Histoire(s) de
Épisode 2. Une situation préoccupante
Pages 206 à 209
Citer cet article
- FAURE, Christine
- et SILVESTRE, Géraldine,
- Faure, Christine.
- et al.
- Faure, C.
- et Silvestre, G.
https://doi.org/10.3917/spi.082.0206
Citer cet article
- Faure, C.
- et Silvestre, G.
- Faure, Christine.
- et al.
- FAURE, Christine
- et SILVESTRE, Géraldine,
https://doi.org/10.3917/spi.082.0206
Notes
-
[1]
Caisse d’allocations familiales.
1 Le numéro 80 vous a permis de connaître le fonctionnement et l’organisation des interventions de tisf en périnatalité, en lien direct avec le conseil départemental des Bouches-du-Rhône. Au fil des numéros, nous souhaiterions vous montrer la multiplicité des situations rencontrées par ces professionnels du domicile.
2 En effet, rappelons que les tisf de l’amfd 13 peuvent intervenir dans le cadre de prises en charge de la caf [1], de mesures de protection de l’enfance, ainsi que dans le cadre d’un dispositif en périnatalité spécifique au département : le conseil départemental des Bouches-du-Rhône, dans le cadre de sa politique de prévention précoce, finance l’intervention de tisf en périnatalité. Les puéricultrices de pmi, grâce à leur présence au sein des maternités des Bouches-du-Rhône, sont en capacité d’évaluer la vulnérabilité (au sens d’une fatigabilité liée à l’arrivée de l’enfant, d’une fragilité physique et/ou psychique) des – futurs – parents au cours de cette période et de leur proposer alors « 20 heures périnatalité », quel que soit leur milieu social, afin d’accompagner le retour à domicile.
3 Il est primordial lors de ces interventions en périnatalité que les tisf puissent soutenir l’émergence du lien mère-enfant, parent-enfant. Les situations concernées par ce dispositif sont très variées : l’intervention peut aussi bien consister à décharger les mères du souci de l’entretien quotidien, et leur permettre ainsi d’être plus disponibles pour leur nouveau-né, qu’à les rassurer sur leurs capacités à être mère, père, et à pouvoir répondre aux besoins de leur enfant.
4 Enfin, la présence d’une tisf, grâce à un dispositif non stigmatisant, permet parfois de prendre connaissance de situations sociales complexes qui nécessitent alors un travail étroit avec les partenaires sociaux…
L’histoire d’un jeune couple, accompagné en périnatalité dans le cadre de l’arrivée de son premier enfant
5 Le jeune couple (21 et 23 ans) vit chez la grand-mère de madame, une maison laissée à l’abandon. Les relations entre la mère et sa propre mère sont très conflictuelles. Au moment de la mise en place des interventions, la famille est concernée par une information préoccupante et n’accepte pas les interventions tisf. L’information préoccupante a été faite par la mère de madame, qui a déclaré que le père du bébé était violent. Le père est en sursis et en mise à l’épreuve.
6 Lors de la première intervention, la tisf est très mal accueillie. Après avoir sonné plusieurs fois à la porte du domicile, la grand-mère finit par venir et manifeste une attitude violente à l’égard de la tisf, gestes et paroles : « Cassez-vous, je ne veux pas vous voir ! Qu’est-ce que vous voulez à ma petite fille ? » Une équipe de travailleurs sociaux était passée peu de temps auparavant mais avait trouvé porte close. La jeune mère finit par arriver en pyjama sur le palier. La tisf se présente, cette mère lui dit qu’elle n’a pas besoin d’elle. La tisf propose quand même de lui expliquer la nature de ses interventions en lui indiquant que c’est elle qui décidera de la poursuite ou non de l’intervention.
7 La mère accepte. La tisf lui expose alors qu’elle est présente pour l’accompagner dans les soins à donner, les conseils dans la relation avec son nouveau-né, dégager des espaces pour lui permettre des temps pour elle, une aide concrète dans le quotidien (la maison, les démarches administratives, l’accompagnement à la pmi, etc.). La grand-mère revient en hurlant, mais la tisf insiste en disant qu’elle vient pour madame. Le père dort sur le canapé. La tisf propose de s’occuper de l’entretien courant du domicile.
8 Elle réussit à établir un lien avec la mère autour des gestes de soins prodigués au bébé. En effet, la mère lui dit qu’« elle ne fait que pleurer ». La tisf lui propose de lui montrer comment donner le bain. La salle de bains est très désordonnée. La tisf organise alors la pièce pour que le bébé puisse y être changé. Tout le nécessaire était disponible (commode, couches, produits d’hygiène, habits, etc.). Il y avait un lit pour bébé dans la maison, alors que les parents dormaient sur un matelas à même le sol.
9 La tisf donne quelques conseils d’hygiène, la mère observe attentivement et adhère : « Vous avez de bonnes astuces ! » La mère s’aperçoit que le bébé ne pleure pas pendant le bain, alors que cela ne se passe pas comme cela avec elle. Elle est ainsi rassurée de voir que la tisf sait comment s’y prendre avec un bébé. La tisf incite et guide la mère pour qu’elle puisse rassurer son bébé.
10 Par la suite, la tisf regarde comment les biberons sont préparés, soit à l’inverse des indications. La tisf lui montre comment faire et s’emploie, avec la mère, à la préparation du biberon. Celle-ci convient que cela n’est pas du tout pareil. La tisf donne elle-même le biberon, la mère observant la position. Cette première intervention se termine lorsque la mère exprime le souhait de se reposer.
11 Lors de la deuxième intervention, l’accueil réservé à la tisf est plus affable. Le père dort à nouveau. La tisf s’occupe du logement pendant que la mère se repose.
12 À la troisième intervention, la tisf propose à la mère de prévoir ses visites plutôt l’après-midi, afin qu’elles puissent faire ensemble les différentes démarches (papiers pour la cmu, le rsa, prises de rendez-vous à la pmi…).
13 La tisf a eu l’occasion de parler au père et lui a demandé s’il travaillait toujours. Il indique que non car on lui a volé son scooter. La tisf savait à ce moment-là qu’il sortait de prison, mais prend soin de le laisser lui-même aborder ce sujet par la suite. Elle lui explique comment faire les démarches pour un crédit et pour assurer un véhicule. Proposant au père de prendre son bébé dans les bras, elle observe que celui-ci n’est pas à l’aise. Elle le rassure en lui affirmant que cela viendra.
14 Par la suite, la famille rencontre l’assistante sociale. Quand celle-ci leur dit que les interventions vont s’arrêter après les vingt heures effectuées, les parents refusent : « C’est notre repère, elle nous aide à savoir comment faire. »
15 À la fin des interventions en périnatalité, la mère est très attachée à son bébé, et dit de la tisf qu’elle lui montre les gestes que sa mère ne lui a pas montrés. Le père a su créer un lien avec son bébé et reste respectueux envers la tisf, alors qu’il peut être violent par ailleurs.
16 Les interventions se poursuivent en caf. La tisf montre comment préparer les repas aux parents, les incite à garder contact avec la pmi même si le bébé est suivi par un pédiatre libéral, et à se rendre dans le lieu d’accueil parents-enfants.
17 La coordination avec l’équipe de la Maison départementale de la solidarité fait état de l’adhésion de la famille, qui n’était pourtant pas coopérative au départ. Malgré leurs fragilités, ces parents ont su se saisir de cet accompagnement global, dans l’intérêt de leur bébé.
« Dessine-moi une tisf »
18 C’est l’idée de donner la parole aux enfants, à travers le dessin, et ainsi d’avoir une idée de la façon dont ils se représentent le rôle de ce professionnel au sein de la famille.
19Gabriel connaît la tisf depuis sa naissance. Les interventions auprès de cette famille ont démarré en périnatalité. À l’époque, la mère de Gabriel venait de perdre sa mère, une épreuve durant laquelle la tisf a joué un rôle majeur dans l’accompagnement et le soutien de cette mère endeuillée, seule avec ses deux enfants. Dans ce contexte difficile, la tisf, en lien avec les partenaires, a suivi l’évolution des enfants.
20 Aujourd’hui ils se portent bien, « ils ont de la ressource », dit la tisf. Les interventions se poursuivent, madame étant enceinte de jumeaux. Le dessin réalisé par Gabriel, pour la tisf, la représente avec le balai. Il lui explique que, pour lui, le dessin représente tout ce dont elle s’occupe : les enfants, le domicile, la mère. Il n’est pas anodin de souligner que madame a subi plusieurs fausses couches avant de tomber à nouveau enceinte.
21 Merci aux tisf pour leur vive participation.
22 Rendez-vous au prochain numéro pour de nouvelles histoires…