Les projets sociaux de territoire
Une nouvelle chance pour la politique de la ville ?
Pages 11 à 13
Citer cet article
- CHOBEAUX, François,
- Chobeaux, François.
- Chobeaux, F.
https://doi.org/10.3917/vst.083.0011
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- Chobeaux, F.
- Chobeaux, François.
- CHOBEAUX, François,
https://doi.org/10.3917/vst.083.0011
1 Nous connaissons depuis le début des années 1980 l’exigeant triptyque sur lequel ce qui a été appelé « politique de la ville » doit s’appuyer : une articulation d’interventions coordonnées sur le social, le bâti et l’économique. Les acquis de près de vingt ans d’actions sont sévères car ils montrent les limites de chacun de ces aspects et la grande faiblesse de leur coordination.
2 La réhabilitation du bâti, certes nécessaire, n’a pas généré plus de plaisir à vivre dans ces cités. Les interventions lourdes de destruction-reconstruction différente avancent bien lentement, et sont de plus questionnées au nom de la pénurie de logements sociaux. Les actuels projets de résidentialisation (partages plus clairs entre espaces publics, espaces privatifs collectifs et espaces privés domestiques) paraissent ne pas générer plus d’envie de rester dans ces lieux.
3 L’économique n’a pas avancé : les projets de zones franches sont interrogés dans leur efficacité, les entreprises demeurent très réticentes à s’installer dans les « zones sensibles » et nombre de celles qui l’ont fait ont tendance à le regretter avec l’accumulation d’actes de délinquance tournés vers leurs locaux et leur personnel.
4 Restait alors l’intervention sur le social. Les « petits métiers de la ville » sont nés ici : médiateurs urbains, femmes et adultes relais… Ce développement s’est fait sur les marges du travail social « classique », parfois en le contournant, parfois en l’ignorant, souvent en contribuant à en dévaloriser les acteurs et les structures.
5 Peu à peu, la dimension des projets d’intervention urbaine à grandi. On est ainsi passé de l’échelle du quartier à celle de la ville, puis de l’agglomération tout entière, en générant des organisations particulièrement complexes dans lesquelles les acteurs de terrain (professionnels de la ville, travailleurs sociaux, élus locaux, responsables associatifs…) trouvent difficilement une place. Une technostructure constituée d’experts a pris la place des essais de construction collective des premiers projets de développement social des quartiers.
6 Le rapport Brévan-Picard, intitulé « Une nouvelle ambition pour les villes. De nouvelles frontières pour les métiers », remis en septembre 2000 au ministre de la Ville, pointait ces difficultés. Les rédacteurs y proposaient, parmi les moyens à mettre en œuvre pour avancer, d’identifier des sites où seraient expérimentés des rapprochements entre les métiers de la ville et ceux du social. Il s’agissait de réconcilier le social et l’urbain, de décloisonner les logiques institutionnelles, de rapprocher les intervenants sociaux et ceux de la ville.
7 Vingt sites ont été identifiés, vingt actions expérimentales lancées en juin 2003 et conduites dans le cadre d’un programme porté par la Délégation interministérielle à la ville, l’Assemblée des départements de France, la Direction générale de l’action sociale, la Caisse nationale d’allocations familiales et le Conseil supérieur de travail social. Les premières analyses à mi-projets circulent et sont présentées à l’occasion de séminaires régionaux.
8 Les premiers acquis sont intéressants. À l’inverse des habituels projets d’intervention, aucun cadre n’était fixé en matière de typologie obligée des participants, de nature des actions, de limites aux expérimentations. Des groupes locaux de pilotage ont été constitués sous des formes diverses, le plus souvent en tentant dans un premier temps d’associer le plus possible de partenaires différents. Des méthodes de travail adaptées ont permis à ces rencontres de produire des diagnostics partagés, garantie de l’engagement dans des expérimentations qui fassent sens pour tous en correspondant à des besoins identifiés collectivement.
9 Il est apparu que ces pilotages devaient nécessairement comprendre et articuler le niveau du politique, des hiérarchies décisionnelles, des professionnels de terrain et des habitants. Depuis vingt ans, ce n’était pas le cas.
10 Il s’est avéré que le volet social était central dans les projets de développement de territoire. Jusque-là, les pratiques dissociaient social, bâti et économique.
11 S’est imposée l’évidence de la nécessité des décloisonnements institutionnels, avec à la clé des évolutions locales et expérimentales des répartitions de responsabilités et des frontières d’actions.
12 Au fond, les mobilisations collectives porteuses des projets sociaux de territoire permettent de passer d’une logique d’offre à une logique de besoins : concevoir des services non pas à partir de ressources et de légitimités institutionnelles préétablies, mais à partir de l’identification et de l’objectivation des besoins. Ces projets sont alors le moyen de construire positivement la place du social dans les transformations urbaines en valorisant son rôle central dans les grandes actions de redéveloppement.
13 Restent des questions que l’on peut se poser et qui commencent à émerger dans les débats des séminaires de synthèse.
14 Quelle peut être la place des travailleurs sociaux de terrain et de leurs responsables hiérarchiques ? Avec quelle légitimité et quel engagement institutionnel ? Ils doivent tendre vers des objectifs fixés par les élus locaux ou associatifs, ils ne parlent pas pour eux-mêmes en tant que personnes mais comme acteurs institutionnels. Sont-ils préparés à participer à ces travaux partenariaux durant leur formation ? Sont-ils explicitement mandatés par leurs institutions ? Comment cela s’intègre-t-il dans leur temps de travail ? Les descriptions de leurs postes et de leurs responsabilités intègrent-elles ces actions ?
15 Et quelle peut être la place des professionnels et des structures de santé mentale dans ces actions ? Ils font actuellement partie des grands absents. Méconnaissance ? Sentiment de ne pas être concernés ? Bien entendu, toutes les questions sur la légitimité de la présence des travailleurs sociaux se posent ici également.
16 Restent les lancinantes questions des conditions globales socio-économiques et de l’impact du bâti et de l’urbanisme sur les conditions de vie. Peut-on faire longtemps du social réparateur avec une précarité économique et sociale grandissante, vécue par les habitants des cités de la rélégation ?
17 Cette expérimentation nationale des projets sociaux de territoire peut parfois donner l’impression de faire du neuf avec du vieux. Mais les expériences passées qui avaient donné satisfaction sont si limitées, si peu connues, si peu légitimées par les diverses institutions concernées, que cette nouvelle entrée dans les mêmes questions peut être une ouverture, elle peut faire un appel d’air et être à la base d’une relance de la mobilisation du social dans la politique de la ville. Aux travailleurs sociaux de s’emparer de ces acquis s’ils souhaitent rester ouverts sur leur environnement.
18 Contact : Michel Didier, Délégation interministérielle à la ville, 194 avenue du Président Wilson, 93217 La Plaine Saint-Denis cedex.
19 Les sites expérimentaux :
20 Côte-d’Or : Dijon-Fontaine d’Ouche et Longvic ; Côtes-d’Armor : Saint-Brieuc ; Finistère : Brest ; Gironde : Hauts-de-Garonne ; Ile-et-Vilaine : Rennes ; Loire-Atlantique : Nantes-Malakoff ; Loiret : Orléans-La Source ; Moselle : Metz-Borny ; Nord : Denaisy ; Orne : Alençon ; Rhône : Lyon-Duchère et Rillieux-la-Pape ; Paris : 13e arrondissement ; Seine-Maritime : Le Havre ; Seine-et-Marne : Montereau ; Vienne : Châtellerault et Poitiers ; Essonne : Grigny et Viry-Châtillon ; Seine-Saint-Denis : Sevran ; Val-de-Marne : Champigny ; Val-d’Oise : secteur Est ; La Réunion : Saint-Paul, Saint-Leu et Trois-Bassins.