Article de revue

Aspects de la délégation de parole dans le documentaire télévisuel

Pages 125 à 139

Citer cet article


  • Jeandillou, J.-F.
(2010). Aspects de la délégation de parole dans le documentaire télévisuel. Télévision, 1(1), 125-139. https://doi.org/10.3917/telev.001.0125.

  • Jeandillou, Jean-François.
« Aspects de la délégation de parole dans le documentaire télévisuel ». Télévision, 2010/1 N° 1, 2010. p.125-139. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-television-2010-1-page-125?lang=fr.

  • JEANDILLOU, Jean-François,
2010. Aspects de la délégation de parole dans le documentaire télévisuel. Télévision, 2010/1 N° 1, p.125-139. DOI : 10.3917/telev.001.0125. URL : https://shs.cairn.info/revue-television-2010-1-page-125?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/telev.001.0125


Notes

  • [1]
    « Antoine Chuquet est né en 1908 à Saumur où les romans de Jules Verne l’initient à la littérature. Il se sent le survivant d’un frère aîné disparu en 1918 et vivra ce moment avec culpabilité. Puis le collège à Paris. C’est un élève studieux mais son vrai plaisir consiste à arpenter les rues. Il rencontre alors Pierre de Vinteuil qui sera la grande amitié de sa vie. Puis Antoine Chuquet se lance dans le journalisme. Il collabore à plusieurs feuilles et voyage en Europe où la crise fait rage. Il rapporte de longs articles qui font sensation. Quelques années plus tard, à la suite d’une rupture, il confiera son chagrin et évoquera son désir de suicide. Arrive un gros succès et c’est l’entrée dans le cénacle des écrivains à la mode. Antoine hésitait entre l’écriture et la photo, c’est l’écriture qui l’a choisi : la photo restera néanmoins son autre passion. Antoine Chuquet va parcourir le monde et son époque. Il écrira une cinquantaine d’ouvrages. Il meurt en 1986 à l’âge de 78 ans. » Ce téléfilm documentaire fut commercialisé, sous forme de vidéo-cassette (Production : La Compagnie des Taxi-Brousse ; Co-Production : France 3), privilège dont ne bénéficièrent qu’une vingtaine d’autres « vedettes » de la série.
  • [2]
    Cette série se différenciait radicalement, par sa conception même, des « émissions littéraires » conviant sur le plateau des écrivains venus contribuer à la mise en spectacle de la culture (cf. Tudoret 2009).
  • [3]
    Cf. Rabatel (2002 et 2003a).
  • [4]
    On y trouve aussi force futurs « historiques », qui anticipent sur la destinée du personnage : « Antoine va vivre cette guerre par procuration. […] Antoine s’en moquera plus tard dans son roman Une semaine de trop. […] Antoine dédiera Une semaine de trop à tous les grands frères qui ont manqué à la jeunesse de France. […] Il habitera dans le quartier Saint-Georges chez son oncle Marcel Berthoud. […] À Antoine il fera découvrir Loti, les récits d’aventure et les images d’autres conquêtes africaines. Antoine s’en inspirera pour son roman érotique la Fessée de Vénus, où l’oncle Marcel sera présent sous les traits du colonel Ventrebleu », etc.
  • [5]
    Selon le terme de M. Isacharoff (1985), repris par Maingueneau (1990 : 141 sq.) puis par Rabatel (2003a : 13).
  • [6]
    Au sens de Vion (2001 : 334) et de Rabatel (2003b : 51) : « L’effacement énonciatif constitue une stratégie, pas nécessairement consciente, permettant au locuteur de donner l’impression qu’il se retire de l’énonciation, qu’il “objectivise” son discours en “gommant” non seulement les marques les plus manifestes de sa présence (les embrayeurs) mais également le marquage de toute source énonciative identifiable. »
  • [7]
    « Dans la mesure où l’énonciation énoncée est le lieu de définition et de transformation des relations entre les instances actorielles énonciatives, elle apparaît comme un lieu privilégié de la fiducie. » (Greimas et Courtés, 1983 : 77)
  • [8]
    Lire sur cette question les études réunies par Jaouan-Sanchez et Poirson (2009).
  • [9]
    Sur ce type d’hypertextualité au cinéma, voir Popelard et Wall (2005). Sur ses incidences comiques ou humoristiques à la télévision, voir Jost (2009).
  • [10]
    « Le type classique de la paralipse est, dans le code de la focalisation interne, l’omission de telle ou telle pensée importante du héros focal que ni le héros, ni le lecteur ne peuvent ignorer, mais que le narrateur choisit de dissimuler. Exemple massif : la dissimulation dans Armance, à travers tant de pseudo-monologues du héros, de sa pensée centrale qui ne peut pas le quitter un instant : son impuissance sexuelle. » (1983 : 44)
  • [11]
    Sur cette notion, lire en particulier Nodier (1812 : chap. VIII).
  • [12]
    Voir Wirtz (1996 et 2003).
  • [13]
    Font notamment partie de ces indices ludiques l’anachronisme, la mise au jour de pièces anciennes miraculeusement exhumées, la célébration posthume ou inopinée d’une gloire jusqu’alors insoupçonnée, mais aussi les protocoles énonciatifs et la mise en scène d’un dispositif éditorial qui, sous des dehors sérieux, se donne à entendre comme une plaisante facétie. (Voir Jeandillou 2001 et 2008)
  • [14]
    Comme le préconise Jost (1992 : 12).
  • [15]
    Voir l’insistance des intervenants à violer la si fameuse (et captieuse) « maxime de sincérité », en construisant un parcours biographique par défaut : Chuquet fut toujours « en attente de sa vie », « en retrait de l’histoire », il n’a pas « vécu ce qu’il aurait pu vivre », remettant tout à plus tard jusqu’à ce que ce que soit trop tard…
  • [16]
    Tel fut déjà le cas, en 1938, de la Guerre des mondes mise en ondes par Orson Welles, avec les conséquences que l’on sait sur le bon peuple…
  • [17]
    Au-delà de son acception culiolienne, telle que définie par Danon-Boileau et Morel (1998), le terme suppose ici non seulement un calcul anticipé lors de la production, mais aussi une certaine prise en charge corollaire lors de la réception.
  • [18]
    Terme en usage au Québec, et qui est au spectateur ce que la lecture est au spectateur.
  • [19]
    Lacan 1973 : 449.
Français

Le portrait littéraire conçu dans un cadre audiovisuel repose ordinairement sur un schéma narratif qui retrace, en images, la biographie d’un écrivain tout en évoquant ses ouvrages marquants. À la voix off du narrateur, anonyme ou non, s’ajoutent des interventions de personnalités (journalistes, exégètes, proches, etc.) qui par leur témoignage donnent corps à cette dialectique de « l’homme et l’œuvre » afin de faire accéder le spectateur aux arcanes de la production et de l’histoire littéraires. Lus par une voix sans visage, des textes peuvent aussi s’afficher à l’écran, sous leur aspect manuscrit ou typographique. Si l’hétérogénéité plurisémiotique du documentaire ne risque pas de brouiller la réception, c’est parce que la figure de l’écrivain suffit à assurer la continuité référentielle du discours encadrant. Mais ne convient-il pas de considérer le réalisateur lui-même comme l’instance suprême qui, distribuant tacitement les tours de parole, en gère aussi la médiatisation et la circulation ? Rien de tel que son effacement énonciatif pour imposer un point de vue surplombant.
On examine ici le cas de la série Un siècle d’écrivains, diffusée chaque semaine sur France 3 de 1996 à 2001. La stéréotypie (auto)parodique du dernier volet, consacré à un auteur fictif, met en évidence une grille d’analyse critique de ce genre composite, avec ses inserts iconiques, ses artifices polyphoniques, ses topoï scénographiques à visée tant expositive que persuasive.


Date de mise en ligne : 31/12/2014

https://doi.org/10.3917/telev.001.0125

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