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Les adolescents handicapés et le sport Étude comparée avec « Les adolescents et le sport », enquête menée par l’INSEP

Pages 85 à 95

Citer cet article


  • Bui-Xuân, G.
  • et Mikulovic, J.
(2015). Les adolescents handicapés et le sport Étude comparée avec « Les adolescents et le sport », enquête menée par l’INSEP. Staps, 108(2), 85-95. https://doi.org/10.3917/sta.108.0085.

  • Bui-Xuân, Gilles.
  • et al.
« Les adolescents handicapés et le sport Étude comparée avec “Les adolescents et le sport”, enquête menée par l’INSEP ». Staps, 2015/2 n° 108, 2015. p.85-95. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-staps-2015-2-page-85?lang=fr.

  • BUI-XUÂN, Gilles
  • et MIKULOVIC, Jacques,
2015. Les adolescents handicapés et le sport Étude comparée avec « Les adolescents et le sport », enquête menée par l’INSEP. Staps, 2015/2 n° 108, p.85-95. DOI : 10.3917/sta.108.0085. URL : https://shs.cairn.info/revue-staps-2015-2-page-85?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/sta.108.0085


Introduction

1Si le sport est un « fait social total », c’est-à-dire qu’il est fait par la société autant qu’il contribue à faire la société, l’étude menée en 2001 par le ministère de la Jeunesse, des sports et de la vie associative et l’Institut national du sport et de l’éducation physique montre bien que le sport est aussi une composante importante de la construction sociale des adolescents, notamment :

  • au-delà des héritages (sexués, parcours scolaires, choix disciplinaires) (Davisse, 1998) ;
  • au-delà de la pratique sportive familiale (culturelle, matérielle, élitiste) (MJS, 2003) ;
  • dans l’adoption de modèles collectifs de positionnement social (Bui-Xuân, 1997) (appartenance sociale : les compétiteurs, mais aussi les bickers, les glisseurs, les joggers, etc.) (Loret, 2001).

2L’étude menée en 2011 par l’Université du Littoral Côte d’Opale et la Fédération française du sport adapté révèle une dialectique sensiblement différente. Loin de contribuer à une dynamique de « positionnement » social des adolescents, comme le montre l’étude de l’INSEP, la pratique d’activités physiques et sportives serait plutôt un indicateur de « position » (Pociello, 1995) des adolescents handicapés mentaux dans un espace relativement statique de conditionnement social et institutionnel (origine sociale, sexe, âge, établissement, structure pondérale).

3À titre illustratif, à l’opposé d’adolescentes ordinaires, provenant par exemple de milieux aisés, et de mères diplômées et sportives (Muller, 2003), où les jeunes filles qui ont une pratique sportive régulière et jugée épanouissante, intégrée à une culture du corps, les adolescentes handicapées mentales de 17 ans, elles, sont obèses, issus de milieux défavorisés et de parents non sportifs, ayant abandonné tout sport à l’extérieur de leur établissement, et ne pratiqueront en leur sein que sous contrainte, sans lier cette pratique à une quelconque culture corporelle.

4L’intérêt de cette étude comparée repose sur la compréhension des mécanismes qui conduisent certaines formes de pratiques sportives à l’abandon, voire à une certaine aversion pour le sport avec ses conséquences tant sociales que sanitaires, quand d’autres formes de pratiques conduisent à l’épanouissement de la personne (Pantaléon, 2003). Les préconisations devraient alors s’imposer d’elles-mêmes.

1 – Le cadre de l’enquête

5Réalisée en 2011 par les étudiants de licence 3 du département STAPS de l’université du Littoral, l’enquête porte sur 621 adolescent(e)s déficients mentaux de 12 à 17 ans, issus de différents types d’établissements spécialisés : IMP, IME, IMPro, CLIS, SEGPA et autres (EREA, classes relais, etc.).

6La proportion entre filles (39,5 %) et garçons (60, 5 %) est conforme à ce type d’enquête.

7La courbe des âges suit une courbe de Gauss autour des 15 ans.

8La répartition des questionnés par type d’établissement correspond bien à la photographie actuelle des établissements recevant des adolescents handicapés mentaux en France.

960 % des jeunes questionnés se trouvent en SEGPA, quel que soit leur âge, aboutissement de la politique d’intégration scolaire de cette population.

Graphique 1

Répartition par âge

Description de l'image par IA : Graphique à barres montrant la répartition par âge avec des hauteurs variables, étiquettes numériques et axe des x allant de 12 à 17 ans.

Répartition par âge

10Parmi les adolescents de 17 ans, on constate une surreprésentation en IME et IMP. Alors qu’il y a une surreprésentation de ceux qui ont 12 ans en CLIS et « autres ».

Tableau 1

Répartition par âge et par type d’établissement

Description de l'image par IA : Tableau montrant la répartition par âge et type d'établissement avec des pourcentages.
âge quest_5_institu IMP IME IMPro SEGPA CLIS Autres TOTAL 12 13 14 15 16 17 TOTAL 0,0% 0,0% 0,2% 0,0% 0,2% 0,3% 0,6% 0,2% 1,4% 2,9% 2,1% 1,9% 1,9% 10,5% 0,0% 0,0% 0,2% 0,5% 0,8% 0,3% 1,8% 0,5% 9,2% 18,0% 19,5% 11,8% 1,9% 60,9% 0,3% 0,5% 0,6% 0,2% 0,3% 0,2% 2,1% 1,9% 1,4% 3,7% 10,6% 5,2% 1,1% 24,0% 2,9% 12,6% 25,6% 32,9% 20,1% 5,8%

Répartition par âge et par type d’établissement

11Ce sont les demi-pensionnaires qui sont les plus nombreux, et les internes les moins nombreux.

Tableau 2

Répartition par statut et par type d’établissement

Description de l'image par IA : Tableau montrant la répartition des statuts et types d’établissements avec pourcentages.
quest_6_statut quest_5_institu Interne Demi-pensionnaire Externe IMP 25,0% 50,0% 25,0% 100% IME 18,5% 75,4% 6,2% 100% IMPro 45,5% 45,5% 0,0% 100% SEGPA 0,8% 55,0% 43,9% 100% CLIS 0,0% 92,3% 0,0% 100% Autres 18,1% 32,9% 49,0% 100% TOTAL 7,7% 52,5% 39,3% 100%

Répartition par statut et par type d’établissement

12Bien que le statut des adolescents ne soit pas pris en compte dans l’enquête de l’INSEP, l’étude montre que les adolescents handicapés ne sont plus guère en situation d’internat, ce qui rendrait toute comparaison difficile.

2 – Sport à l’intérieur des établissements, sport à l’extérieur

13La question 11 (« est ce que vous faites du sport seulement dans votre établissement ? ») différencie ceux qui ne font du sport qu’exclusivement dans l’établissement (37,4 %) de ceux qui en font également à l’extérieur (62 %).

Tableau 3

Répartition par sexe et par pratique dans ou hors de l’établissement

Description de l'image par IA : Tableau montrant la répartition par sexe et pratique dans ou hors établissement.
quest_11spoécol quest_1_sexe Non réponse OUI NON TOTAL masculin 0,8% 32,2% 67,0% 100% féminin 0,4% 45,3% 54,3% 100% TOTAL 0,6% 37,4% 62,0% 100%

Répartition par sexe et par pratique dans ou hors de l’établissement

14Ces résultats correspondent à ceux de l’INSEP (2 adolescents sur 3 font du sport hors de l’école). De même, il y a beaucoup plus de garçons (67 %) qui font du sport en dehors de l’école, que de filles (54 %) (S = 99,61 %). Cette proportion va dans le même sens que dans l’étude de l’INSEP : dans l’ensemble, les filles pratiquent moins que les garçons.

15Quel que soit leur statut, internes, demi-pensionnaires ou externes, c’est toujours à peu près la même proportion d’adolescents handicapés qui fait du sport en dehors de l’école.

Tableau 4

Répartition par statut et par pratique dans ou hors de l’établissement

Description de l'image par IA : Tableau montrant la répartition des statuts (OUI/NON) et pratiques (intime, demi-pensionnaire, externe) dans ou hors de l'établissement.
quest_11spoécol OUI NON TOTAL quest_6_statut Interne 31,3% 68,8% 100% Demi-pensionnaire 38,0% 61,3% 100% Externe 37,7% 61,5% 100% TOTAL 37,4% 62,0% 100%

Répartition par statut et par pratique dans ou hors de l’établissement

NS
Tableau 5

Répartition par sexe et par type de sport pratiqué

Description de l'image par IA : Tableaux statistiques sport par sexe et discipline.
Q 15 sport Q 1 sexe NR Foot Hand Basket Rugby Gym GRS Danse Vitesse Fond Badminton masculin 84 134 2 23 2 4 0 1 1 8 3 féminin 91 12 0 6 0 11 2 29 0 7 0 TOTAL 175 146 2 29 2 15 2 30 1 15 3 Q 15 sport Q 1 sexe masculin féminin TOTAL Tennis 3 0 3 Tennis de table Judo Boxe Lutte Cyclisme Natation Canoë-K Surf Escalade Autres TOTAL 5 8 7 0 18 7 1 0 1 64 376 0 2 1 1 13 12 1 0 0 57 245 5 10 8 1 31 19 2 0 1 121 621

Répartition par sexe et par type de sport pratiqué

16Alors quels sports pratiquent-ils ? Et que pratiquent les garçons et les filles ? (Fernhall, 1993 ; Frey, 2008)

17Ces résultats relativisent les réponses à la question précédente : en effet 121 garçons disent ne pratiquer qu’à l’école, et pourtant seulement 84 ne répondent pas sur le sport pratiqué (il y en a donc une quarantaine qui parlent de sport à l’école ET/OU hors des murs de l’école). En tout état de cause, deux activités sont très prisées :

18– Il y a 134 garçons qui font du football (35 %)

19– Et 29 filles qui font de la danse (11,8 %)

20Les représentations sexuées, comme dans l’enquête de l’INSEP, sont donc bien respectées.

21Cela se vérifie également dans la proportion de garçons ou de filles qui pratiquent en clubs.

Tableau 6

Répartition par sexe et par pratique ou non en club

Description de l'image par IA : Tableau montrant la répartition par sexe et pratique en club ou non. Pourcentage de réponses non renseignées, OUI, NON et TOTAL.
quest_12_spoclub quest_1_sexe Non réponse OUI NON TOTAL masculin 0,8% 43,9% 55,3% 100% féminin 0,4% 29,4% 70,2% 100% TOTAL 0,6% 38,2% 61,2% 100%

Répartition par sexe et par pratique ou non en club

S = 99,90 %

22Alors qu’il y a 67 % de garçons qui font du sport en dehors de l’école (Q 11), 43,9 % en font en club.

23Mais, alors qu’il y a 54.3 % de filles qui font du sport en dehors de l’école, seulement 29,4 % en font en club. Cela ne correspond qu’à la population issue de milieux très défavorisés de l’étude de l’INSEP.

24Cette proportion sexuée s’accentue encore quand il s’agit de pratiques compétitives.

Tableau 7

Répartition par sexe et par pratique ou non de la compétition

Description de l'image par IA : Tableau montrant la répartition des réponses par sexe et pratique de la compétition.
quest_13_spocompèt quest_1_sexe Non réponse OUI NON TOTAL masculin 1,6% 35,9% 62,5% 100% féminin 0,4% 16,7% 82,9% 100% TOTAL 1,1% 28,3% 70,5% 100%

Répartition par sexe et par pratique ou non de la compétition

S = 99,99 %

25Il y a plus de deux fois plus de garçons que de filles qui font de la compétition (35,9 % versus 16,7 %).

26On retrouve la même proportion dans le cadre de la pratique à la Fédération française du sport adapté (FFSA). Il y a également deux fois plus de licenciés garçons que filles (10,4 % versus 5,7 %). Cela correspond aux statistiques fédérales (Bui-Xuân, 2008).

Tableau 8

Répartition par sexe et par licence ou non à la FFSA

Description de l'image par IA : Tableau montrant la répartition par sexe et par licence ou non à la FFSA. Pourcentage d'hommes et de femmes licenciés et non licenciés.
quest_14_ffsa OUI NON TOTAL quest_1_sexe masculin 10,4% 87,0% 100% féminin 5,7% 92,7% 100% TOTAL 8,5% 89,2% 100%

Répartition par sexe et par licence ou non à la FFSA

S = 96,15 %

3 – L’effet établissement ?

27L’étude de l’INSEP montre que la pratique sportive suit le cursus scolaire et augmente à l’entrée au collège, puis au lycée. Toutefois, elle est moindre en lycée professionnel (Contrand, 2006).

28Qu’en est-il en ce qui concerne les établissements où sont inscrits les adolescents handicapés mentalement ?

29On n’observe pas de différence significative entre ceux qui disent ne pratiquer qu’au sein de leur établissement et les autres, et ceci quel que soit le type d’établissement.

Tableau 9

Répartition par établissement et par pratique ou non, seulement dans l’établissement

Description de l'image par IA : Tableau montrant la répartition des pratiques par établissement et par catégorie (OUI/NON). Pourcentage de chaque groupe.
quest_11spoécol OUI NON TOTAL quest_5_institu IMP 0,3% 0,3% 0,6% IME 2,9% 7,4% 10,3% IMPro 1,0% 0,8% 1,8% SEGPA 24,6% 36,1% 60,7% CLIS 0,8% 1,3% 2,1% Autres 7,6% 16,1% 23,7% TOTAL 37,2% 62,0%

Répartition par établissement et par pratique ou non, seulement dans l’établissement

NS

30Si on ne peut pas conclure à un véritable effet établissement, on peut observer cependant un effet « âge », les plus jeunes pratiquant plus en dehors des établissements.

Tableau 10

Répartition par tranche d’âge et par pratique ou non, seulement dans l’établissement

Description de l'image par IA : Tableau montrant la répartition par âge et pratique dans un établissement. Pourcents pour OUI et NON.
quest_11spoécol OUI NON TOTAL quest_5_institu les plus jeunes 30,9% 69,1% 100% les plus âgés 41,0% 59,0% 100% Autres 32,0% 68,0% 100% TOTAL 37,5% 62,5% 100%

Répartition par tranche d’âge et par pratique ou non, seulement dans l’établissement

S = 93,42 %.

31Mais paradoxalement, il semblerait que ce soit les adolescents provenant de l’enseignement spécialisé plutôt que de l’inclusion scolaire qui pratiquent le plus en dehors des établissements.

Tableau 11

Répartition par « inclusion » ou non et par pratique ou non, seulement dans l’établissement

Description de l'image par IA : Tableau montrant la répartition par inclusion ou non et pratique ou non dans l'établissement. Pourcentage de 95,75 %.
quest_11spoécol OUI NON TOTAL quest_5_institu enseignement spécialisé 32,3% 67,7% 100% inclusion 40,5% 59,5% 100% TOTAL 37,5% 62,5% 100%

Répartition par « inclusion » ou non et par pratique ou non, seulement dans l’établissement

S = 95,75 %

32Cependant, il faut certainement nuancer ces résultats en fonction de ceux récoltés dans une enquête précédente (cf. enquête FFSA 2008), car dans les établissements spécialisés, les questionnés déclarent faire plus de sport, alors que l’intensité y est très faible.

33À l’occasion de cette enquête, il a été possible de relever la taille et le poids des adolescents questionnés, ce qui a permis de calculer leur indice de masse corporelle (IMC) (Jasik, 2008). Ces données ont d’abord été rapportées, par âge, aux catégories d’insuffisants pondéraux, de normaux, de surpoids et d’obèses, avant d’être rassemblés en totalité selon ces catégories (Obepi, 2012). L’étude de l’INSEP n’a pas inclus l’IMC, car elle était surtout à orientation sociologique.

34On peut alors constater un effet établissement pour l’IMC.

Tableau 12

Répartition par type d’établissement et IMC

Description de l'image par IA : Tableau montrant la répartition des établissements par IMC (Indice de Masse Corporelle) avec pourcentages.
VARIABLE_50 quest_5_institu insuffisant normal surpoids obèse TOTAL IMP 0,0% 50,0% 50,0% 0,0% 100% IME 3,1% 78,5% 18,5% 0,0% 100% IMPro 0,0% 100% 0,0% 0,0% 100% SEGPA 7,1% 80,2% 10,8% 1,9% 100% CLIS 15,4% 84,6% 0,0% 0,0% 100% Autres 3,4% 82,6% 8,7% 5,4% 100% TOTAL 6,0% 80,7% 11,0% 2,4% 100%

Répartition par type d’établissement et IMC

S = 97,78 %

35En règle générale, on constate que les établissements spécialisés ont plus de jeunes en surpoids, mais moins d’obèses (Robertson, 2000 ; Rubin, 1998).

Tableau 13

Répartition par « inclusion » ou non et IMC

Description de l'image par IA : Tableau montrant la répartition des individus selon leur état (insuffisance, normal, surpoids, obésité) et leur IMC.
VARIABLE_50 quest_5_institu insuffisant normal surpoids obèse TOTAL établisst spé 2,5% 80,0% 17,5% 0,0% 100% inclusion 7,4% 80,3% 10,5% 1,8% 100% Autres 3,4% 82,6% 8,7% 5,4% 100% TOTAL 6,0% 80,7% 11,0% 2,4% 100%

Répartition par « inclusion » ou non et IMC

36Paradoxalement, on constate une progression de surpoids entre internes (6,3 %), demi-pensionnaires (10,1 %) et externes (13,1 %), alors que c’est l’inverse pour les obèses (8,3 % d’internes versus 1,9 % de ½ pensionnaires et d’externes).

37Toutefois, on ne peut pas observer d’effet établissement relatif aux choix des activités sportives (ce sont les mêmes partout).

38Cependant, les sports traditionnels (football pour les garçons, danse pour les filles) sont plus pratiqués en dehors de l’école, alors que la course, le canoë-kayak (CK) ou le vélo sont plus pratiqués dans les établissements, quels qu’ils soient (Pantaléon, 2005).

Tableau 14

Répartition par type d’établissement et pratique ou non, en club

Description de l'image par IA : Tableau montrant la répartition par type d'établissement et pratique ou non en club.
quest_12_spoclub OUI NON TOTAL quest_5_institu IMP 0,0% 100% 100% IME 36,9% 61,5% 100% IMPro 18,2% 81,8% 100% SEGPA 32,8% 67,2% 100% CLIS 46,2% 46,2% 100% Autres 54,4% 44,3% 100% TOTAL 38,2% 61,2% 100%

Répartition par type d’établissement et pratique ou non, en club

S = 99,99 %

39Paradoxalement, ce sont les plus jeunes des établissements spécialisés qui vont le plus en club (Hove, 2004).

40De plus, ce sont les internes qui y adhèrent le plus.

Tableau 15

Répartition par « inclusion » ou non et pratique ou non, en club

Description de l'image par IA : Tableau montrant la répartition des réponses par inclusion ou non et pratique ou non en club. Pourcentage de chaque catégorie.
quest_12_spoclub OUI NON TOTAL quest_5_institu établisst spé 46,7% 52,0% 100% inclusion 33,2% 66,5% 100% TOTAL 38,2% 61,2% 100%

Répartition par « inclusion » ou non et pratique ou non, en club

41Cela signifie que manifestement les institutions utilisent les clubs sportifs dans un but occupationnel et/ou éducatif. Ce n’est absolument pas le cas des adolescents étudiés par l’INSEP qui sont volontaires, voire passionnés.

42Malgré tout, il n’y a que 38 % des adolescents handicapés qui vont en club, alors qu’il y en a 48 % dans l’étude de l’INSEP.

43Comme dans l’étude de l’INSEP, la corpulence des adolescents handicapés n’a aucun impact sur leur pratique, qu’elle soit de club, de compétition, voire dans le cadre du sport adapté.

44S’il y a moins de 20 % d’adolescents handicapés qui ne pratiquent pas du tout en dehors de leur établissement, la plupart de ceux qui pratiquent en club s’entraînent plus d’une fois par semaine.

45Cela confirme bien l’étude de l’INSEP qui montre que les adolescents sportifs ne sont pas que des pratiquants occasionnels.

46Il est à remarquer, au passage, que la part des insuffisants pondéraux est proportionnelle au nombre d’entraînements, quand la part des obèses en est inversement proportionnelle.

Tableau 16

Répartition entre pratique ou non en club et nombre de jours de pratique en dehors de l’établissement

Description de l'image par IA : Tableau de répartition de la pratique en club et en dehors.
quest_18_tpsdh quest_12_spoclub 1 fois 2 fois 3 fois Plus de 3 fois TOTAL OUI 14,8% 37,1% 22,8% 23,6% 100% NON 27,1% 20,3% 10,0% 12,4% 100% TOTAL 22,4% 26,6% 15,0% 16,6% 100%

Répartition entre pratique ou non en club et nombre de jours de pratique en dehors de l’établissement

S = 99,99%
Tableau 17

Comparaison des pratiques culturelles sportives entre les deux études

Description de l'image par IA : Tableau comparant les pratiques sportives culturelles entre deux études.
Ados INSEP Ados handicapés Sport à la TV 90 % 68 % Lecture de magazines sportifs 66 % (pour milieux favorisés) 30 % Spectacle au stade Vélos Ballons Rollers Raquettes Skis 50 % (pour milieux modestes) 85 % 85 % 65 % 60 % 13 % 40 % 85 % 85 % 32 % 31 % 3,7 %

Comparaison des pratiques culturelles sportives entre les deux études

4 – La culture sportive

47Seulement 28,2 % des pères d’adolescents handicapés (et 11,9 % des mères) ont une pratique sportive. Ce facteur multiplie par deux les chances que leurs enfants fassent du sport en club, et aussi qu’ils soient moins en surpoids ou obèses (Rimmer, 2010).

48Cela confirme la tendance générale de l’étude de l’INSEP, mais dans des proportions moindres de pratique, surtout en ce qui concerne les mères.

49En ce qui concerne la consommation de « produits sportifs », à part les vélos et les ballons qui correspondent aux pourcentages de l’étude de l’INSEP, les adolescents handicapés consomment et disposent de beaucoup moins de produits (sport TV, magazines sportifs, spectacles sportifs, rollers, raquettes, skis).

50De même, les sports de glisse étant extrêmement distinctifs (INSEP), on peut penser que ce sont les établissements qui prennent en charge les 21.3 % de pratiquants (en effet, 3,7 % seulement possèdent des skis).

51Mais, dans l’ensemble, contrairement aux résultats de l’INSEP, les filles ont plus de matériel que les garçons (sauf pour les ballons).

4.1 – L’abandon des sports pratiqués

52Du point de vue de l’abandon, il y a de grandes différences entre les sports. Le football est le sport le moins abandonné, alors que le basket, le handball, le rugby, la GRS, le judo, la boxe ou le canoë-kayak sont rapidement abandonnés. C’est à partir de 15 ans que les abandons s’accélèrent (Bui-Xuân, 1999).

53La fidélité à un sport ne correspond pas à l’étude de l’INSEP où le taux de résistance à l’abandon est bien supérieur. Parmi les sports collectifs, seul le football résiste chez les adolescents handicapés mentaux. La danse résiste bien également chez les adolescentes handicapées mentalement. Mais à l’instar de l’étude de l’INSEP, les sports de combat et notamment le judo sont vite abandonnés.

4.2 – Abandon et genre

54Enfin, quel que soit le sport pratiqué, comme dans l’étude de l’INSEP, les filles abandonnent beaucoup plus que les garçons !

55Mais abandonner un sport ne signifie pas abandonner toute pratique sportive. Certains sports prennent le relais, et notamment le football chez les garçons et la gymnastique et la danse chez les filles (Bui-Xuân, 1996 ; Marcellini, 2000). D’autres sports font de nouveaux adeptes, comme le handball, le sprint, le badminton, le tennis, le judo, la lutte ou la natation, même s’il ne s’agit que d’un passage relativement bref.

5 – Sport et santé

5.1 – L’IMC

56Selon les références françaises, y a un peu plus d’adolescents handicapés en surpoids (13,4 %) que dans la population de référence (10,58 %) (Swallen, 2005). Il y a aussi plus d’insuffisants pondéraux (6 % versus 2,94 %). Selon les références internationales, il y a à peine plus d’adolescents handicapés obèses que dans la population de référence (Peneau, 2009).

57Ainsi, il apparaît, en mêlant références nationales et internationales (Basdevant, 2006), qu’il y a plus d’adolescents handicapés en insuffisance pondérale (3 %), et un peu plus d’adolescents handicapés obèses (0,5 %), que dans la population de référence (étude d’Aquitaine).

58La différence en fin de compte provient essentiellement du pourcentage supérieur de filles obèses dans la population des adolescentes handicapées étudiée (Begarie, 2006).

59– Il y a moins de filles handicapées en surpoids, mais plus d’obèses que dans la population de référence.

60– Alors qu’il y a moins de garçons en surpoids et également moins d’obèses que dans la population de référence.

61La prévalence de l’obésité chez les adolescents handicapés mentaux se distingue de celle de la population de référence essentiellement chez les filles, aux âges extrêmes, c’est-à-dire à 12/13 ans et à 17 ans (X 4).

62L’obésité chez les garçons ne devient majeure qu’à partir de 17 ans (X 2). On peut penser qu’elle s’accentuera à l’âge adulte.

63De plus, le croisement de l’IMC avec les professions des pères montre qu’il n’y a d’obèses que dans les catégories les plus défavorisées ; ce constat atteint son paroxysme quand il s’agit d’une fille et que la mère est ouvrière ou ne travaille pas.

5.2 – Les motivations

64L’étude de l’INSEP prend en compte l’origine sociale qui est très diversifiée et qui détermine les pratiques (Lioret, 2007). Mais dans la population d’adolescents handicapés, l’origine sociale est plutôt homogène, et manifestement très défavorisée (employés, ouvriers, chômeurs, sans professions, retraités ou décédés) (Mikulovic, 1999). En tout état de cause, et cela confirme l’étude de l’INSEP, ce sont les adolescents handicapés qui viennent des couches les plus défavorisées qui pratiquent le moins en club. D’ailleurs, comme dans l’étude de l’INSEP, ce phénomène est encore plus accentué quand on prend en compte la profession de la mère (Thibault, 2010).

65Interrogés sur plaisir/déplaisir, contrairement à l’étude de l’INSEP, les filles ont toujours plus de déplaisir que les garçons. Si les garçons n’aiment pas « ne pas être bons », les filles quant à elles détestent « les contraintes de l’entraînement » (Hutzler, 2010).

66En ce qui concerne ce qui leur plaît, comme dans l’étude de l’INSEP, les motivations des filles et des garçons sont très comparables, hormis la compétition (chez les garçons) et la convivialité (chez les filles).

67À la question, « qu’est-ce que le sport vous apporte ? », en tête des réponses vient le plaisir, la joie, le jeu, l’amusement et être avec les copains. En second apparaît la santé et la dépense énergétique (Brunet, 2000). La découverte de nouvelles techniques et de nouvelles sensations vient en trois. Quant aux bénéfices de la compétition, ils ne sont évoqués qu’en dernier.

68C’est seulement à 15 ans qu’advient le pic compétitif. À 16 ans on cherche à se dépenser. Et à 17 ans, on recherche la compagnie des copains.

Graphique 2

AFC : Sport TV, magazines, matchs, vélo, skis, rollers, raquettes, ballon

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AFC : Sport TV, magazines, matchs, vélo, skis, rollers, raquettes, ballon

6 – Culture sportive et santé

69Ceux qui possèdent du matériel sportif, regardent les matchs à la TV ou au stade et lisent des magazines sportifs, tendent vers la norme et/ou l’insuffisance pondérale, alors que ceux qui n’ont pas de matériel, etc. tendent vers le surpoids et l’obésité. Le poids des déterminants sociaux semble beaucoup plus déterminant pour les adolescents handicapés mentaux que pour les autres qui cherchent, à travers leur consommation de produits culturels sportifs, à adopter des postures, à s’identifier à des sous-groupes d’adolescents et à se faire admettre en leur sein. (Cependant l’INSEP n’a pas fait intervenir l’IMC lors de son enquête.)

70L’analyse des correspondances multiples, prenant en compte les variables sexe, abandon, sport uniquement à l’école, temps de pratique et plaisir, montre que ce sont surtout les filles qui ne font que du sport à l’école, qui ont abandonné leur premier sport et qui n’en font qu’une ou deux fois par semaine, qui sont les plus obèses ou en insuffisance pondérale. Elles semblent quant à elles atteindre le paroxysme du déterminisme social.

7 – Conclusion

71Si l’étude sur « les adolescents et le sport » réalisée par l’INSEP montre bien le rôle du sport dans le processus de « positionnement » social des jeunes, il semble bien que la situation des adolescents handicapés mentaux ne leur offre pas cette perspective, mais les place plutôt dans une « position » particulière en fonction de quelques déterminants sociaux, culturels et institutionnels, qui devraient guider quelques préconisations (Vanhelst, 2012) :

  • porter une attention toute particulière aux filles de 12 ans et de 17 ans ;
  • faire attention aux garçons pour qu’au-delà de 17 ans ils conservent un habitus sport et santé ;
  • opérer de bons choix de sports pour prévenir l’abandon. En cas d’abandon, poursuivre absolument par une autre pratique sportive mieux adaptée (Bui-Xuân, 1995) ;
  • faire adhérer les jeunes à un club, et si possible les engager dans des rencontres teintées de compétition ;
  • veiller à ce que le plaisir de pratiquer soit différencié en fonction de leur âge ;
  • augmenter les temps d’entraînement, ou du moins les préserver après 17 ans.

72Paradoxalement l’inclusion scolaire pose le problème d’une moindre pratique sportive. Les exigences scolaires ne doivent pas aller à l’encontre d’un investissement sportif. Ces deux aspects devraient être complémentaires (Pigeassou, 2005).

73C’est ainsi qu’au-delà d’un simple indicateur de position sociale et institutionnelle, le sport pourrait devenir, chez les adolescents handicapés mentaux comme chez les adolescents étudiés par l’INSEP, un véritable vecteur de positionnement social et d’identité personnelle.

Nous tenons à remercier la Fédération du sport adapté qui a financé cette enquête.

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Mots-clés éditeurs : adolescents, handicap mental, plaisir, santé, sport

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Date de mise en ligne : 23/12/2015

https://doi.org/10.3917/sta.108.0085