Compte rendu

L’advocacy en France : un mode de participation active des usagers en santé mentale, Martine Dutoit, Rennes, Presses de l’ehesp, 2008, 159 p.

Pages 80a à 88a

Citer cet article


  • Ladsous, J.
(2008). L’advocacy en France : un mode de participation active des usagers en santé mentale, Martine Dutoit, Rennes, Presses de l’ehesp, 2008, 159 p. VST - Vie sociale et traitements, 99(3), 80a-88a. https://doi.org/10.3917/vst.099.0080a.

  • Ladsous, Jacques.
« L’advocacy en France : un mode de participation active des usagers en santé mentale, Martine Dutoit, Rennes, Presses de l’ehesp, 2008, 159 p. ». VST - Vie sociale et traitements, 2008/3 n° 99, 2008. p.80a-88a. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-vie-sociale-et-traitements-2008-3-page-80a?lang=fr.

  • LADSOUS, Jacques,
2008. L’advocacy en France : un mode de participation active des usagers en santé mentale, Martine Dutoit, Rennes, Presses de l’ehesp, 2008, 159 p. VST - Vie sociale et traitements, 2008/3 n° 99, p.80a-88a. DOI : 10.3917/vst.099.0080a. URL : https://shs.cairn.info/revue-vie-sociale-et-traitements-2008-3-page-80a?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/vst.099.0080a


1 Tous ceux qui s’intéressent à la santé mentale connaissent Martine Dutoit qui, depuis des années, à partir d’une histoire personnelle et familiale, se dépense sans compter pour que ceux que l’on dit « fous » aient la parole, et la possibilité de devenir acteurs dans leur traitement, comme dans leur vie citoyenne. C’est à ce titre-là qu’elle a introduit l’advocacy en France. Ce concept qui nous vient de l’autre côté de l’Océan traduit une « alternative citoyenne aux pratiques en santé mentale : c’est bien d’une voie alternative dont il s’agit, une autre voie ouverte au débat citoyen. Nous postulons que la psychiatrie n’est qu’un volet de la santé mentale et que ses pratiques évolueront de fait si elles sont pensées comme un des éléments apportant une contribution, plutôt que comme le seul élément organisateur de la problématique de la souffrance psychique. »... « Sortir des schémas stérilisants qui opposent maladie et santé, sanitaire et social, normalité et handicap, au profit d’une pensée complexe qui permette de décoder, avec les personnes concernées, les situations de souffrance, d’oppression, de handicap ou de discrimination, permet de construire des stratégies et des pratiques où s’éprouvent la dignité et la responsabilité, ouvrant à tous les possibilités d’intervenir comme acteurs et citoyens. Dans les pratiques de l’advocacy, c’est la dimension citoyenne des débats ouverts pour les élaborer, les mettre en œuvre et les évaluer qui représente alors la véritable alternative, au sens où l’entendent les altermondialistes » (p. 16).

2 Car, ainsi que l’écrit le préfacier Paul Taylor, du Centre de recherche en éducation, apprentissages et didactiques de l’université de Rennes 2 : « Dans le cas de la santé mentale, les malades mentaux et les non-malades respectent une loi du silence qui contraint les premiers à se taire – par peur et/ou par pudeur apprise –, en raison d’un manque de confiance en une quelconque capacité d’écoute de la part d’une société qui se dit normale. Réciproquement, la société ne veut pas entendre les malades, et souvent ne veut même pas les voir, craignant de ne pas comprendre une condition dont elle reconnaît à la fois la fréquence et l’anormalité » (p. 6).

3 « Priver un être humain de sa parole, de sa capacité et d’être un “être verbal”, voire un être de communication, est profondément déshumanisant. Emprisonner quelqu’un dans une culture de silence est le réduire à un objet contrôlé, assisté, aidé et le priver non seulement de son droit d’être le sujet de sa propre vie, un sujet qui dit, se dit et se reconnaît comme “Je”. Ce n’est donc pas par hasard qu’Advocacy cherche à libérer la parole, à accompagner les malades dans une démarche leur permettant d’être acteurs et auteurs de leur vie, en privilégiant une approche pédagogique profondément marquée par la convivialité, la créativité, et surtout, le dialogue. L’advocacy place le/la malade au centre de ce dispositif, revendiquant non pas une meilleure prise en charge, mais une authentique prise en compte » (p. 7).

4 Pour opérer cette transformation de la conception de la folie, telle que la portent en eux la plupart des êtres humains, il faut passer d’une attitude négative, faite de déni, de défense et de minimisation, à une attitude positive où l’acceptation de l’autre favorise son adaptation et son intégration sociale. Il y a donc une double démarche dans l’advocacy : celle d’accompagner les gens que l’on dit fous sur le chemin de leur réinsertion sociale, en même temps qu’il sera nécessaire d’accompagner la communauté sociale sur le chemin de la non-discrimination et de la non-exclusion, ou, si l’on préfère, sur le chemin du respect, de la compréhension, de la reconnaissance de l’être humain atteint par une souffrance psychique qui l’amène à se situer hors du réel et du temps des autres.

5 Les objectifs d’Advocacy s’organisent donc autour de trois types d’action :

6 « – créer et concrétiser un mouvement citoyen pour faire avancer les politiques et les opinions sur le respect des droits des personnes en santé mentale, la prise en compte de leur expérience dans l’élaboration des réponses apportées, l’acceptation de la différence, la non-discrimination et l’accès à la citoyenneté, la prévention des problèmes de santé mentale ;

7 – soutenir les demandes d’intervention individualisée dans l’aide aux recours en santé mentale ;

8 – créer des espaces conviviaux citoyens autogérés et ouverts sur la ville permettant l’émergence d’initiatives et de projets collectifs pour lutter contre l’isolement et la disqualification et pour retrouver une citoyenneté active et engagée » (p. 15).

9 Et c’est bien d’un engagement qu’il s’agit chez les professionnels comme chez ceux qui souffrent, un engagement qui les amène à s’inscrire à contre-courant des regards sociaux habituels, et à convaincre par la force des témoignages, des responsabilités, des rencontres que leur manière de faire et leur manière d’être font surgir.

10 C’est tout l’intérêt de ce livre, bardé d’exemples et d’interpellations. Martine Dutoit a scrupuleusement recueilli un ensemble de situations qui démontrent le bien-fondé de cette démarche, en face des situations de souffrance auxquelles tous les acteurs sont confrontés. J’ai bien dit acteurs, car soignants et soignés sont ensemble concernés par cette démarche.

11 Suit dans le livre le rappel du contexte historique dans lequel cette action a pu se construire et se développer, à tel point qu’elle semble aujourd’hui devenue banale, même si elle est loin d’être comprise tant par l’opinion que par les responsables politiques et administratifs. Il a fallu profiter des opportunités, des avancées faites ici et là, par certains États, certains groupes humains, des déclarations qui ont eu lieu autour des droits de l’homme, des droits des personnes handicapées.

12 Puis-je me permettre à cette occasion une petite critique à Martine Dutoit, dont j’ai soutenu sans réserve l’action ? Le vice-président des cémea que je suis regrette qu’elle n’ait pas donné à l’action de mon mouvement – autour de psychiatres prestigieux et novateurs (je citerai Bonnafé, Le Guillant, Tony Lainé, etc.) avec lesquels ont été développés les stages pour les équipes de santé mentale – la place qui est la sienne dans l’évolution des mentalités. Même si cette action est moins apparente, elle n’en a pas moins contribué fortement à faire bouger des pratiques, à lever des tabous, à créer un premier dialogue entre soignants et soignés. Qu’importe ! L’essentiel n’est-il pas que soit repris le flambeau d’une « lutte » qui ne s’arrêtera jamais.

13 Dans sa troisième partie, Martine Dutoit montre comment les actions d’Advocacy participent au maintien de cette lutte : l’action coopérative, les activités de création contribuent à cette conquête de la citoyenneté que ces « handicapés psychiques » revendiquent. Pour avoir participé à certaines de ces actions, je peux témoigner de leur valeur et de leur efficacité. Il s’agit d’une pédagogie active et émancipatrice dans laquelle tous les professionnels du social, quels qu’ils soient, peuvent se reconnaître.

14 Merci à Martine Dutoit d’avoir fait cet effort de synthèse. Espérons qu’il touchera ceux qui cherchent et n’ont pas encore trouvé le moyen de transformer l’image de la folie. Car, comme conclut sans conclure Martine Dutoit, « l’aventure continue ».

15 Jacques Ladsous


Date de mise en ligne : 23/02/2009

https://doi.org/10.3917/vst.099.0080a