Michel Anteby, L’École des patrons. Silence et morales d’entreprise à la Business School de Harvard
- Par Patrick Castel
Pages 227 à 230
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- CASTEL, Patrick,
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Dans son dernier livre, paru d’abord en 2013 aux Presses de l’université de Chicago, le sociologue Michel Anteby propose une analyse ethnographique d’une des plus prestigieuses écoles de commerce et de gestion, la Business School de Harvard. Les conditions dans lesquelles l’enquête a été conduite sont particulières. Professeur non titularisé de cette école au moment de l’enquête, l’auteur se fonde en grande partie sur sa propre expérience, retranscrite dans un journal de terrain, ce qui l’amène, à certains endroits du livre, à qualifier son enquête d’auto- ethnographie. Précisons d’emblée que cette démarche située est assumée, quoique contrainte en partie (nous y reviendrons), et réfléchie tout au long du livre – sans tomber néanmoins dans le piège de la « quête de soi » (Fine, 1999, cité par l’auteur). Elle n’obère ni la richesse du matériel recueilli ni celle de l’analyse.
Dans ce livre, on trouvera moins d’éléments sur les processus de formation des (grands) patrons que sur les processus d’intégration et de socialisation organisationnelles de ceux qui concourent à les former – ce qui est déjà passionnant. Nous verrons que ces processus tendent à entrer en contradiction avec des processus d’intégration d’ordre plus professionnel. La thèse substantive principale du livre est que « l’École défend une idéologie de la non-idéologie pour socialiser ses membres » (p. 6, souligné dans le texte), c’est-à-dire qu’elle refuse de défendre un « parti normatif unique » (idem). Cela se manifeste notamment dans les cas pédagogiques, qui ont fait la réputation de l’école : aucune conclusion ni objectif social à poursuivre n’y sont privilégiés…
Date de mise en ligne : 25/07/2017