Article de revue

Inédit. Au fil de l’encre

Robert Desnos : haïr la guerre, aimer la faire

Pages 100 à 104

Citer cet article


  • Forgeot, B.
(2025). Robert Desnos : haïr la guerre, aimer la faire. Revue des deux Mondes, Mai-Juin(4), 100-104. https://doi.org/10.3917/rd2m.2505.0100.

  • Forgeot, Benoît.
« Robert Desnos : haïr la guerre, aimer la faire ». Revue des deux Mondes, 2025/4 Mai-Juin, 2025. p.100-104. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-revue-des-deux-mondes-2025-4-page-100?lang=fr.

  • FORGEOT, Benoît,
2025. Robert Desnos : haïr la guerre, aimer la faire. Revue des deux Mondes, 2025/4 Mai-Juin, p.100-104. DOI : 10.3917/rd2m.2505.0100. URL : https://shs.cairn.info/revue-revue-des-deux-mondes-2025-4-page-100?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rd2m.2505.0100


Notes

  • [1]
    Inédite, cette lettre porte le cachet de la censure militaire indiquant : « Les timbres-poste et les billets de banque sont rigoureusement interdits. » L’absurde d’une telle mention, près d’un siècle plus tard, aurait plu au poète. Elle figure aujourd’hui dans les collections des Hôtels Littéraires, que nous remercions de nous avoir autorisés à en dévoiler le contenu.
  • [2]
    Henri Jeanson, décédé en 1970, a été forcé à démissionner du journal qu’il avait fondé. La publication est alors dirigée par Georges Suarez.
  • [3]
    Ce droit de réponse exigé par Céline, et publié, signe la responsabilité de l’écrivain, lui déniant, une fois encore, la possibilité de plaider la naïveté ou l’anarchisme, comme ses amis l’ont souvent fait après la guerre. Dans le même ordre d’idées, en réaction à la critique par Desnos de sa traduction d’Edgar Poe, Pierre Pascal, rédacteur en chef de L’Appel, revue fasciste, adresse à Aujourd’hui et au poète une lettre d’injures, le déclarant « enjuivé, perdu de tout ». Il ajoute : « Tel vous étiez avant notre guerre. Votre défaite ne vous a pas permis de subtiliser la gloire que vos congénères et complices espèrent encore rapiner »… Il n’y manque rien : de l’allusion nauséabonde, du rejet de la communauté nationale (« notre guerre » souligné, comme « votre défaite »), jusqu’à la volonté de profiter, de « rapiner » la gloire.

Pendant la « drôle de guerre », le poète Robert Desnos est stationné sur la ligne Maginot, en Lorraine. Il avait été autorisé à passer les fêtes de la fin de l’année 1939 à Paris ; de retour dans son cantonnement, le 11 janvier 1940, il adresse une lettre à son ami Henri Jeanson, lequel venait d’être emprisonné pour deux articles anciens. Le journaliste et dialoguiste de cinéma, vieux militant pacifiste, avait été en effet condamné le 20 décembre 1939 à cinq ans de prison pour « provocation de militaires à la désobéissance ». Marcel Achard témoigna en sa faveur. Il sera libéré en mai 1940, précisément quand la « drôle de guerre » prenait fin et que la guerre, nettement moins drôle, débutait véritablement en France. Jeanson fondera au mois de septembre le quotidien Aujourd’hui, auquel Desnos participera, une fois démobilisé.
Pour l’heure, le sergent Desnos lui donne des nouvelles de son escapade parisienne, après des considérations personnelles sur le désastre en cours.
Il se désole de savoir son ami « en cage » et le félicite d’avoir demandé à partir sur le front.Le poète si fantaisiste avoue à son camarade détester la guerre « en qualité d’homme », mais aimer la faire, puisqu’elle « est », en fonction d’une logique en forme de sophisme dont, hélas, l’avenir confirmera le bien-fondé : « Pour moi il y a la guerre, or si nous la perdons Hitler triomphe, or je hais Hitler et ce qu’il représente, donc je fais la guerre dans la mesure où on me demande de la faire avec la certitude qu’Hitler sera foutu en l’air…


Date de mise en ligne : 01/01/2026

https://doi.org/10.3917/rd2m.2505.0100

Cet article est en accès conditionnel