L’intelligence artificielle dans les organisations
Pages 13 à 26
Citer cet article
- PASCAL, Amandine,
- PEIRO, Mickael,
- BENMAHMOUD-JOUINI, Sihem
- et FOSSO WAMBA, Samuel,
- Pascal, Amandine.,
- et al.
- Pascal, A.,
- Peiro, M.,
- BenMahmoud-Jouini, S.
- et Fosso Wamba, S.
https://doi.org/10.1684/rfg.2026.126
Citer cet article
- Pascal, A.,
- Peiro, M.,
- BenMahmoud-Jouini, S.
- et Fosso Wamba, S.
- Pascal, Amandine.,
- et al.
- PASCAL, Amandine,
- PEIRO, Mickael,
- BENMAHMOUD-JOUINI, Sihem
- et FOSSO WAMBA, Samuel,
https://doi.org/10.1684/rfg.2026.126
Notes
- [1]
-
[2]
Dans cet éditorial, nous faisons le choix de nommer l’« intelligence artificielle » au singulier ainsi que de privilégier son acronyme (IA). L’intention est d’utiliser le terme comme un signifiant, afin de laisser aux recherches le soin d’étudier la diversité de ses applications.
-
[3]
Source : https://aistatement.com/#open-letter
-
[4]
Quarante-trois articles ont été initialement reçus pour ce numéro spécial.
-
[5]
Laure Saint-Raymond (mathématicienne) La science dont je rêve – allocution à l’Académie des Sciences, cérémonie du 29 mai 2018. https://www.youtube.com/watch?v=_sDptYB2kxk
1 On attribue communément à Karel Čapek la première mention du mot « robot », en 1920, dans l’une de ses pièces de théâtre, « Rossum’s Universal Robots », pour nommer un androïde construit par un savant, capable d’accomplir les tâches normalement exécutées par un humain. Si le romancier tchèque avait initialement pensé au terme laboři (pour les travailleurs), il s’est finalement arrêté sur celui de robot (Vas-Deyres, 2013) : « rob signifiant “esclave” en slave ancien et robota indiquant “la corvée” en tchèque, tandis qu’aujourd’hui encore rabotât veut dire “travailler” en russe et robotnik signifie “ouvrier” en slovaque et en polonais » (Corduas, 1986, p. 27). Quelques années plus tard, Alan Turing (1950) propose de questionner la capacité des machines à imiter un comportement humain, questionnement qui fait de lui l’un des précurseurs de ce qui sera plus tard désigné sous le nom d’intelligence artificielle (IA). Il introduit à cette fin le « jeu d’imitation » dans lequel un évaluateur, humain, dialogue par écrit avec un humain et une machine. Si l’évaluateur n’arrive pas à distinguer la machine de l’humain, la machine atteint alors l’objectif qui lui est assigné dans le jeu, à savoir être indiscernable d’un être humain (Piccinini, 2000). Dans ce sillage, les mathématiciens américains John McCarthy et Marvin Minsky organisent, en 1956, un séminaire sur les « machines pensantes » (Barraud, 2020) au cours duquel ils proposent pour la première fois de parler d’IA, définie comme « la science et l’ingénierie consistant à fabriquer des machines intelligentes », à l’intersection de nombreuses disciplines, de l’informatique aux mathématiques, en passant par les sciences cognitives ou encore la philosophie (Collins et al., 2021). Reconnue comme une discipline scientifique et d’enseignement, l’IA va traverser des cycles d’enthousiasme et de désillusion liés aux limites techniques et aux succès partiels des systèmes experts. Depuis les années 2010, elle connaît un regain d’intérêt grâce à la puissance des ordinateurs, aux grands volumes de données et aux progrès de l’apprentissage profond. Cette montée en puissance fait de l’IA un concept polysémique qui, selon la Commission européenne [1], peut être défini de la façon suivante : « On entend par “système d’IA”, un système automatisé qui est conçu pour fonctionner à différents niveaux d’autonomie et peut faire preuve d’une capacité d’adaptation après son déploiement, et qui, pour des objectifs explicites ou implicites, déduit, à partir des entrées qu’il reçoit, la manière de générer des sorties telles que des prédictions, du contenu, des recommandations ou des décisions qui peuvent influencer les environnements physiques ou virtuels. »
2 Dès lors, le champ de l’IA s’est enrichi de nombreux termes qui précisent ses fonctionnalités ou ses domaines d’usage. On distingue ainsi le machine learning, qui désigne l’apprentissage automatique fondé sur les données, et le deep learning, qui mobilise des réseaux de neurones profonds pour modéliser des phénomènes complexes. On évoque aussi l’IA générative, pour parler de systèmes capables de créer toutes sortes de textes, images, sons et vidéos ; ou encore l’IA conversationnelle pour désigner les technologies, comme les chatbots ou les assistants virtuels, spécialisées dans le dialogue avec l’utilisateur. On parle également d’IA prédictive pour désigner ces technologies capables d’anticiper des comportements ou des événements à partir de l’analyse massive de données. Ce lexique entourant la notion d’IA, bien plus large encore et en expansion, reflète non seulement les avancées technologiques dans ce domaine, mais aussi la pluralité des enjeux et implications de cette « nouvelle » technologie que ce numéro spécial de la Revue française de gestion (Rfg) souhaite aborder [2].
1. L’IA prophétique face à l’obsolescence humaine
3 Le rapport que les sociétés entretiennent au fil du temps avec les technologies n’est pas sans poser des questions d’organisation ou de management (Boltanski et Chiapello, 1999 ; Boullier, 2019). Qu’il s’agisse du développement et de l’accélération des machines de transport depuis l’époque moderne, des technologies de l’information et de la communication, de la démocratisation d’Internet et de la nouvelle ère de l’information, ou aujourd’hui de l’IA, les innovations technologiques majeures qui ont jalonné l’histoire de l’humanité n’ont eu de cesse d’interroger les activités sociales et économiques. Si l’ère industrielle a vu le bouleversement du travail, notamment à travers l’apparition de l’organisation scientifique du travail, la diffusion récente des technologies numériques a, quant à elle, fait émerger de nombreuses problématiques telles que la surabondance et la propagation de l’information (Boullier, 2023 ; Sauvajol-Rialland, 2013), la souveraineté des individus et des institutions (Verdegem, 2024 ; Zuboff, 2019), la porosité des sphères privées et professionnelles (Cihuelo et Piotrowski, 2023 ; Letourneux, 2020 ; Riberolles, 2025) ainsi que la responsabilité numérique des organisations (Lobschat et al., 2021).
4 S’agissant de l’IA plus particulièrement, l’intérêt que portent les sciences humaines et sociales, y compris les sciences de gestion et du management, à ce nouveau phénomène, est à la fois grandissant et contrasté : les plus rêveurs en font un objet de conquête et de fantasme, tandis que les plus sceptiques imaginent les pires scénarios. En effet, parce qu’elle offre des caractéristiques techniques et des potentialités nouvelles, l’IA se distingue des autres technologies digitales (Benbya et al., 2020 ; Ganascia, 2017). L’analyse de ces usages produit, dès lors, des controverses quant à leurs conséquences sur l’humanité. Pour certains, l’IA possède la puissance technique d’interroger les frontières entre ce qui relève des capacités des humains et de celles des machines (Schuetz et Venkatesh, 2020), ainsi que le potentiel philosophique de (re)concevoir les rapports aux acteurs non humains (Law, 1991 ; Sadin, 2025). Pour d’autres, l’IA reste une technologie au service de l’ordre en place, se cantonnant au statut d’outil toujours plus productif, qui, pour fonctionner, dépend toujours d’une grande quantité d’énergie humaine, souvent précarisée et mondialisée (Casilli, 2019 ; Le Ludec, 2024).
5 Alors même que les débats scientifiques se poursuivent, l’IA s’installe confortablement, et parfois subrepticement, dans un grand nombre de discussions et de pratiques relatives à la sphère professionnelle comme à la sphère privée. Il est ainsi régulièrement fait mention de ces nouvelles entités capables de (re)produire et de représenter toutes sortes de contenus, dans une pluralité de styles et avec une rapidité sans limite. L’IA apparaît sous la forme de nouveaux partenaires avec lesquels chacun peut converser afin de rédiger un roman, un rapport de stage, un projet de recherche, une lettre de motivation ou simplement partager une plaisanterie. Ces interactions avec l’IA, répétées et prolongées dans le temps, affectent cependant non seulement les capacités expressives des individus – écrire, parler, créer –, mais aussi leurs capacités d’apprentissage (Alombert, 2025 ; Bertolucci, 2023 ; Sadin, 2015), ou encore les rapports sociaux au sein de l’organisation (Fleming, 2019 ; Žižek, 2023).
6 Les sciences de gestion et du management doivent dès lors s’intéresser aux trajectoires de déploiement de cette technologie, voire de ce nouvel « acteur organisationnel », ainsi qu’aux dynamiques, aux influences et aux transformations qu’il introduit sur les environnements de travail autant que sur les relations sociales. Il convient alors de considérer et d’analyser l’IA comme une innovation technologique à double visage, porteuse de promesses de performance organisationnelle, mais aussi de risques. Suivant la sociomatérialité (Orlikowski et Scott, 2008), il s’agit d’abord de penser l’IA comme une innovation technologique constitutive de pratiques organisationnelles qui se dessinent selon une logique de co-construction humain-machine, et non comme un simple outil neutre et externe. Il s’agit ensuite d’étudier comment les pratiques organisationnelles, les décisions et même les identités professionnelles sont transformées par ces interactions hybrides (Schuetz et Venkatesh, 2020). Il s’agit enfin d’interroger l’esprit de la technologie (De Sanctis et Poole, 1994), c’est-à-dire ce qu’elle est et ce à quoi elle est supposée servir selon ses concepteurs, pour mieux appréhender, à terme, la façon dont elle influencera les organisations qui la mettront en œuvre. Car, comme l’indiquait le peintre Pierre Soulages : « on ne fait pas n’importe quoi avec n’importe quel outil… En choisissant l’outil, on s’engage déjà dans une voie qui n’est pas forcément celle dans laquelle on voulait aller… ».
7 Dans les faits, l’IA bouscule d’ores et déjà l’humanité et son organisation, relançant un scénario historique et durable : dans sa version la plus radicale, celui du remplacement des humains par des machines (Casilli, 2023 ; Günther, 2002), ou, dans une version minimale, celui de la modification du travail et de ses conditions d’exercice (Fleming, 2019 ; Frey et Osborne, 2013).
8 Le développement de l’IA trouve aussi sa puissance de développement et de propagande par le biais des imaginaires développés dans la fiction (Cave et Dihal, 2023 ; Parker, 1998 ; Peiro et al., 2024). Qu’ils soient représentés comme des objets marchands permettant d’augmenter le quotidien et d’accélérer les capacités humaines avant d’être jetés pour des plus performants ou plus beaux (voir Wall-E et Chappie), comme de nouveaux véritables compagnons de route (voir R2D2 et Baymax) ou comme des ennemis de notre existence humaine (voir T-1000 et Ultron), les nouveaux robots interrogent le rapport que nous avons aux objets, aux outils, aux techniques et plus généralement à l’altérité.
9 Plusieurs centaines de scientifiques et professionnels du secteur informatique considèrent d’ailleurs l’IA comme un risque majeur, affirmant qu’« atténuer le risque d’extinction lié à l’intelligence artificielle devrait être une priorité mondiale au même titre que d’autres risques à l’échelle de la société tels que les pandémies et la guerre nucléaire » [3]. Il peut sembler surprenant, au premier abord, que la robotique ou plus largement les technologies numériques, suscitent un niveau d’inquiétude comparable à celui de phénomènes responsables de millions de morts, tels que les pandémies. Pourtant, ce rapprochement n’est pas dépourvu de pertinence : les données circulent au-delà des frontières physiques, se propagent via des infrastructures techniques (câbles, protocoles de transmission) et peuvent potentiellement produire des effets délétères sur des populations entières.
10 L’analogie entre virus biologiques et virus informatiques illustre cette dynamique de diffusion rapide et difficilement contrôlable, déjà évoquée lors de crises sanitaires majeures. Cependant, à l’inverse du virus biologique qui se propage selon une logique autonome de reproduction, le virus informatique a été conçu et possède donc une intentionnalité et une rationalité. Cette distinction souligne que les risques liés à l’IA ne résultent pas d’une « malveillance » de la machine, mais de la manière dont elle est conçue et dont ses fonctionnalités interagiront avec les systèmes humains et sociaux. Finalement, ce numéro spécial au sein de la Rfg doit nous rappeler que si l’IA possède le potentiel de tout changer, il n’en reste pas moins que les situations de gestion (Girin, 1990) analysées restent similaires : nous parlons d’acteurs impliqués dans des stratégies parfois contradictoires, d’organisations avec une multitude de ressources et de contraintes, de temporalités diverses, de résultats et de leurs jugements.
2. Éclairer la complexité de l’IA : la force du dialogue (inter)disciplinaire
11 Ce numéro spécial est l’occasion d’engager un dialogue qui croise les perspectives des différents champs des sciences de gestion et du management (organisation, stratégie, ressources humaines, comptabilité, systèmes d’information, marketing, innovation, etc.) et qui mobilise la pluralité de leurs cadres théoriques. Il invite à dépasser les visions strictement techno-solutionnistes, en proposant des recherches mettant l’accent sur le travail de l’IA et avec l’IA, ainsi que sur ses usages en contexte. Ces contributions éclairent toute la complexité de l’IA dans les organisations, qui, tout à la fois, transforme des pratiques professionnelles, redéfinit des métiers et des compétences associées et engage de nouvelles formes de responsabilité et de gouvernance sociotechnique.
12 Le numéro spécial ici présenté est composé de sept articles qui permettent de faire émerger trois grands questionnements autour de l’IA. Le premier, « fabriquer l’IA », réunit deux articles qui interrogent la conception de l’IA, en s’intéressant aussi bien aux « petites mains » qui la nourrissent qu’aux chercheurs qui la co-conçoivent avec les acteurs de terrain. Ces travaux mettent en lumière le caractère fondamentalement collectif, situé et social de la fabrication de l’IA, loin d’une vision purement technique ou décontextualisée. Le deuxième questionnement, « travailler avec l’IA », regroupe trois contributions qui se concentrent sur ce que produit l’IA dans des usages réels. Trois contextes professionnels sont analysés : la gestion de projet, le travail de codage des informaticiens et les cabinets d’audit. Ces articles montrent comment l’IA s’inscrit dans des activités concrètes, reconfigure les compétences, les modes de coordination et les rapports à l’activité. Enfin, le troisième questionnement, « (se) représenter l’IA », porte sur ce que l’IA suscite dans les imaginaires, avant même son déploiement effectif dans les organisations. Les deux contributions s’intéressent notamment aux représentations sociales de l’IA chez les professionnels du secteur des services, ainsi qu’aux liens entre la confiance qu’ont des professionnels du recrutement envers l’outil d’IA et leur comportement vis-à-vis de ses recommandations lors de la présélection des CV. L’IA apparaît ici comme un objet de projection, structurant des attentes, des décisions et des pratiques organisationnelles futures.
« Fabriquer l’IA »
13 Le mot « artificielle », lorsqu’il est associé à celui d’intelligence, évoque une intelligence pensée, fabriquée et nourrie par l’activité humaine. Réfléchir à la fabrique de l’IA, c’est ainsi ouvrir la boîte noire et envisager l’IA non comme un objet technique autonome finalisé, mais comme un processus en train de se construire. Les deux articles qui composent cette partie mettent alors l’accent sur le travail humain, l’agentivité, souvent invisible, derrière l’IA et invitent à déplacer le regard des usages des systèmes d’IA vers les conditions concrètes de leur fabrication.
14 L’article de Diego Landivar, Sophie Marmorat et Noël Trujillo s’intéresse aux microworkers – micro-travailleurs –, qui, par leurs clics, contribuent à former l’IA. Ces acteurs peuvent intervenir soit dans l’apprentissage supervisé de l’IA en entraînant les données d’apprentissage, soit dans l’apprentissage non supervisé ; leurs tâches consistant alors à confirmer ou infirmer les résultats obtenus par l’IA. Ce travail est souvent perçu par la littérature comme aliénant, car les travailleurs sont soumis à la domination et au contrôle algorithmique. À travers une enquête qualitative longitudinale des situations vécues par les micro-travailleurs, les auteurs montrent comment ces acteurs, loin d’être passifs et dénués de subjectivité, réussissent à mettre en place des processus de re-subjectivation pour contester la gouvernementalité algorithmique. Ils montrent également la capacité des acteurs à négocier des espaces d’agentivité leur permettant de créer des collectifs ou d’aménager leurs pratiques de travail.
15 Antoine Harfouche, Peter Saba et Thrycia Tite endossent, pour ce numéro spécial, la figure de chercheurs-concepteurs d’IA. Ils mobilisent, pour ce faire, une méthodologie de Design Science Research (DSR) afin de concevoir une IA prédictive optimisant les cultures et les processus de sélection des cultures au sein des chaînes d’approvisionnement agricoles, afin de répondre aux fluctuations de la demande. Loin des approches techno-déterministes assez prégnantes en DSR, ces auteurs s’appuient sur un réseau d’acteurs – 10 agriculteurs, 4 experts agronomes et 3 décideurs institutionnels – avec qui ils vont co-concevoir une IA « éthique, informée et explicable » afin d’assurer son intelligibilité pour les utilisateurs finaux. Les auteurs rappellent l’importance de la collaboration étroite avec les utilisateurs et les parties prenantes pour développer des systèmes performants, mais également pour rendre accessibles les résultats de l’IA et accroître la confiance des parties prenantes dans ses résultats.
16 Ces deux articles montrent que l’IA est indissociable du travail humain qui contribue à sa conception. Qu’il s’agisse des micro-travailleurs qui participent à l’apprentissage des systèmes ou des chercheurs engagés dans des démarches de co-conception, l’IA apparaît comme le résultat d’un processus finalisé et intentionnel. À l’intérieur de ce processus s’entrecroisent de multiples rapports de domination et formes de coopération, qui conditionnent autant ses performances que ses effets. Ils rappellent aussi que si ces dispositifs techniques sont conçus avec une certaine intention, la façon dont ils seront appropriés, négociés ou détournés par les acteurs au quotidien reste incertaine. L’IA apparaît ainsi comme une technologie dont les effets se construisent dans l’usage.
« Travailler avec l’IA »
17 Loin des discours prophétiques, voire apocalyptiques, sur les transformations radicales du travail induites par l’IA, les articles qui composent cette partie s’attachent à observer et analyser en situation ce que l’IA fait lorsqu’elle est intégrée dans les pratiques professionnelles et donc dans des usages réels.
18 Guy Parmentier et Raphaël Teixeira étudient l’influence de l’IA générative sur la créativité des développeurs informatiques sous le prisme de quatre types d’affordances : les affordances fonctionnelles, cognitives, psychologiques ou encore politiques. L’étude qualitative exploratoire qu’ils ont conduite montre que les IA génératives sont très largement utilisées par les développeurs dans toutes les tâches qui entourent leur activité, pour structurer les étapes en vue de résoudre un problème, pour expliquer un bug, ou encore pour générer du code. Au-delà, les auteurs identifient deux manières d’entrer en relation avec l’IA : l’IA comme assistant, à qui on délègue toutes les tâches inintéressantes, répétitives et rébarbatives, et l’IA comme compagnon, pour assister les développeurs dans l’exécution de tâches complexes. Ces deux modes relationnels sont mobilisés par les développeurs, avec parfois une tendance plus affirmée pour l’un ou l’autre. La compréhension de ces modes d’interaction est essentielle, dans la mesure où la manière dont les développeurs entrent en relation avec l’IA influence directement leur créativité, leurs processus d’apprentissage et l’évolution de leurs pratiques professionnelles. Les auteurs montrent enfin qu’une délégation systématique des tâches à l’outil peut conduire à des phénomènes de désapprentissage, entendus comme une perte progressive de compétences.
19 Morgane Girard, Amicie Grollet et Sarra Dahmani mettent en évidence le potentiel de l’IA pour maîtriser les vulnérabilités de projets complexes. Plus spécifiquement, il s’agit d’utiliser l’IA pour rendre les systèmes de management moins exposés à l’instabilité des besoins des clients. À travers l’étude de deux organisations, les auteurs identifient trois cas d’usage de l’IA : pour faciliter la planification de projets, pour accroître la maîtrise des risques et la détection des signaux faibles et enfin pour gérer la connaissance. L’analyse de la mise en œuvre de l’IA permet de mettre en lumière les freins à l’adoption de ces outils, et notamment : une méconnaissance des outils, la réticence à partager les données et les informations stratégiques avec l’IA, ou encore une certaine méfiance des acteurs projets envers ces outils, liée aux inquiétudes que génère une analyse de leurs pratiques par un algorithme peu maitrisé.
20 Enfin, l’article de Julie Demaret, Gautier Gond, Mamadou Ndione et Laëtitia Legalais adopte une lecture orientée éthique de l’usage de l’IA générative. Cette lecture est d’autant plus importante que les usages ici analysés concernent ceux de commissaires aux comptes qui œuvrent au sein de cabinets d’audit légal. Ces acteurs, parce qu’ils disposent d’informations confidentielles, ont des activités très réglementées et fortement encadrées. Il s’agit alors d’interroger comment les questions éthiques, à savoir ce qu’ils estiment être bien ou mal, influencent leurs usages des IA génératives. À travers une approche qualitative exploratoire faite d’entretiens et d’observations, l’article montre d’abord comment les auditeurs intègrent l’IA générative dans leurs pratiques : pour l’aide rédactionnelle, pour détecter des anomalies, ou encore pour enrichir leurs analyses par la collecte, la recherche et la synthèse d’informations. L’article met ensuite en évidence le rôle joué par les cabinets d’audit dans la régulation des usages, avec, d’un côté, des cabinets suffisamment importants pour proposer des outils d’IA générative internes et sécurisés, et, de l’autre, des plus petits qui n’offrent pas d’alternatives. Les auteurs définissent enfin deux conceptions éthiques associées à ces usages : l’une prête attention aux conséquences de l’usage de l’IA générative, qui ne doit pas se substituer à l’opinion personnelle et indépendante des acteurs ; l’autre se concentre davantage sur le respect des règles qui régissent la profession.
21 Même si le recul temporel reste limité et que l’évaluation des effets de l’IA demeure largement à venir, ces trois articles montrent comment l’IA est mobilisée pour assister les acteurs dans leurs pratiques professionnelles, que ce soit pour générer du code, gérer des projets ou analyser des informations financières. Les usages de l’IA s’inscrivent ainsi dans un continuum allant de la délégation complète au compagnonnage, produisant des effets variés sur la créativité, l’apprentissage ou encore l’éthique. Ces recherches montrent également la diversité des usages d’une même technologie par les acteurs, loin de tout techno-solutionnisme, tout en laissant ouverte la question de l’importance de la perception de l’IA par les acteurs.
« (Se) représenter l’IA »
22 Au-delà de ce qu’elle fait au travail, l’IA suscite chez les acteurs un imaginaire qui influence la manière dont ils évaluent ou anticipent ses effets et, par conséquent, leurs usages futurs de ces outils.
23 Dans cette perspective, l’article de Lara Abdel Halim et Cécile Chamaret s’intéresse au sens que les individus, ici 150 participants appartenant aux secteurs des services aux entreprises, de l’informatique, de la banque/assurance et de la santé, donnent à cette technologie. Mobilisant la théorie des représentations sociales et analysant plus spécifiquement l’implication personnelle, c’est-à-dire le lien entre les acteurs et l’outil, l’étude quantitative qu’elles réalisent met en évidence le rôle de l’IA comme objet de représentations sociales. Les autrices montrent que ces représentations sont multiples, s’agissant tout autant de la vision capacitante de l’IA, de ses fonctionnalités, des risques et impacts identifiés, que des représentations plus fantastiques issues de la culture populaire. Les autrices mettent également en évidence des différences significatives de représentations selon l’implication personnelle des acteurs envers l’IA, caractérisée par trois dimensions interdépendantes : l’identification à l’objet, sa valorisation et la capacité d’action perçue, lesquelles façonnent leur perception de l’IA.
24 Alain Lacroux et Christelle Martin-Lacroux s’intéressent enfin aux situations de recrutement accompagnées par des systèmes algorithmiques d’aide à la décision. Leur objectif est d’analyser les liens entre la confiance déclarée des professionnels de recrutement envers l’outil d’IA et leur comportement lorsqu’ils sont exposés à deux sources de recommandation (humaine et algorithmique) au moment de la présélection des candidatures. Mobilisant une approche expérimentale, leurs résultats mettent en évidence que l’expert humain est toujours jugé plus digne de confiance que l’IA prédictive, et plus encore lorsque les recommandations divergent. En revanche, le contexte influence significativement leurs comportements : lorsque l’ambiguïté de la situation de recrutement augmente, en raison d’une différenciation moins marquée entre les candidatures, la tâche de présélection devient plus complexe pour les recruteurs, qui tendent alors à accorder davantage de poids aux recommandations de l’IA prédictive qu’à celles de l’expert humain.
25 Ces deux articles montrent, une nouvelle fois, que l’IA dans les organisations ne peut être appréhendée uniquement à travers ses fonctionnalités techniques ou ses promesses d’efficacité. Elle est aussi un objet de représentations, de projections et d’arbitrages situés, qui orientent les pratiques des acteurs. Qu’il s’agisse des imaginaires pluriels qui structurent le rapport des individus à l’IA ou des usages différenciés des recommandations algorithmiques selon le contexte décisionnel, ces travaux montrent que les effets de l’IA sont indissociables des significations qui lui sont attribuées et des situations concrètes dans lesquelles elle est mobilisée.
26 Ce numéro spécial est enfin composé de deux recensions d’ouvrages sur l’IA, qui poursuivent la réflexion critique portée par ce numéro au-delà des frontières des organisations. Pierre Dal Zotto propose d’une part une relecture de l’ouvrage d’Alain Damasio Vallée du silicium (2024), dans lequel le romancier mêle une approche hybride entre essai, témoignages et science-fiction afin de nourrir, à la fois empiriquement et théoriquement, une position techno-critique. Cet ouvrage prolonge la réflexion autour des imaginaires de l’IA et invite, selon Pierre Dal Zotto, « à penser autrement, à décaler nos outils théoriques et méthodologiques, ainsi que nos écrits, pour intégrer l’imaginaire ou la poésie comme dimensions constitutives de l’analyse du numérique ». Yves-Frédéric Livian effectue d’autre part une analyse de l’ouvrage Hynocratie. Trump, Musk et la fabrique du réel (2025), ouvrage spécifique puisqu’il résulte d’une interaction entre un groupe de philosophes et une IA, signée par un (méta)auteur fictif. L’occasion nous est donnée ici d’interroger le travail avec l’IA, et plus spécifiquement encore l’autorialité et la responsabilité d’un propos écrit.
27 Ainsi, par la diversité des approches de l’IA qu’il rassemble, ce numéro spécial entre en résonance avec un récent éditorial de la Rfg (Diallo, 2023), qui souligne les implications de l’IA générative pour les sciences de gestion, en particulier en ce qui concerne les modalités de production des connaissances (génération, analyse et évaluation). Pour autant, ce numéro spécial n’épuise pas la diversité des études sur les conséquences de l’usage croissant, voire de la généralisation de l’IA, au sein des organisations. Alors même que l’IA connaît un développement significatif, mais encore récent, les controverses sont d’ores et déjà vives et fréquentes concernant les conséquences géopolitiques de la gestion des données (Mhalla, 2025), les métamorphoses du management à l’ère du numérique (Dejoux et Léon, 2023) ou encore l’éthique et la responsabilité de l’IA dans l’exercice de son travail (Dujarier, 2021). L’IA regorge également d’applications pour de nombreux secteurs tels que la logistique et le commerce (Paché, 2023), l’éducation et la recherche (Diallo, 2023) ou encore les industries culturelles et créatives (Massi et al., 2025), qui ne sont pas étudiés ici. Les chercheurs en organisations sont invités à penser avec méthode l’IA dans les organisations (Raisch et Krakowski, 2021) et à s’engager avec responsabilité dans la compréhension d’un phénomène ayant des incidences directes et potentielles sur la justice sociale, la dignité humaine, la démocratie ou encore l’environnement (Fleming, 2019 ; Morales, 2023).
3. Remerciements : aux humains derrière la machine
28 Nous tenons à remercier l’équipe éditoriale de la Rfg d’avoir permis l’émergence de ce numéro spécial et, au-delà, pour ses actions en faveur de la valorisation de la recherche francophone en sciences de gestion. En effet, grâce aux dossiers et numéros spéciaux portant sur des thématiques majeures telles que le handicap ou l’anthropocène en contexte organisationnel, la Rfg accompagne, voire propulse, de nouveaux sujets (Rouquet, 2025). Ensuite, nous remercions assurément les auteurs : ceux que le lecteur pourra lire dans ce numéro, pour leur travail de recherche et d’écriture sur une problématique émergente et néanmoins omniprésente dans les organisations ; mais aussi les autres, ceux que le lecteur ne trouvera pas dans ce dossier, ayant subi les fourches caudines du processus de révision, et dont les recherches, nous l’espérons, aboutiront (atterriront) ailleurs et/ou plus tard au sein de la Rfg [4].
29 Finalement, et peut-être surtout, nos plus sincères remerciements s’adressent aux réviseurs anonymes. Celles et ceux qui, parfois malgré leur retard, nous émerveillent par leur abnégation constante et durable. Celles et ceux qui font avancer, en silence, et de manière quasi invisible, le travail d’écriture (Dobusch et al., 2025). Si, malheureusement, ces quelques lignes ne suffisent pas à rendre justice à toute la valeur de leur travail, à l’interstice de tous les autres, puissent-ils savoir que leur contribution est utile, plus, nécessaire. Pour résumer, ces remerciements ont valeur de reconnaissance pour tout le travail accompli, mais également de mise en lumière de toute l’humanité derrière les rouages organisationnels du processus de publication scientifique. Parce que c’est bien de l’humanité dont la recherche scientifique a aujourd’hui plus que jamais besoin pour faire face aux défis croissants auxquels elle se heurte.
30 Face à des technologies toujours plus avancées et des injonctions à la publication de plus en plus pressantes, il apparaît essentiel de réaffirmer l’importance de l’humain au centre de la production scientifique. De l’humain derrière la machine à la machine derrière l’humain, il n’y a qu’un pas, qui interroge notre champ sur ses pratiques : l’accélération vantée par ces outils est-elle souhaitable ? La recherche peut-elle se contenter d’une pensée standard ? Enfin, est-il pertinent de confier le travail scientifique à des entités controversées aussi bien sur le plan écologique que sur le plan social ? Lahire (2025) rappelle ainsi l’importance, dans la recherche scientifique, de prendre le temps. Si celle-ci peut être effectivement augmentée par l’IA, cette dernière ne peut constituer un véritable soutien que dans le cadre d’un déploiement maîtrisé et réfléchi. Lahire (2025) rappelle aussi ces quelques mots prononcés par la mathématicienne Laure Saint-Raymond (2018) [5], alors plus jeune élue de l’académie des sciences, sur lesquels nous souhaiterions conclure tant ils invitent à la réflexion sur notre propre rapport à l’IA : « Une autre attitude qui n’est pas trop en vogue et qui semble pourtant une condition nécessaire de la découverte est de prendre son temps, d’accepter de ne pas toujours être efficace. (…) En ralentissant un peu, on peut reprendre sa respiration, et peut-être retrouver le plaisir de se laisser aller au gré des intuitions, la liberté de créer, et la détermination d’aller au bout de ses idées. Un chemin plus raide, mais peut-être plus esthétique, plus sécurisé et qui ouvre des perspectives plus larges. »
Bibliographie
- Alombert A. (2025). De la bêtise artificielle, Éditions Allia, Paris.
- Barraud B. (2020). L’intelligence artificielle dans toutes ses dimensions, L’Harmattan, Paris.
- Benbya H., Davenport T. H., Pachidi S. (2020). “Artificial intelligence in organizations: Current state and future opportunities”, MIS Quarterly Executive, vol. 19, n° 4.
- Bertolucci M. (2023). L’homme diminué par l’IA, Hermann, Paris.
- Boltanski L., Chiapello È. (1999). Le nouvel esprit du capitalisme, Gallimard, Paris.
- Boullier D. (2023). Propagations : un nouveau paradigme pour les sciences sociales, Armand Colin, Paris.
- Boullier D. (2019). Sociologie du numérique, 2e éd, Armand Colin, Paris.
- Casilli A. (2023). « Les robots vont bientôt remplacer les travailleurs », Idées reçues sur le travail : Emploi, activité et organisation, Dujarier M.-A., Le Cavalier Bleu, Paris, p. 183-188.
- Casilli A. (2019). En attendant les robots. Enquête sur le travail du clic, Seuil, Paris.
- Cave S., Dihal K. (2023). Imagining AI: How the World Sees Intelligent Machines, Oxford University Press, Oxford.
- Cihuelo J., Piotrowski A. (2023). « Les espaces-temps du télétravail en confinement : l’inégale capacité de conciliation entre sphères d’activité », SociologieS.
- Collins C., Dennehy D., Conboy K., Mikalef P. (2021). “Artificial intelligence in information systems research: A systematic literature review and research agenda”, International Journal of Information Management, 60, 102383.
- Corduas S. (1986). « Golem, Robot, Chvéïk : Trois doubles pragois », Revue des études slaves, vol. 58, n° 1, p. 25-38.
- Dejoux C., Léon E. (2023). Métamorphose des managers à l’ère du numérique et de l’intelligence artificielle, Vuibert, Paris.
- DeSanctis G., Poole M.S. (1994). “Capturing the complexity in advanced technology use: Adaptive structuration theory”, Organization Science, vol. 5, n° 2, p. 121-147.
- Diallo M. F. (2023). « Ce que ChatGPT fait à l’enseignement, à la recherche et aux organisations », Éditorial, Revue française de gestion. vol. 49, n° 312, p. 9-14.
- Dujarier M.– A. (2021). Troubles dans le travail : Sociologie d’une catégorie de pensée, Puf, Paris.
- Dobusch L., Plotnikof M., Wenzel M. (2025). “Reviewing is caring ! Revaluing a critical, but invisibilized, underappreciated, and exploited academic practice”, Organization, Speaking Out, 00(0), p. 1-17.
- Fleming P. (2019). “Robots and organization studies: Why robots might not want to steal your job”, Organization Studies, vol. 40, n° 1, p. 23-38.
- Frey C. B., Osborne M. (2013). “The future of employment: How susceptible are jobs to computerisation ?”, working paper. https://sep4u.gr/wp-content/uploads/The_Future_of_Employment_ox_2013.pdf
- Ganascia J. G. (2017). Le Mythe de la Singularité. Faut-il craindre l’intelligence artificielle ?, Seuil, Paris.
- Girin J. (1990). « Analyse empirique des situations de gestion : Éléments de théorie et de méthode », Épistémologies et sciences de gestion, Martinet A.-C., Economica, Paris, p. 141-183.
- Günther A. (2002). L’obsolescence de l’homme, Édition de l’encyclopédie des nuisances, Paris.
- Lahire B. (2025). Savoir ou périr, Seuil Libelle, Paris.
- Law J. (1991). A Sociology of Monsters: Essays on Power, Technology and Domination, Routledge, London.
- Le Ludec C. (2024). Des humains derrière l’intelligence artificielle. La sous-traitance du travail de la donnée entre la France et Madagascar, Thèse de doctorat, Institut polytechnique de Paris.
- Letourneux F. (2020). « Travailler la distance : s’inventer un chez-soi de travail », Sociologie du travail, vol. 62, n° 4.
- Lobschat L., Mueller B., Eggers F., Brandimarte L., Diefenbach S., Kroschke M., Wirtz J. (2021). “Corporate digital responsibility”, Journal of Business Research, n° 122, p. 875-888.
- Massi M., Prokůpek M., Ricci A., Ostillio M. C. (2025). Artificial Intelligence in the Cultural and Creative Sectors: Opportunities, Challenges, and Transformations, Routledge, London.
- Mhalla A. (2024). Technopolitique : comment la technologie fait de nous des soldats, Seuil, Paris.
- Morales J. (2023). « Pour une recherche qui brise le cœur », Éditorial, Revue française de gestion, vol. 49, n° 313, p. 9-13.
- Orlikowski W. J., Scott S. V. (2008). “10 Sociomateriality: Challenging the separation of technology, work and organization”, Academy of Management Annals, vol. 2, n° 1, p. 433-474.
- Paché G. (2023). « IA et logistique des distributeurs : les prémices d’une révolution », Management & Datascience, vol. 7, n° 4.
- Parker M. (1998). “Judgement day: Cyborganization, humanism and postmodern ethics. Quantitative analysis of representations in films”, M@n@gement, 27: e9763.
- Peiro M., Loup P., Aroles J. (2024). “The fictional archetypes of AI: For a qualitative-quantitative analysis of representations in films”, M@n@gement, vol. 28, n° 3, p. 1-20.
- Piccinini G. (2000). “Turing’s rules for the imitation game”, Minds and Machines, vol. 10, n° 4, p. 573-582.
- Raisch S., Krakowski S. (2021). “Artificial intelligence and management: The automation–augmentation paradox”, Academy of Management Review, vol. 46, n° 1, p. 192-210.
- Riberolles C. (2025). « Le télétravail, un mode de vie de Laurent Taskin, 2025 », Notes de lecture, Revue française de gestion, vol. 51, n° 324, p. 179-188.
- Rouquet A. (2025). « Pourquoi et comment la Rfg publie des dossiers spéciaux », Éditorial, Revue française de gestion. vol. 51, n° 324, p. 11-16.
- Sadin É. (2025). « Le Désert de nous-mêmes : Le tournant intellectuel et créatif de l’intelligence artificielle », L’Échappée, Paris.
- Sadin É. (2015). La vie algorithmique. Critique de la raison numérique, L’Échappée, Paris.
- Sauvajol-Rialland C. (2013). Infobésité, Vuibert, Paris.
- Schuetz S., Venkatesh V. (2020). “The rise of human machines: How cognitive computing systems challenge assumptions of user-system interaction”, Journal of the Association for Information Systems, vol. 21, n° 2, p. 460-482.
- Turing A. (1950). “Computing machinery and intelligence”, Mind, 49, p. 433-460.
- Vas-Deyres N. (2013). « Une dystopie robotique au théâtre ? La singularité générique de RUR, Rezon’s Universal Robots (ou Rossum’s Universal Robots) de Karel Čapek », Tropics. Organization, vol. 5, n° 4, p. 503-518.
- Verdegem P. (2024). “Dismantling AI capitalism: The commons as an alternative to the power concentration of Big Tech”, AI & Society, vol. 39, n° 2, p. 727-737.
- Žižek S. (2023). “The post-human desert|by Slavoj Žižek”, Project Syndicate. https://www.project-syndicate.org/commentary/ai-post-human-future-by-slavoj-zizek-2023-04
- Zuboff S. (2019). The Age of Surveillance Capitalism: The Fight for a Human Future at the New Frontier of Power, PublicAffairs, New York.
Mots-clés éditeurs : intelligence artificielle, organisation, représentation, travail, usages
Date de mise en ligne : 18/02/2026
https://doi.org/10.1684/rfg.2026.126