Compte rendu

Carl Bouchard, Cher Monsieur le Président : Quand les Français écrivaient à Woodrow Wilson (1919-1920), Ceyzérieu, Champ Vallon, 2015, 304 p., 25 euros.

Pages 121b à 131b

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  • Cesari, L.
(2017). Carl Bouchard, Cher Monsieur le Président : Quand les Français écrivaient à Woodrow Wilson (1919-1920), Ceyzérieu, Champ Vallon, 2015, 304 p., 25 euros. Relations internationales, 169(1), 121b-131b. https://doi.org/10.3917/ri.169.0121b.

  • Cesari, Laurent.
« Carl Bouchard, Cher Monsieur le Président : Quand les Français écrivaient à Woodrow Wilson (1919-1920), Ceyzérieu, Champ Vallon, 2015, 304 p., 25 euros. ». Relations internationales, 2017/1 n° 169, 2017. p.121b-131b. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-relations-internationales-2017-1-page-121b?lang=fr.

  • CESARI, Laurent,
2017. Carl Bouchard, Cher Monsieur le Président : Quand les Français écrivaient à Woodrow Wilson (1919-1920), Ceyzérieu, Champ Vallon, 2015, 304 p., 25 euros. Relations internationales, 2017/1 n° 169, p.121b-131b. DOI : 10.3917/ri.169.0121b. URL : https://shs.cairn.info/revue-relations-internationales-2017-1-page-121b?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/ri.169.0121b


1 Les archives de Wilson à la Bibliothèque du Congrès recèlent des milliers de lettres écrites par des gens ordinaires, sur lesquels les dictionnaires biographiques n’apportent pas de précisions. Elles proviennent du monde entier, et notamment de France, ce pays ayant fourni la moitié de la correspondance conservée. Carl Bouchard analyse un corpus de 3 619 lettres, dont le lieu d’origine a pu être établi dans 63,5 % des cas. Elles ont été expédiées en majorité depuis les grandes villes (Paris : 36 % ; région parisienne : 9 % ; Bordeaux, Lyon, Marseille).

2 L’étude des journaux de diverses tendances (Le Figaro, La Lanterne, Le Temps), montre que Wilson bénéficia d’un préjugé favorable dès l’entrée en guerre de son pays. La presse française, prompte à qualifier de rêveries les projets « d’association universelle des nations » tant que les États-Unis restaient neutres, les soutient sans équivoque une fois ceux-ci engagés dans le conflit. Ce retournement annonce les ambiguïtés futures, le thème de la « paix par le droit » pouvant aisément renforcer les appels à un traitement punitif de l’Allemagne, coupable d’agression. En tout cas, Wilson bénéficie en France d’une réelle popularité dès l’entrée en guerre. L’activité du Committee on Public Information, organisme officiel de propagande dirigé par le journaliste George Creel, va la porter à la frénésie : un million de Parisiens se pressent sur le parcours de Wilson à son arrivée dans la capitale, le 14 décembre 1918.

3 Les lettres sont contemporaines du séjour en France du président : une trentaine seulement est antérieure au 11 novembre 1918. Le secrétariat de Wilson a rapidement élaboré des réponses-types, et fournissait une synthèse de ce courrier au président. Celui-ci était donc informé des réactions de l’opinion française à ses projets. Ce courrier montre que la Société des Nations (SDN) n’était pas la préoccupation principale des Français. Ce thème n’est abordé que dans 200 lettres, moins fréquemment que la gratitude envers l’apport des États-Unis à la victoire, le traitement réservé à l’Allemagne, les réparations de guerre, ou plus généralement la reconstruction de la France. La correspondance reçue par Wilson confirme la baisse de popularité du président au printemps 1919, par crainte d’un sort trop clément réservé à l’Allemagne, baisse que Pierre Miquel avait relevée à partir de l’analyse de la presse française. Inversement, les correspondants favorables à la SDN manifestent souvent une véritable idolâtrie pour la personne de Wilson.

4 Environ 30 % de lettres formulent des requêtes personnelles (soutien matériel, recommandation…), qui témoignent des détresses causées par la guerre. On écrit à Wilson, en désespoir de cause, lorsque les démarches auprès de l’administration française sont restées sans effet, car les autorités françaises ont vraisemblablement insisté sur la générosité personnelle de Wilson et de son épouse. Une lettre d’enfant, évoquant la bonté d’Edith Wilson, précise en effet : « On nous le dit tous les jours à l’école » (p. 157). Dans 55 % des cas, ces demandes émanent de femmes. Les sollicitations d’un soutien matériel sont massivement d’origine féminine, qu’il s’agisse de veuves de guerre, ou de filles-mères dont le partenaire est mort au front avant la naissance de l’enfant. Ces requêtes étaient redirigées vers des organisations charitables américaines opérant en France, comme en témoignent certaines lettres de remerciement.

5 Carl Bouchard a assurément mis la main sur une source de valeur, mais son livre souffre précisément de s’appuyer sur un fonds d’archives unique. Du fait même que les correspondants de Wilson sont des anonymes, sur lesquels il n’existe pas de renseignements hormis ceux mentionnés dans leurs lettres, cette correspondance ne permet pas d’analyses poussées. Ainsi, l’auteur note que les demandes de secours émanant de civils obligés de quitter leur emploi pour faire place à un soldat démobilisé « n’expriment guère à cet égard d’animosité […] À moins bien sûr qu’une forme d’autocensure ne rende indicible tout ressentiment » (pp. 184-185 ; nous soulignons). Il s’agit là d’une restriction cruciale, à laquelle la source utilisée ne permet malheureusement pas d’assurer un statut plus solide que celui d’une simple hypothèse. Agréable à lire, le livre de Carl Bouchard relève donc de l’illustration plutôt que de l’analyse.

6 Laurent Cesari Université d’Artois, Arras, E. A. 4027


Date de mise en ligne : 26/06/2017

https://doi.org/10.3917/ri.169.0121b