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Article de revue

Activités sociologiques

Pages 129 à 130

Citer cet article


  • La Rocca, F.
(2012). Activités sociologiques. Sociétés, 118(4), 129-130. https://doi.org/10.3917/soc.118.0129.

  • La Rocca, Fabio.
« Activités sociologiques ». Sociétés, 2012/4 n°118, 2012. p.129-130. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-societes-2012-4-page-129?lang=fr.

  • LA ROCCA, Fabio,
2012. Activités sociologiques. Sociétés, 2012/4 n°118, p.129-130. DOI : 10.3917/soc.118.0129. URL : https://shs.cairn.info/revue-societes-2012-4-page-129?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/soc.118.0129


Notes

  • [1]
    http://crealisme.hautetfort.com.
  • [2]
    Voir à ce propos « Technomagie », Les Cahiers Européens de l’Imaginaire, n° 3, CNRS Éditions, Paris, 2011.

Luis de Miranda, L’art d’être libres au temps des automates, Max Milo, Paris, coll. « Essais-Documents », 2010, 222 p.

1Dans une sorte de livre enquête, le philosophe et romancier Luis de Miranda (fondateur du mouvement créaliste et du Créel [1]) nous propulse dans l’univers de l’ère numérique à travers l’exploration de l’histoire des révolutions informatiques en nous proposant une archéologie des nouveaux médias. Cette réflexion philosophique d’un trajet anthropologique de l’histoire humaine part de l’introduction des ordinateurs pour arriver à l’avènement du « social network » en formant ainsi un cadre de compréhension de ce monde actualisé, le XXIe siècle, par l’action de certaines de ses possibilités actuelles.

2Si l’humanité a toujours été numérique, pour l’auteur, la tendance du numérisme représente une vertu humaine nécessaire et les métamorphoses techniques, à partir de l’invention du transistor en 1947, font de nous des ordinateurs créalistes. Les machines, comme les ordinateurs, par exemple, sont des émanations de notre partie calculante (p. 28) ; il y a donc une harmonie entre l’homme et la technique. Le propre de l’homme alors est d’« être un ordinateur créaliste » (p. 31), il habite une Terre infinie et polysémique et il est « le grand Déterminator qui construit des mythes, qui architecte le réel » (p. 32). Il en résulte subséquemment que la Terre doit se considérer comme une œuvre d’art totale où, au XXIe siècle, l’homme ne sera plus maître et possesseur comme l’indiquait en son temps Descartes, mais plutôt « artiste de la Terre ». Luis de Miranda signale ainsi la naissance de ce nouveau paradigme qu’est le « créalisme », comme une forme de création commune à travers un parcours nous plongeant dans l’imaginaire technologique où l’on a l’impression de vivre, grâce à la technique, dans un environnement magique (techomagique dirons-nous [2]), immergés dans une nature cybernétique numérique (p. 85). Et c’est bien l’évolution de la nature qui est en jeu ici dans ce que l’auteur nomme une surnumérisation digitale contaminant notre vie quotidienne où nous vivons dans une nature « cybernétique numérique ». C’est bien cette nature qui va influencer notre quotidien dans lequel, en suivant l’auteur, on pourrait mettre l’accent sur cette « rébellion du cyborg » (p. 112) : c’est-à-dire considérer le cyborg comme une réalité sociale. Naturellement, dans le courant des révolutions technologiques et des conséquences logiques sur la sensibilité quotidienne, notre expérience vitale (que l’on pourrait définir à notre sens comme une expérience vitale numérique) est façonnée par les manières d’habiter le monde. De nos jours, nous habitons de plus en plus dans un paysage numérique qui se fusionne avec le territoire physique et urbain en donnant sens et structure à une forme habitative hybride où la sémantique de la paysagéologie du Web forme une spatialité singulière avec ses prolongements dans et par l’espace physique. Si, comme le dit de Miranda, « pour éprouver une expérience, il faut d’abord un lieu » (p. 130), alors on pourrait envisager que cette manière d’habiter hybride puisse être une réponse à la question de « bâtir un monde », là où tout un chacun devient, ou peut, ou doit redevenir, « architecte de nos espaces d’existence » (p. 173). Il y a ici la force de penser la persona numérique comme un centre d’action ou, comme dirait Bruno Latour (cité par de Miranda), un « acteur-réseau ». De cette manière nous nous insérons dans une logique où l’homme vit en communion avec les machines dans une homogénéité de base qui ne pense plus à travers une logique dualiste, binaire, de séparation mais plutôt à travers un rapport fusionnel de l’homme à ses machines, de l’homme à sa pluralité de mondes dont celui de l’expérience numérique. Une sorte de Dasein numérique, dirons-nous, est à l’ordre du jour ! Et cela fait écho aussi à cette considération de dépassement du monde dualiste et à cette mise en perspective du « cyberpunk créaliste » (p. 194) qui va vivre dans son corps le « théâtre du monde ». Belle expression celle-ci, qui nous indique le chemin de notre être « jouer », « spect-acteurs » de ce monde-ci, où l’homme comme animal technique continue à créer ses façons d’habiter, ou bien met en action sa capacité de « créer le réel » (p. 206). Une capacité faisant partie de l’action « créaliste » sur le Net qui, comme l’indique de Miranda (p. 214), est une action consistant à « propager et cocréer de nouvelles valeurs, de nouveaux concepts, de nouvelles manières de voir […] de construire un monde plus fluide, plus délicieusement monstrueux ». Donc plus « créel ».

3Cet ouvrage représente bien un voyage, dans une forme baroque, à l’intérieur des arcanes des terres numériques et machiniques, entre science et fiction dans une sorte de dialectique entre l’humain et le computer, afin de reproduire une perspective, un état d’esprit reposant sur la considération (qui n’est pas une révélation d’ailleurs) du monde comme notre création et de la terre comme œuvre d’art. Il s’agit, dans le fond, de repenser notre attitude par rapport aux machines et à la nature numérique en refusant la technophobie ambiante et, en particulier, en dépassant avec force cette obsessive vision dualiste (homme/nature ; nature/culture ; nature/technique) qui harcèle nos consciences et qui enferme nos esprits.


Date de mise en ligne : 21/01/2013

https://doi.org/10.3917/soc.118.0129