L’ivresse de la feuille blanche
- Par Philippe Panerai
Pages 18 à 19
Citer cet article
- PANERAI, Philippe,
- Panerai, Philippe.
- Panerai, P.
https://doi.org/10.3917/tu.002.0018
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- Panerai, Philippe.
- PANERAI, Philippe,
https://doi.org/10.3917/tu.002.0018
En observant le milieu de l’aménagement, de l’urbanisme et de l’architecture dont j’ai vécu depuis cinquante ans les évolutions et les mutations, je suis frappé par sa capacité d’oubli au point de me demander si cette propension à ne pas savoir tirer les leçons du passé, voire même à refuser de le regarder, n’est pas une donnée structurelle. L’amnésie volontaire serait-elle la condition du nouvel académisme qui insidieusement s’étend dans les écoles d’architecture, gagne les revues professionnelles, obtient la faveur des investisseurs et la bénédiction des élus ?
En architecture ou en urbanisme, l’académisme peut se définir comme la reproduction de formes dont on a oublié pour quelles raisons elles sont nées. Composer se réduit alors à une pure rhétorique permettant un travail rapide et efficace. Au xixe siècle, Athènes, Venise ou Rome fournissent les poncifs favoris d’une école des beaux-arts qui constitue le modèle incontesté de l’enseignement du projet. Débarrassés de leur connotation religieuse, le plan en croix grecque et la coupole accueillent les institutions, les musées et les banques. Aux différentes échelles, la logique interne de la distribution et la hiérarchie des éléments du programme priment sur la géographie de l’existant.
La rhétorique des grands tracés et la logique interne de la composition dictent leur loi au site, transformant le territoire en feuille blanche.
À l’égal de Louis XIV déplaçant les collines et rasant les villages, l’élève des beaux-arts déploie sa composition sur un terrain abstrait qui ne lui oppose aucune entrave…
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