La performance opérationnelle des ONG humanitaires : une analyse en termes d'enjeux institutionnels
- Par Erwan Quéinnec
Pages 657 à 681
Citer cet article
- QUÉINNEC, Erwan,
- Quéinnec, Erwan.
- Quéinnec, E.
https://doi.org/10.3917/rtm.175.0657
Citer cet article
- Quéinnec, E.
- Quéinnec, Erwan.
- QUÉINNEC, Erwan,
https://doi.org/10.3917/rtm.175.0657
Notes
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[1]
Maître de conférences en sciences de gestion, Centre de recherche en gestion et management des entreprises (CREGEM), Université Paris Nord.
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[1]
Les ONG françaises sont aussi qualifiées d'associations de solidarité internationale (ASI).
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[2]
En vérité, savoir ce qui, au sein de l'action de solidarité, relève de l'humanitaire, du développement ou d'autre chose est en soi un sujet de publication, faisant appel à des considérations d'ordre idéologique et historique. Nous nous en tenons pour notre part à des distinctions fréquemment rencontrées dans la littérature.
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[1]
Citons notamment, outre Médecins sans Frontières (1971), Médecins du Monde (1980), Action contre la faim (1979), Aide médicale internationale (1979), Handicap international (1983). D'autres organisations d'urgence ont succédé à ces « pionniers », dans les années 1980 et 1990.
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[1]
Le terme « privé » renvoie ici à des acteurs (individuels ou organisationnels) pourvus d'autonomie décisionnelle, dont il est possible de personnaliser la fonction d'utilité. En termes plus simples, ce que nous entendons par « privé », ici, qualifie moins des personnes physiques ou morales que des intérêts : pour telle ou telle entreprise, une administration publique est un « acteur privé » de sa situation de gestion, en tant que partie prenante de son activité, pourvue d'une certaine capacité à décider.
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[2]
Comme l'atteste l'exemple de l'une des plus importantes organisations humanitaires françaises, l'association Équilibre, créée en 1984 et liquidée en 1998, à la suite du retrait de son principal contributeur (le Bureau humanitaire de la Commission européenne, ECHO).
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[3]
Nous n'entendons le concept de « satisfaction » qu'au sens « behavioriste » – qui relève d'une posture clairement individualiste – « d'absence de quête d'alternatives » (voir March et Simon, 1958, 1969). Le terme n'induit en conséquence aucun jugement de valeur : il se déduit de la participation volontaire d'un acteur à une organisation. Il va donc de soi que toute « satisfaction » postulée à l'aune du critère de « participation » a un caractère contingent (et sémantiquement discutable), dépendant des alternatives de participation disponibles et de l'information possédée par l'acteur.
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[1]
Insistons sur le fait que notre déduction ne vaut que dans le cadre des définitions proposées. Nous n'avons jamais vu le moindre document (ou publication) d'ONG assimilant les populations bénéficiaires de leur aide à des « clients » et il est même probable que, pour la plupart d'entre elles, le terme soit culturellement « tabou » (le concept d'accountabilíty, en revanche, est l'objet d'une large appropriation sémantique dans le milieu des ONG).
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[2]
De manière schématique, Williamson se demande s'il est possible d'importer les incitations du marché au sein de la firme et les capacités d'adaptation de la firme au sein du marché.
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[1]
Prenons l'exemple des donateurs individuels, pour bien comprendre ce que sous-tend notre formulation : les plus grandes ONG humanitaires françaises collectent chaque année plusieurs dizaines de millions d'euros auprès d'un public, généralement fidèle, de donateurs individuels (voir Vaccaro, 1996). Il va de soi que sans une telle manne, l'équilibre des organisations concernées se trouverait sévèrement affecté, réduisant l'ampleur de l'action opérationnelle et obligeant les associations touchées à licencier une part substantielle de leur personnel. La viabilité des ONG humanitaires dépend donc de leur capacité à « satisfaire » leurs donateurs, bien que cette satisfaction soit difficile à sonder (puisque non contractualisée). Supposons que les donateurs n'aient qu'une seule exigence à l'endroit des associations qu'ils financent (il s'agit simplement d'une hypothèse) : ils sont satisfaits à partir du moment où leur argent sert à financer des dépenses « opérationnelles » (médicaments, médecins, véhicules, radios, nourriture, etc.), ce dont l'examen de leurs comptes annuels permet d'attester. Cette exigence oblige les ONG à mettre en œuvre une aide « effective » mais ne les contraint nullement à être performantes (peu importe, dans ce cadre d'école, que les médecins soient incompétents, les médicaments périmés, les radios défectueuses, etc.).
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[2]
« Confortable » ne signifie pas forcément « avantageuse », comme nous aurons l'occasion de le voir plus loin. Le rapport existant entre la situation de gestion des ONG et leurs intérêts institutionnels contient plus de variété analytique que ce que nous en proposons dans un premier temps.
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[3]
Dans le cas où plusieurs acteurs stratégiques de la situation des ONG les astreignent à une obligation de résultats opérationnels, il importe bien entendu que leurs demandes soient compatibles ; sinon, l'interdépendance est rompue et l'équilibre de l'organisation change (les ONG abandonnent telle source de financement pour se réorienter sur telle autre, dont les exigences leur paraissent plus acceptables).
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[1]
Comme l'écrit Benthall, « their value systems and policies and their actions both “in the field” and within their home constituencies are likely to come under increasing scrutiny » (1993, p. 123).
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[1]
Nous n'envisageons ici qu'une situation de concurrence « statique » entre deux conceptions évaluatives qui, en dynamique, sont de nature à se compléter.
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[1]
Il est en effet difficile de définir ce qu'est une « bonne » action humanitaire et de mesurer l'efficacité de ses opérateurs (problème inhérent au travail d'équipe). En revanche, il n'est pas douteux que certains projets puissent être incontestablement qualifiés de « mauvais ». Il suffit pour cela que l'aide produite transgresse le principe hippocratique de base primum non nocere (d'abord, ne pas nuire), soit du fait d'une incompétence lourde, soit du fait de comportements inadmissibles, de la part des personnels employés par les ONG.
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[1]
Il est, par exemple, usuellement admis que la consommation d'une ration alimentaire quotidienne de 1900 à 2 000 kilocalories est suffisante pour stabiliser l'état nutritionnel des personnes secourues ; or, comme le rappellent certains auteurs, une focalisation excessive sur cette norme quantitative occulte certains paramètres de qualité (diversité alimentaire) sans lesquels l'état des populations peut se dégrader jusqu'à déboucher sur des épidémies liées à des carences vitaminiques (Moren, Rigal et Biberson, 1992).
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[1]
Le manuel est disponible, en français, sur le site internet www.sphereproject.org/handbook.
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[1]
Les promoteurs de la Plate-forme Qualité comparent d'ailleurs les standards Sphere à des « normes ISO ». Voir le document intitulé « Les dangers et les incohérences des approches normatives pour l'aide humanitaire, synthèse des réflexions soulevées », accessible sur le site internet www.urd.org/rech/sphere.
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[2]
Cette remarque est importante dans une perspective plus large que celle à laquelle cet article entend se tenir : si l'on peut tenir pour acquis que les ONG humanitaires françaises sont globalement jalouses de leur liberté opérationnelle, ce n'est pas obligatoirement le cas de toutes les ONG : accepter de dévoiler sa propre action et les critères à l'aune desquels il est pertinent de la juger, cela peut correspondre à l'intérêt de certaines organisations, dès lors qu'elles peuvent en escompter un effet multiplicateur des fonds dédiés à leur activité.
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[1]
D'aucuns pourraient interpréter cette aspiration à l'aune d'explications de type corporatif. La forte couleur médicale des ONG humanitaires françaises est évidemment de nature à donner du crédit à ce propos, qui mériterait toutefois d'autres développements.
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[2]
En supposant que la question des critères d'évaluation de l'aide humanitaire puisse faire, un jour, l'objet d'un consensus, demeurerait intact le problème du recueil de données sur les terrains d'intervention.
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[3]
Les promoteurs de la Plate-forme Qualité contestent moins la pertinence des standards Sphere que leur rigidité et leur automaticité.
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[4]
Il s'agit d'un montant dont le niveau exceptionnellement élevé s'explique par la crise du Kosovo.
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[1]
Cour des Comptes de l'Union européenne, « rapport spécial n° 2/97 relatif aux aides humanitaires de l'Union européenne entre 1992 et 1995 accompagné des réponses de la Commission », Journal officiel des Communautés européennes, C 143, Bruxelles, 12 mai 1997.
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[2]
Sur cette question, voir ECHO et CICR, « Action humanitaire, perception et sécurité », rapport final de séminaire, ECHO et CICR, Lisbonne, 27-28 mars 1998.
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[3]
À cet égard, comment ne pas citer le passage suivant du rapport annuel d'ECHO, pour l'exercice 2001 : « Eu égard à sa capacité accrue à orienter son action en priorité au profit des zones présentant les plus grands besoins humanitaires, ECHO a affiné sa méthodologie d'évaluation des besoins en 2001. Instrument complémentaire, cette analyse est basée sur un ensemble de données relatives à des indicateurs pertinents (vulnérabilité, réfugiés, déplacés, taux de mortalité, etc.). Cet outil de planification permet de réaliser des comparaisons entre plusieurs pays (...). Il comprend un recueil de données statistiques de base sur les indicateurs critiques des besoins humanitaires pour environ 130 pays, classés par catégories de niveau de besoins (importants, moyens et faibles) » (Commission européenne, « Rapport de la Commission (ECHO), 2001 », Bruxelles, juillet 2002, disponible sur www.europa.eu.int/eur-lex, p. 4).
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[1]
Voir, par exemple, la Communication de la Commission au Parlement européen et au Conseil sur l'évaluation et l'avenir des activités humanitaires de la Communauté, Bulletin UE, 10-99, www.europa.eu.int/abc/doc.
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[1]
Voir Comité d'experts indépendants, « premier rapport sur les allégations de fraude, de mauvaise gestion et de népotisme à la Commission européenne », 15 mars 1999, www.europarl.eu.int/experts.
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[2]
Les signataires de la Plate-forme Qualité ne cachent pas leur scepticisme à cet égard : « Est-il pensable qu'une entité indépendante ait la capacité d'appréhender la valeur des plaintes et critiques techniques dans l'ensemble des domaines techniques couverts par Sphère ? Si la réponse à cette question devait être “oui” (...), alors la taille et la compétence de cette entité serait nécessairement importante et coûteuse » (« Les dangers et les incohérences des approches normatives de l'aide humanitaire, synthèse des réflexions soulevées », p. 4, www.urd.org/rech/sphere/dangers.
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[1]
Cela explique par exemple que, si le rapport qualité-prix des projets d'aide humanitaire mis en œuvre par les ONG semble intuitivement avantageux (frais de personnel inférieurs à ceux des agences institutionnelles et des cabinets commerciaux), cette dimension n'est de toute façon pas prioritaire, dans les allocations opérées par l'Office européen. La preuve en est que les remboursements de frais de personnel consentis par ECHO aux ONG le sont sur une base forfaitaire probablement avantageuse pour ces dernières (même si le terme de « forfait » n'apparaît plus en tant que tel dans le contrat cadre de partenariat).
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[1]
On pourrait parler, ici, d'« économie de l'argumentation ».
Après deux décennies d'un succès presque inconditionnel, les ONG humanitaires sont aujourd'hui questionnées sur leur performance opérationnelle, notamment de la part de leurs bailleurs de fonds. Or, s'il ne fait aucun doute que l'action humanitaire doive se mettre au service des populations bénéficiaires, aucune unanimité ne se dégage sur la façon de la concevoir. Car au-delà de l'exhortation, c'est d'une structure d'incitations, de sanctions et de contraintes institutionnelles dont dépend sa mise en œuvre. L'action humanitaire peut en fait prospérer sans vraiment être auscultée et semble en cela ressortir à un modèle d'« économie de la ressource ».