Article de revue

Témoignage

Le (petit) coin

Léo, 17 ans

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Citer cet article


(2012). Le (petit) coin Léo, 17 ans. Spirale - La grande aventure de bébé, 62(2), 35-35. https://doi.org/10.3917/spi.062.0035.

« Le (petit) coin : Léo, 17 ans ». Spirale - La grande aventure de bébé, 2012/2 n° 62, 2012. p.35-35. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-spirale-2012-2-page-35?lang=fr.

2012. Le (petit) coin Léo, 17 ans. Spirale - La grande aventure de bébé, 2012/2 n° 62, p.35-35. DOI : 10.3917/spi.062.0035. URL : https://shs.cairn.info/revue-spirale-2012-2-page-35?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/spi.062.0035


1La première année de ma scolarité a sans aucun doute été la plus oppressante pour mon fragile esprit d’enfant. Pourquoi ? Parce que j’ai sûrement dû passer plus de temps « au coin » qu’en classe avec mes camarades.

2Cher coin, il était devenu mon compagnon de tous les jours et peu s’en fallut pour que l’on se reconnaisse tous deux, qu’on se salue et que l’on échange à force de tant de proximité. Je crois lui avoir même parlé quelquefois, mais je ne sais plus aujourd’hui s’il me répondait.

3Mais le pire, c’est que je n’avais aucune explication pour justifier mon exclusion, malheureusement quasi journalière. Ou peut ?être, avec un peu de recul, je peux admettre que je n’avais pas pleine conscience des « torts » qui me poussaient tout le temps « au coin ».

4La maîtresse, pour traiter mon sujet, avait toujours recours à cette même punition, d’où la haine que j’ai contractée et attisée envers elle durant mes années maternelle. Je me rappelle m’être moqué plusieurs fois parce qu’elle portait le même nom qu’une marque de toilettes célèbre qui équipait d’ailleurs l’école.

5De petit coin en coin, chacun, en quelque sorte, se débarrassait de l’autre à sa façon.

6C’était certes puéril, mais qu’est ?ce que ça soulageait de secouer juste un peu l’autorité scolaire et ainsi la mettre en position de faiblesse ! Je pense qu’elle n’appréciait ni mes propos ni mon comportement, et c’est sans doute pour cette raison que je crois sincèrement avoir passé plus de temps « au coin » que parmi mes camarades.

7En revanche, une fois, mon séjour au coin me fit vraiment travailler pour finalement m’éclairer. J’avais enfin commis une faute réelle qui devait être sanctionnée.

8J’avais un camarade de classe, mon meilleur ami. Ensemble nous avons fait les quatre cents coups dès la maternelle et, malheureusement pour beaucoup d’enseignants, un peu après également. Cette fois-ci, nous voulions tester notre audace et notre pouvoir de persuasion sur nos camarades.

9Par d’habiles arguments aussi convaincants que menaçants et une grande stratégie, nous avons réussi à persuader un élève, habituellement sage, de déféquer sur un ballon de l’école. Nous étions très satisfaits, et pour tout dire pleins d’orgueil que notre simple parole ait pu corrompre l’esprit de ce petit enfant.

10Le pauvre, s’étant évidemment fait prendre (il n’avait sans doute pas notre expérience de la fraude), a été convoqué avec ses parents et accusé de dégradation volontaire de matériel scolaire et d’acte portant atteinte à la pudeur. Enfin, c’est ce que j’imagine.

11Très vite la faute est retombée sur les seuls coupables : mon camarade et moi. Et nous avons passé l’après?midi au coin. Mais pour la première fois avec un vrai sourire : nous savions enfin à quoi servait la punition…


Date de mise en ligne : 10/12/2012

https://doi.org/10.3917/spi.062.0035