Casanova l’irrégulier
- Par Michel Delon
Pages 155 à 158
Citer cet article
- DELON, Michel,
- Delon, Michel.
- Delon, M.
https://doi.org/10.3917/rd2m.2412.0155
Citer cet article
- Delon, M.
- Delon, Michel.
- DELON, Michel,
https://doi.org/10.3917/rd2m.2412.0155
Notes
-
[1]
Giacomo Casanova, Histoire de ma vie, Bouquins, 2013-2018.
-
[2]
Giacomo Casanova, D’une plume indocile. Essais de philosophie, de morale et de littérature, Bouquins, 2024.
-
[3]
Qu’on songe aux essais de Michel Zink, L’Humiliation, le Moyen Âge et nous, Albin Michel, 2017, et de Jean-Pierre Martin, La Honte. Réflexions sur la littérature, Folio essais, 2017, auxquels il faut ajouter plus récemment celui de Frédéric Gros, La Honte est un sentiment révolutionnaire, Albin Michel, 2021.
-
[4]
Benjamin Hoffmann, Les Minuscules, Gallimard, 2024. Il présente une nouvelle édition de De l’esprit des lois dans la collection « Quarto », Gallimard, 2024.
« Le climat fou de Paris me plaisait plus que celui de Rome. » Certains se plaignent du temps qui ne cesse de changer, du thermomètre qui monte et qui descend. Giacomo Casanova n’est pas de ceux-là. Il aime l’irrégularité en tout, dans les saisons comme dans les villes. Il déteste l’urbanisme éclairé de Turin ou de Nancy, avec de grandes places royales et des axes rectilignes ; on n’ose imaginer ce qu’il aurait pensé du Paris dessiné par le baron Haussmann. Dans tous ses voyages, dans toutes ses aventures, il reste un Vénitien, habitué aux ruelles et aux impasses, aux ponts et aux arcades, irréductibles à un plan géométrique. C’est pourquoi il s’enchante de recevoir en 1795 une réédition du Coup d’œil sur Belœil que lui adresse le prince de Ligne. Celui-ci écarte la querelle entre jardins à la française et à l’anglaise. Il a pris plaisir à visiter les parcs les plus divers à travers l’Europe et à créer son propre domaine à Belœil, entre Tournai et Mons. Il entraîne son lecteur pour le surprendre à chaque coude du chemin, à chaque page qu’on tourne. La réédition de 1795 s’intègre à l’ensemble des Mélanges militaires, littéraires et sentimentaires que le prince réunit sans prétendre à la moindre unité, et Casanova apprécie ce néologisme : « sentimentaire » n’est ni sensible ni sentimental, sans naïveté ni complaisance. Il ajoute, en pensant à lui-même : « Une vie irrégulière ne peut pas être approuvée par un esprit sage, et cependant elle est plus instructive qu’une régulière. » De l’irrégularité, on glisse vite à l’égarement…