Document n°3. Le colloque transnational à Wroclaw les 25, 26 et 27 novembre 2009
Les ateliers franco-polonais d’échanges et de réflexions, lors du colloque à Wroclaw les 25, 26 et 27 novembre2009
Pages 194 à 200
Citer cet article
https://doi.org/10.3917/spec.009.0194
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Notes
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Ce passage (pp. 30-35) vient de la partie du rapport consacrée à la présentation des principaux apports du colloque organisé les 25 et 27 novembre 2009 à Wroclaw.
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http://accesalemploi.unblog.fr
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Malgorzata Kobierska (2004), Les Polonais et le référendum d’adhésion à l’union Européenne, in Outre Terre, Revue française de géopolitique, n°7, p.264.
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[4]
Castel, R. (1995), Les métamorphoses de la question sociale. Pour une chronique du salariat, Ed Fayard.
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[5]
Les femmes constituent 60 % de la population « sans emploi » en Pologne.
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[6]
Czernicka, K. (2002), La Silésie : passe minier, avenir incertain, Regard sur l’Est, n°29, avril-juin.
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[7]
G Dambuyant Wargny : juste avant d’accepter la recherche comparative pour l’association Amicale du Nid, j’ai mené deux recherches auprès d’un service d’AEMO pour examiner les pratiques des travailleurs sociaux et médico-sociaux en 2007 et 2008.
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[8]
Selon l’étude de Z. Izdebski et I. Konarska-Lecyk, 53 % des personnes interviewées ont défini le niveau de vie dans leurs familles comme très bon et bon, 35 % de « modestes » et seules 9,2 % ont parlé de « pauvreté ».
1,3 % ont été élevées dans les orphelinats. La majorité provenait de villes. Seulement 16 % étaient originaires de la campagne. En ce qui concerne le niveau de leur d’éducation : 53 % ont eu une formation primaire, 32 % un niveau d’études secondaires, 5,4 % un bac + 2 et 5 % le niveau licence et plus. Presque 60 % sont célibataires, 14 % mariées, 14,7 % divorcées, 8,3 % séparées et 3,8 % vivent en concubinage. Résultats de l’enquête nationale sur les motivations de femmes qui se prostituent. Op.cit In Wiadomosci in Mediarum, September 2003.
1 Ce document ne se réfère qu’à l’atelier traitant de l’insertion professionnelle parmi les cinq ateliers proposés pendant ce colloque
2 Mme Gisèle Dambuyant –Wargny, auteure du rapport, explique qu'un court voyage en Pologne un mois avant le colloque de novembre 2009 lui a permis de finaliser les interventions et d'approfondir ses connaissances sur les réalités de ce pays qu'elle connaissait peu.
3 Les échanges avec mes collègues universitaires polonais et les lectures scientifiques m’ont permis de préparer un des cinq ateliers que je co-animais avec Marie-Françoise Mériou sur l’insertion socio-professionnelle. Même si la thématique pouvait initialement apparaître pertinente, les échanges sur ce thème dans une approche comparative France-Pologne s’est avérée inefficace. En effet, il existe un trop grand décalage entre ces deux pays sur les prises en charge de ce public. Lors du colloque nous avons pu appréhender les difficultés pour reconnaître puis aborder les phénomènes prostitutionnels. Force est de constater, alors, que l’on est bien loin d’élaborer des processus de réinsertions possibles, qu’ils soient sociaux ou professionnels. En revanche, il fut très intéressant d’échanger nos réflexions sur les réalités différenciées de nos deux pays. Pour structurer nos échanges, j’avais proposé trois questions :
- la réalité du travail pour mieux comprendre d’éventuelles possibilités d’insertions et/ou de réinsertions professionnelles,
- les publics concernés par des relations prostitutionnelles,
- les accompagnements proposés à ces publics.
5 Qu’en est-il des débats et des analyses à retranscrire dans le cadre de ce rapport ?
1. Une prise en considération plus importante des contextes nationaux
6 Si on veut réfléchir, comme le proposait le colloque, aux portraits et représentations du phénomène prostitutionnel en France et en Pologne, on doit davantage prendre en compte toutes les réalités des pays concernés. Sans développer ici ce qu’il en est pour la France, examinons brièvement ce qu’il en est pour la Pologne.
7 Les spécialistes analysant les bouleversements de la société polonaise les définissent par « l’époque de transformation systémique », passant du « socialisme réel » vers l’économie libérale et le pluralisme politique. Sur le plan géopolitique cela se manifeste par la rentrée de la Pologne dans les structures de l’OTAN en 1999 et de l’Union Européenne en 2004. L’effondrement du communisme et l’installation des nouvelles structures organisatrices de sociétés de l’ancien Empire de l’Est est un processus complexe et multidimensionnel : économique, politique, sociale, culturel, psychologique, technologique. Cette « transformation systémique » est donc à analyser dans des bouleversements profonds plus ou moins bénéfiques.
8 Par exemple la situation économique de la Pologne, depuis l’effondrement du système communiste, est contrastée. Pendant la période de 1989 à 2000 la Pologne a été la première de l’ensemble postcommuniste à retrouver en 1995 son niveau de production d’avant la transition politique. De 1995 à 2000 le pays a également connu le taux de croissance le plus élevé de la région, soit 5,5 % par an en moyenne. En 2002 les investissements étrangers représentaient 6,7 % du PIB contre 3,1 % en 1998. Cependant, à la veille de l’intégration européenne du pays, la situation économique était inquiétante. La croissance s’est nettement ralentie (1,1 % en 2001 et 1,3 % en 2002) et le chômage s’est accru. [3]
9 Ces transformations ont eu des incidences importantes pour la population tant par des aspects positifs indéniables que par des aspects négatifs. Par exemple, on observe de véritables reculs sociaux, comme, par exemple : l’interdiction de l’avortement, autorisé auparavant. Selon une des participantes de l’atelier c’est la place de l’Eglise qui est devenue problématique : « on est de plus en plus dans un « état confessionnel » qui laisse peu de place à la liberté et à l’éducation surtout pour les enfants… Pour combattre la prostitution il faudrait par exemple qu’il existe des cours d’éducation sexuelle à l’école mais aujourd’hui c’est impossible ! ».
1.1 Les réalités de la valeur travail en France et en Pologne.
10 Sans détailler les réalités du marché de l’emploi en France, il semble que la valeur travail continue à rester centrale pour chaque individu qui désire une insertion durable [4]. Ceci semble identique dans de nombreux pays où le travail est synonyme de revenu mais n’est pas accessible à tous et où les richesses sont inégalement réparties.
11 En Pologne à présent la concentration du capital s’exprime par la polarisation riches/pauvres. Actuellement une petite poignée de 10 % des plus aisés consomme 55 % de la richesse nationale. Le taux de chômage a atteint 18,7 % en 2004 et 30 % dans certaines régions sinistrées du Nord et l’Est du pays. Ceci fut abordé par une des participantes de l’atelier : « le problème aujourd’hui c’est le travail et tous ces biens que l’on veut posséder, c’est la « culture de la consommation » ». Les institutions sociales sont moins nombreuses et moins spécialisées en Pologne qu’en France. Ainsi, il n’existe pas d’équivalence de la mission locale en Pologne. Des programmes « premier emploi » sont mis en place pour tous, diplômés ou non, qui permettent aux jeunes de percevoir 600 zlt (soit environ 150 euros) par mois pendant un an. En Pologne, comme en France, on doit questionner les représentations de la valeur travail et de sa rétribution surtout lorsqu’ils sont pénibles.
12 Selon des études sociologiques, la région Silésienne semble la plus touchée par le chômage et plus particulièrement pour les femmes [5]. La situation actuelle du marché du travail est tellement dramatique qu’une femme sans profession ou expérience, de la quarantaine n’a aucune chance de trouver un emploi. Parmi les propositions « honnêtes », elle peut chercher du travail au noir, faire des ménages, être une bonne à domicile, ou vendeuse. Mais l’argent qu’elle aura gagné ainsi ne lui suffira pas pour payer les factures, nourrir son mari et ses enfants. Une Silésienne, ex-femme de mineur, explique ainsi pourquoi elle se prostitue : « Avant, je travaillais comme vendeuse. Je gagnais 130 € et je recevais en plus 37 € d’allocations familiales pour mon gosse. Le montant de mon loyer est de 150 €. Maintenant, je gagne 1000 € et je peux entretenir ma fille, et ma sœur avec son enfant » [6].
13 Au final, en Pologne comme en France, les processus de paupérisation concernent surtout les jeunes et les femmes, qui connaissent alors davantage des réalités de marginalisation et de prostitution.
1.2. Les réalités prostitutionnelles en France et en Pologne.
14 En France, il existe trois catégories d’échanges sexuels : les échanges hétérosexuels, les échanges homosexuels et les échanges transsexuels. En Pologne, comme nous l’avons évoqué précédemment, il n’existe à priori pas de transsexuels et la réalité de la prostitution homosexuelle est niée et dissimulée. Qu’en est-il exactement pour ces personnes ? Quels témoignages et quels accompagnements médicaux, sociaux et psychologiques sont alors possibles dans ces contextes ?
15 En Pologne, l’attention est surtout dirigée envers les mineurs qui se prostituent et pour lesquels on priorise davantage leurs caractéristiques psychologiques : faible, perdu, en souffrance… que leurs contextes de vie. Ceci n’empêche pas de récriminer fortement les parents considérés responsables de telles déviances. Dans le cadre de ce rapport de recherche, il me semble important de souligner ces décalages dans nos pays sur la place accordée aux parents. Si en France, tout est mis en œuvre pour maintenir professionnellement la place et le rôle des parents, y compris maltraitant, par des soutiens à la parentalité [7], il semblerait qu’en Pologne ces parents soient moins réhabilités dans leurs capacités de « changements » dès lors qu’ils auraient par exemple « laissés » leurs enfants se livrer à des pratiques prostitutionnelles. Lors de l’atelier, une des participantes a souligné : « l’importance de ne plus faire jouer aucun rôle à ces parents ». Ceci pourrait sans doute expliquer en partie, le fait que dans le centre de redressement où elle intervient et qui accueille adolescents, seul un parent vient voir son enfant. Ces recherches, par ces échanges de pratiques et de réflexions, permettent de proposer des avancées. Car au-delà des informations nécessaires pour mieux se comprendre, ce sont des demandes de formations qui sont formulées entre ces deux pays pour mieux prendre en charge ces publics.
16 Ces derniers apparaissent plus stigmatisés en Pologne qu’en France. Il semble que la France soit plus « tolérante » que la Pologne. En séance plénière, Alicia Lisowska a évoqué les représentations de quatre groupes de population envers des jeunes connaissant ou ayant connu des parcours prostitutionnels : des jeunes du même âge, des habitants, des leaders politiques et enfin des salariés du secteur social ayant au moins dix ans d’ancienneté. Globalement il semble bien que ceux qui ont ou ont eu un parcours prostitutionnel soient souvent définitivement stigmatisés voire rejetés. Ceci a été encore plus fortement marqué dans l’atelier traitant de l’insertion professionnelle. L’après-midi, deux femmes Polonaises participaient aux débats. La première d’une quarantaine d’années évoquait la « mort sociale » pour tous ceux qui en passaient par là et y compris pour ceux qui avaient arrêté. Quant à la seconde âgée de 26 ans, et étudiante en travail social, elle n’envisageait pas pouvoir être amie avec un ou une de ces jeunes tant ils lui apparaissaient « déstructurés ».
17 Concernant les publics directement concernés par des actes de prostitution, il semblerait qu’en Pologne coexistent, davantage qu’en France, des nouvelles formes de prostitution par rapport à des formes plus traditionnelles. Ceci ne veut pas dire qu’il n’existe pas en France ces diverses formes et ces différents publics, mais leurs apparitions sont plus récentes en Pologne. Pour exemplifier ce propos, il convient d’évoquer certains débats de l’atelier. En Pologne depuis « toujours », il existe le long des routes des femmes dénommées par l’interprète de « TIReuses » en référence aux pratiques prostitutionnelles qu’elles ont avec les chauffeurs routiers internationaux.
18 Ces personnes sont présentées comme des femmes de plus de trente ans exerçant ces activités pour des motivations économiques. A cela coexiste et s’oppose une autre groupe « les galériennes » évoquées précédemment. Il s’agit ici de jeunes femmes de moins de trente ans qui semblent « motivées » dans ces pratiques par des raisons « culturelles ». Même si je ne partage pas ces analyses, notamment en termes de motivations respectives, on ne peut faire abstraction d’une plus grande visibilité, par exemple pour la prostitution homosexuelle, et de nouvelles formes de prostitution.
19 Celles-ci, analysées dans des bouleversements multidirectionnels, semblent avoir également contribuées à déstabiliser les repères et les normes de ce pays. L’enquête polonaise précédemment citée précise : « A la différence des années 1960-70, où dans la plupart de cas, les prostituées provenaient de milieux « pathologiques et socialement défavorisés », les origines socioprofessionnelles des prostituées polonaises de l’époque postcommuniste sont plus différenciées » [8]. Comment sont alors accompagnées ces personnes ? Comment sont prises en comptes les hétérogénéités de leurs parcours ?
1.3 Les accompagnements proposés à ces publics.
20 Une des différenciations fondamentales porte justement sur ces prises en charge de soutien ou/et d’accompagnements. En France, ils sont assurés par des bénévoles et des professionnels de l’action médico-sociale. Certaines associations, comme l’Amicale du Nid, n’engagent que des travailleurs sociaux pour assurer exclusivement des prises en charge professionnelles. En revanche, en Pologne, ce sont essentiellement des bénévoles qui assurent ces rôles. Quelles modifications cela pose-t-il en termes de soutien, de contrôle, mais aussi de possibilité d’insertion et/ou de réinsertion ? Il semble pourtant qu’en Pologne plus qu’en France, on différencie les prises en charge et les soutiens à proposer en fonction de l’âge des personnes. La prostitution des mineurs semble préoccuper davantage l’opinion publique que celle des majeurs.
21 Les enquêteurs de la Fondation pour la Pologne considèrent que 13 % de la population enfantine vit pratiquement dans la rue. Un tel cadre macroéconomique et social favorise l’émergence de situations pathologiques et criminelles, où l’enfant est victime d’exploitation économique et sexuelle. Les débats des cinq ateliers animés lors du colloque ont démontré les réalités et les limites des accompagnements sociaux auprès des personnes qui connaissent des parcours prostitutionnels. S’ils restent difficiles à effectuer autant par des blocages individuels que sociaux, ils n’en restent pas moins possibles. C’est alors tous les bénéfices des approches transnationales qui nécessitent à la fois de préciser chaque cadre de réflexions et d’interventions pour mieux les ajuster et mieux les dépasser.