Article de revue

Un observatoire social régional : la Mission d’information sur la pauvreté et l’exclusion

Pages 142 à 148

Citer cet article


  • Torck, A.-L.
(2014). Un observatoire social régional : la Mission d’information sur la pauvreté et l’exclusion. Spécificités, 6(1), 142-148. https://doi.org/10.3917/spec.006.0142.

  • Torck, Anne-Lise.
« Un observatoire social régional : la Mission d’information sur la pauvreté et l’exclusion ». Spécificités, 2014/1 n° 6, 2014. p.142-148. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-specificites-2014-1-page-142?lang=fr.

  • TORCK, Anne-Lise,
2014. Un observatoire social régional : la Mission d’information sur la pauvreté et l’exclusion. Spécificités, 2014/1 n° 6, p.142-148. DOI : 10.3917/spec.006.0142. URL : https://shs.cairn.info/revue-specificites-2014-1-page-142?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/spec.006.0142


1 L’Ile-de-France est un territoire où se cristallisent inégalités, difficultés sociales et situations d’exclusion. La spécificité et l’ampleur de ces phénomènes nécessitent, au niveau régional, une meilleure appréhension de ceux-ci par les acteurs et actrices intervenant auprès des populations fragilisées. En ce sens, la création, le 26 février 2001, de la Mission d’Information sur la Pauvreté et l’Exclusion Sociale (MIPES), et son inscription au Contrat de Plan 2000-2006, suite à un rapport du CRIES de 1997, sont l’expression d’une volonté commune de l’État et de la Région Ile-de-France de se doter d’une instance permanente d’échanges et d’observation ayant pour finalité une meilleure connaissance partagée des populations en situation de précarité et d’exclusion.

Les objectifs de la Mipes

2 S’inscrivant dans une démarche partenariale avec l’ensemble des acteurs (organismes sociaux, organisations humanitaires ou sociales, les collectivités territoriales, les services de l’État), la Mission se veut un outil d’aide à la décision publique nécessaire pour la Région Île-de-France, et les Directions régionales de l’État, à l’heure où les besoins de connaissances dans le domaine de la pauvreté et de l’exclusion sont de plus en plus prégnants, notamment du fait d’une sévère crise économique et sociale.

3 Pour ce faire, elle doit répondre à plusieurs objectifs :

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  • Rassembler, coordonner, valoriser et mettre en perspective les données statistiques, études et enquêtes menées sur la pauvreté et l’exclusion sociale.
  • Organiser une veille sociale afin de pouvoir percevoir les phénomènes émergents ou cumulatifs susceptibles de frapper certaines populations fragiles ou certains territoires franciliens.
  • Soutenir la réflexion de tous les acteurs et actrices impliqués dans les politiques favorisant l’insertion sociale ou professionnelle, en conduisant ou suscitant des études et recherches.
  • Apporter un appui méthodologique à la mise en œuvre d’observations locales qui pourraient être engagées par les départements et les collectivités locales, valoriser et diffuser les expérimentations réussies.
  • Développer des outils d’aide à la décision pour les pouvoirs publics.

5 La Mission s’entoure, pour la mise en œuvre de son programme de travail, de l’expérience des acteurs et actrices de terrain, ainsi que des compétences des services d’étude et de recherche existants en Ile-de-France.

Les outils de travail de la Mipes :

6 Animation de groupes de travail sur diverses thématiques. Les groupes de travail de la Mipes visent à mieux connaître les publics et leurs difficultés, mieux comprendre les processus menant à la précarité et appréhender les phénomènes émergents. La Mipes impulse et anime effectivement des Groupes de Travail thématiques où les compétences des acteurs institutionnels, des experts et des intervenants associatifs sont mobilisés afin de construire ensemble une réflexion commune. L’intérêt de ces groupes de travail se trouve également dans ce qu’ils permettent la rencontre et donc facilite le dialogue entre décideurs, producteurs de données et acteurs de terrain. Pour exemple la Mipes a animé en 2012, un groupe d’échanges partenarial sur le thème de la précarité des seniors. Ce groupe a axé ses réflexions sur deux publics : les migrants âgés et les aidants non professionnels. Le travail de ce groupe sur les aidants non professionnels a permis la réalisation d’un colloque, en octobre 2012. Ce colloque s’est inscrit dans le cadre de la Grande Cause régionale Sociale 2012, relative aux aidants des personnes âgées et/ou en situation de handicap. Il a donc permis le lancement d’un appel à projets sur ce même thème crucial de l’aide apportée aux aidants, par le Service développement social et santé au sein de cette la direction de la Région Ile-de-France. Ainsi, l’appel à projets et ce colloque s’inscrivent bien dans cette volonté régionale soulignée par la grande cause régionale de développer des projets pour accompagner les aidants qui se retrouvent souvent isolés, avec d’importants problèmes sociaux et de santé. De même, le travail du groupe femme et précarité a permis la réalisation d’un rapport d’analyse intitulé : « Le genre dans la prise en charge des personnes en situation de précarité », relatif aux conditions d’accueil en Centre d’hébergement et de réadaptation sociale, à partir d’enquêtes menées auprès des personnels d’une vingtaine de centres franciliens. La restitution des résultats des enquêtes menées par les membres de ce groupe s’est également faite au cours d’une matinée d’étude organisée par la Mipes le 23 mars 2012.

7 Le site internet www.mipes.org : ce site a été construit avec l’appui d’un groupe de réflexion réunissant des experts, représentants d’associations et d’institutions, membres du réseau de la Mipes.

8 Il rassemble une diversité d’informations :

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  • Les études en cours (issues des groupes de travail),
  • Les données statistiques relatives à la pauvreté et l’exclusion sociale en IDF (sur différents échelons),
  • Les publications de la Mipes (essentiellement des comptes rendus de colloques).

10 Il propose également une rubrique « À la Une » qui présente des actualités et expériences communiquées par le réseau de la Mipes. Enfin une entrée par thématiques (qui sont : Urgence sociale, Santé, Emploi-formation, Logement, Revenus, Regards et Culture en projet) propose des articles sur des sujets rédigés par le réseau. Ce nouveau site est ainsi le reflet du mode de fonctionnement participatif de la Mipes et ambitionne de devenir une plateforme d’échanges largement investie par les multiples acteurs œuvrant dans le domaine social sur le territoire de l’Ile-de-France. À travers son site internet, la Mipes souhaite valoriser les retours d’expériences conduites par exemple dans le champ de l’insertion économique et de l’économie sociale et solidaire.

Recueil statistique et indicateurs synthétiques

11 La Mipes mène aussi une veille quantitative des situations de pauvreté. Pour mener à bien cette veille, la Mission a créé un recueil statistique couvrant les différents domaines de vie et développe deux indicateurs synthétiques. La Mipes a donc élaboré un outil d’information statistique, fruit d’une collaboration entre différents partenaires. Ce recueil statistique réunit des données et analyses sur la pauvreté et l’exclusion sociale aux niveaux départemental et régional. Il constitue un outil de référence incontournable pour les acteurs sociaux. Pour rendre compte rapidement, grâce à l’ensemble très riche d’informations, de la situation sociale sur le territoire francilien, La MIPES a donc décidé dès 2005, à la demande du Conseil régional, d’explorer la piste des indicateurs synthétiques en matière sociale et humaine. En effet, la pauvreté aujourd’hui ne se définit plus seulement comme pauvreté monétaire, mais s’appréhende aussi voire surtout au regard des conditions de vie et plus largement par les notions de développement, de bien-être, ou encore de santé sociale. Or, le produit intérieur brut continue d’être l’indice phare du développement dans nos sociétés. C’est la raison pour laquelle la Région a souhaité mettre en place des outils d’analyse pertinents au niveau du territoire francilien qui participent de cette nouvelle grille de lecture : les indicateurs synthétiques,

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  • l’IDH2 (indicateur de développement humain adapté et régionalisé)
  • et l’ISSR (indicateur de santé sociale régionale).

13 C’est en 2007, à la demande de la MIPES, que l’IAU-RIF a travaillé à une tentative de régionalisation des indicateurs du PNUD notamment avec la régionalisation et l’adaptation de l’IDH2. Par la suite, ces travaux ont ouvert la piste à la création de l’ISSR. L’intérêt de l’ISSR est de mettre en parallèle différentes données ; il couvre sept thématiques (santé, logement, scolarité, emploi, revenus et minima sociaux, disparités territoriales, surendettement) et agrège douze variables. Il s’agit d’analyser si les faisceaux de données vont ou non dans le même sens, et de départager ce qui relève d’évolutions cycliques, de ce qui apparaît davantage comme une tendance de fond. Enfin, il permet de dégager les spécificités franciliennes par une comparaison avec ce qui se passe en France. L’indice de santé sociale régional (ISSR) se veut avant tout un indicateur d’alerte sur l’État de santé sociale de la Région en vue de s’assurer que son développement profite à tous les Franciliens. Mais si cet outil permet de rendre compte d’une situation complexe telle que la situation sociale régionale de l’Île-de-France, et de suivre son évolution sur une période assez longue, il ne permet pas de dégager les disparités entre les territoires et n’a donc pas pour ambition d’être un outil de mesure. L’IDH-2 apparaît plus adapté pour décrire les disparités sociales et leurs évolutions à un niveau géographique fin. Sa mise en œuvre relativement simple permet de le reproduire à différents niveaux géographiques (région, départements, communes) et de manière régulière dans le temps. En combinant les indicateurs de richesse, de santé, et d’éducation, il a pour ambition de mesurer non seulement des inégalités économiques, mais aussi une certaine forme de bien-être et de développement de la société. Cet indicateur a été repris par le Conseil régional pour catégoriser ses aides. En effet, dans un contexte de crise sociale aggravée par une crise économique non encore jugulée, il est impérieux de lutter contre les inégalités en optimisant l’aide régionale, en dirigeant les projets vers les secteurs ou territoires où leur caractère péréquateur et les effets de levier sont les plus importants. Le mécanisme de modulation des aides régionales a été restreint aux subventions en investissement compte tenu de la difficulté à « critériser » les aides en fonctionnement. Cette modulation a permis de mieux financer des projets implantés dans des zones en difficulté (avec un IDH-2 faible), et de moins financer les actions implantées dans des zones plus favorisées. La Région agit ainsi pour réduire les inégalités territoriales très fortes sur son territoire.

14 Il est cependant nécessaire de prendre certaines précautions pour effectuer cette analyse : la prise en compte de l’histoire de la commune permet de ne pas stigmatiser certains territoires. En outre, les mesures de l’État dans certains domaines comme l’éducation sont susceptibles d’influer sur les résultats de l’indicateur.

En conclusion

15 La Mipes joue un rôle de mise en cohérence régionale des données statistiques, de témoin des évolutions liées aux problématiques multidimensionnelles de la pauvreté, de croisement des regards et des expériences entre collectivités territoriales, associations, chercheurs et institutions publiques. Les travaux accomplis par la Mipes au cours de ces dix années lui ont conféré une légitimité croissante en tant que centre de ressources, espace d’échanges et de réflexion partagés, ou encore initiateur de recherches. La Mipes a pour objectif de produire une connaissance fine, préalable indispensable à la mise en place d’une politique publique tout en proposant des outils permettant à l’État et la Région de décider d’actions ciblées et efficaces pour lutter contre la pauvreté et l’exclusion.


Mots-clés éditeurs : exclusion, inégalités, pauvreté, précarité, territoires

Date de mise en ligne : 13/04/2015

https://doi.org/10.3917/spec.006.0142