Pratiques sportives et usages liquides
- Par Eguzki Urteaga
- et Juan Aldaz
Pages 147 à 157
Citer cet article
- URTEAGA, Eguzki
- et ALDAZ, Juan,
- Urteaga, Eguzki.
- et al.
- Urteaga, E.
- et Aldaz, J.
https://doi.org/10.3917/soc.120.0147
Citer cet article
- Urteaga, E.
- et Aldaz, J.
- Urteaga, Eguzki.
- et al.
- URTEAGA, Eguzki
- et ALDAZ, Juan,
https://doi.org/10.3917/soc.120.0147
Notes
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[*]
Universidad del País Vasco. E-mail : eguzki.urteaga@ehu.es.
-
[**]
Universidad del País Vasco. E-mail : juan.aldaz@ehu.es.
-
[1]
E. Dunning, El fenómeno deportivo. Estudios sociológicos en torno al deporte, la violencia y la civilización, Editorial Paidotribo, Barcelona, 2003, p. 11.
-
[2]
M. García Ferrando et al., Sociología del deporte, Alianza Editorial, Torrejón de Ardoz, 2005, p. 20.
-
[3]
J. E. Campillo, El mono obeso: la evolución humana y las enfermedades de la opulencia: diabetes, hipertensión, arteriosclerosis, Crítica, Barcelona, 2004.
-
[4]
S. N. Blair et al., “How much physical activity is good for health?” Annuary Review of Public Health, 1992, n° 13, p. 100.
-
[5]
J. Aldaz, La Práctica de Actividad Física y Deportiva (PAFYD) de la Población Adulta de Gipuzkoa como Hábito Líquido, Servicio Editorial de la Universidad del País Vasco, Bilbao, 2010, p. 61.
-
[6]
N. Elias & E. Dunning, Sport et civilisation. La violence maîtrisée, Fayard, Paris, 1994.
-
[7]
Z. Bauman, Liquid Modernity, Polity Press, Cambridge, 2000, pp. 11-12.
-
[8]
K. J. Gergen, El yo saturado: dilemas de identidad en el mundo contemporáneo, Paidós, Barcelona, 1992, pp. 26-27.
-
[9]
G. Lipovetsky, L’ère du vide : essais sur l’individualisme contemporain, Gallimard, Paris, 1983.
-
[10]
U. Beck & E. Beck Gernsheim, Individualisation: institutionalization individualism and its social and political consequences, Sage, London, 2003, p. 40.
-
[11]
AA.VV., Actas del Congreso Científico Olímpico 1992. Sociología del deporte, Junta de Andalucía-Unisport, Málaga, 1995, p. 35.
-
[12]
White paper on sport, Publications Office, Luxembourg, 2007, p. 2.
-
[13]
N. Puig & K. Heinemann, « El deporte en la perspectiva del siglo 2000 », in Papers, 1991, n° 38, p. 126.
-
[14]
Ibid., p. 125.
-
[15]
T. Luckmann, Teoría de la acción social, Paidós, Barcelona, 1996, p. 135.
-
[16]
Ibid., pp. 141-142.
-
[17]
E. González, Sociedad y Deporte: Análisis del deporte en la sociedad y su reflejo en los medios de comunicación en España, Universidad de la Coruña, La Coruña, 2003, p. 194.
-
[18]
Z. Bauman, Liquid Modernity, op. cit.
Introduction
1Le phénomène sportif a eu et continue à avoir une présence déterminante dans les sociétés modernes [1], comme le démontre l’attention que les médias prêtent régulièrement au sport : la quantité d’argent que l’on investit dans le sport ; le niveau de dépendance du sport vis-à-vis de la publicité ; l’implication croissante de l’État dans le sport, pour des raisons aussi diverses que le désir de combattre la violence des spectateurs, d’améliorer la santé publique et de renforcer l’identité nationale ; le nombre de personnes qui pratiquent régulièrement un sport ou assistent à des matchs comme spectateurs ; sans oublier ceux qui dépendent directement ou indirectement de lui. Il n’est pas incongru de penser que nous vivons dans des sociétés sportisées [2] compte tenu de l’énorme capacité qu’a manifesté le sport, surtout durant la seconde moitié du XXe siècle, à transformer les habitudes sociales et les exercices physiques traditionnels.
2De façon générale, les personnes sont des êtres constructeurs et en construction, de sorte que nous sommes en perpétuel mouvement et, par conséquent, en constante activité physique. Dans notre vie quotidienne, nous avons besoin de nous mouvoir et d’avoir une activité physique pour survivre. Comme le souligne le docteur Campillo [3], notre constitution génétique est identique à celle de nos ancêtres qui se voyaient contraints de se mouvoir afin de survivre. Étant des êtres conçus génétiquement pour être actifs, les êtres humains ont des difficultés à s’adapter au mode de vie sédentaire de la modernité [4].
3Mais, de quoi parle-t-on lorsque nous faisons allusion au sport ? La discussion académique à ce sujet s’articule principalement autour de la différenciation entre ce qui est caractéristique de la pratique sportive vis-à-vis d’autres pratiques sociales qui se situent dans le cadre de l’activité physique [5]. Ce qui ne fait aucun doute, c’est que nous nous trouvons devant une pratique sociale socio-historiquement définie [6].
Modernité liquide, société d’individus hyper(in)conscients
4Nous vivons dans une époque où les grands récits, basés sur des certitudes et des traditions solides, se sont effondrés et décomposés. Mais avec la particularité que cette dissolution a acquis une nouvelle signification [7] : « Les solides qui ont été soumis à la dissolution, et qui sont en train de fondre en ce moment, le moment de la modernité fluide, sont des liens entre les choix individuels et les projets et les actions collectives. » En ce sens, les individus contemporains sont traversés par deux processus sociaux qui, s’ils peuvent paraître contraires et spécifiques à notre époque, ne le sont nullement en réalité. Nous faisons référence aux processus de mondialisation et d’individualisation qui, dans le cadre spatiotemporel de l’existence des individus, donnent lieu à une société hyper(in)consciente.
Paramètres de la culture hyper(in)consciente de la modernité liquide
Paramètres de la culture hyper(in)consciente de la modernité liquide
5Le développement technologique, si caractéristique de la société globalisée, a des répercussions aussi bien sur les paramètres de l’expérience et la pratique des individus que sur le concept d’individu. Nous prenons progressivement conscience du fait que les objets dont nous parlons ne sont pas « dans le monde », mais qu’ils sont les produits de nos visions particulières [8]. De cette façon, les processus tels que l’émotion et la raison ne sont plus l’essence réelle et significative des personnes et se conçoivent comme des impostures qui résultent de notre mode de conceptualisation. Pour cette raison, les personnes existent dans un état de construction et de reconstruction continu, et chaque réalité du Je fait place au questionnement réflexif, à l’ironie et, en dernière instance, à la tentative de promouvoir une autre réalité sur un mode ludique.
6Ainsi, entre les individus et leur existence globale, et grâce au pouvoir multiplicateur de la médiation technologique qui est de façon incohérente un potentiel générateur de conscience globale, se crée une société glocale, c’est-à-dire une société à la fois globalement locale et localement globale. Globalement locale car nous sommes de plus en plus conscients du fait que nous partageons l’avenir de l’unique lieu qui se trouve à côté des constructions sociales historiques, et localement globale dans le sens où les pratiques des individus ressemblent de plus en plus à un processus d’acculturation croissante qui a pour résultat une culture globale partagée. De cette façon, la globalité et l’individualité sont les paramètres grâce auxquels se développent les pratiques des individus dans la modernité liquide.
7L’individualité a donné lieu à un grand nombre d’interprétations, dont celle de Lipovetsky. Dans son ouvrage intitulé L’ère du vide [9], cet auteur indique que « l’idéal moderne de subordination de l’individu aux règles rationnelles collectives a été pulvérisé » au profit de la valeur fondamentale de la réalisation personnelle. Cela est possible dans des sociétés comme la nôtre où l’individualisme a été érigé en valeur cardinale. Ainsi, « vivre librement sans répression, choisir librement le mode d’existence de chacun » est devenu le fait social et culturel le plus significatif de notre époque. Ainsi, la biographie ordinaire se transforme en biographie élective, réflexive et bricolée [10].
8L’on peut affirmer que l’un des aspects décisifs du processus d’individualisation est non seulement qu’il permet mais aussi qu’il exige une contribution active de la part des individus. À mesure que s’agrandit la gamme des options et qu’augmente la nécessité de choisir entre elles, croît la nécessité de réaliser individuellement des actions d’ajustement, de coordination et d’intégration. Afin de ne pas échouer, les individus doivent être capables de réaliser une planification à long terme, en reconnaissant les obstacles, en acceptant les défaites et en s’efforçant de trouver de nouvelles solutions. Ils nécessitent de l’initiative, de la ténacité, de la flexibilité et de la patience devant les échecs qui les guettent.
9C’est la raison pour laquelle, en plus de la conscience de l’existence globale des individus, l’on confère une conscience à l’individualité globalisée, c’est-à-dire que la conscience des individus est tiraillée entre deux forces qui peuvent paraître contradictoires, telles que l’individualité et la globalité de leur existence.
10Bette [11] résume l’influence du processus d’individualisation sur les personnes lorsqu’il affirme conférer une autonomie supérieure aux personnes face au poids croissant des institutions sociales qui marquaient traditionnellement le système de valeurs et de normes à respecter. Si ces dernières offraient une certaine sécurité, dans le sens où chaque individu ne devait pas prendre des décisions par lui-même, simultanément elles étaient beaucoup plus restrictives en ce qui concerne les libertés et les obligations individuelles. Ainsi, « la modernisation a fragilisé les statuts attribués, les positions sociales assignées et a pu transformer les biographies personnelles en un champ de bataille ».
La transformation du phénomène sportif
11Dans ce contexte, le phénomène sportif contemporain, compte tenu de sa diversification croissante, apparaît comme une réalité difficile à cerner. Le meilleur exemple en est la diversité des définitions du sport qui, loin de simplifier la tâche, complexifie le labeur dans la mesure où elles introduisent des nuances et des précisions qui n’apportent que peu d’éclaircissements. C’est pourquoi il convient de faire référence à la définition du sport qui figure dans le Livre Blanc sur le Sport de la Commission européenne [12] :
L’une des perspectives les plus constructives consiste à essayer de comprendre le sport comme un système social ouvert dans lequel se régénèrent de nouvelles pratiques et conceptions de celui-ci. Il n’existe pas un seul modèle explicatif qui réunisse les caractéristiques principales du sport, de sorte que, « si l’on prend en considération comme dimension constitutive la forme selon laquelle s’organisent les activités sportives, la manière selon laquelle elles se légitiment, les motivations des participants et les impacts qu’elles produisent, l’on peut suggérer quatre modèles qui configurent le sport contemporain : compétitif, expressif, instrumental et du spectacle [13]. » De fait, Puig et Heinemman [14] mettent en exergue la diversification comme tendance significative du système sportif contemporain. Ils insistent sur le fait que « le sport a cessé d’être un système autonome et s’est transformé en un système ouvert doté d’une faible identité propre et étroitement lié à d’autres systèmes, tels que l’économique, l’éducatif et le politique », ce qui pourrait être illustré de la façon suivante :« Une quelconque forme d’activité physique qui, à travers une participation organisée ou non, a pour objet l’expression et l’amélioration de la condition physique et psychique, le développement des relations sociales ou l’obtention de résultats partagés à tous les niveaux. »
La transformation dans le sport
La transformation dans le sport
12Nous pouvons regrouper les quatre modèles présentés par ces auteurs en trois grands ensembles selon le niveau d’institutionnalisation de la pratique sportive : 1) institutionnalisée, qui regroupe les modèles compétitif et spectaculaire, 2) semi-institutionnalisée, qui serait quasiment comparable au modèle expressif, 3) et para-institutionnalisée, qui rassemblerait, parmi d’autres modalités de pratique, celles réalisées de manière instrumentale.
13De façon analogue, cette dynamique pourrait être illustrée par un atome :
- Dans le noyau de l’atome se concentreraient les modalités sportives classiques et institutionnalisées : celles qui ont la plus grande répercussion médiatique et, en définitive, la plus grande reconnaissance sociale, et qui ne suscitent aucune discussion à propos de leur statut de pratique sportive. Il s’agit de tous les sports reconnus par le CIO et pratiqués de façon organisée et compétitive à tous les niveaux.
- Autour de l’atome, graviteraient des modalités sportives qui jouiraient d’un moindre niveau d’institutionnalisation : dans la zone la plus proche du noyau, se concentreraient les modalités sportives semi-institutionnalisées, qui regrouperaient toutes les pratiques physiques et sportives pratiquées de façon ludico-sportives, mais qui partagent les normes d’exécution des modalités sportives institutionnalisées.
- Dans les zones plus éloignées du noyau se trouveraient les modalités sportives para-institutionnalisées, c’est-à-dire toutes les modalités sportives de nouvelle création, à peine institutionnalisées ou institutionnalisées sans reconnaissance internationale : dans certains cas associées à des pratiques institutionnalisées, dans d’autres situées à la marge et parfois même contre celles-ci.
Métaphore atomique de la dynamique d’institutionnalisation de la pratique sportive
Métaphore atomique de la dynamique d’institutionnalisation de la pratique sportive
14Puisque le discours versatile et régénérateur du phénomène sportif se transforme en une diversité de formes sportives émergentes, nous nous trouvons dans l’obligation de reformuler continuellement de nouvelles perspectives classificatoires qui permettent d’étudier cette dynamique. De cette façon, la pratique sportive apparaît comme une réalité difficile à délimiter dans le sens où les limites sont poreuses et dynamiques si l’on se réfère au développement des différentes modalités sportives et à leurs usages historiques. Ainsi, les modalités sportives et le sens de la pratique sportive n’ont jamais été les mêmes et ne le seront pas davantage à l’avenir.
15Nonobstant, dans chaque période apparaît une réalité historique que nous qualifions de sportive. Mais, derrière cette réalité « naturelle » se cache une réalité historiquement construite qui occulte les relations de pouvoir qui ont comme résultat un ordre social déterminé. Ce processus d’institutionnalisation et de constitution des institutions part de la prémisse que la régulation des différents et importants processus de la vie se base sur la persistance [15]. Cela se produit car l’action sociale institutionnalise tout si les individus acceptent l’idée qu’il donne une solution aux problèmes vitaux. Par conséquent, les institutions peuvent se considérer comme des mémoires de l’action collective qui contiennent des souvenirs pouvant être énoncés de façon relativement aisée et qui organisent économiquement l’action sociale des individus en société [16], ce qui permet à l’individu de se défaire de la responsabilité d’avoir à trouver continuellement des solutions aux problèmes importants qui apparaissent au jour le jour.
Les habitudes sportives liquides
16Nous pouvons nous interroger sur le statut du changement dans cet ordre social, l’innovation des pratiques sociales, la génération de nouvelles pratiques et, en définitive, le conflit inhérent à l’existence de l’individu en société. Par rapport aux niveaux d’institutionnalisation de la pratique sportive, la pratique du skate permet d’en rendre compte, s’agissant d’une modalité qui s’efforce de trouver son espace via la pratique dans n’importe quel endroit. Devant une pratique para-institutionnalisée, qui se place généralement contre l’ordre établi, non seulement au sein des modalités sportives institutionnalisées et semi-institutionnalisées, mais au-delà dans l’ensemble de la société, se manifeste un conflit entre ceux qui prétendent l’incorporer à l’ordre établi et ceux qui prétendent la pratiquer dans le cadre des paramètres para-institutionnalisés. Les solutions urbanistiques qui s’efforcent de limiter les espaces pour la pratique de cette modalité sportive, en délimitant précisément les espaces de pratique de ce sport, en offrent un excellent exemple.
17En ce sens, derrière la supposée stabilité de la pratique sportive se cache une dynamique vivace. Cette reconstruction des habitudes sportives dans la modernité liquide se caractérise par trois processus significatifs reliés entre eux : 1) la technicisation, 2) l’acculturation, et 3) la reconstruction-réinstitutionnalisation. Ces trois processus sont reliés entre eux, de telle sorte qu’ils se rétro-alimentent en générant des pratiques sportives dans lesquelles elles se régénèrent elles-mêmes, de telle façon que, avec le temps, les propres dimensions de technicisation, d’acculturation ou de reconstruction-réinstitutionnalisation ne se produisent pas de la même façon. Nonobstant, ni les phénomènes de mondialisation et d’individualisation, ni les trois dimensions que nous considérons comme étant explicatives de la reconstruction de la pratique sportive dans la modernité liquide sont nouvelles.
- Le processus de technicisation a surdimensionné le sens des habitudes sportives aussi bien de façon intensive, puisqu’il peut générer une connaissance supérieure de la pratique sportive en augmentant ses possibilités sociales, qu’extensive car la possibilité de pratiquer une activité sportive concerne un nombre croissant de personnes.
- Le processus d’acculturation transparaît, principalement, dans la diffusion, la réception et les pratiques sportives mondiales. Le football en représente un exemple paradigmatique, comme le souligne Manuel Eduardo Gonzalez Ramallal [17].
- Le processus de reconstruction et l’institutionnalisation font référence à la continuité dans laquelle se construisent, se reconstruisent et, dans certains cas, s’institutionnalisent les différents types de pratiques sportives.
Dynamique de reconstruction-institutionnalisation des nouvelles habitudes sportives
Dynamique de reconstruction-institutionnalisation des nouvelles habitudes sportives
18Des exemples nous aident à voir de manière plus claire la relation existant entre la dynamique présentée ici, en ce qui concerne les pratiques sportives, et la société dans laquelle elles s’intègrent. Ainsi, les frontières entre ce que l’on définit comme habitudes sportives et ce qui ne l’est pas, perdent de leur netteté, ce qui implique leur constante redéfinition.
19Les nouvelles activités incorporées dans les jeux-vidéo et les techniques de gymnastique passive offrent un bon exemple de cette mutabilité permanente. Les nouvelles technologies, dont l’un des meilleurs exemples est celui des jeux vidéo interactifs, ont ouvert la voie à la reconstruction aussi bien de la pratique que du sens des habitudes sportives. Nous sommes passés d’une phase au cours de laquelle la pratique sportive devait se produire dans des espaces adéquats, généralement des espaces publics, à une phase où elle a investi de nouveaux espaces-temps. Ceux-ci, plus intimes et individualisés, incorporent de nouveaux sens aux pratiques sportives et rendent nécessaire la redéfinition du concept même de sport.
20L’exemple de la console Wii et, concrètement, de jeux tels que Wii Sport ou Wii Fit, nous oblige à revoir le sens même de ce que nous entendons par sport. Ce jeu transcende le sens de la virtualité des jeux vidéo traditionnels pour se transformer en une plate-forme pour une pratique qui doit être définie comme sportive. Les motivations peuvent être seulement ludiques, surtout en rapport avec le Wii Sport où, si une activité sportive est pratiquée, la motivation principale est celle d’un passe-temps.
21Ce jeu reconstruit le sens même des habitudes sportives, en transformant le « salon en gymnase pour toute la famille », en flexibilisant les temps et en les adaptant aux possibilités de tous les membres de la famille. Nonobstant, il convient de ne pas sous-estimer la médicalisation croissante de la vie quotidienne en ce sens que les personnes incorporent individuellement des catégories médicales avec lesquelles, en légitimant leurs pratiques comme pratiques positives pour la santé, est aussi favorisée une auto-responsabilité individualisée qui se transforme en une obligation quotidienne. Ce sens de l’auto-responsabilité [18] répond au grand processus de la société actuelle qui consiste à dissoudre et à confronter les contradictions systémiques à travers des procédés ou des solutions biographiques.
22De façon analogue, en revenant à l’idée de conscience de l’existence globale des individus, il faut indiquer que les pratiques sportives sont de plus en plus génératrices de conscience individuelle et, par conséquent, vecteurs de responsabilité individuelle. La réalité des pratiques sportives dans la modernité liquide est paradoxale jusqu’au point où les paramètres dans lesquels elles se configurent se construisent contre ou à partir de la négation des propres principes qui ont été à son origine. La gymnastique passive, également connue comme électro-stimulation, en est un bon exemple, puisque son leitmotiv pourrait se résumer à travers le slogan suivant : « faire du sport sans en faire ».
Conclusion
23Nous nous sommes efforcés d’indiquer les fondements d’une thèse selon laquelle les pratiques sportives sont des habitudes liquides. Nous nous trouvons devant une réalité sociale où la pratique sportive est devenue un mécanisme, y compris identitaire, à travers lequel les individus de la modernité liquide s’efforcent de donner un sens à leur existence dans un nouvel idéal de Mens sana in corpore sano, de sorte que la reconstruction-réinstitutionnalisation devienne un mécanisme qui tente de donner une réponse à une nécessité essentielle pour la pratique sportive selon la logique de l’Homo Impiger.
24En ce sens, le système sportif apparaît comme une espèce de réalité à partir de laquelle il est possible d’étudier les tendances qui traversent l’ensemble de la société et, par conséquent, les pratiques sociales contemporaines. De fait, la pratique sportive devient un paradigme explicatif de nombreux aspects des pratiques sociales contemporaines. Plus encore, le sport peut apparaître comme un espace propice au changement social à travers les valeurs positives qu’il peut véhiculer. Comprendre le système sportif, c’est, en définitive, comprendre la société dans son ensemble.
Bibliographie
- AA.VV., Actas del Congreso Científico Olímpico 1992. Sociología del deporte, Junta de Andalucía-Unisport, Málaga, 1995.
- Aldaz J., La Práctica de Actividad Física y Deportiva (PAFYD) de la Población Adulta de Gipuzkoa como Hábito Líquido, Servicio Editorial de la Universidad del País Vasco, Bilbao, 2010.
- Bauman Z., Liquid Modernity, Polity Press, Cambridge, 2000.
- Beck U. & Beck Gernsheim E., Individualisation: institutionalization individualism and its social and political consequences, Sage, London, 2003.
- Blair S. N. et al., “How much physical activity is good for health?” in Annuary Review of Public Health, 1992.
- Campillo J. E., El mono obeso: la evolución humana y las enfermedades de la opulencia: diabetes, hipertensión, arteriosclerosis, Crítica, Barcelona, 2004.
- Dunning E., El fenómeno deportivo. Estudios sociológicos en torno al deporte, la violencia y la civilización, Editorial Paidotribo, Barcelona, 2003.
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- Lipovetsky G., L’ère du vide : essais sur l’individualisme contemporain, Gallimard, Paris, 1983.
- Luckmann T., Teoría de la acción social, Paidós, Barcelona, 1996.
- Puig N. & Heinemann K., « El deporte en la perspectiva del siglo 2000 », in Papers, n° 38, 1991.
- White paper on sport, Publications Office, Luxembourg, 2007.
Mots-clés éditeurs : institutionnalisation, modernité liquide, pratiques sportives
Date de mise en ligne : 25/06/2013
https://doi.org/10.3917/soc.120.0147