étudier le masculin ou le féminin comme attribut des individus, mais la façon dont prend sens dans une société la diversité des formes de l’action modélisée par la distinction masculin/féminin dessinant les manières d’agir attendues des partenaires d’une vie sociale de l’un et l’autre sexe. »

15 Les mots du langage viennent renforcer les attributs donnés à chacun : individu, personne, personnage, rôle… font surgir des modes différents d’entrer en relation, ainsi dans le mythe du contrat social, la personne signifiait d’abord « la personne humaine » dotée de propriétés universelles telles que la rationalité, la pitié, le sens du juste, la sollicitude pour le semblable. Le personnel n’était pas tenu pour le contraire de l’impersonnel, car les propriétés communes des personnes fondaient dans la nature humaine l’égalité de tous en humanité. La personne humaine s’opposait à la chose et se prolongeait dans le « genre humain ».

16 En fait, s’il est impensable d’isoler un individu, en le décrivant, il est inimaginable de décrire la vie sans faire entrer dans son trajet la relation à l’autre. Et c’est de cette relation à l’autre que va surgir notre propre identité. De même dans les conjugaisons qui font partie de notre langage, si le « je » (la personne qui parle) et le « tu » (la personne à qui l’on parle) sont indifférenciés, il n’en est pas de même de la personne dont on parle (il ou elle) car il y a immédiatement représentation du rôle qu’elle s’attribue, ou qu’on lui attribue.

17 J’aurais bien des choses à dire encore, mais ce que j’ai écrit me semble suffisant pour que vous ayez le désir d’entrer plus profondément dans le texte de cet ouvrage. À moins que vous ne vous complaisiez dans les représentations courantes, cette « somme » vous aidera à faire surgir d’autres réalités et à contribuer ainsi à cette nouvelle approche de l’égalité à laquelle Irène Théry nous invite.

18 Jacques Ladsous


Date de mise en ligne : 23/02/2009

https://doi.org/10.3917/vst.099.0080b