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Activité physique, estime de soi et condition physique : étude longitudinale d’une cohorte d’étudiants québécois

Pages 99 à 115

Citer cet article


  • Lemoyne, J.
  • et Girard, S.
(2018). Activité physique, estime de soi et condition physique : étude longitudinale d’une cohorte d’étudiants québécois. Staps, 120(2), 99-115. https://doi.org/10.3917/sta.120.0099.

  • Lemoyne, Jean.
  • et al.
« Activité physique, estime de soi et condition physique : étude longitudinale d’une cohorte d’étudiants québécois ». Staps, 2018/2 n° 120, 2018. p.99-115. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-staps-2018-2-page-99?lang=fr.

  • LEMOYNE, Jean
  • et GIRARD, Stéphanie,
2018. Activité physique, estime de soi et condition physique : étude longitudinale d’une cohorte d’étudiants québécois. Staps, 2018/2 n° 120, p.99-115. DOI : 10.3917/sta.120.0099. URL : https://shs.cairn.info/revue-staps-2018-2-page-99?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/sta.120.0099


1 – Introduction

1La pratique régulière d’activités physiques comporte de nombreux bénéfices et il apparaît primordial d’encourager le maintien de celle-ci chez les jeunes en développement (Janssen & LeBlanc, 2010 ; Tremblay et al., 2011). Néanmoins, on observe un déclin de la pratique d’activités physiques au cours de l’adolescence qui s’avère plus important vers la fin de cette période (Garriguet & Colley, 2012 ; Keating, Guan, Piñero, & Bridges, 2005). Un tel déclin comporte des répercussions délétères, et ce plus particulièrement à la fin de l’adolescence. Par exemple, au Québec, des associations entre le niveau moindre d’activités physiques et la faible condition physique chez une cohorte d’adolescents québécois ont déjà été observées (Chiasson, 2004). Dans le même ordre d’idées, Roberts et ses collègues rapportent une augmentation significative de la prévalence d’adolescents en surpoids (Roberts, Shields, Groh, Aziz, & Gilbert, 2012). Les répercussions d’une telle situation laissent entrevoir un scénario peu enviable, surtout qu’au Canada, depuis la dernière décennie, les dépenses liées au manque d’activité physique sont considérables (Katzmarzyk & Janssen, 2004).

2La fin de l’adolescence se révélant une étape cruciale pour l’adoption d’habitudes de vie pouvant être maintenues jusqu’à l’âge adulte (Huotari, Nupponen, Mikkelsson, Laakso, & Kujala, 2011), il importe de trouver des moyens pour soutenir le développement de saines habitudes de vie chez les jeunes. En ce sens, les cours d’éducation physique s’avèrent une excellente opportunité d’accroître le goût de s’adonner à divers types d’activités physiques (Janz, Thomas, Ford, & Williams, 2015 ; Mura et al., 2015). En plus de contribuer au développement des aptitudes motrices chez les plus jeunes, les expériences positives vécues dans les cours d’éducation physique permettent le développement d’attitudes et de compétences transversales qui prédisposent les individus à la pratique d’activités physiques (Bailey, 2015). Qui plus est, au Québec, la fin de l’adolescence concorde avec la transition entre l’école secondaire et le collégial, représentant un défi supplémentaire pour les jeunes devant s’adapter à un nouveau milieu. Dans la province de Québec, le niveau collégial constitue l’ordre d’enseignement grâce auquel les jeunes accèdent aux programmes préuniversitaires (deux années préparatoires) et techniques (menant à l’obtention d’une licence professionnelle). Bien que les cours d’éducation physique soient obligatoires dans les deux ordres d’enseignement, le faible niveau de pratique d’activités physiques, et ce peu importe le contexte, demeure un enjeu majeur pour les jeunes à l’aube de l’âge adulte (Keating et al., 2005).

3Un des facteurs les plus fréquemment associés aux comportements actifs des adolescents est l’estime de soi dans sa dimension physique (Fox & Corbin, 1989 ; Marsh & Redmayne, 1994). Initialement, Shavelson, Hubner et Stanton (1976) ont démontré empiriquement que l’estime de soi peut comporter des caractéristiques physiques, telles que les perceptions relatives aux habiletés physiques et à l’apparence. Ce construit, se définissant comme l’auto-évaluation d’un individu par rapport à ses attributs et aptitudes physiques, a évolué au fil des années. Fox et Corbin (1989) ont démontré la présence de sous-dimensions, et c’est à partir de leurs travaux que plusieurs auteurs ont suggéré des modèles théoriques valides permettant d’opérationnaliser ce construit auprès de diverses populations (Marsh, 1996 ; Marsh, 1997 ; Guérin et al., 2002 ; Marsh, Ascii, & Thomas, 2002). En cohérence avec le modèle suggéré par Fox et Corbin (1989), Ninot et ses collègues ont proposé une conceptualisation de l’estime de soi physique avec une structure plus parcimonieuse (Ninot, Delignières, & Fortes, 2000). Tel qu’illustré dans la figure 1, Ninot et al. (2000) suggèrent que la dimension principale de l’estime de soi physique, la valeur physique perçue, se décline en quatre sous-dimensions : la condition physique perçue, la compétence sportive perçue, la force physique perçue et l’apparence physique perçue. Ces sous-dimensions permettent de conceptualiser les perceptions d’un individu au regard de ses capacités liées à des contextes spécifiques. La perception de la condition physique se rapporte à l’auto-évaluation de son niveau en matière d’endurance cardiovasculaire et de sa capacité à soutenir un effort de ce type. En ce qui concerne la perception de la compétence sportive, elle fait référence à l’auto-évaluation de ses habiletés sportives et à sa confiance dans le contexte de la pratique sportive (sports individuels et collectifs). Ensuite, la perception de la force physique est rattachée au développement musculaire et reflète le niveau de confiance dans les situations exigeant de la force. Enfin, l’apparence physique perçue est en lien avec l’auto-évaluation de l’image corporelle projetée. Ainsi, un individu peut se percevoir comme très habile, voire compétent dans la sphère des activités sportives, alors que sa perception à l’égard de son endurance cardiovasculaire pourrait être moindre.

Figure 1

L’estime de soi

Description de l'image par IA : Diagram montrant l'estime de soi et ses composantes physiques.

L’estime de soi

(Ninot et al., 2000)

4Les perceptions relatives à l’estime de soi physique tendent à fluctuer tout au long du développement de l’individu. Connaissant une diminution des perceptions relatives à l’estime de soi entre le début de l’adolescence et la fin de la puberté (Cumming et al., 2011), il semble que celles-ci se développent favorablement à l’aube de l’âge adulte (Marsh, 1989). De plus, les jeunes femmes rapporteraient avoir une moins bonne estime de soi que les garçons (Çaglar, 2009 ; Marsh, 1993, 1998). La fin de l’adolescence s’avère donc une étape primordiale dans le développement des perceptions de soi, et ce spécifiquement dans le domaine physique. Dans cette perspective, il importe de faire vivre des expériences favorables aux élèves dans les cours d’éducation physique au collégial. Les résultats de Goni et Zulaika (2001) supportent d’ailleurs cette hypothèse. En effet, leur intervention menée en contexte d’éducation physique a contribué favorablement à améliorer l’estime de soi des jeunes dans un contexte d’éducation physique. En ce sens, Haugen, Ommundsen et Seiler (2013) ont aussi démontré que les perceptions de compétence sportive et d’apparence physique perçue étaient influencées par le niveau de condition physique atteint à la fin d’un programme d’activités physiques chez une cohorte d’adolescents norvégiens. Cependant, malgré des résultats prometteurs, les études citées précédemment ne permettent pas de porter un regard sur les relations « estime de soi-condition physique-activité physique » chez des populations plus âgées tels que les étudiants du collégial. La présente étude apporte un éclaircissement potentiel sur les relations entre les dimensions physiques de l’estime de soi et les comportements actifs auprès d’une population qui arrive à une période marquant la fin de l’adolescence.

5Cela dit, les résultats d’études antérieures supportent l’hypothèse suggérant que les perceptions relatives aux dimensions de l’estime de soi physique sont associées positivement à la condition physique des jeunes à l’aube de l’âge adulte (Brewer & Olson, 2015 ; Monroe, Thomas, Lagally, & Cox, 2010). L’analyse de l’estime de soi physique dans une perspective longitudinale permet de mieux comprendre les associations entre les changements favorables au regard de l’estime de soi physique et des paramètres tels que la pratique d’activités physiques et le niveau de condition physique. Quelques travaux ont été menés dans cette optique, menant à des conclusions qui valident la relation entre l’estime de soi physique et la pratique d’activités physiques (Crocker et al., 2006) ainsi qu’avec les perceptions relatives à la condition physique des adolescents (Lintunen, Leskinen, Oinonen, Salinto, & Rahkila, 1995). De la sorte, l’analyse de la fluctuation de l’estime de soi physique et de sa relation avec la variation dans la pratique d’activités physiques des adolescents constitue une ligne de recherche prometteuse (Lemoyne, Valois, & Guay, 2015). Néanmoins, très peu d’études ont été menées pour mieux comprendre les relations entre, d’une part, l’évolution des dimensions physiques de l’estime de soi et, d’autre part, l’évolution de la condition physique et de la pratique d’activités physiques des garçons et des filles à l’aube de l’âge adulte.

1.1 – La présente étude

6Dans le but de mieux comprendre l’évolution des perceptions relatives aux dimensions de l’estime de soi physique, de la pratique d’activités physiques et de la condition physique chez les jeunes à la fin de l’adolescence, la présente étude comporte deux objectifs spécifiques.

7Le premier objectif consiste à observer les trajectoires de changement, au cours des deux années au collégial, des perceptions relatives à chacune des sous-dimensions de l’estime de soi physique (valeur physique : condition physique, compétence sportive, force physique et apparence physique). De ce premier objectif découle un sous-objectif qui consiste à vérifier si le statut de départ, ainsi que les trajectoires de changement pour chaque dimension, diffèrent selon le sexe des participants.

8Le deuxième objectif permettra de porter un regard exploratoire sur les associations entre les changements significatifs observés au niveau, d’une part, des perceptions relatives aux dimensions de l’estime de soi physique (résultats de l’objectif 1) et, d’autre part, des changements liés à la pratique d’activités physiques et du niveau de condition physique des étudiants. Comme dans le premier objectif de l’étude, nous vérifierons si ces associations varient en fonction du sexe des participants.

9L’exploration des associations entre les courbes de changement des variables à l’étude représente une avancée importante. En effet, elle permet d’aborder pour la première fois un nouveau regard sur l’évolution de la perception des composantes physiques de l’estime de soi auprès d’une population de participants à la fin de l’adolescence, et ce dans un contexte propre à l’éducation physique. À la lumière des résultats d’études antérieures, il est plausible de croire qu’une évolution positive et significative des sous-dimensions de l’estime de soi physique sera associée de manière positive à la pratique d’activités physiques et à la condition physique des étudiants.

2 – Méthodologie

2.1 – Échantillon et protocole de recherche

10De nature exploratoire, cette étude descriptive a été menée en contexte naturel pendant une période de 18 mois au Collège Shawinigan (Québec, Canada). Plus précisément, elle consiste en un suivi de cohorte longitudinal comportant entre 4 et 6 temps de mesure. L’institution visée par l’étude accueille près de 1 200 étudiants (17-20 ans) qui suivent une formation préuniversitaire ou professionnelle. Chaque année, près de 550 nouveaux étudiants y sont admis. Le programme collégial en éducation physique est composé de trois cours répartis sur trois semestres (30 heures de cours par semestre, incluant théorie et pratique). Ces cours visent le développement de l’autonomie à l’égard de la pratique de divers types d’activités physiques. Le premier cours s’intitule Santé et a comme but de situer la pratique d’activités physiques parmi les habitudes de vie favorisant la santé. Les apprentissages réalisés dans ce cours permettent aux participants de faire des choix éclairés qui correspondent à leurs intérêts et capacités. Le second cours s’intitule Efficacité et permet au collégien de développer des compétences liées à la fixation d’objectifs et à la réalisation d’une démarche d’amélioration dans un champ d’activité donné. Le troisième cours, Autonomie, est axé sur la gestion de la pratique régulière d’activités physiques dans le but de contribuer à l’atteinte d’un niveau souhaitable de condition physique. De la sorte, deux des trois cours offerts (Santé et Autonomie) focalisent sur la prise en charge de la condition physique et mettent l’accent sur des activités de type cardiovasculaire (augmentation de la capacité aérobie). La prépondérance de ces activités dans les cours d’éducation physique peut s’expliquer par plusieurs facteurs, notamment la simplicité de transfert dans la vie quotidienne, l’accessibilité à un grand nombre d’infrastructures permettant la pratique de ce type d’activités et la facilité d’adaptation en fonction des capacités physiques individuelles. De plus, le cours Autonomie demande un niveau d’engagement supérieur de la part des participants, puisqu’un niveau de condition physique final est attendu en fin de parcours. Le suivi d’une cohorte d’étudiants nouvellement inscrits sur une période prolongée (trois semestres, répartis sur deux ans) constitue une excellente opportunité d’effectuer un suivi de cohorte dans une perspective longitudinale.

11Préalablement, le projet a été accepté par le comité éthique de l’institution. Lors du premier cours d’éducation physique (i.e. au premier semestre), une rencontre d’informations à propos du projet a été effectuée. Les participants acceptant de prendre part au projet ont signé un formulaire de consentement. Par la suite, ils devaient compléter un questionnaire au début et à la fin de chaque semestre en éducation physique, résultant en six temps de mesure. Lors du premier cours d’éducation physique, 536 étudiants ont accepté de prendre part à la première collecte de données, qui consistait à remplir un questionnaire. Au terme du semestre, lors du dernier cours, les participants étaient à nouveau invités à compléter le même questionnaire. Cette procédure a été réalisée à trois reprises (début et fin de semestre), totalisant six temps de mesure. Pour les mesures de condition physique, les mesures sont échelonnées sur quatre temps de mesure, puisque l’évaluation de la condition physique fait seulement partie du curriculum de deux cours. Pour ce faire, une mesure a été effectuée en début de session (dans la semaine suivant la passation des questionnaires) ainsi que lors de l’avant-dernier cours de la session (dans la semaine précédant la deuxième passation des questionnaires).

12Dans de tels protocoles de recherche, l’attrition et la prépondérance des données manquantes est un phénomène inévitable, la perte de données entraînant des risques considérables dans l’interprétation des résultats. Pour réduire un tel biais (abandons, absences, etc.), seuls les participants ayant participé à au moins deux semestres en éducation physique (soit un minimum de quatre temps de mesure) ont été conservés. L’échantillon final est donc constitué de 256 participants, avec une proportion plus élevée de filles (nf = 169, nh = 87). Il est à noter que cette proportion plus élevée de filles est représentative des établissements d’enseignement collégial québécois (Lemoyne, 2012).

2.2 – Variables et instruments de mesure

13Dimensions de l’estime de soi physique. Elles ont été mesurées à l’aide de la version francophone (Ninot, Delignières, & Fortes, 2001) du Physical Self-Perception Profile-PSPP (Fox & Corbin, 1989). Cet instrument permet de mesurer six construits : l’estime globale de soi, la valeur physique perçue et les perceptions relatives à ses quatre sous-dimensions. Pour la présente étude, cinq construits ont été retenus : la valeur physique (p. ex. « Je suis satisfait de mon physique » ; 5 items ; α = 0,85), la condition physique (capacité aérobie) (p. ex. « Je peux courir 5 km sans problème » ; 5 items ; α = 0,91), la compétence sportive (p. ex. « Je suis bon dans les sports » ; 4 items ; α = 0,88), la force physique (p. ex. « Je suis plus fort que les gens de mon âge » ; 4 items ; α = 0,78) et l’apparence physique (p. ex. « Je suis satisfait de mon corps » ; 4 items; α = 0,67). Les participants se prononçaient sur une échelle de type Likert allant de 1 (fortement en désaccord) à 6 (fortement en accord). Par la suite, un score global (moyenne des items) pour chaque dimension de l’estime de soi physique a été calculé.

14Pratique d’activités physiques de type cardiovasculaire. Elle a été mesurée avec un item autorapporté provenant d’une version adaptée du questionnaire Aerobic Longitudinal Cooper Study-ALCS (Kohl et al., 1988) : Au cours des trois derniers mois, pendant combien de minutes (en estimant la durée moyenne par semaine) avez-vous pratiqué de l’activité physique de type cardiovasculaire (jogging, conditionnement physique, escaliers, vélo stationnaire, etc.) ? Antérieurement, les mesures autorapportées issues du questionnaire ALCS ont démontré une validité acceptable (Kohl et al., 1988). Des questions similaires portaient sur d’autres comportements actifs tels que la pratique des sports (individuel et équipe) ainsi que pour les activités de musculation. Cependant, à l’instar des résultats supportant la spécificité de la relation soi physique-comportement (Lemoyne et al., 2015), seule la pratique d’activités physiques de type cardiovasculaire a été conservée, puisque c’est la dimension étudiée dans cette recherche.

15Niveau de condition physique (capacité aérobie). Il a été mesuré en utilisant les résultats obtenus dans les tests (VO2max) effectués lors des cours d’éducation physique. Au collégial, dans le programme d’éducation physique, les tests de condition physique sont répétés dans deux cours. Lors des cours, deux tests ont été utilisés : le test navette sur piste de Léger (Léger, 1981) a servi aux temps 1 et 2 et le test du 12 minutes de Cooper a été utilisé (Cooper, 1968) aux temps 3 et 4. Le choix de tests différents s’explique par le fait que ce sont les épreuves d’évaluation choisies par les enseignants de ce collège. Puisque l’épreuve du 12 minutes de Cooper nécessite une capacité à doser l’effort, il est réaliste de croire que ce test soit plus difficile comparativement au test navette de Léger. Les résultats seront donc interprétés en considérant ces limites potentielles. Pour chacun des tests, les résultats des participants ont servi à estimer la consommation maximale d’oxygène selon les équations proposées dans chacun des protocoles. Cette procédure est couramment utilisée dans le contexte des cours d’éducation physique et démontre des indices de validité concomitante plutôt satisfaisants (Cureton & Plowman, 2008).

2.3 – Analyses statistiques

16Dans un premier temps, les statistiques descriptives de l’échantillon ont été calculées pour chaque variable, et ce pour chaque temps de mesure. Dans un deuxième temps, des analyses de courbes latentes ont été effectuées afin d’analyser les trajectoires de changement de chacune des variables (Latent Growth Curve Modeling-LGC). Cette méthode se distingue de la modélisation par équations structurelles (SEM) en ce sens que le niveau initial (intercept) et le taux de changement constituent les facteurs latents mesurés, les temps de mesure constituant les indicateurs de ces deux facteurs. Étant donné la forte proportion de données manquantes anticipée, la procédure par l’algorithme Expectation Maximization (EM) a été effectuée lors de l’estimation des modèles. Cette méthode d’analyse est avantageuse, puisqu’elle permet de considérer les participants n’ayant pas complété tous les temps de mesure, ce qui procure un avantage par rapport aux approches longitudinales traditionnelles (pour plus de détails relativement à la méthode, consulter Little, 2013). La procédure LGC permet l’estimation simultanée de deux paramètres : 1) le statut initial (intercept, représenté par le symbole τ) et 2) le taux de changement (linéaire, quadratique, etc.) d’une ou plusieurs variables (représenté par le symbole λ). Deux modèles longitudinaux ont été testés. Le premier modèle a permis de vérifier le statut initial et le changement linéaire pour les dimensions sous-jacentes de l’estime de soi physique, et ce en considérant le sexe des participants (objectif 1). Le second modèle a permis de tester les relations entre les dimensions de l’estime de soi physique dont le changement était significatif, la pratique d’activités physiques de type cardiovasculaire autorapportée et le niveau de condition physique (aérobie). Tel que l’illustre la figure 2, il a aussi permis de vérifier si leurs valeurs initiales et leurs trajectoires de changement étaient liées. Finalement, les différences au regard du sexe ont aussi été évaluées (objectif 2).

Figure 2

Modélisation de trajectoires de courbes latentes

Description de l'image par IA : Diagram de modélisation avec des nœuds et des arcs représentant différentes dimensions de trajectoires de courbes latentes.

Modélisation de trajectoires de courbes latentes

17Pour l’analyse des modèles de courbes latentes, la procédure d’estimation par maximum de vraisemblance avec estimés robustes a été privilégiée puisqu’elle s’ajuste lorsque les données dévient des postulats de normalité (Yuan & Bentler, 2000). L’évaluation des modèles est basée sur les indices d’ajustement obtenus lors de l’estimation. La statistique du khi-deux indique le niveau d’adéquation entre les données et le modèle suggéré. L’indice d’ajustement Comparative Fit Index (CFI) a aussi été utilisé pour l’interprétation du modèle, le seuil acceptable du CFI se situant autour de 0,90 (Hu & Bentler, 1999). L’erreur standard d’approximation (Rooted Mean Square Error of Approximation-RMSEA) permet aussi d’estimer la qualité d’ajustement des données au modèle, les valeurs attendues étant sous le seuil acceptable de 0,07 (Hu & Bentler, 1999). Les analyses ont été effectuées avec le logiciel Mplus (version 7.4).

3 – Résultats

3.1 – Statistiques descriptives

18Dans l’échantillon de 256 participants, 91 % de ceux-ci étaient âgés de moins de 18 ans (âge moyen = 17,6 ± 3 ans), l’âge moyen ne variant pas significativement selon le sexe des participants (t(254) = 0,53, p = ,88). Le tableau 1 présente les statistiques descriptives pour chacun des temps de mesure.

Tableau 1

Statistiques descriptives des variables à l’étude (moyenne ± écart-type)

Description de l'image par IA : Tableau de statistiques descriptives avec moyennes et écarts-types pour différentes variables mesurées à six reprises.
Variables mesurées Temps de mesure 1 2 3 4 5 6 Valeur physique perçue Garçons Filles 3,57 ± 1,1 4,03 ± 1,1 3,34 ± 0,9 3,90 ± 1,0 4,29 ± 0,9 3,73 ± 0,9 3,84 ± 0,9 4,32 ± 0,8 3,61 ± 0,9 3,91 ± 0,9 4,26 ± 0,9 3,73 ± 0,8 3,81 ± 1,0 4,18 ± 0,9 3,63 ± 1,0 4,03 ± 1,0 4,41 ± 0,9 3,87 ± 1,0 Condition physique (aérobie) perçue Garçons Filles 3,29 ± 1,2 3,97 ± 1,3 2,91 ± 1,3 3,54 ± 1,2 4,17 ± 1,0 3,22 ± 1,2 3,55 ± 1,2 4,24 ± 1,1 3,03 ± 1,3 3,57 ± 1,3 4,26 ± 1,1 3,01 ± 1,2 3,46 ± 1,1 4,21 ± 1,2 3,06 ± 1,3 3,97 ± 1,2 4,17 ± 1,1 3,16 ± 1,4 Compétence sportive perçue Garçons Filles 3,27 ± 1,4 3,77 ± 1,4 3,04 ± 1,0 3,53 ± 1,2 4,01 ± 1,2 3,33 ± 1,1 3,44 ± 1,3 4,04 ± 1,2 3,31 ± 1,1 3,42 ± 1,3 4,06 ± 1,1 3,33 ± 1,4 3,43 ± 1,4 3,86 ± 1,1 3,27 ± 1,1 3,45 ± 1,4 4,30 ± 1,1 3,83 ± 1,1 Apparence physique perçue Garçons Filles 4,11 ± 0,9 4,28 ± 0,9 4,02 ± 0,9 4,25 ± 1,0 4,23 ± 0,9 4,26 ± 0,9 4,24 ± 0,9 4,35 ± 0,8 4,19 ± 0,9 4,18 ± 1,0 4,17 ± 1,0 4,19 ± 0,9 4,26 ± 0,9 4,41 ± 0,8 4,19 ± 1,0 4,47 ± 0,8 4,61 ± 0,9 4,42 ± 0,8 Force physique perçue Garçons Filles 2,64 ± 1,1 3,12 ± 1,2 2,40 ± 1,0 2,88 ± 1,2 3.29 ± 1,2 2,68 ± 1,2 2,89 ± 1,1 3,38 ± 1,1 2,64 ± 1,0 2,88 ± 1,2 3,39 ± 1,2 2,62 ± 1,1 2,85 ± 1,2 3,38 ± 1,1 2,60 ± 1,1 2,91 ± 1,3 3,59 ± 1,3 2,63 ± 1,2 Activités physiques aérobie (min. / sem.) Garçons Filles 59 ± 64 77 ± 77 49 ± 55 90 ± 60 107 ± 69 82 ± 54 60 ± 53 69 ± 62 54 ± 49 73 ± 64 82 ± 79 68 ± 55 47 ± 56 55 ± 65 43 ± 51 108 ± 51 105 ± 65 110 ± 45 Capacité aérobie (ml O2 × kg × min-1) Garçons Filles 38,2 ± 7,2 43,8 ± 6,4 35,3 ± 5,6 40,7 ± 6,3 45,9 ± 6,2 37,7 ± 6,3 n/a* n/a* 32,6 ± 8,6 37,7 ± 9,7 30,1 ± 6,7 37,9 ± 8,2 43,2 ± 8,7 35,2 ± 6,3

Statistiques descriptives des variables à l’étude (moyenne ± écart-type)

Note. *n/a : non applicable, puisque les 4 mesures de condition physique ont été effectuées lors des 1er et 3e semestres.

3.1.1 – Objectif 1 : Évolution des dimensions de l’estime de soi physique à travers trois semestres

19Dans l’analyse du premier modèle de courbes latentes, les indices d’ajustement se sont avérés satisfaisants (χ2(342) = 427,7, p < ,01 ; CFI = ,983; RMSEA = ,031). Présentés dans le tableau 2 (modèle 1), les résultats indiquent des valeurs significatives pour les facteurs « intercept » pour chacune des dimensions de l’estime de soi physique (τ variant entre 1,78 et 3,91, p < ,05), signifiant que le statut initial pour les dimensions de l’estime de soi physique est supérieur chez les garçons. Des différences ont aussi été observées au regard du sexe des participants : les garçons avaient des perceptions plus élevées relativement à la valeur physique perçue (p < ,001) et aux perceptions de condition physique (aérobie) (p < ,001), de compétence sportive (p < ,001) et de force physique (p < ,001), à l’exception de l’apparence physique (p = ,11). Les trajectoires de changement observées au niveau des perceptions de la valeur physique, de la condition physique (aérobie) et de l’apparence physique se sont révélées significatives (λvp = 0,22; λend = 0,14; λim = 0,09, p < ,05). Cependant, aucune différence n’a été observée au regard du sexe des participants signifiant que les dimensions de l’estime de soi physique évoluaient de manière similaire chez les garçons et chez les filles.

Tableau 2

Coefficients (valeurs standardisées) des valeurs initiales et des trajectoires de changement pour les variables mesurées

VariablesNiveau initialChangement
TotalSexeTotalSexe
Modèle 1
Valeur physique perçue3,23**0,83**1,21**-0,29
Condition physique (aérobie) perçue2,06**0,76**1,68**-0,29
Compétence sportive perçue1,65**1,02**0,310,25
Apparence physique perçue5,12**0,230,91*-0,20
Force physique perçue1,99**0,77**0,030,32
Modèle 2
Valeur physique perçue3,26**0,81**1,26**-0,25
Condition physique (aérobie) perçue2,12**0,75**1,91**-0,25
Apparence physique perçue4,98**0,250,89**-0,17
Activités physiques (cardiovasculaire)0,74**0,61**3,14*-0,91*
Condition physique (aérobie)4,26**1,20**-0,73*0,06

Coefficients (valeurs standardisées) des valeurs initiales et des trajectoires de changement pour les variables mesurées

3.1.2 – Objectif 2 : Relations entre l’évolution des dimensions de l’estime de soi physique et l’évolution de la pratique d’activités physiques et du niveau de condition physique

20Le deuxième modèle mettait en relation les dimensions de l’estime de soi physique ayant évolué de façon significative lors de l’analyse du 1er modèle (valeur physique perçue, condition physique [aérobie] perçue et apparence physique perçue), les mesures de pratique d’activités physiques de type cardiovasculaire et le niveau de condition physique (aérobie) des participants. Ce modèle s’est avéré satisfaisant (χ2(342) = 434,6, p < ,001; CFI = ,971; RMSEA = ,038) et les résultats sont présentés dans le tableau 2 (modèle 2). Il est à noter qu’au niveau initial, les garçons rapportaient une plus grande pratique d’activités physiques de type cardiovasculaire ainsi qu’un niveau supérieur de condition physique (aérobie) en comparaison avec les filles (p < ,05).

21La figure 3 illustre le portrait des trajectoires de changement pour chacune des variables testées dans le modèle 2. La trajectoire de changement relative à la pratique d’activités physiques de type cardiovasculaire rapportée en minutes s’est révélée significative (λap = 3,14, p < ,05), avec une augmentation plus prononcée chez les filles (λap = -0,91, p < ,05). Toutefois, le niveau de condition physique (aérobie) affiche une trajectoire de changement négative, ce qui suggère un déclin significatif (λcp = -0,73, p < ,05) de celle-ci au cours des deux années passées au collégial.

Figure 3

Description de l'image par IA : Graphiques de trajectoires pour l'estime de soi physique, l'activité physique et la condition physique.

Figure 3

Trajectoires de changement pour les dimensions de l’estime de soi physique, la pratique d’activités physiques et le niveau de condition physique

22Pour mieux comprendre la trajectoire de changement en ce qui a trait à la baisse de la capacité aérobie des participants, des tests à mesures répétées ont été effectués sur les quatre moyennes obtenues par une analyse de variance. Cette analyse s’étant révélée significative (F = 77,43, p < ,001), les différences appariées ont ensuite été interprétées en utilisant le test d’ajustement de Bonferroni. Tel que l’illustre la figure 3, c’est la 3e mesure de condition physique qui semble expliquer cette diminution, puisque celle-ci s’est avérée significativement inférieure à toutes les autres mesures du niveau de condition physique (aérobie) (p < ,001). Il est aussi intéressant de constater que le niveau de condition physique (aérobie) lors du premier temps de mesure (entrée au collégial) n’est pas significativement différent de celui obtenu en fin de parcours collégial (affichant une différence moyenne de 0,003, p = 1,0).

Tableau 3

Covariances impliquant les trajectoires de changement des dimensions de l’estime de soi physique, de la pratique d’activités physiques et de la condition physique

Variables (facteur de changement)12345
1. Valeur physique perçue---
2. Condition physique (aérobie) perçue0,44*---
3. Apparence physique perçue0,340,85**---
4. Activités physiques (cardiovasculaire)0,24-0,06-0,05---
5. Condition physique (aérobie)0,43*0,44*0,23-0,01---

Covariances impliquant les trajectoires de changement des dimensions de l’estime de soi physique, de la pratique d’activités physiques et de la condition physique

*p < ,05 **p < ,001

23Pour terminer, les relations entre chacune des trajectoires de changement (dimensions de l’estime de soi physique, pratique d’activités physiques de type cardiovasculaire et niveau de condition physique [aérobie]) ont été examinées. Le tableau 3 présente les coefficients de covariance obtenus dans le modèle 2. En premier lieu, la trajectoire de changement de la valeur physique perçue entretient une association positive avec celle de la condition physique (aérobie) perçue (Φ = 0,44, p < ,05), ainsi qu’avec la trajectoire de changement de l’apparence physique perçue (Φ = 0,34, p < ,05). En second lieu, les résultats indiquent que la trajectoire de changement de la pratique d’activités physiques de type cardiovasculaire, quoique corrélée avec la valeur physique perçue (Φ = 0,24, p < ,05), n’est pas corrélée de façon significative avec l’évolution des dimensions de l’estime de soi physique. Par contre, le taux de changement du niveau de condition physique (aérobie) est associé positivement avec l’augmentation de la valeur physique perçue (Φ = 0,43, p < ,05), de la condition physique (aérobie) perçue (Φ = 0,44, p > ,05) et de l’apparence physique perçue (Φ = 0,23, p < ,05).

4 – Discussion

24Le but de cette étude était, dans un premier temps, d’évaluer les trajectoires de changement des dimensions de l’estime de soi physique chez une population de jeunes en fin d’adolescence et, dans un deuxième temps, de vérifier si ces changements étaient liés aux changements relatifs à la pratique d’activités physiques et au niveau de condition physique. De plus, les différences entre les garçons et les filles ont été examinées. Les analyses se sont effectuées en deux temps.

25D’abord, en ce qui concerne l’évolution des dimensions de l’estime de soi physique en fin d’adolescence, on observe une augmentation au regard de la valeur physique, de la condition physique (aérobie) et de l’apparence physique perçues. À ce jour, les données disponibles indiquent que l’estime de soi physique et ses sous-dimensions seraient non seulement associées à la pratique d’activités physiques chez les jeunes, mais que le type d’activités physiques pratiquées serait aussi associé à ses sous-dimensions correspondantes (Crocker et al., 2006 ; Lemoyne et al., 2015). De la sorte, la participation à des activités sportives (e.g., volleyball, badminton, water-polo, etc.) devrait entretenir une relation positive avec la compétence sportive perçue plutôt qu’avec la force physique perçue (Strong et al., 2005) et pourrait, par le fait même, modifier la valeur physique perçue globale (Stein, Fisher, Berkey, & Colditz, 2007). Compte tenu des résultats de recherches antérieures, la prédominance des activités de type cardiovasculaire dans les cours d’éducation physique de l’établissement collégial sélectionné pour la présente étude pourrait possiblement expliquer le fait d’avoir observé des trajectoires de changement positives au regard de la perception de la condition physique (aérobie) (Crocker et al., 2006 ; Lemoyne et al., 2015) et de la valeur physique globale (Stein, Fisher, Berkey, & Colditz, 2007). Par ailleurs, ces deux trajectoires de changement sont corrélées de manière positive, ce qui concorde avec les résultats obtenus par Fox (1999). Néanmoins, il n’est pas possible de se prononcer quant à la direction de ces relations à savoir si c’est l’amélioration des dimensions de l’estime de soi physique qui entraîne un gain au regard de la valeur physique perçue globale ou si c’est l’inverse. Tel que supposé précédemment, l’absence de changements significatifs concernant les perceptions de force physique et de compétence sportive s’explique possiblement par le fait que les activités physiques de ce type sont moins présentes dans les cours d’éducation physique de ce collège. Néanmoins, la vérification de cette hypothèse ne faisait pas l’objet de la présente étude. Les changements positifs observés sur le plan de l’apparence physique perçue ne nous surprennent guère car, peu importe l’activité physique pratiquée, celle-ci possède le potentiel de contribuer favorablement à l’image corporelle perçue (Hausenblas & Fallon, 2006). Bien qu’il y ait eu des différences en faveur des garçons au niveau des dimensions de l’estime de soi physique à l’entrée au collégial, l’évolution positive de ces perceptions ne diffère pas en fonction du sexe des participants. De la sorte, malgré ces changements favorables, les différences liées au sexe pour les dimensions de l’estime de soi physique au début du collégial demeurent similaires au terme des deux années de parcours. Ces différences étant en cohérence avec les observations de Çaglar (2009), il a été étonnant d’observer que les garçons n’aient pas rapporté avoir une meilleure perception de leur apparence physique que les filles. Cela s’explique peut-être par leur faible représentation dans l’échantillon.

26Ensuite, en ce qui concerne l’augmentation de la pratique d’activités physiques de type cardiovasculaire, celle-ci s’est montrée plus prononcée chez les filles. Cela s’explique possiblement par le fait que les filles rapportaient pratiquer moins d’activités physiques de ce type au début de l’étude. Il est aussi plausible de croire que le fait de se retrouver dans un environnement comptant une majorité de filles pourrait avoir un effet bénéfique sur leur estime de soi physique et, en conséquence, sur leur motivation pour l’activité physique. En effet, au secondaire, comme il y a autant de garçons que de filles, le cadre offert s’avère peut-être plus exigeant pour les filles, ce qui peut avoir pour effet de miner leur estime de soi physique. De tels résultats obtenus au collégial sont encourageants et laissent supposer qu’il est pertinent d’offrir des cours d’éducation physique à cet âge, puisqu’ils pourraient contribuer à augmenter le niveau d’activités physiques des populations moins physiquement actives lors de leur entrée au niveau collégial. Bien que le niveau de condition physique (aérobie) semble décliner à la fin de l’adolescence, en réalité, les données obtenues dans la présente étude suggèrent que le niveau de condition physique (aérobie) en fin de parcours n’est pas inférieur à celui observé lors de l’entrée au collégial, malgré une importante diminution observée au 3e temps de mesure. Un tel déclin est cohérent avec ce qui est généralement observé chez les jeunes de cet âge (Chiasson, 2004 ; Tremblay & Chiasson, 2002). Toutefois, il pourrait aussi s’expliquer par la procédure utilisée pour évaluer la capacité aérobie. En effet, malgré la validité démontrée des deux tests utilisés (test navette de Léger aux temps 1 et 2 ; test de 12 minutes de Cooper aux temps 3 et 4), le test de Cooper nécessite un dosage adéquat d’effort pour obtenir une performance optimale, contrairement au test de Léger qui impose une cadence progressive. De la sorte, une mauvaise capacité à doser ses efforts lors du premier essai au test de Cooper (temps 3) pourrait avoir contribué à amoindrir les résultats obtenus. Nonobstant, les résultats de la présente étude portent à croire que les adolescents réussiraient à maintenir leur niveau de condition physique en participant aux trois cours d’éducation physique au fil des deux années au collégial.

27Étonnamment, les changements observés dans la pratique d’activités physiques de type cardiovasculaire ne sont pas corrélés de façon significative avec l’évolution des dimensions de l’estime de soi physique. Néanmoins, ces résultats concordent avec ceux de Lemoyne et al. (2015) qui ont montré que la mesure de la quantité d’activité physique à elle seule ne suffit pas pour expliquer les changements des perceptions au regard de l’estime de soi physique. Tel que suggéré par ces auteurs, des aspects qualitatifs liés à la pratique devraient être considérés, notamment des mesures d’intensité, d’atteinte d’objectifs ou de variables contextuelles telles que l’environnement psychologique et social. Dans le même ordre d’idées, les relations non significatives entre les trajectoires de changement au regard de la pratique d’activités physiques autorapportée et le niveau de condition physique (aérobie) s’expliquent possiblement par le fait que la simple mesure d’activité physique en termes de quantité (minutes hebdomadaires) ne permet pas de savoir si le dosage est approprié afin d’avoir des gains sur le plan de la condition physique. Des indicateurs plus objectifs liés à la pratique d’activités physiques tels que la fréquence cardiaque et la perception d’effort (intensité) permettraient d’estimer la contribution potentielle des séances sur le niveau de capacité aérobie. Par exemple, des séances de marche quotidienne de 60 minutes risquent de ne pas procurer des gains comparables à un participant qui s’adonnerait à trois séances hebdomadaires d’entraînement par intervalles de type course-marche ou en travail fractionné de plus haute intensité (Warburton, Nicol, & Bredin, 2006). En plus de procurer des effets supérieurs sur la condition physique aérobie, il semble que les entraînements en intervalles de haute intensité puissent procurer plus de plaisir et ainsi favoriser l’adhésion à la pratique régulière d’une activité physique de type aérobie (Bartlett et al., 2011).

28Finalement, l’augmentation de la valeur physique perçue et de la condition physique (aérobie) perçue est associée positivement avec l’évolution du niveau de condition physique (aérobie), ce qui concorde avec les résultats de recherches antérieures menées auprès de jeunes à l’aube de l’âge adulte (Brewer & Olson, 2015 ; Monroe, Thomas, Lagally, & Cox, 2010). En plus d’observer une évolution positive de ces construits lors du parcours collégial, les résultats obtenus contribuent à renforcer la présence d’interrelations entre ceux-ci. En effet, en montrant que ces changements sont liés significativement, la présente étude appuie l’importance de tenir compte de la relation entre l’amélioration du niveau de condition physique aérobie et les composantes de l’estime de soi physique. De la sorte, le fait de proposer des activités pouvant mener à une amélioration de la capacité aérobie peut, par conséquent être associé à des gains au regard du niveau de la condition physique (aérobie) perçue. Cependant, la présente étude ne permet pas de conclure à de telles relations, puisque le type d’activités physiques pratiquées par les participants n’a pas été contrôlé de façon systématique et la présence d’un groupe témoin serait nécessaire pour permettre une telle évaluation. En ce sens, une telle hypothèse gagnerait à être testée dans des recherches ultérieures, avec la même population, dans un but de mieux comprendre les mécanismes pouvant influencer favorablement les dimensions de l’estime de soi physique.

5 – Limites de l’étude et conclusion

29La présente étude comporte certaines limites. D’abord, l’utilisation de mesures autorapportées pour la pratique d’activités physiques de type cardiovasculaire (Shephard, 2003) peut faire place à certains biais (e.g. sur- ou sous-évaluation de la quantité d’activité physique). Des mesures objectives (par accéléromètre ou cardio-fréquencemètre) contribueraient à une meilleure estimation de la pratique d’activités physiques (Welk, 2002). Cependant, les méthodes utilisant des questionnaires demeurent une stratégie acceptable dans un tel type d’étude. Ensuite, le débalancement de l’échantillon actuel limite notre interprétation des résultats propres aux garçons. Un échantillon de plus grande taille, composé d’une plus grande proportion de garçons (50 % de chaque sexe), permettrait de nuancer les résultats obtenus. Néanmoins, puisque ce ratio (proportion plus élevée de filles) est représentatif des établissements collégiaux québécois, il demeure approprié dans l’optique de généraliser les résultats aux autres établissements de ce type. En effet, la prépondérance des individus d’un même sexe dans un environnement risque d’influencer les comparaisons sociales, un déterminant important de l’estime de soi physique. De plus, comme la présente étude est menée en contexte naturel, les résultats dépendent de la spécificité des cours d’éducation physique offerts dans ce collège. Afin de pouvoir généraliser les résultats, il faudrait la répliquer dans plusieurs autres établissements de ce type. De plus, il serait nécessaire de contrôler le type d’activités physiques prépondérantes dans les cours d’éducation physique afin de pouvoir conclure à un effet de celui-ci sur l’évolution des dimensions de l’estime de soi physique. Finalement, l’utilisation de deux tests physiques différents pour évaluer la condition physique (aérobie) pourrait avoir biaisé la trajectoire de changement. Néanmoins, comme la présente étude voulait respecter le contexte réel du milieu, les tests choisis par les enseignants d’éducation physique n’ont pas été modifiés et les résultats ont été interprétés en ce sens. En conclusion, les résultats obtenus rendent plus apparents les liens entre, d’une part, l’évolution des dimensions de l’estime de soi physique et, d’autre part, l’évolution de la pratique d’activités physiques et du niveau de condition physique à la fin de l’adolescence. Plus précisément, la condition physique réelle semble particulièrement importante si l’on considère ses relations avec les dimensions de l’estime de soi physique et surtout son évolution. De la sorte, des cours d’éducation physique comportant des pratiques visant à encourager l’amélioration de la condition physique semblent une approche à privilégier avec les jeunes en fin d’adolescence.

Remerciements

Cette recherche a été financée par le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (Québec, Canada), sous le Programme d’Aide à la Recherche en Enseignement et Apprentissage (PAREA). Les auteurs remercient les participants ainsi que les enseignants du département d’éducation du Collège Shawinigan pour leur collaboration au projet.

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Mots-clés éditeurs : activité physique, adolescence, collégial, courbes latentes, soi physique

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Date de mise en ligne : 11/06/2018

https://doi.org/10.3917/sta.120.0099