La chanson des liserons
- Par Marie Bonnafé
Pages 180 à 181
Citer cet article
- BONNAFÉ, Marie,
- Bonnafé, Marie.
- Bonnafé, M.
https://doi.org/10.3917/spi.082.0180
Citer cet article
- Bonnafé, M.
- Bonnafé, Marie.
- BONNAFÉ, Marie,
https://doi.org/10.3917/spi.082.0180
Notes
-
[1]
Je voudrais remercier, pour l’inspiration de ce texte, toutes celles et ceux qui travaillent et ont travaillé avec a.c.c.e.s. depuis 1980 et jusqu’à présent, en particulier, Zaïma Hamnache et Evelio Cabrejo Parra. Sans oublier Lewis Carroll et Robert Desnos.
-
[2]
B. Vian, « Le déserteur », 1954.
-
[3]
R. Queneau, Les temps mêlés, Paris, Gallimard, 1941.
1 Monsieur le Président,
2 Je voudrais, moi aussi, demander une chose importante, mais il y a tant de brouhaha partout, on n’y voit plus très clair. Et vous avez l’air tellement occupé, difficile de savoir si vous aurez bien le temps d’y prêter attention ; vous pourriez en outre, par une lecture rapide, estimer que c’est une demande légère : un tout petit liseron.
3 Alors, j’ai choisi de vous envoyer une lettre,
4 Que vous lirez peut-être, si vous avez le temps [2]
5 Qui est aussi une chanson, que tout le monde chantera
6 N’en doutons pas
7 Dans le monde plus heureux de demain
8 Vous pourrez l’entendre à chaque coin de rue
9 « On ne veut pas la faire, la guerre contre les bébés. »
10 C’est la chanson des liserons
11 Car il faut que vous le sachiez,
12 moi non plus, je ne veux pas la faire, la guerre,
13 Comme le conscrit qui ne voulait pas partir
14 Je ne veux pas que les bébés, bien portants ou souffrants, soient abandonnés et malmenés.
15 Je ne veux pas y participer.
16 Ce que je veux, pour les bébés, cela va vous étonner, c’est qu’on leur chante des chansons
17 Et je veux qu’on leur lise des livres.
18 Voilà qui est bien curieux. Qu’est-ce qu’elle veut, celle-là ?
19 Plus de poésie… Mais ça ne sert à rien !
20 Peut-être, ça n’a pas l’air utile, comme ça
21 Mais voilà, ça n’a l’air de rien
22 Mais c’est quand même comme ça que lorsque l’on a grandi
23 On devient un grand lettré
24 En mangeant par les deux bouts
25 Des drôles de champignons, faits d’images et de poésie
26 Quand on est encore petit
27 Car ils le savent eux, les bébés, que c’est en lisant qu’on devient liseron [3]
28 Pour, tout simplement, mieux apprendre à lire
29 Quand on sera plus grand
30 Et aussi apprendre à devenir un tout petit peu poète
31 Et ça n’a pas l’air comme ça
32 Mais c’est très utile dans la vie
33 Même si beaucoup de gens
34 Ne l’ont pas encore compris
35 Et pour cela, les bébés, ils réclament de belles maisons, un peu partout,
36 Que les bébés appelleront
37 Des « liserons-thèques »
38 C’est simple, comme une jolie fleur, et ça ne coûte pas trop cher
39 Car ces maisons, elles existent déjà
40 Il suffit d’ouvrir la porte
41 À l’intérieur, il y a des gens qui les arrangent avec soin, les liserons
42 Et ils deviennent plus heureux, les liseronniers
43 Et les liseronnières
44 Car ils sortent de leurs rayons
45 De leurs belles Maisons-Liserons
46 Ils partent rencontrer
47 Dans les quartiers
48 Leurs frères et sœurs qui s’occupent des bébés
49 Qui sont tristes
50 Car eux non plus, ils ne veulent pas
51 Que l’on déclare la guerre
52 À des bébés malmenés
53 Alors ils vont leur proposer de liseronner
54 Ensemble avec les bébés
55 Qui demain deviendront
56 De grands lettrés
57 Monsieur le Président
58 Je termine ma lettre en vous embrassant
59 Car je ne suis pas un conscrit de vingt ans
60 Je porte la parole d’un tout petit enfant
61 Quand il deviendra grand
62 Il pourra lire tous les discours et propositions
63 Et il vous sera reconnaissant
64 ©Droits réservés