Article de revue

Limiter le pluralisme politique pour protéger la démocratie

Les paradoxes de la « démocratie militante »

Pages 633 à 656

Citer cet article


  • Aït-Aoudia, M.
(2024). Limiter le pluralisme politique pour protéger la démocratie Les paradoxes de la « démocratie militante » Revue française de science politique, 74(4), 633-656. https://doi.org/10.3917/rfsp.744.0633.

  • Aït-Aoudia, Myriam.
« Limiter le pluralisme politique pour protéger la démocratie : Les paradoxes de la “démocratie militante” ». Revue française de science politique, 2024/4 n° 74, 2024. p.633-656. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-revue-francaise-de-science-politique-2024-4-page-633?lang=fr.

  • AÏT-AOUDIA, Myriam,
2024. Limiter le pluralisme politique pour protéger la démocratie Les paradoxes de la « démocratie militante » Revue française de science politique, 2024/4 n° 74, p.633-656. DOI : 10.3917/rfsp.744.0633. URL : https://shs.cairn.info/revue-revue-francaise-de-science-politique-2024-4-page-633?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rfsp.744.0633


Notes

  • [1]
    Jan-Werner Müller, Difficile démocratie. Les idées politiques en Europe au xxe siècle, 1918-1989, trad. de l’anglais par F. Joly, Paris, Alma Éditeur, 2023, en particulier p. 17-19 et les chapitres 2 et 3.
  • [2]
    Marcus Llanque, « The Edges of Democracy : German, British and American Debates on the Dictatorial Challenges to Democracy in the Interwar Years », dans Jussi Kurunmäki, Jeppe Nevers, Henk TeVelde (dir.), Democracy in Modern Europe : A Conceptual History, Oxford/New York, Berghahn, 2018, p. 183.
  • [3]
    Pascal Laborier, Danny Trom, « La science politique allemande dans tous ses états. Controverses autour de la naissance d’une discipline entre enjeux théoriques, luttes de savoir et transferts culturels », Politix, 59, 2002, p. 33-66.
  • [4]
    Jean-François Kervégan, « Présentation », dans Jean-François Kervégan (dir.), Crise et pensée de la crise en droit. Weimar, sa république et ses juristes, Lyon, ENS Editions, 2002.
  • [5]
    Isabelle Aubert, Céline Jouin, « Présentation du dossier : trois juristes de gauche sous Weimar : Heller, Neumann, Kirchheimer », Jus Politicum. Revue de droit politique, 23, 2019, p. 4-11.
  • [6]
    Certains de ses travaux ont été traduits en français à la fin des années 1930 et au début des années 1950, dont trois dans la Revue française de science politique (en 1952 et 1953). Depuis lors, il a été largement ignoré par la littérature francophone à de rares exceptions près, nous y reviendrons.
  • [7]
    Ils se sont rencontrés à l’Université de Munich où Karl Loewenstein a soutenu sa thèse et a occupé son premier poste (Privatdozent). K. Loewenstein a fréquenté pendant ses études le « cercle Heidelberg » chez Max et Marianne Weber et il jouera un rôle actif dans la publication posthume des œuvres de Max Weber. Il lui consacrera ultérieurement un ouvrage sous le titre : Max Weber’s Political Ideas in the Perspective of Our Time, Amherst, University of Massachusetts Press, 1966.
  • [8]
    Il quittera l’Allemagne quelques semaines après la nomination d’Adolf Hitler à la tête du gouvernement le 30 janvier 1933. Pour des détails biographiques, voir Markus Lang, Karl Loewenstein. Transatlantischer Denker der Politik, Stuttgart, Franz Steiner Verlag, 2007 ; Kyle Graham, « The Refugee Jurist and American Law Schools, 1933-1941 », The American Journal of Comparative Law, 50 (1), 2002, p. 777-818.
  • [9]
    Seul Ben Blach y consacre un long développement dans Soldiers for Democracy : Karl Loewenstein, John H. Herz, Militant Democracy and the Defense of the Democratic State, Master of Arts, Department of History, Virginia Commonwealth University, 2013, https://scholarscompass.vcu.edu/
  • [10]
    Karl Loewenstein, « Autocracy versus Democracy in Contemporary Europe. I », American Political Science Review, 29 (4), 1935, p. 571-593, ici p. 571.
  • [11]
    La rédaction du premier article est achevée en avril 1935. L’auteur place dans la catégorie démocratie les pays suivants : Grande-Bretagne, État libre d’Irlande, France, Belgique, Pays-Bas, Suède, Norvège, Danemark, Finlande, Suisse et Tchécoslovaquie.
  • [12]
    Ibid., p. 578.
  • [13]
    K. Loewenstein, « Autocracy versus Democracy… I », art. cité, p. 571-572, italique ajouté.
  • [14]
    Karl Loewenstein, « Dictatorship and the German Constitution : 1933-1937 », The University of Chicago Law Review, 4 (4), 1937, p. 537-574 ; Id., « The Law in the Third Reich », The Yale Law Journal, 1936, 45 (5), 1936, p. 779-815.
  • [15]
    K. Loewenstein, « Autocracy versus Democracy… I », art. cité, p. 579.
  • [16]
    Ibid., p. 580.
  • [17]
    Ibid.
  • [18]
    Voir sur ce point nos développements dans l’introduction de ce dossier thématique.
  • [19]
    Karl Loewenstein, « Militant Democracy and Fundamental Rights, Part I », The American Political Science Review, 31 (3), 1937, p. 417-432, ici p. 423, italique ajouté.
  • [20]
    Karl Loewenstein, « Militant Democracy and Fundamental Rights, Part II », The American Political Science Review, 31 (4), 1937, p. 638-658, ici p. 653, italique ajouté.
  • [21]
    K. Loewenstein, « Militant Democracy… I », art. cité., p. 424.
  • [22]
    Bernard Lacroix, Jacques Lagroye (dir.), Le Président de la République. Usages et genèses d’une institution, Paris, Presses de Sciences Po, 1992, p. 7-12 ; Jacques Chevallier (dir.), Droit et politique, Paris, CURAPP, PUF, 1993.
  • [23]
    C’est le sens de son rejet de la « notion formelle d’égalité mécanique » : K. Loewenstein, « Le contrôle législatif de l’extrémisme politique dans les démocraties européennes », Revue du droit public, 1938, partie 1, p. 295-341, ici p. 312.
  • [24]
    K. Loewenstein, « Militant Democracy… II », art. cité., p. 760.
  • [25]
    L’auteur se concentre sur les milices du parti nazi (et celle du parti fasciste en Italie) davantage que celles de gauche. Pourtant en Allemagne, tous les partis « exhibent » leurs milices paramilitaires à l’instar du Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD), du Parti communiste d’Allemagne (KPD) et du Parti national populaire allemand (DNVP) : Johann Chapoutot, Le meurtre de Weimar, Paris, PUF, 2010.
  • [26]
    K. Loewenstein, « Autocracy versus Democracy… I », art. cité., p. 580-581.
  • [27]
    Ibid. Nous pouvons lire avec intérêt les reportages de Joseph Kessel correspondant en Allemagne en 1932 qui faisait état d’une « guerre civile latente » : Joseph Kessel, Les jours de l’aventure. Reportages 1930-1936, Paris, Tallandier, 2010.
  • [28]
    M. Llanque, « The Edges of Democracy … », art. cité, p. 184.
  • [29]
    Sandrine Baume, « Le Parlement face à ses adversaires. La réplique allemande au désenchantement dans l’entre-deux-guerres », Revue française de science politique, 56 (6), décembre 2006, p. 985-998, ici p. 988. Voir également Carlos Miguel Herrera, Théorie juridique et politique chez Hans Kelsen, Paris, Éditions Kimé, 1997, en particulier p. 85-100 ; p. 190-215.
  • [30]
    K. Loewenstein, « Autocracy versus Democracy… I », art. cit., p. 574.
  • [31]
    K. Loewenstein, « Autocracy versus Democracy… II », art. cit., p. 761.
  • [32]
    K. Loewenstein, « Autocracy versus Democracy… I », art. cit., p. 580.
  • [33]
    Ibid., p. 575.
  • [34]
    Ibid., p. 574.
  • [35]
    Ibid., p. 580.
  • [36]
    K. Loewenstein, « Militant Democracy… I », art. cit., p. 423.
  • [37]
    Ibid., p. 432.
  • [38]
    K. Loewenstein, « Militant Democracy… II », art. cit., p. 645-656.
  • [39]
    Karl Loewenstein, « Legislative Control of Political Extremism in European Democracies. Part I », Columbia Law Review, 38 (4), 1938, p. 561-622 ; Id., « Legislative Control… Part II », Columbia Law Review, 38 (5), 1938, p. 725-744. Les deux typologies sont peu ou prou identiques, les deux articles de 1938 approfondissent ceux de 1937. Nous citons dans notre article, la version française : Id., « Le contrôle législatif de l’extrémisme politique… 1 », art. cité ; partie 2, p. 516-541 et p. 702-757.
  • [40]
    K. Loewenstein, « Militant Democracy… II », art. cité, p. 651.
  • [41]
    K. Loewenstein, « Le contrôle législatif de l’extrémisme politique… 2 », art. cité, p. 718.
  • [42]
    Robert A. Kahn relève à juste titre que les formes de limitation de la liberté d’expression politique adoptées dans l’Europe de l’entre-deux-guerres et conceptualisées par Karl Loewenstein depuis son pays d’accueil ne sont pas ajustées à la culture politique étasunienne qui prône une défense primordiale de la liberté d’expression : Robert A. Kahn, « Why Do Europeans Ban Hate Speech ? A Debate Between Karl Loewenstein and Robert Post », Hofstra Law Review, 43 (3), 2013, p. 545-585. K. Loewenstein traite des particularités du libéralisme étasunien, voir « Le contrôle législatif de l’extrémisme politique… 2 », art. cité, p. 741-757.
  • [43]
    Herman Heller a, par exemple, également traité du paradoxe de la démocratie libérale et de la nécessité de « discipliner » les libertés démocratiques : Marcus Llanque, « Hermann Heller and the Republicanism in the Weimar Republic », Jus Politicum. Revue de droit politique, 23, 2019, p. 27.
  • [44]
    K. Loewenstein, « Militant Democracy… I », art. cité, p. 423.
  • [45]
    Augustin Simard, « L’échec de la constitution de Weimar et les origines de la “démocratie militante” en RFA », Jus Politicum. Revue de droit politique, 1, 2008. Dans le même sens, voir Augustin Berthout, « Couler le pavillon, pour sauver le navire ? Le juge constitutionnel et la légitimation de l’interdiction des partis politiques. Étude comparée de l’Allemagne et de l’Espagne », Annuaire international de justice constitutionnelle, 33, 2017, p. 625 et suiv.
  • [46]
    K. Loewenstein, « Autocracy versus Democracy… I », art. cité, p. 575 et suiv.
  • [47]
    Max Weber, Économie et société. Tome 1 : Les catégories de la sociologie, trad. de l’allemand par J. Freund, P. Kamnitzer, P. Bertrand, É. de Dampierre, J. Maillard et J. Chavy, Paris, Plon, 1995, p. 29-36 ; p. 55-57.
  • [48]
    K. Loewenstein, « Militant Democracy… I », art. cité, p. 422-423. L’auteur insiste sur la dimension « émotionnelle » de la mobilisation fasciste. Là encore pointe l’empreinte de Max Weber.
  • [49]
    Ibid., p. 428-429.
  • [50]
    Ibid., p. 432.
  • [51]
    K. Loewenstein, « Autocracy versus Democracy… I », art. cité, p. 571.
  • [52]
    Sur la critique du « legal positivism » par Loewenstein, voir M. Lang, « Lost in Translation ? German and American Jurisprudence and Political Science, 1920-1950 », Working Paper, n.d., p. 8-9.
  • [53]
    K. Loewenstein, « Militant Democracy… I », art. cité, p. 424.
  • [54]
    K. Loewenstein, « Les systèmes, les idéologies, les institutions politiques et le problème de leur diffusion », Revue française de science politique, 3 (4), octobre-décembre 1953, p. 677-698.
  • [55]
    Olivier Beaud, « Légalité et légitimité : la lutte de Carl Schmitt contre la république de Weimar et sa défense d’une “contre-constitution” allemande », dans Jean-François Kervégan (dir.), Crise et pensée de la crise en droit. Weimar, sa république et ses juristes, Lyon, ENS Éditions, 2002, p. 1-15.
  • [56]
    K. Loewenstein, « L’influence des idéologies sur les changements politiques », Bulletin international des sciences sociales (Actes du 2e Congrès international de science politique [AISP], La Haye, 1952), 5 (1), 1953, p. 64-65.
  • [57]
    Stephen Kalberg, « L’influence passée et présente des “visions du monde”. L’analyse wébérienne d’un concept sociologique négligé », Revue du Mauss, 30 (2), 2007, p. 321-352. L’auteur propose une analyse de cette notion « disséminée » dans l’œuvre de Max Weber et peu traitée par ses commentateurs.
  • [58]
    Ibid., p. 347-349.
  • [59]
    Ces aspects sont développés dans K. Loewenstein, « The Law in the Third Reich », art. cité, notamment p. 779-785.
  • [60]
    Augustin Simard, « La raison d’État constitutionnelle. Weimar et la défense de la démocratie chez les juristes allemands émigrés », Revue canadienne de science politique, 45 (1), 2012, p. 163-184, ici p. 179.
  • [61]
    Carlo Invernizzi Accetti, Ian Zuckerman, « What’s Wrong with Militant Democracy ? », Political Studies, 65 (1), 2016, p. 182-199, ici p. 184 et suiv.
  • [62]
    K. Loewenstein, « Militant Democracy… II », art. cité, p. 657 ; Id., « Le contrôle législatif de l’extrémisme politique… 1 », p. 318 ; Id., « Le contrôle législatif de l’extrémisme politique… 2 », art. cité, p. 752.
  • [63]
    Pour une revue critique de la littérature des nouvelles formes d’autoritarisme, voir l’introduction de ce dossier.
  • [64]
    K. Loewenstein, « Militant Democracy… II », art. cité, p. 646.
  • [65]
    K. Loewenstein, « Le contrôle législatif de l’extrémisme politique … 1 », art. cité, p. 295.
  • [66]
    Ibid., p. 313 et p. 317.
  • [67]
    Ibid., p. 319.
  • [68]
    Sur le rôle déterminant des cours constitutionnelles, voir Jan-Werner Müller, « Militant Democracy », dans Michel Rosenfeld, Andras Sajo (dir.), The Oxford Handbook of Comparative Constitutional Law, Oxford, Oxford University Press, 2012, p. 1253-1269.
  • [69]
    Juan J. Linz, « An Authoritarian Regime : The Case of Spain », dans Erik Allardt, Yrjö Littunen (dir.), Cleavages, Ideologies, and Party Systems : Contributions to Comparative Political Sociology, Helsinki, The Academic Bookstore, 1964, p. 292-341.
  • [70]
    Pour une première discussion de ce dialogue à partir d’une étude de cas, nous nous permettons de renvoyer à Myriam Aït-Aoudia, « Pluralisme limité ou démocratie militante ? Leçons du cas algérien », dans Pascal Bonnard, Dorota Dakowska, Boris Gobille (dir.), Faire, défaire la démocratie. De Moscou, Bogota et Téhéran au Conseil de l’Europe, Paris, Karthala, 2021, p. 271-295.
  • [71]
    Juan J. Linz, « L’effondrement de la démocratie, autoritarisme et totalitarisme dans l’entre-deux-guerres », Revue internationale de politique comparée, 11 (4), 2004, p. 531-586 ; Juan J. Linz, Alfred Stepan (dir.), The Breakdown of Democratic Regimes, Baltimore, John Hopkins University Press, 1978.
  • [72]
    J. J. Linz, « An Authoritarian Regime… », art cité, p. 300.
  • [73]
    Ibid., p. 297 et p. 301.
  • [74]
    Ibid., p. 298.
  • [75]
    Juan J. Linz, Régimes totalitaires et autoritaires, trad. de l’anglais par M.-S. Darviche, W. Genieys et G. Hermet, Paris, Armand Colin, 2006, p. 28-29.
  • [76]
    Ibid.
  • [77]
    La conceptualisation proposée au début des années 1960 avait pour but de consolider cette catégorie de régime non démocratique qui n’était pour autant pas moniste comme l’est le totalitarisme.
  • [78]
    K. Loewenstein, « Le contrôle législatif de l’extrémisme politique… I », art. cité, p. 324.
  • [79]
    Sur un cas de détournement à des fins autoritaires du pluralisme électoral, voir la contribution, dans ce dossier, de Clémentine Fauconnier sur la Russie.
  • [80]
    K. Loewenstein, « Militant Democracy… II », art. cité, p. 658.
  • [81]
    Ben Blach, Soldiers for Democracy…, op. cit., p. 51 et suiv. ; Markus Lang, « Karl Loewenstein from Public Law to Political Science », dans Axel Fair-Schulz, Mario Kessler (dir.), German Scholars in Exile : New Studies in Intellectual History, Plymouth, Lexington Books, 2011, p. 19-50.
  • [82]
    Afshin Ellian, Bastiaan Rijpkema (dir), Militant Democracy : Political Science, Law and Philosophy, Berlin, Springer, 2018 ; Samuel Issacharoff, Fragile Democracies : Contested Power in the Area of Constitutional Courts, Cambridge, Cambridge University Press, 2015 ; Alexander S. Kirshner, A Theory of Militant Democracy : The Ethics of Combatting Political Extremism, New Haven, Yale University Press, 2014 ; Gelijn Molier, Ashfin Ellian (dir.), The State of Exception and Militant Democracy in a Time of Terror, Dordrecht, Republic of Letters Publishing, 2012 ; András Sajó (dir.), Militant Democracy, Utrecht, Eleven International Publishing, 2004.
  • [83]
    Sur la démocratie militante allemande, ses filiations et son évolution, voir Markus Thiel, « Germany », dans Markus Thiel (dir.), The “Militant Democracy” Principle in Modern Democracies, Londres, Routledge, 2009, p. 109-146 ; Augustin Simard, « L’échec de la constitution de Weimar… », art. cité.
  • [84]
    Sur la comparaison entre les cas allemand et espagnol, voir A. Berthout, « Couler le pavillon… », art. cité, p. 603-630 ; voir également Angela Bourne, « Why Ban Batasuna ? Terrorism, Political Parties and Democracy », Comparative European Politics, 13 (3), 2015, p. 325-244.
  • [85]
    On peut également mentionner le cas israélien : Ami Pedehzur, The Israeli Response to Jewish Extremism and Violence : Defending Democracy, Manchester, Manchester University Press, 2002 ; Sharon Weinblum, « Disqualifying Political Parties and “Defending Democracy” in Israel », Constellations, 2 (2), 2015, p. 314-325.
  • [86]
    Voir Giovanni Capoccia qui discute notamment les hypothèses explicatives de la variété des cas nationaux, « Militant Democracy : The Institutional Bases of Democratic Self-Preservation », The Annual Review of Law and Social Science, 9, 2013, p. 207-226.
  • [87]
    Gur Bligh, « Defending Democracy : A New Understanding of the Party-Banning Phenomenon », Vanderbilt Journal of Transnational Law, 46, 2013, p. 1321-1379.
  • [88]
    Angela Bourne, Democratic Dilemmas : Why Democracies Ban Political Parties, Londres, Routledge, 2020 ; Svetlana Tyulkina, Militant Democracy : Undemocratic Political Parties and Beyond, Londres, Routledge, 2015 ; Nancy Rosenblum, « Banning Parties : Religious and Ethnic Partisanship in Multicultural Democracies », Law and Ethics of Human Rights, 1 (1), 2007, p. 16-75 ; Yigal Mersel, « The Dissolution of Political Parties : The Problem of Internal Democracy », International Journal of Constitutional Law, 4 (1), 2006, p. 84-113 ; Peter Niesen, « Anti-Extremism, Negative Republicanism, Civic Society : Three Paradigms for Banning Political Parties », German Law Review [En ligne], 3 (7), 2002, https://doi.org/10.1017/S2071832200015157
  • [89]
    Christian Nadau, « Libéralisme, pluralisme et démocratie. Le débat contemporain de Berlin à Estlund », dans Gilles Kevorkian (dir.), Histoire du libéralisme, Paris, Ellipses, 2010, p. 241-254.
  • [90]
    John Locke, Lettre sur la tolérance, Paris, PUF, 2006.
  • [91]
    Voir le « paradoxe de la tolérance » formulé par Karl Popper dans son ouvrage majeur rédigé en exil pendant la Seconde Guerre mondiale : La société ouverte et ses ennemis. Tome 1 : L’ascendant de Platon, Paris, Points Essais, 2018.
  • [92]
    En philosophie politique, le champ d’étude sur la tolérance est immense. Dans le cadre de cet article, il serait irréaliste d’en présenter les lignes de débats.
  • [93]
    Raphaël Cohen-Almagor (dir.), Liberal Democracy and the Limits of Tolerance : Essays in Honor and Memory of Yitzhak Rabin, An Arbor, University of Michigan Press, 2000 ; Bastiaan Rijpkema, Militant Democracy : The Limits of Democratic Tolerance, New York, Routledge, 2018.
  • [94]
    Gregory H. Fox, Georg Nolte, « Intolerant Democracies », Harvard International Law Journal, 36 (1), 1995, p. 1-70, ici p. 6.
  • [95]
    Plus largement, les cultures nationales et les courants philosophiques divergent considérablement à propos de la tolérance à l’égard des « discours de haine ». Comme le montre Charles Girard, la nature, les conditions et les limites de la libertés d’expression donnent lieu à une pluralité d’interprétation : C. Girard, « La liberté d’expression : état des questions », Raisons politiques, 63, 2016, p. 13-33.
  • [96]
    G. H. Nolte, G. Nolte, art. cité, p. 21-38.
  • [97]
    Jan-Werner Müller, Qu’est-ce que le populisme ?, trad. de l’allemand par F. Joly, Paris, Gallimard, 2018, en particulier le chapitre 3, « De la manière des démocrates de se confronter au populisme ».
  • [98]
    Fareed Zakaria, « De la démocratie illibérale », Le Débat, 99 (2), 1998, p. 17-26.
  • [99]
    Angela Bourne, Bastiaan Rijpkema, « Militant Democracy, Populism, Illiberalism : New Challengers and New Challenges », European Constitutional Law Review, 18 (3), 2022, p. 375-384 ; Angela Bourne, Tore Vincents Olsen, « Tolerant and Intolerant Responses to Populist Parties : Who Does What, When and Why ? », Comparative European Politics, 21 (6), 2023, p. 725-741.
  • [100]
    Sur la conceptualisation originelle de Carl Schmitt et la façon dont elle peut éclairer les débats contemporains, voir la contribution de Gwendal Châton dans ce dossier.
  • [101]
    Mentionnons ici deux positions contrastées : Yasha Mounk (Le peuple contre la démocratie, Paris, Éditions de l’Observatoire, 2018) soutient qu’il existe deux types de démocratie et établit une distinction entre le principe démocratique reposant sur l’élection pluraliste libre et les principes du libéralisme, tout en reconnaissant un risque de bascule des « démocraties illibérales » vers l’autoritarisme. Pour Jan-Werner Müller en revanche (Qu’est-ce que le populisme ?, op. cit.), une démocratie ne peut être illibérale car le libéralisme constitue un critère intrinsèque de ce type de régime. Voir également Gildas Renou, « Avant-propos. Les droits contre le peuple ? Illibéralismes, populismes et anti-pluralismes en Europe », Civitas Europa, 47, 2021, p. 7-21.
  • [102]
    Angela Bourne, Tore Vincents Olsen, « Tolerant and Intolerant Responses to Populist Parties… », art. cité, p. 727.
  • [103]
    Sur les entraves à l’État de droit libéral en Hongrie depuis l’accession au pouvoir de Viktor Orbán en 2010, les entorses au caractère équitable de la compétition électorale et les enjeux tant politiques qu’académiques de la catégorisation « démocratie illibérale », voir la contribution de Laure Neumayer dans ce dossier.
  • [104]
    Ce champ de recherche est foisonnant et des lignes de clivages apparaissent à propos de l’(in)existence d’une causalité mécanique entre inclusion à la sphère politico-institutionnelle et modération ; des facteurs conduisant à la modération ; de la définition et des types de modération (idéologique et comportementale ou tactique) et de radicalisation. Voir Jillian Schwedler, « Can Islamists Become Moderates ? Rethinking the Inclusion-Moderation Hypothesis », World Politics, 63 (2), 2011, p. 347-376 ; Janine Clark, « The Conditions of Islamist Moderation : Unpacking Cross-Ideological Cooperation in Jordan », International Journal of Middle East Studies, 38 (4), 2006, p. 539-560 ; Suveyda Karakaya, A. Kadir Yildirim, « Islamist Moderation in Perspective : Comparative Analysis of the Moderation of Islamist and Western Communist Parties », Democratization, 20 (7), 2013, p. 1322-1347. La recherche française s’empare depuis peu de cette théorie : Alia Gana, « Introduction. L’intégration politique des islamistes. Perspective critique de la thèse de “l’inclusion-modération” », L’Année du Maghreb, 22, 2020, p. 11-22 ; Myriam Aït-Aoudia, Belkacem Benzenine, « From Inclusion-Radicalization to Moderation under Institutional Constraints : A Synchronic and Diachronic Approach of Algerian Islamist Parties (1989-2019) », Middle East Law and Governance, 15 (4), 2023, p. 494-519.
  • [105]
    Myriam Aït-Aoudia, L’expérience démocratique en Algérie, 1988-1992. Apprentissages politiques et changement de régime, Paris, Presses de Sciences Po, 2015. Gregory H. Fox et Georg Nolte ne s’y sont pas trompés en considérant l’exemple algérien du début des années 1990 comme un cas d’école mettant au jour le fait que la seule procédure électorale libre et équitable ne peut « garantir » la pérennité des démocraties qui font face « au défi d’acteurs anti-démocratiques » (« Intolerant Democracies », art. cité, p. 6-9).
  • [106]
    Norbert Elias, Qu’est-ce que la sociologie ?, trad. de l’allemand par Y. Hoffmann, Paris, Agora, 1991, notamment p. 157 et suiv.
  • [107]
    Perspective du régime comme configuration que nous avons conçue à partir d’une incise stimulante dans Jacques Lagroye, Bastien François, Frédéric Sawicki, Sociologie politique, Paris, Presses de Sciences Po-Dalloz, 2002, p. 167 et suiv.
Français

L’article discute le concept de « démocratie militante » forgé dans les années 1930 par Karl Loewenstein à partir d’une théorisation de la « vulnérabilité des démocraties » face aux partis qui veulent l’abattre. C’est tout le paradoxe de la démocratie de contenir les conditions de sa destruction potentielle. Une démocratie est militante lorsqu’elle limite les libertés politiques dont elle fait pourtant de la garantie sa raison d’être. Le propos est prolongé par l’étude des tensions contemporaines entre (in)tolérance et (il)libéralisme. L’auteure défend une perspective configurationnelle et comparée des dispositifs et fondements de la limitation du pluralisme – au croisement de la sociologie des partis et des institutions –, seule en mesure de différencier les régimes démocratiques et autoritaires.

  • démocratie militante
  • Karl Loewenstein
  • entre-deux-guerres
  • pluralisme limité
  • autoritarisme
  • libéralisme
  • interdiction des partis politiques

English

Limiting Political Pluralism to Protect Democracy

The Paradox of “Militant Democracy”

This article examines the distinction between democratic and authoritarian regimes through a comparative analysis of the mechanisms and axiological foundations underpinning the limitation of party pluralism. It revisits the concept of “militant democracy,” originally formulated in the 1930s by Karl Loewenstein, which advocates for the protection of democracy by restricting the freedoms of parties that threaten it. The analysis is pursued via an exploration of the tensions between (in)tolerance and (il)liberalism in contemporary democracies. The author ultimately lays the groundwork for a configurational perspective – at the intersection of party sociology and institutional analysis – as the only approach capable of capturing the boundaries of pluralism in both types of regimes.

  • militant democracy
  • Karl Loewenstein
  • interwar period
  • limited pluralism
  • authoritarianism
  • liberalism
  • party bans

Date de mise en ligne : 17/07/2025

https://doi.org/10.3917/rfsp.744.0633

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