Compte rendu

Viviane Delpech. Viollet-le-Duc (1814-2014), villégiature et architecture domestique. postface de Jean-Michel Leniaud, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, « Architecture et urbanisme », 2016, 234 p., nombreuses illustrations en noir et blanc, et quelques planches couleur.

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  • Le Men, S.
(2020). Viviane Delpech. Viollet-le-Duc (1814-2014), villégiature et architecture domestique. postface de Jean-Michel Leniaud, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, « Architecture et urbanisme », 2016, 234 p., nombreuses illustrations en noir et blanc, et quelques planches couleur. Romantisme, 187(1), XI-XI. https://doi.org/10.3917/rom.187.0137k.

  • Le Men, Ségolène.
« Viviane Delpech. Viollet-le-Duc (1814-2014), villégiature et architecture domestique. postface de Jean-Michel Leniaud, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, “Architecture et urbanisme”, 2016, 234 p., nombreuses illustrations en noir et blanc, et quelques planches couleur. ». Romantisme, 2020/1 n° 187, 2020. p.XI-XI. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-romantisme-2020-1-page-XI?lang=fr.

  • LE MEN, Ségolène,
2020. Viviane Delpech. Viollet-le-Duc (1814-2014), villégiature et architecture domestique. postface de Jean-Michel Leniaud, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, « Architecture et urbanisme », 2016, 234 p., nombreuses illustrations en noir et blanc, et quelques planches couleur. Romantisme, 2020/1 n° 187, p.XI-XI. DOI : 10.3917/rom.187.0137k. URL : https://shs.cairn.info/revue-romantisme-2020-1-page-XI?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rom.187.0137k


1 Issu d’un colloque de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour qui s’est tenu les 9-10 octobre 2014, cet ouvrage collectif, qu’enrichit une iconographie inédite, aborde un pan de l’œuvre théorique et architectural de Viollet-le-Duc, celui de l’architecture civile, lié à la commande privée, et négligé par les spécialistes au profit de l’étude de ses réalisations publiques, à commencer par ses restaurations de cathédrales et par le grand chantier de Notre-Dame de Paris mené avec Lassus dès la seconde partie des années 1840. Il a été organisé par Viviane Delpech (auteur d’une passionnante monographie d’architecture qui débouche sur une histoire des sociabilités, du goût et des conditions économiques : Abbadia à Hendaye : le monument idéal d’Antoine d’Abbadie, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014, collection Art et Société – issu d’une thèse soutenue en 2012). Son article sur le château d’Abbadia situé près d’Hendaye se trouve au centre du recueil dont il constitue, pourrait-on dire, la clé de voûte. Il résume, par comparaison avec le chantier voisin du château de Roquetaillade, autre commande privée, la genèse et le déroulement, à partir de 1864, de ce vaste chantier architectural qui associa le nom d’Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879) à celui d’Edmond Duthoit (1837-1889), connu pour ses restaurations néogothiques en Picardie, dans une fastueuse commande privée proposée par un savant, Antoine d’Abbadie (1810-1897), explorateur des sources du Nil, géographe et ethnologue de l’Éthiopie, philologue basquisant, ainsi que son épouse Virginie, née Vincent de Saint-Bonnet (1828-1901). Toute l’imagination de l’architecte imprégnée d’observation naturaliste – comme dans le croquis du crocodile rampant, la gueule ouverte, sur le perron –, se déploie dans les dessins préparatoires aux sculptures ornementales réunis dans un album (repr. p. 158), qui composent un bestiaire comparable aux « bêtes d’amortissement » de Pierrefonds et d’Amiens, contrepoint civil aux gargouilles des cathédrales dont la plus célèbre est, sur la galerie des chimères, le Stryge.

2 Un premier ensemble d’articles s’intéresse aux textes, aux images et aux théories de Viollet-le-Duc. L’Histoire d’une maison, livre illustré pour enfants édité par Hetzel en 1873, dont le japonisme est analysé plus loin par Masatsugu Nishida, transmet le modèle social, individualiste et nucléaire, de la famille bourgeoise (Martin Bressani), auquel répond la distribution des pièces indiquée sur les plans des maisons construites par Viollet-le-Duc (Laurent Baridon). L’habitation médiévale, traduit en anglais (1879), exprime ses conceptions néo-gothiques que Falke fait connaître en Allemagne (1871), comme les planches d’ameublement de chambres de château du Dictionnaire raisonné du mobilier (Bance, 1858), véritable musée imaginaire néo-gothique (Eric Anderson). L’Histoire de l’habitation humaine depuis les temps préhistoriques jusqu’à nos jours chez Hetzel en 1875 puise à d’autres cultures, notamment asiatiques, et décrit, croquis à l’appui, les modèles d’ossature de bambou de la maison chinoise (Masatsugu Nishida).

3 Viennent ensuite quelques études de cas, parmi lesquelles le Palais Dobrée à Nantes, commandité par un riche collectionneur, resta inabouti (Claude Laroche) : outre les châteaux d’Abbadia et Roquetaillade, celui de Pupetières (Arnaud Timbert) recourt au style néo-gothique, auquel d’autres édifices renoncent, par exemple l’immeuble haussmannien qu’est la maison Milon, 15, rue de Douai (Andrea Serrau), ou le « château » Sabatier à Pierrefonds (1860-terminé vers 1864-65), demeure d’un magnat de la presse pour lequel Viollet-le-Duc préféra l’architecture de la première moitié du xvii e siècle (Jean-Paul Midant). L’intervention au domaine royal d’Eu représente, de 1874 à sa mort en 1879, le dernier chantier de l’architecte, qui y conçut aussi le chalet du jardinier, tout en briques, aux volumes simples sous un toit évasé (Charlotte de Bergh).

4 La dernière section, l’une des plus intéressantes du volume, traite de la diffusion internationale de l’architecture civile selon Viollet-le-Duc. L’architecture raisonnée de Benjamin Bucknall à Weedchester Mansion indique une filiation britannique, étayée par la diffusion du Dictionnaire, qui se prolonge dans d’autres réalisations (Gilles Maury). L’article très documenté de Susann Schlesinger sur les échanges et interactions avec l’Allemagne est passionnant. Après avoir rappelé que plusieurs architectes allemands ont étudié auprès de lui et souligné l’importance de la traduction de ses livres, elle analyse différentes manières d’assimiler les conceptions de Viollet-le-Duc : le voyage en France et la formation directe sur les chantiers du maître (pour Edwin Oppler, élève de Hase, qui intervient au château de Marienburg), et/ou la lecture de ses ouvrages (pour le même, à la Villa Cahn de Bonn, dont plusieurs éléments sont recopiés du Dictionnaire raisonné de l’architecture), l’envoi d’un disciple pour honorer une commande déclinée, lorsque Boeswillwald travaille au château de Braunfels en Hesse. Elle indique aussi que plusieurs élèves du grand architecte néogothique allemand de la période, Ungewitter, dont les livres étaient traduits à Paris par Morel, vinrent étudier chez Viollet-le-Duc. Alors qu’après Sedan, les échanges entre peintres des deux côtés du Rhin s’étaient interrompus, les architectes d’outre-Rhin reprennent leurs voyages dès 1872, ce qui prouve l’étroitesse des liens établis. Un dernier article présente l’héritage de Viollet-le-Duc chez Horta à Bruxelles (Jo Vandenbreeden) fondé notamment sur le rationalisme et le modèle de la nature, qui passe par une commune inspiration de l’art et de l’architecture japonais.

5 L’ouvrage fait ainsi ressortir la pluralité des approches de l’architecture de Viollet-le-Duc, jusqu’à la villa qu’il se construisit en Suisse à la fin de sa vie. Selon Jean-Michel Leniaud, l’encyclopédisme de la démarche architecturale explique cette grande variété d’habitats civils, de qualité.

6 Ségolène Le Men


Date de mise en ligne : 15/06/2020

https://doi.org/10.3917/rom.187.0137k