Vingt ans après...
Pages 7 à 12
Citer cet article
https://doi.org/10.3917/spi.079.0007
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Notes
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[1]
Donald Trump, candidat républicain à l’élection présidentielle américaine de novembre 2016, en parlant de sa femme Melania (Buzzfeed, 24.02.2016).
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[2]
Cette phrase existe dans le roman, mais dans sa forme inversée : « Tous pour un, un pour tous. » Elle n’est en outre prononcée que deux fois, et absolument pas utilisée à toute occasion comme nous voulons tous le croire.
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[3]
Qu’il faut ici remercier avec insistance, en particulier Marie-Françoise Dubois-Sacrispeyre, directrice, pour leur engagement si bienveillant, absolu, avec et auprès de nous – sans oublier toute l’équipe, administrative, commerciale, technique, correctrice, maquettiste...
« J’aime les enfants. Je veux dire,
je ne m’occupe pas d’eux.
Je paie et elle, elle s’en occupe. »
Donald Trump [1]
1 L’action se déroule en France. L’époque est à la Fronde, une période de troubles graves entre 1648 et 1653. Souvenez-vous, Louis xiv n’est encore qu’un enfant et le cardinal Mazarin régente le pays. Le mécontentement est général, trop d’impôts, trop de privilèges, famine, révolte populaire, révolte des nobles, des princes, guerre de Trente Ans, entre puissances européennes, tout part en quenouille, un avant-goût de Révolution française.
2 C’est le contexte que choisit Alexandre Dumas quand, succès oblige, il s’attelle en 1845 à la suite des Trois mousquetaires. Les quatre héros et amis, Athos, Porthos, Aramis et le célèbre jeune Gascon, impétueux et impécunieux, d’Artagnan, ont vieilli de vingt ans, et tout désormais les séparent, statut social, idées politiques, projets. Mais rien ne les empêchera, aventures, complots, combats et rebondissements romanesques, de se retrouver et de repartir ensemble vers de nouvelles aventures de cape et d’épée, qui ont marqué depuis des générations de jeunes lecteurs à travers le monde. La postérité des Trois mousquetaires, l’une des œuvres les plus traduites et lues à travers le monde, a d’ailleurs largement débordé le cadre de la littérature, pour devenir une allégorie de l’amitié, de la fraternité, de la loyauté, du courage et des idéaux, à l’instar du cultissime « Un pour tous ! Tous pour un ! », devise apocryphe [2] mais si emblématique.
3 Vingt ans après, que sont devenus les élans et les idéaux de Spirale, qui publiait, aux éditions érès [3], en frêle éclaireur d’une revue en gestation, au printemps 1996, son numéro zéro, sur le thème « Le bébé, les livres et la culture » ? Le numéro 1 s’affichait, en septembre 1996, sous son titre devenu depuis générique, « La grande aventure de Monsieur bébé ». Le numéro 79 paraît en septembre 2016, vingt ans après. Sous cet intitulé de couverture, « Est-ce vraiment si difficile d’élever les bébés ? », ce numéro anniversaire de la revue nous aidera-t-il à comprendre un peu mieux ce qui fait l’homme, l’humain et l’humanité ? Est-ce vraiment si difficile d’élever les bébés et de vivre ensemble dans un monde de paix ? Élever les enfants ? Mais alors avec cette idée de mouvement, de hauteur, une construction, un but, un projet : porter l’enfant vers l’avenir. Attention, dresser rime si vite avec redresser, corriger : façonné, l’enfant, normé, ritaliné, coaché. Attention aussi de ne pas lui attribuer le plus haut rang, un trône, le porter aux nues, le figurer idole : roi l’enfant, tyran domestique et seul liant de la famille. Élever. Lui accorder une place, sa place, le reconnaître, avoir confiance en lui. Élever. Aussi son cœur, son esprit, être là, présent, responsable, le porter vers la culture, les autres, lui donner des valeurs, le respect, la générosité, l’instruire de la vie, partager, parler. Élever. L’amener à son plein développement, lui donner les soins nécessaires à la formation et à l’épanouissement de sa personnalité.
4 En 1996, Spirale était une arabesque conquérante et nous étions passionnément portés par un vrai élan qui nous engageait tous, ceux qui ont pensé cette revue, ceux qui l’ont faite, éditée, imprimée, diffusée… et lue ! Nous avions le désir, puissant, de dire le bébé, sa famille, ses parents, ses soignants, ses accueillants, ses éducateurs, la société qu’il habitait et les lois, la culture, les représentations, les théories et les pratiques qui organisaient sa vie. Nous avions le souci de rappeler sans trêve que ce bébé érigé en Majesté, objet de mille soins, de prescriptions sans cesse renouvelées, d’un commerce prolifique, au nom d’une puériculture savante – que nous connaissions si bien puisque nous nous piquions de la transmettre au plus grand nombre –, n’est pas une personne comme les autres. Il a besoin, lui, des autres, un besoin infini, essentiel ; il est inscrit dans le désir, la relation et la parole, dès avant même sa naissance ; il traverse le monde et le temps, chargé d’histoires transgénérationnelles, habillé de secrets de famille, accompagné de ses proches et de tous ceux qui sont appelés à le côtoyer, l’élever, le soigner, l’accueillir, l’éduquer.
5 Vingt ans après, Spirale va toujours. Comme l’enfant, qui va sa vie, cette vie qui jamais n’est écrite par avance, jamais en ses gènes seuls, jamais en son milieu exclusif. Il est métis, l’enfant, toujours, de ce qui le constitue et de ce qu’il crée, invente et trouve. Cet enfant grandit donc. Il ne demeure pas un bébé à vie, un fœtus éternel. Il change et nous changeons aussi, à ses côtés. Nous grandissons. Spirale a changé aussi, évolué. La revue a vécu et s’est nourrie des transformations des connaissances, du savoir, et plus encore du monde dans lequel elle prend place.
6 Spirale, en 2016, ressemble-t-elle encore à Spirale de 1996 ? L’esprit est-il toujours là, fécond, qui réunissait équipes de soins (de néonatologie, de pédiatrie, d’obstétrique et de psychiatrie ou psychologie), d’accueil (de pouponnières en crèches, de relais d’assistantes maternelles en foyers), de la culture (bibliothécaires, libraires, artistes, créateurs, auteurs, illustrateurs), du juridique (éducateurs, juges, assistantes sociales...) ?
7 Nous voulons croire que si Spirale continue, même différemment – la revue s’est quand même payé quelque petit (grand ?) ménage de printemps en vingt ans, son format, sa couverture, sa maquette, sa charte graphique, son contenu ont évolué, son équipe de rédaction s’est étoffée –, c’est qu’elle est portée par les mêmes projets et élans. Spirale a refait Spirale, souvent, mais c’était, à chaque fois, pour proposer une meilleure revue, c’est-à-dire une revue que ses lecteurs, fidèles, reconnaîtront, rechercheront, apprécieront et recommanderont.
8 Une revue qui deviendrait votre média privilégié en périnatalité, pour informer, échanger, susciter du débat, en abordant tous les sujets qui vous permettent de réfléchir, d’anticiper, de comprendre et de partager les grands enjeux de la périnatalité du xxie siècle.
9 Dites-nous si nous y sommes parvenus, ou si nous nous sommes lamentablement manqués. Dites-nous ce que vous pensez de Spirale, ce que vous attendiez d’elle qu’elle ne vous a pas donné, ce que vous espérez encore, ce que vous ne lui pardonnez pas.
10 Parlez-nous d’elle, de vous, de nous.
11 En 2016, Spirale a donc 20 ans. Vous souvenez-vous de la célèbre phrase de Paul Nizan, qui ouvre son roman Aden Arabie : « J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie » ? Vous souvenez-vous qu’elle devint un des slogans des étudiants en Mai 68, de ceux qui clamaient « Ce n’est qu’un début, continuons le combat », « Fermons la télé. Ouvrons les yeux », « L’imagination au pouvoir », « Prenez vos désirs pour la réalité » ?
12 Alors je vous propose de garder l’esprit de Mai, qu’il soit encore et toujours l’esprit de Spirale. Soyons intelligents, engagés, émus et solidaires. Continuons à faire de cette revue une belle revue… et des vingt années à venir, de belles années. Il y a, vous en conviendrez, du boulot ! Alors mettons-nous au travail, ensemble. Spirale a besoin de vous, de vous tous, auteurs, lecteurs, professionnels, parents. Dites-nous ce que vous pensez de votre revue, ce que vous souhaitez qu’elle soit, qu’elle dise, qu’elle engage. Mettez-nous au défi, encouragez-nous, participez, écrivez, engagez-vous à nos côtés.
13 Spirale, vingt ans après, compte toujours sur vous.
14 Un pour tous, tous pour un…
15 Et il nous en manquera un, pour fêter dignement cet anniversaire de la revue. Jamais nous n’aurions imaginé les fêter sans lui… Le 6 juillet 2015, Jacky Israël (1948-2015) décédait, brusquement. Notre pédiatre, néonatologiste préféré, responsable de la rubrique « Quoi de neuf, docteur ? », était depuis 2003 un acteur actif, présent, dans tous les numéros de Spirale, à toutes les journées, à toutes les réunions. Il savait trouver les mots, simples, vrais, pour dire le tout-petit et sa famille. Cet anniversaire est aussi, et surtout, l’hommage que nous voulions rendre à Jacky, notre compagnon de route et de cœur.