Chestov lecteur de Pascal
- Par Frédéric Verger
Pages 79 à 82
Citer cet article
- VERGER, Frédéric,
- Verger, Frédéric.
- Verger, F.
https://doi.org/10.3917/rd2m.2305.0079
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https://doi.org/10.3917/rd2m.2305.0079
Notes
En 1923, à l’occasion du tricentenaire de la naissance du philosophe, Daniel Halévy, qui dirigeait la collection « Les Cahiers verts » de Grasset, commanda un essai sur Pascal à Léon Chestov. Le petit ouvrage, radical, brûlant, provocateur jusqu’à l’insolence, trancha sur le reste des hommages. Là où les spécialistes français, avec leurs couleurs et vernis les plus délicats, venaient apporter leur touche au portrait à la Philippe de Champaigne d’un moraliste grand écrivain, Chestov livra un Greco blême et sanglant.
Comme toujours avec Chestov, on leva les sourcils d’admiration avant de hocher la tête d’effarement. Les pascaliens littéraires furent choqués par l’indifférence royale de Chestov à la beauté de la langue. Beaucoup d’entre eux pardonnaient à Pascal une croyance bizarre puisqu’elle suscitait de si belles métaphores. Mais pour Chestov ce qui fonde la grandeur de Pascal, ce ne sont pas des phrases mais une expérience existentielle qu’il faut prendre au sérieux, si l’on en est capable. Les historiens de la philosophie levaient les bras au ciel en lisant : « La caractéristique la plus étonnante de la philosophie de Pascal (cette philosophie qui ressemble si peu à ce qu’il est convenu, parmi les hommes, de considérer comme vérité), c’est l’effort qu’elle fait pour s’affranchir de la raison ». Pour eux, elle déformait de façon scandaleuse la pensée de Pascal. Chestov en convenait, mais en partie seulement. C’est qu’il y avait pour lui deux Pascal, celui des Provinciale…