Patrick AVRANE, Hériter. Une histoire de famille, Paris, PUF, 2022, 179 pages
Pages 204 à 205
Citer cet article
- SESÉ-LEGER, Sylvie,
- Sesé-Leger, Sylvie.
- Sesé-Leger, S.
https://doi.org/10.3917/sigila.051.0204
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- Sesé-Leger, S.
- Sesé-Leger, Sylvie.
- SESÉ-LEGER, Sylvie,
https://doi.org/10.3917/sigila.051.0204
1 Patrick Avrane aime raconter des histoires. Hériter est son quinzième ouvrage. Ses récits portent sur des sujets de société, tels Les Pères encombrants, Petite psychanalyse de l’argent, Les grands-parents, Les faits divers, Maisons, titre de son précédent livre, ou bien sur des aspects de la psychologie humaine, comme La gourmandise, Les Chagrins d’amour, Les Imposteurs.
2 Avec Hériter. Une histoire de famille, il s’appuie sur son expérience clinique, sur la littérature, le cinéma et les faits divers pour explorer ce que veut dire « le mort saisit le vif ». Par cette expression surprenante, l’héritage est défini comme une transmission. Ainsi, les biens du mort deviennent-ils la propriété d’un ou des héritiers de celui-ci.
3 De sa plume alerte, l’auteur fait pénétrer le lecteur dans la demeure du défunt qui révèle les secrets de son intimité, ses trésors personnels, lorsque des pans de son existence sont étalés au grand jour. Puis vient l’embarras, à l’heure de l’inventaire, destiné au notaire, et du partage entre héritiers qui ne va pas sans querelles de chiffonniers ou règlements de compte fratricides.
4 Si la loi en vigueur dans le pays s’applique au règlement de l’héritage, de la transmission des biens meubles et immeubles, non seulement elle n’a pas le pouvoir de contenir la haine et la jalousie mais parfois elle les attise à l’heure de la mort de l’ascendant. Recevoir un héritage suppose qu’un sujet a une place dans une généalogie. Ainsi découvrons-nous le rôle des généalogistes, ces fins limiers sur la trace d’héritiers en échange d’un pourcentage sur la succession.
5 Pour illustrer son propos, Patrick Avrane évoque notamment la saga des Thibault de Roger Martin du Gard, ou celle des Buddenbrook de Thomas Mann, mais également la scène burlesque des Fourberies de Scapin, et la folie meurtrière des héritiers dans La terre d’Émile Zola. L’auteur se réfère aussi à L’héritage de Guy de Maupassant, à Balzac et à son Eugénie Grandet, mais encore au roman d’Henry James, Washington Square.
6 Par ailleurs, il nous rappelle que toute l’histoire de France regorge de complots, pour favoriser tel ou tel héritier au trône.
7 Quant au cinéma, le maître des mystères enfouis, des désirs inavouables, c’est toujours Hitchcock. Dans « Complot de famille » il met en scène les successions avec chasseurs d’héritiers, qui s’ouvrent après un meurtre.
8 L’affaire Troadec est, elle, un sordide fait divers ayant entraîné le massacre d’une famille. Il repose sur le mirage de lingots d’or envolés qui auraient dû revenir à une héritière s’estimant flouée.
9 À travers ces différents exemples littéraires ou extraits de la vraie vie, ce livre démontre que l’héritage déchaîne les passions des vivants et qu’il nourrit toujours l’imagination des créateurs.