Objectivation des actions athlétiques par entretien d'explicitation. Etude de cas
Pages 59 à 73
Citer cet article
- GOUJU, J.-L.,
- VERMERSCH, Pierre
- et BOUTHIER, Daniel,
- Gouju, J.-L..,
- et al.
- Gouju, J.-L.,
- Vermersch, P.
- et Bouthier, D.
https://doi.org/10.3917/sta.062.0059
Citer cet article
- Gouju, J.-L.,
- Vermersch, P.
- et Bouthier, D.
- Gouju, J.-L..,
- et al.
- GOUJU, J.-L.,
- VERMERSCH, Pierre
- et BOUTHIER, Daniel,
https://doi.org/10.3917/sta.062.0059
Notes
-
[1]
L’intentionnalité est ici comprise du point de vue de la phénoménologie et non du point de vue des sciences cognitives.
-
[2]
L’intégralité de cet entretien est disponible sur le site www. grex-fr. net
1 – Introduction
1 Cet article présente, au travers d’une étude de cas, une méthodologie d’analyse des actions sportives, et plus particulièrement athlétiques. Ceci prend place au sein d’un programme psycho-phénoménologique (Vermersch, 1996a, 1996b, 1999, 2000a) concevant l’activité humaine comme système complexe et situé (Gouju, 2001). Au sein de ce système, les actions possèdent des caractéristiques spécifiques, supports privilégiés de ce travail. En effet, en tant qu’engagement intentionnel [1] (Havelange, Lenay, Stewart, sous presse) d’un pratiquant dans un contexte particulier, les actions sont considérées comme :
- propres à l’expérience subjective de ce pratiquant,
- singulières à une situation qu’elles déterminent en même temps qu’elles sont déterminées par elles,
- fonctionnelles à un niveau de conscience qui ne permet pas à un pratiquant de les verbaliser spontanément dans tous leurs aspects.
2 Ces caractéristiques déterminent des données dont l’accès mobilise le programme psycho-phénoménologique. Cet accès est particulier puisqu’il est du seul ressort du pratiquant, uniquement aidé et accompagné par le chercheur, même si cela pose des problèmes spécifiques de recueil et de méthodologie de traitement (Vermersch, 1996b, 2000a, 2000b). Un tel programme s’inscrit par ailleurs dans une perspective technologique d’aide à l’intervention des enseignants ou des entraîneurs (Bouthier, 1993 ; Bouthier et Durey, 1995). En effet, si l’on considère que l’intervention vise la transformation des actions d’un pratiquant pour un accroissement de sa compétence, il est d’un grand intérêt d’approcher le mieux possible ses actions, y compris dans le contexte même ou s’exerce cette compétence (compétition par exemple). Or, cette approche est souvent extrêmement indirecte, reposant sur une analyse de la tâche prescrite (Leplat, 1985), indépendamment du pratiquant, ou bien sur des inférences opérées à partir des comportements (Féry, 2001), voire des traces physiologiques recueillies au cours des actions produites. Dans les faits, l’intervenant n’appuie son intervention que sur des données très génériques de l’action d’un pratiquant, issues le plus souvent de conceptions pré-établies des actions athlétiques, diffusées dans la littérature professionnelle (Dyson, 1975 ; Goriot, 1982 ; Hubiche et Pradet, 1986 ; Piasenta, 1988 ; Seners, 1996). Il s’agit de tenter de dépasser cet obstacle et permettre à l’intervenant de mieux identifier son objet d’intervention au sein d’un système complexe (Lehman, 1996) et pertinent du point de vue d’un projet de transformation.
3 Dans un premier temps, nous préciserons le cadre conceptuel mobilisé pour décrire les actions athlétiques, avant d’en exposer les conséquences méthodologiques par l’étude d’un cas concret de pratique athlétique. Nous terminerons par la discussion et les perspectives d’une telle approche.
2 – Positionnement
4 La posture majoritairement adoptée pour décrire les actions athlétiques est le recours à la logique rationnelle (Granger, 1987). Par exemple, Dyson (op. cit., 9), écrivait « Le mouvement humain, avec son infinie variété, obéit aux lois de tout mouvement, et chaque spécialité athlétique doit appliquer ces mêmes principes pour un meilleur rendement au niveau le plus élevé ». D’où une définition des actions athlétiques en tant que modifications des états d’un monde soumis à des lois et des principes qui sont indépendants du pratiquant. Cette même logique s’exerce lorsque les actions sont comprises comme contrôle d’un projet mental préalable issu de connaissances (Lachman, Lachman & Butterfield, 1979). Dans ces deux cas, les actions sont référées à une théorie formelle, dont les comportements observables ne sont que des applications plus ou moins fidèles. Le comportement des meilleurs athlètes est considéré comme le plus respectueux de ces principes, et sa formalisation peut alors servir de référence à la technique (Barrue, 1994 ; Bobin, 1965 ; Vivès, 1976). Ces conceptions, toutes valides qu’elles soient du point de vue athlétique, privilégient ainsi le caractère normatif et général des actions produites aux dépens des variations dues aux circonstances rencontrées par le pratiquant, que ce soit du fait de son expérience ou bien des variations inhérentes à toute situation sociale naturelle. A l’inverse, ce travail privilégie l’exploration des actions en tant qu’« agir en situation », et donc des données propres, singulières et fonctionnelles qu’elles recèlent. Sans exclure les modes d’analyse plus classiques, cela vise à enrichir les données existantes à partir d’un point de vue méthodologiquement et épistémologiquement différent.
3 – Cadre conceptuel
3.1 – L’action au sein d’un système
5 L’action n’est ici qu’un des éléments centraux d’un système plus vaste. Ce système est fondé sur la co-émergence de trois instances. Nous entendons par co-émergence le fait qu’aucune de ces instances ne peut se définir et se comprendre indépendamment des deux autres et qu’il n’existe pas de lien de cause à effet entre elles (Varela, 1989 ; Varela, Thompson & Rosch, 1993).
6 La première instance est un contexte, en tant que circonstances qu’un pratiquant peut appréhender avec toute sa subjectivité. La seconde est l’activité en tant qu’engagement de ce pratiquant dans ce contexte. La troisième est ce pratiquant lui-même, détenteur d’une certaine identité dans ce contexte et cette activité (Faingold, 1998 ; Gouju, 2000). Ce système fonde une situation (Lave, 1988 ; Suchman, 1987) qui se co-détermine avec ses trois instances.
7 Trois composantes intégrées sont décelables en permanence pour chaque situation. Une composante sociale au sens de « partagée avec un groupe » et qui ne permet de définir la spécificité d’un pratiquant qu’en tant que membre de ce groupe. En son sein, une composante individuelle qui ne concerne qu’un pratiquant, du fait de ses caractéristiques propres. Et, intégrée dans cette dernière, une composante locale définissant la relative originalité ou banalité d’une situation donnée pour un pratiquant.
3.2 – Définition de l’action
8
Dans le cadre de cet article, nous privilégions l’analyse des
composantes individuelles et locales de la situation. Ceci nous permet de
préciser la notion d’action en tant que composante individuelle de l’activité.
Il s’agit ici de distinguer les actions en tant que procédures concrètement
vécues par un pratiquant en situation, de l’activité, forme de dénominateur
commun, d’arrière-plan de toutes ses actions de toutes celles des membres du
groupe auquel il appartient lorsqu’il la mène.
L’action met en relation trois données indissociables
:
- un engagement intentionnel immédiat qui se traduit par une focalisation de l’attention du pratiquant. Le niveau de conscience de cet engagement est tel qu’il permet la verbalisation relativement spontanément,
- un monde spécifique qui surgit du fait de, et pendant le déroulement de l’action. Il sert de référent subjectif au pratiquant. C’est le monde que l’action fait exister, que ce soit sur le mode visuel, auditif, ou encore kinesthésique,
- une expérience sémiotique construite par ce pratiquant qui lui permet de donner du sens à ce qui se présente. Cette expérience est conceptualisée par le pratiquant au cours des situations antérieures (Eco, 1997 ; Pastre, 1997).
9 Ces données composent ainsi l’action du point de vue sémiotique, c’est-à-dire de ce qui fait signe à un pratiquant (Eco, op cit ; Morand, 1997 ; Peirce, 1978 ; Peirce, 1984 ; Theureau, 1992).
10 Au sein de l’action, ces trois types de données sont mises en relation avec la composante locale de la situation. En effet, chaque situation est a priori composée d’aspects de grande banalité pour un pratiquant, c’est-à-dire correspondant fortement liés à des vécus antérieurs d’une situation similaire (ou proche du point de vue du sens). Cette banalité ou normalité de la situation ouvre le registre des opérations (Galperine, 1966), en tant qu’engagement concret de moyens au profit d’une action et à un niveau de conscience tel que cela ne requiert pas la focalisation de l’attention, ce qui n’en permet pas une verbalisation spontanée. Les opérations composent ainsi des signes ne requérant pas le même niveau de conscience que les actions et surtout intimement intégrées à l’action (Vygotsky, 1934/1997) ou incorporées (Leplat, 1995). Ces sortes de micro-signes mettent en jeu des aspects très fins et très périphériques à ce qui mobilise l’attention du pratiquant. Le registre de ces signes est celui des différents modes de la sensibilité humaine, très difficiles à verbaliser autrement que sur le mode du « ressenti ».
11 L’intérêt de l’analyse de leurs liens avec les actions est primordial pour l’intervention. En effet, si les actions recèlent de grandes parts d’opérations, que ce soit dans les activités usuelles ou bien relevant d’expertise socialement reconnue, il est difficile de décrire immédiatement et finement le « comment je fais », puisqu’une bonne part ne nécessite plus un niveau de conscience compatible avec la verbalisation spontanée. Et c’est justement là, dans cette périphérie attentionnelle, que se joue la réussite ou l’échec des actions entreprises.
12 Un premier enjeu des recherches en intervention consiste alors à mettre au jour les relations construites entre, d’une part, une action et, d’autre part, les opérations intégrées au sein de cette action par le vécu et l’expérience du pratiquant. Cela doit nous permettre notamment de comprendre pourquoi certaines opérations semblent « échapper » au pratiquant dans certaines situations, c’est-à-dire se dérouler sans que celui-ci ne puisse décrire, expliquer, ou modifier immédiatement ce déroulement. Un second niveau d’enjeu consiste ensuite à mettre en place les conditions nécessaires à des modifications ou des transformations de cette organisation, au profit d’une plus grande compétence du pratiquant.
4 – Méthodologie
4.1 – L’approche psychophénoménologique et ses conséquences
13 La première idée de la psychophénoménologie est que le pratiquant est le seul à pouvoir accéder à ces types de données (composant l’action et les opérations), puisqu’elles lui sont propres et, de plus, singulières à sa situation. La seconde idée est qu’un pratiquant puisse accéder à une situation vécue, en tant qu’expérience subjective et sensible. Cet accès est possible, non de façon spontanée et immédiate, mais de façon rigoureuse, contrôlable et accompagnée, requérant ainsi une méthode. Le programme de la psycho-phénoménologie repose sur la mise au point des techniques d’accès à sa propre expérience, accompagné par un tiers. C’est la validité d’un tel accès qui permet de considérer que les données recueillies se rapprochent bien de l’expérience vécue et ne relèvent pas d’une construction différente, faite en situation d’entretien.
14 La troisième idée est que les actions et opérations ne sont pas construites pour être saisies conceptuellement, elles n’ont pas pour objectif premier d’être intelligibles de l’extérieur. Cependant, outre le comportement en situation qui en révèle certains aspects, la verbalisation du vécu d’une situation peut fournir les données de notre cadre conceptuel. Et ceci nécessite enfin des garanties de validité de recueil, puisque, comme le souligne Vermersch, (1998, 23) : « Il ne faut pas confondre ce que le sujet fait, ce qu’il sait qu’il fait, ce qu’il croit qu’il fait (…) et ce qu’il décrit de ce qu’il fait quand il en décrit le déroulement ». Le souci de résoudre ces difficultés a amené Vermersch (1994) à élaborer les techniques dites de l’entretien d’explicitation. Elles font l’objet des travaux de développement du G.R.EX. (Groupe de recherche en explicitation) depuis une dizaine d’années.
15 La quatrième idée est la capacité d’évaluer le niveau de conscience d’un engagement en situation (Ardvidson, 2000). Le recours est de saisir la conscience, non en elle-même, mais par ce qu’elle fait fonctionner et par ses variations. Vermersch (2002, 27), écrit : « L’attention est conçue dans la lignée phénoménologique de Husserl comme “ce qui module la conscience de” ». Cela implique plusieurs caractéristiques méthodologiques :
- puisque les actions et les opérations n’existent qu’au sein d’une situation, les verbalisations visent une situation précise et concrètement vécue,
- beaucoup de données n’étant pas verbalisables spontanément (registre des opérations), l’entretien doit permettre « leur prise de conscience ». Il s’agit d’une action particulière, menée en entretien, au cours de laquelle le pratiquant tourne son attention vers la description la plus fine possible de ce qu’il a vécu concrètement,
- la validité de l’entretien repose sur la capacité de celui ou celle qui le mène de permettre au pratiquant de réaliser cette prise de conscience et d’accéder à sa propre expérience (Vermersch, 2000a).
16 Les données recueillies ne permettent pas de satisfaire directement aux critères de validations les plus classiques, dans la mesure où elles se livrent peu facilement aux procédures de triangulation des données (Faersch et Kasper, 1987 ; Vermersch et Maurel, 1997). En effet, ce à quoi chacun accède directement n’est pas public et ne peut être soumis strictement au critère de l’accord d’observateurs indépendants, ni du même coup soumis à un test qui permettrait de le réfuter. Les critères de validité sont alors internes, verbaux ou non verbaux, tels que la congruence entre le langage mobilisé et la posture d’élocution, la non induction du questionnement du chercheur, le recours à la première personne du singulier, ou bien l’usage de termes procéduraux par rapport à un langage normatif ou prescriptif.
17 La spécificité de cette méthodologie et de ce cadre conceptuel réside dans le recueil de données qui ne sont pas le produit d’inférences, mais d’un recueil direct, contrôlé et accompagné de l’expérience d’un pratiquant. Elle n’est que très peu usitée dans le domaine de l’Education physique et sportive ou bien celui des Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives (STAPS). Seuls quelques travaux s’y réfèrent explicitement. Notons ceux de Martinez (1993) dans le domaine de la compétence pédagogique et de la pratique de la natation (1997). Cet auteur s’inscrit dans une démarche visant l’aide qu’un professeur peut apporter pour la prise de conscience des actions par les pratiquants-élèves. Notons également les références faites à l’entretien d’explicitation dans des travaux d’analyse de l’expertise des entraîneurs en voile (Saury et Durand, 1995, 27). Ces derniers intégrant cette référence dans une méthodologie de recherche légèrement distincte puisque « le rappel des évènements est stimulé et documenté par les observations du chercheur ».
4.2 – Investigation empirique
4.2.1 – Présentation du cas étudié
18 Le cas étudié est celui d’un pratiquant débutant en courses de haies confronté pour la première fois à un parcours d’obstacles. Les données de contexte ne font pas l’objet d’un entretien. Il s’agit d’un 50 mètres haies effectué lors d’une prise de performance initiale chez des étudiants de DEUG STAPS de première année. Les haies sont hautes de 0.91mètre, les intervalles de 8.5 mètres, le nombre de haies est de cinq ; la distance entre le départ et la première haie est de 13 mètres. Les conditions sont celles d’une piste en revêtement synthétique et l’étudiant est chaussé de chaussures à pointes. Aucune indication ne lui a été fournie explicitement sur les techniques de référence de cette tâche. Il possède juste les quelques éléments réglementaires qui consistent à ne pas renverser les haies volontairement, ni à passer dessous. L’étudiant concerné est de sexe masculin, âgé de 20 ans et fut choisi sur le fait d’avoir déclaré être débutant, c’est-à-dire n’avoir jamais pratiqué cette discipline, et d’être volontaire pour un entretien post-épreuve [2]. Aucune instruction particulière ne vient préciser la tâche à accomplir, si ce n’est qu’il faut aller le plus vite possible sur le parcours en respectant les contraintes réglementaires.
4.2.2 – Recueil des données
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La situation est filmée en vidéoscopie en plan moyen.
L’entretien d’explicitation est post opératoire avec, ici, un temps de deux
heures entre la situation évoquée et l’entretien. Il est enregistré et filmé,
de façon à permettre le codage du comportement non verbal en entretien.
L’entretien fait l’objet d’un codage de chacune des répliques de 1 à X, le
numéro de la réplique étant précédé de la lettre A lorsqu’il s’agit du
pratiquant, et de la lettre B lorsqu’il s’agit du chercheur. Les données sont
ensuite repérées suivant plusieurs étapes.
A- Ordonnancement temporel de toutes les propositions
recueillies en entretien concernant l’expérience du pratiquant.
B- Vérification des critères de validité interne de chaque
proposition.
C- Vérification en double aveugle de la concordance de cet
ordonnancement.
D- Recherche des trois données indissociables au sein de
chaque proposition.
E- Recherche des indices de niveau de conscience du
pratiquant pour chaque proposition. Ceci permet alors de positionner les
propositions en tant qu’actions ou opérations. Les critères utilisés sont
notamment verbaux, les concepts mobilisés étant différents en action ou
opérations, voire non verbaux lorsque la prise de conscience est manifestement
délicate pour le pratiquant, ce dernier exprimant la découverte des
données…
F- Recherche des indices permettant éventuellement de
confirmer ou infirmer les données de verbalisation à partir de l’analyse des
données observables sur le film. Identification des centrations du regard,
incidents de course, évolution de cette dernière…
5 – Résultats
5.1 – Identification des actions et opérations
20 L’analyse vidéo fournit les indications suivantes. Les comportements sont : le piétinement (6 appuis dans les intervalles, 10 appuis avant la première haie), le recul important des épaules devant l’obstacle et une reprise d’appuis quasi simultanée derrière celui-ci. La jambe d’appel est la jambe gauche sur tous les obstacles.
5.2 – Analyse de tâche extrinsèque et expérience subjective
21 Les analyses de tâche sur les courses de haies relèvent quatre tâches identifiées comme suit : Départ - Franchissement de la haie - Course inter-obstacles - Course derrière le dernier obstacle. Implicitement, le franchissement de la haie et la course inter-obstacles sont considérées comme identiques sur tout le parcours (5 haies sur ce cas). Les propositions d’intervention traitent de ces tâches au singulier, tels Hubiche et Pradet (1986, 32), qui caractérisent « la foulée sur la haie ». Accroître sa compétence se traduit ainsi par l’amélioration des composantes de ces tâches. Par exemple, Piasenta (1988, 224), écrit « l’apprentissage des haies nécessite (…) l’amélioration de l’appel, le perfectionnement du rythme ou de la vitesse gestuelle ». La mise en perspective des tâches déterminées extrinsèquement et des actions-opérations relevées fournit des résultats suivants sous la forme suivante (cf. tableau 1).
22 Le découpage extrinsèque segmente l’épreuve en 13 tâches. L’entretien d’explicitation permet la mise en évidence de 15 actions. Seules cinq tâches correspondent à une action. Quatre tâches ne correspondent à aucune action. Quatre tâches correspondent à plusieurs actions pour chacune d’entre-elles. Ceci indique que certaines tâches mobilisent l’attention de façon très segmentée, d’autres moins et d’autres ne mobilisent pas l’attention de façon focalisée. Il y a là un constat nécessitant l’analyse plus approfondie. Si nous établissons une mise en relation entre la succession des tâches extrinsèquement désignées et le nombre d’actions menées du point de vue du pratiquant, nous obtenons la courbe suivante.
23 Certaines fluctuations sont ainsi très sensibles sur la durée de la situation, l’attention est très focalisée et détaillée sur le franchissement de la première haie et semble inexistante ensuite pour revenir sur la fin de la course. Si nous comparons les tâches de franchissement et celles qui concernent la course, nous constatons que les fluctuations sont plus sensibles en ce qui concerne le franchissement des obstacles. (cf. tableau 2). Nous concluons dans un premier temps que toutes les tâches de cette situation ne font pas l’objet du même type d’engagement du pratiquant au niveau des actions.
24 Si nous procédons maintenant à la même analyse en intégrant les actions et les opérations, nous constatons que les procédures mises en œuvre (c’est-à-dire indistinctement actions ou opérations) sont relativement constantes sur cette situation de course de haies, ce que confirme l’analyse vidéoscopique. Par contre, tout se passe comme si les procédures menées en termes d’action étaient progressivement menées avec un niveau de conscience inférieur, les amenant au statut d’opérations… Ce qui signifie que le déroulement de la situation génère progressivement d’autres actions, (enchaîner) sans mettre fin aux procédures entreprises, mais ces dernières se déroulent alors à un niveau attentionnel bien moindre. Si les tâches sont donc extrinsèquement identiques, les formes attentionnelles des procédures sont bien distinctes selon les moments de la course.
5.3 – Analyse des actions
25 Deux grands types de tâches sont rencontrés dans cette analyse. Des tâches de franchissement (5/13) et des tâches de course (6/13).
5.3.1 – Tâches de franchissement
26 Sur les cinq tâches de franchissement nous constatons la mise en œuvre de 4 procédures. Prise de conscience de la haie, lancer la jambe, attendre, atterrir. Quelle expérience conceptuelle a-t-elle été construite par cet athlète pour faire surgir ces actions et leurs opérations ?
27 Le concept mobilisé le plus souvent pour regrouper cet ensemble est le terme de « passer la haie ». Puis survient une précision sur laquelle le pratiquant affirme « passer, c’est passer par-dessus, c’est toujours sauter, regarder devant et atterrir ». Selon les critères d’indexicalité du langage (Barwise et Perry, 1983 ; Eco, op. cit.), le concept présent dans le langage renvoie à ce qui fait signe pour ce pratiquant. Cela signifie que, compte tenu de l’engagement concret qui est le sien, ce qui se présente à lui, et dont il déclare fortement prendre conscience, est une situation de saut. Cette situation nécessite la mise en œuvre des moyens intégrés par lui pour procéder au saut. Et ces moyens sont avant tout ceux d’une projection vers le haut d’une jambe, la suite devenant une conséquence (si on a bien sauté, on passe l’obstacle et surviennent alors les nécessités de l’atterrissage). Le saut reste alors ce qui émerge à la fois comme action et comme situation et qui mobilise l’attention et la conscience du pratiquant. Du point de vue de ce qui fait émerger ce signe et cette action, les indications sont celles de la dimension de l’obstacle. Pour lui, ce qui se présente est haut, doit être sauté pour passer par-dessus. Puis la dimension expectative domine. Tout se passe comme si cet athlète attendait de savoir ce qui allait se passer. Ce qui est, pour lui, derrière l’obstacle, représente l’inconnu. Et enfin, corollaire de ce saut, l’atterrissage survient comme conséquence ultime. Cet atterrissage est précisé comme le retour au sol depuis un point haut. Il caractérise bien la fin d’une tâche, et est évalué en tant que tel par le retour des deux pieds au sol, avant reprise de toute autre tâche.
28 Sauter, c’est donc ici l’élément fort et organisateur d’un passage par-dessus quelque chose de haut. Il s’organise par un lancer de la jambe libre par-dessus l’obstacle, suivi d’une attente jusqu’à un atterrissage des deux pieds depuis un point haut.
5.3.2 – Les tâches de course
29 Les tâches de course sont plus stables que celles du franchissement, que ce soit du point de vue des procédures ou bien de leur statut d’actions ou d’opérations. Les points majeurs sont la recherche de vitesse et la course de vitesse en elle-même.
30 Dans le premier cas, le pratiquant se mobilise pour rompre l’inertie ; y compris derrière chaque obstacle, dans le second, il se mobilise pour se déplacer à la vitesse la plus élevée possible. Les opérations menées sont assez semblables dans les deux cas et l’entretien ne permet pas de les distinguer avec certitude. La première opération concerne la recherche d’une inclinaison du grand axe du corps vers l’avant, suivie d’une fréquence gestuelle dans les bras, puis dans les jambes. Cet ensemble est accompagné d’une stimulation auditive interne et de la fixation d’un point vers l’avant. Ce qui fait signe pour ce pratiquant reste strictement de l’ordre de la vitesse horizontale de déplacement. Courir, dit il, c’est se dépêcher, cela sert à aller vite vers un point situé en avant. Les opérations menées restent intégrées dans ce signe, en termes de fréquence gestuelle des bras et des jambes, ce que confirme l’analyse vidéoscopique.
5.4 – L’identité
31 La deuxième lecture de l’entretien fait apparaître des aspects identitaires, intervenant comme troisième instance intimement liée au contexte et aux actions. Nous considérons l’identité comme le point de vue du sujet sur lui-même au cours de son activité (Faingold, op. cit, Gouju, 2000). Cette identité renvoie ainsi à la question « Qui suis-je quand je fais cela ? ». La réponse à cette question n’est pas accessible en situation, puisque l’attention n’est pas tournée vers cet aspect. Les résultats de cette recherche de l’identité sont l’absence de données. Tout se passe comme si le pratiquant ne se reconnaissait aucune identité fixe dans cette situation. A l’inverse, l’ensemble des données recueillies se réfèrent à l’avenir en forme de point d’interrogation. Nous relevons dans l’entretien des propos tels que : « commencer pour voir si je vais y arriver A108, on va voir si on peut réussir à passer, à passer l’obstacle A154, enfin j’allais être fixé si j’avais réussi à la haie A192 ».
6 – Interprétations
32 On peut interpréter cette succession d’actions du point de vue d’une cohérence plus générale de la situation. Cette cohérence étant ce qui émerge à la fois du contexte et de l’expérience construite par ce pratiquant, elle n’existe que dans l’engagement concret de ce dernier. Si nous reprenons les éléments de cette cohérence, nous relevons deux idées fortes qui sont la crise de temps et le paradoxe.
33 La crise de temps est à la fois la source et la résultante des actions menées par ce pratiquant. Il met en place une course de vitesse vers l’avant avec les actions et opérations construites dans des situations de course classiques, c’est-à-dire sur le plat… Cet engagement vers l’avant n’intègre pas l’obstacle. Et, quand il « prend conscience » d’un obstacle tel qu’il faille sauter pour le passer, sa vitesse horizontale est incompatible avec la mise en œuvre des opérations intégrées au cours des situations antérieures de saut. L’élément perturbateur est bien la vitesse horizontale issue de ses propres actions, qui crée une crise de temps pour un ajustement de l’impulsion vers le haut. D’où la mise en place d’un piétinement au dernier moment. Et ceci n’est pas valable que sur la première haie seulement, puisque l’entretien met en évidence que cela se reproduit sur tous les obstacles. En termes d’intervention, nous pouvons remarquer que, si le pratiquant avait bien vu et appréhendé la haie haute avant de courir, il se comporte en situation comme si cette dernière n’existait pas.
34 Ensuite, l’expérience construite pour passer par-dessus un obstacle haut n’intègre pas non plus la reprise de course. D’où la nécessité d’attendre l’atterrissage, les moyens de faire autrement n’étant pas construits. Là également, la reprise de course semble ne pas exister dans l’expérience du pratiquant. Si Dhellemmes (1995) décrit à cet endroit le débutant comme « sauteur-coureur », nos interprétations confirment alors cette appellation générique. Il semble qu’il y ait là des éléments importants pour guider l’intervention dans la mesure où celle-ci ne peut se fonder sur la programmation préalable d’un geste nouveau, mais sur la modification de la situation, c’est-à-dire de ce qui fait signe au pratiquant quand il y est engagé concrètement.
35 L’analyse livre ensuite une seconde interprétation en terme de paradoxe entre l’expérience construite pour courir et l’expérience construite pour sauter. Nous observons en effet un saut qui se réfère plutôt à ce qui se passe dans les jambes, et une course qui se passe « plutôt dans les bras ». Nous sommes ainsi dans une situation très paradoxale, permettant de comprendre pourquoi ce débutant est constamment pris dans la contradiction entre « courir en allant vers l’avant avec les bras et le regard fixé » et « sauter en projetant les jambes devant vers le haut ». Ce que nous observons sur la vidéo en termes de recul des épaules est ainsi la résultante d’une véritable bascule vers l’arrière amplifiée par la crise de temps vécue subjectivement pour passer de la course au saut (le pratiquant décrit très bien ce phénomène lorsqu’il parle de sa jambe qui part de derrière et qui monte devant vers le haut). Ceci ne peut alors s’opérer qu’à vitesse réduite obtenue par piétinement.
36 Ces situations locales crées sont fugaces et extrêmement évolutives, puisque les quelques secondes de durée de la course marquent déjà des évolutions notables, la reconnaissance d’une capacité à franchi. Nous sommes amenés à remarquer combien le statut de débutant est hypothétique et labile. Le pratiquant procède en très peu de temps à la construction d’une expérience qui oriente la survenue de ce qui se passe pour lui. Sa situation du premier franchissement est alors une situation d’inconfort maximum, tellement maximum qu’elle ne peut durer que quelques secondes. Passé ce premier obstacle, il se règle immédiatement sur cette expérience pour tenter d’apporter un peu de stabilité à ce qui se passe, sans forcément beaucoup de réussite dans cette entreprise puisque la crise de temps perdure. Nous observons ainsi une focalisation d’attention qui évolue et qui relègue au second plan ce qui était au premier sur le début de la course.
37 L’analyse de l’absence de données concernant une identité confirme cette analyse. Ce débutant ne semble pas se reconnaître dans ce qu’il fait. Il attend donc le déroulement de la course pour s’accorder une quelconque identité, d’où la labilité également identitaire de la situation. Ainsi, pendant la course, tout atteste que les quelques secondes d’un franchissement transforment l’abord du second obstacle. L’appellation de débutant n’est pas qu’un critère objectif qui définit quelqu’un. C’est également une identité qui participe à l’émergence d’une situation particulière. En quelque sorte une absence d’identité pour vivre ce qui se passe : « c’est une impression bizarre » confit-il. Il est alors débutant, non seulement sur le plan de la nouveauté du contexte et de la tâche, mais aussi au regard de ses propres compétences, ce qui est plus paradoxal. Il ne s’accorde en apparence aucune identité, alors qu’il fonctionne sur des référents et des visées qu’il a déjà éprouvés.
7 – Discussion - Conclusion
38 Nous avons mis en évidence que la façon dont ce coureur débutant s’organisait face à cette épreuve relevait d’une situation émergente. C’est la confrontation entre d’une part, ce qu’il a construit antérieurement dans des contextes ayant un rapport avec celui-ci et, d’autre part, ce que son engagement génère dans ce contexte là qui nous permet cette lecture de la situation. Plusieurs remarques s’imposent immédiatement.
39 Cette étude de cas s’inscrit dans une recherche à visée descriptive et interprétative et ne prétend pas à une forme de généralisation. Cette approche qualitative (Yin, 1984) pose le problème de l’exploitation des données issues des cas singuliers (Vermersch, 2000a) qui se caractérise justement par la recherche de leur originalité et spécificité. A partir de là, notre interprétation ne peut nous permettre d’affirmer que tous les débutants possèdent les mêmes caractéristiques pour mener leurs actions. Même si d’autres études (Dhellemmes, op. cit.) opèrent des descriptions similaires des actions, ces dernières ne procédant pas à une investigation empirique contrôlée et ne possédant donc pas le même statut, nous ne pouvons les utiliser comme élément de confirmation de nos conclusions. Par contre, la dimension exploratoire de données singulières permet de formuler des hypothèses technologiques concernant l’activité du débutant en course de haies, intéressantes pour une aide à l’intervention. En tout état de cause, ces interprétations mettent en doute l’efficacité d’une intervention uniquement prescriptive de comportements.
40 En ce sens, cette étude s’inscrit dans la lignée d’un certain nombres de programmes de recherches menées à partir des paradigmes de la psychologie soviétique (Galperine, op. cit. ; Leontiev, 1976), que ce soit dans le domaine de la psychologie du travail (Leplat et Pailhous, 1976 ; Savoyant, 1979), de l’analyse des actions (Von Cranach, 1982) ou bien celle des actions sportives (Bouthier, 1989 ; David, 1993 ; Reitchess, 1986 ; Stein, 1984). Ces études mobilisent le concept de représentation fonctionnelle (Leplat, 1985 ; Weil Fassina, Rabardel et Dubois, 1993) pour décrire des constructions mentales opérées en action à partir du monde réel, totalement dédiées à l’efficacité.
41 Au sein de cette étude, la construction est celle d’un monde qui surgit du fait d’une situation, produit du contexte, de l’expérience d’un sujet et des actions elles-mêmes. En ce sens, la posture est ici proche de programmes de recherche développés, tant dans le domaine de l’ergonomie et de la didactique professionnelle que dans celui des STAPS. Citons l’analyse du cours de l’action, (Pinsky, 1991 ; Theureau, op. cit), la psychodynamie (Clot, 1999) dans le domaine de l’ergonomie, et l’anthropologie cognitive située (Durand, 1998 ; Saury, 1998 ; Gal-Petifaux, 2000 ; Sève, 2000), dans le domaine des STAPS. Ils soulignent la nécessité de prendre en compte les dimensions propres au sujet et à son expérience ainsi qu’à la situation et le contexte dans laquelle cette activité se développe, lui conférant une forme d’autonomie vis-à-vis d’autres modes d’analyse. Cette autonomie se situe au niveau de ce qui est significatif pour l’acteur (Gal-Petitfaux et Durand, 2001). Néanmoins, cette étude se distingue de ces travaux sur deux points. Le premier concerne la finesse des données recherchées. Il y a la volonté d’aider le pratiquant dans l’accès à des données les plus fines possibles, jusqu’aux limites du conscientisable. Le second concerne l’absence de recours au rappel stimulé, de type auto-confrontation par exemple, pour recueillir les données. La volonté étant, en permanence, d’intervenir le moins possible dans l’accès du pratiquant à sa propre expérience pour éviter tout biais.
42 L’idée fondamentale pour l’intervention est que la situation, dans toute sa complexité, compose un ensemble de signes intégrés pour le pratiquant, et que ceux ci n’existent qu’en raison de ce qu’il a construit pour les faire apparaître, c’est le caractère sémiotique de la situation. Transformer l’activité (les actions et opérations) du pratiquant consiste en la création des conditions de rupture de cette situation et de ces signes. Or, on constate que cette rupture n’est pas toujours facile à mettre en place, nous dirons qu’il y a inertie du signe (Gouju, 2000). Cette inertie est particulièrement manifeste lorsque des comportements sont maintenus après consignes verbales d’un intervenant. Cela signifie qu’après consignes et une fois en situation, celle-ci n’a pas évolué sensiblement et que les actions et opérations restent les mêmes, produisant les mêmes comportements. Existe-t-il des éléments qui assurent mieux que d’autres cette rupture, ne permettant plus au pratiquant de mobiliser les mêmes actions et opérations avec succès ? Deux types de réponses sont apportées. L’une appartient à l’ergonomie et vise à traiter le contexte pour faciliter la réussite, l’autre appartient au monde de l’intervention et traite la situation pour engager le pratiquant vers des transformations de ses actions et opérations. Cela signifie bien que les actions ne dépendantes d’un contexte que superficiellement, elles relèvent profondément d’une situation, avec ce que cela contient de complexité, d’expérience du pratiquant, d’identité de ce dernier… Nous voyons alors que les résultats de cette étude ne sont exploitables dans le champ de l’intervention que si l’on est susceptible de les mettre en relation avec une théorie de l’intervention qui puisse les mobiliser.
43 Les pistes pour l’intervention, à la suite de ce travail, seraient les suivantes. Si l’on considère que les comportements les plus négatifs pour la production de performance sont ici ceux qui se manifestent sur le franchissement par destruction de la vitesse horizontale, l’objectif est de permettre au pratiquant de construire une action nouvelle, qui ne soit plus celle du saut à forte composante verticale. Or les hypothèses de Vygotsky (op. cit.) concernant la constructions de concepts nouveaux (son adjectif d’alors était « scientifiques ») consistent à provoquer leur construction à partir des opérations intégrées dans les concepts et actions « déjà en place ». Concrètement, cela se traduit par la mise en place d’une situation qui ne soit plus celle du saut (rupture du signe) mais au sein de laquelle il puisse mobiliser avec efficacité des opérations qu’il a construites antérieurement au sein d’autres actions. Par exemple, permettre à notre pratiquant de franchir un obstacle en maintenant le type d’engagement vers l’avant qu’il possède déjà dans les situations de cours. Intervenir se définit alors comme la mise en place des conditions de transformation d’une situation, par construction d’actions nouvelles à partir d’actions et opérations anciennes.
44 Une autre piste issue d’un tel travail est l’objectivation des actions et opérations pour des niveaux de compétence proches. Cela s’inscrit ainsi dans une démarche technologique exploratoire visant à outiller l’intervenant dans la mise en place des conditions de transformation des actions des pratiquants. Ces outils n’étant, comme nous venons de l’affirmer, que des hypothèses, ils ne sont alors pas prescriptifs d’un mode d’intervention, mais ils enrichissent l’expérience de l’intervenant pour prendre ses décisions.
45 Nous remarquons ensuite que la prise de conscience de ces données par un pratiquant participe, en post-entretien, à des effets d’auto-analyse de la pratique dont nous pouvons penser qu’ils participent à une forme de développement des compétences. Cela remet en cause certains principes d’intervention ayant existé dans le monde de l’athlétisme. « D’une façon générale, il vaut mieux laisser l’athlète ignorer la nature exacte de ses mouvements, et se contenter d’insister sur quelques détails destinés à corriger ses fautes », écrivait Dyson (op. cit., 10).
46 Enfin, y compris sur le registre de l’absence, cette étude révèle la place des aspects identitaires dans une situation. Nous avons pu voir combien le fait de se définir comme débutant influençait la situation et son évolution. Cela renforce la complexité d’une situation naturelle en termes d’originalité et de singularité permanente.
47 Ceci ne doit pas se substituer à des modes exploratoires plus classiques, mais au contraire les compléter dans certains aspects très spécifiques d’une situation par des données d’une finesse, d’une singularité et d’une profondeur inenvisageables sans ces moyens. Les limites de ce mode d’investigation sont essentiellement la compétence du chercheur à mener ce type d’entretien et les limites du conscientisable, c’est-à-dire un degré d’intégration des opérations dans les actions que toute verbalisation en soit impossible, y compris dans le cadre des techniques d’entretien d’explicitation. Par contre, ce programme de recherche pose assez clairement les limites d’une formalisation des savoirs d’un pratiquant à des fins d’enseignement ou d’établissement de programmes, forcément moins respectueuse des aspects situés, singuliers et identitaires et plus proche d’un mode interventionniste prescriptif. D’où l’intérêt d’une didactique professionnelle (Pastre, Samurcay et Bouthier, 1995) qui, vis-à-vis d’une didactique des disciplines, privilégie l’analyse de l’activité du pratiquant plus que ses savoirs, l’analyse des compétences en situation plus que l’évaluation de ses savoirs.
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Mots-clés éditeurs : 'Explicitation, Action, Conscience, étisme
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Date de mise en ligne : 01/10/2005
https://doi.org/10.3917/sta.062.0059