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Article de revue

Avant-propos

Ambiances quotidiennes

Pages 5 à 6

Citer cet article


  • La Rocca, F.,
  • Rafele, A.
  • et Susca, V.
(2011). Avant-propos Ambiances quotidiennes. Sociétés, 114(4), 5-6. https://doi.org/10.3917/soc.114.0005.

  • La Rocca, Fabio.,
  • et al.
« Avant-propos : Ambiances quotidiennes ». Sociétés, 2011/4 n°114, 2011. p.5-6. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-societes-2011-4-page-5?lang=fr.

  • LA ROCCA, Fabio,
  • RAFELE, Antonio
  • et SUSCA, Vincenzo,
2011. Avant-propos Ambiances quotidiennes. Sociétés, 2011/4 n°114, p.5-6. DOI : 10.3917/soc.114.0005. URL : https://shs.cairn.info/revue-societes-2011-4-page-5?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/soc.114.0005


... nous ne pénétrons le secret que si nous le retrouvons dans le quotidien, grâce à une optique dialectique reconnaissant que le quotidien est impénétrable et l’impénétrable quotidien.
Walter Benjamin, Rêves.

1Connaître et analyser les phénomènes sociaux revient inéluctablement à considérer tout ce qui enveloppe notre quotidien, sans rien exclure, même ce qui pourrait en apparence paraître anodin ou marginal comme les animations dans les rues, les différents phénomènes éphémères, les comportements ordinaires, les esthétiques sociétales, les rythmes de vie, les rêves collectifs... Autant d’« événements » qui, selon l’optique situationniste, constituent des prétextes pour créer des « situations » tout en montrant l’inessentiel, le banal et l’inutile, cette dimension vécue qui, loin d’être insignifiante, détermine, au contraire, notre « substance », notre manière de concevoir et d’expérimenter le temps présent. Un monde, multiforme et complexe, qui dessine une sorte d’esprit du temps, ce présentéisme ou intensité de l’instant cher à Michel Maffesoli.

2Ambiances quotidiennes est le résultat d’un cycle de séminaires conçu comme un laboratoire de présentations et de débats sur des aspects significatifs et pluriels de la vie quotidienne, selon l’acquisition d’un point de vue accordant précisément au banal une centralité épistémologique et expérientielle, en imaginant donc une étroite coïncidence entre ces deux termes, à savoir la mise en œuvre d’une raison sensible. Une modalité grâce à laquelle on peut sentir et « capter » les divers « impératifs atmosphériques » (Ortega y Gasset) caractérisant la vie sociale, autant d’ambiances à entendre non pas tant comme des circonstances passagères que comme une condition sine qua non de la propre existence.

3L’immersion dans les multiples facettes de la vie quotidienne est alors une action phénoménologique à même de saisir un monde à entendre, selon l’indication d’Heidegger, à la fois comme Ultwelt (monde ambiant) et comme Mitwelt (monde commun), ce monde « avec ». C’est sur des considérations d’ordre épistémologique que s’ouvre en effet ce numéro, en proposant la « déontologie présentéiste » de Maffesoli et la « compréhension revisitée » de Watier, deux contributions visant à repérer la nature du quotidien et ses modalités de compréhension. À ces considérations s’ensuit une série de réflexions analysant plus particulièrement les lieux, les mythes, les figures et les rituels où demeure la vitalité sociétale. Plus précisément, nous trouverons les « ritualisations contemporaines » (Jeffrey), les « petites histoires » et « anecdotes » (Renard), les « pores du réel médiatique » (Joron), les cas de Philippe Starck (Bauer) et de Kate Moss (Salmon), la mode et le star system (Attimonelli), ou encore la création de nouvelles formes de communion et « communalité » en cours dans la transfiguration du musée vers un « état gazeux » (Dubé). Enfin, des articles renverront au rapport entre métropole et habiter, comme la relation entre « technique et poétique » (Gamba) et le « sens du déracinement » (Giroux) dû à la vitesse et à l’accélération. À ceci s’ajoute la nouvelle perspective du « risque postmoderne » (Rabot), l’étude des sentiments tels que « colère et enragement » (Seca), et la caractéristique de l’immédiateté dans la « télétechnologie à l’époque du web » (Merlini).

4Les diverses expressions sensibles illustrées dans les pages qui suivent nous suggèrent d’envisager des ambiances caractéristiques de l’atmosphère contemporaine comme autant de fondements servant à comprendre les mutations en cours dans la société. Il s’agit, dans le fond, de mettre en pratique une manière d’être à l’écoute du temps que l’on vit, de respirer l’air du temps et de toucher les multiples nuages culturels s’insinuant sur la scène sociale.


Date de mise en ligne : 31/01/2012

https://doi.org/10.3917/soc.114.0005