Article de revue

Établir des priorités en soins de santé. Comment passer des besoins vitaux aux taux de remboursement ?

Pages 11 à 33

Citer cet article


  • Léonard, C.,
  • Batifoulier, P.,
  • Braddock, L.
  • et Latsis, J.
(2014). Établir des priorités en soins de santé. Comment passer des besoins vitaux aux taux de remboursement ? Reflets et perspectives de la vie économique, Tome LIII(4), 11-33. https://doi.org/10.3917/rpve.534.0011.

  • Léonard, Christian.,
  • et al.
« Établir des priorités en soins de santé. Comment passer des besoins vitaux aux taux de remboursement ? ». Reflets et perspectives de la vie économique, 2014/4 Tome LIII, 2014. p.11-33. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-reflets-et-perspectives-de-la-vie-economique-2014-4-page-11?lang=fr.

  • LÉONARD, Christian,
  • BATIFOULIER, Philippe,
  • BRADDOCK, Louise
  • et LATSIS, John,
2014. Établir des priorités en soins de santé. Comment passer des besoins vitaux aux taux de remboursement ? Reflets et perspectives de la vie économique, 2014/4 Tome LIII, p.11-33. DOI : 10.3917/rpve.534.0011. URL : https://shs.cairn.info/revue-reflets-et-perspectives-de-la-vie-economique-2014-4-page-11?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rpve.534.0011


Notes

  • [1]
    Directeur général adjoint du KCE, Professeur invité à l’Université catholique de Louvain, Maître de conférences à l’UNamur et Professeur à la HELHa.
  • [2]
    EconomiX, Université Paris Ouest Nanterre La Défense.
  • [3]
    Girton College, University of Cambridge, UK.
  • [4]
    Henley Business School, University of Reading, UK.
  • [5]
    Nous clarifions ce concept dans la section suivante.
  • [6]
    Que l’on retrouve chez des penseurs comme Jean-Pierre Dupuis ou André Gorz.
  • [7]
    Cette simplification n’est en fait pas indispensable, il suffirait en effet de placer sur la dimension des besoins, un même nombre de fois, le même besoin qu’il existe de traitements pour rencontrer ce besoin.
  • [8]
    On trouvera le résultat d’une recherche de littérature relative à la prise en compte de la plupart de ces critères et principes dans le cadre de la révélation de préférences dans le but de prioritiser les soins de santé aux pages 41-47 de Cleemput et al. (2014). Notre propos vise plutôt à en discuter la pertinence éthique.
  • [9]
    On peut considérer que le taux de remboursement des besoins médicaux thérapeutiques est maximal, compte tenu de l’importance du besoin, aussi longtemps que le traitement n’est pas connu et que, par conséquent, on ne peut s’exprimer à propos de son efficacité.
  • [10]
    Ce que l’on verra dans l’article consacré à la prise en compte des préférences sociétales dans l’exercice de prioritisation des remboursements. Voir aussi Cleemput et al. (2014).
  • [11]
    Pour Hasman et al., on peut concevoir un tel seuil en deçà duquel le patient est considéré comme ayant besoin d’une intervention mais ils ajoutent que si l’état après intervention n’est pas différent de l’état avant intervention, l’intervention est « sans effet » et dans ce cas cette intervention ne peut être qualifiée de « besoin » (Hasman et al., 2006, pp. 148-149).
  • [12]
    Philippe Nemo s’exprime ainsi car il considère que l’argent payé par la fiscalité appartient aux contribuables et qu’il n’appartient pas à ceux qui le « prennent ».
  • [13]
    VUB : Vrije Universiteit Brussel.
  • [14]
    INAMI : Institut National d’Assurance Maladie Invalidité.
  • [15]
    6.000 personnes ont été contactées pour l’ensemble de la Belgique et 2.221 personnes ont répondu au questionnaire écrit – pour plus de détails voir Elchardus et Te Braak (2014, pp. 8-13).
  • [16]
    Données de l’Alliance Nationale des Mutualités Chrétiennes (ANMC) – environ 4,5 millions d’affiliés – année 2012. Selon les mêmes données, ces mêmes 5 % supportent 18 % des tickets modérateurs après l’intervention du maximum à facturer mais également 42 % des suppléments.
  • [17]
    La lecture de ces articles de Current Biology nous a été inspirée par l’excellente recension que Florence Rosier en a faite dans Le Monde (Rosier, 2015).

1Établir des priorités, faire des choix, relève du quotidien de chacun et appartient certainement à l’ensemble des missions des décideurs publics. Cette démarche quasi naturelle prend toutefois une signification toute particulière quand elle concerne ce à quoi nous tenons tant : notre santé. Même si de nombreux déterminants de la santé exercent leur influence en amont de l’épisode de la maladie, les soins de santé restent l’objet de l’attention des décideurs et des citoyens-patients comme le moyen par excellence de restaurer ce que la prévention et l’hérédité n’ont pas permis de maintenir. C’est d’autant plus vrai lorsqu’une crise économique et financière réduit les marges budgétaires et accentue ce sentiment que « tout n’est pas possible ». Les dépenses de santé connaissent une hausse permanente depuis plusieurs dizaines d’années, elles suivent l’évolution technologique, s’adaptent au vieillissement démographique, subissent des hausses de salaires, de tarifs et de prix. Rien ne semble pouvoir les freiner tant les besoins de santé sont devenus l’objet de la médicalisation qui apparaît finalement comme un choix implicite. Le coût d’opportunité de chaque euro consacré aux remboursements des soins et les contraintes que subissent les recettes publiques exacerbent l’exigence de l’établissement de priorités dans tous les domaines de l’action publique. Et la demande des populations pour une démocratie réellement participative invite les décideurs à la transparence, à l’explicitation et à la consultation de celles et ceux qui contribuent au système et en bénéficient. Si l’implication des citoyens-patients complexifie les procédures, elle présente l’immense avantage de légitimer les décisions et d’offrir à chacun l’opportunité de s’identifier au système afin de mieux l’assumer.

2La question de la pertinence d’établir des priorités en soins de santé ne se pose donc plus mais la manière d’y parvenir, les principes qui doivent encadrer ces priorités et les critères susceptibles de les concrétiser, voilà les enjeux qui caractérisent non seulement les systèmes de soins mais aussi les systèmes de solidarité. Le questionnement n’est pas uniquement économique ou financier, il est social et anthropologique, c’est le « vivre-ensemble », le « faire-société » qui dépendront de notre capacité à construire un système de soins, certes efficient, mais aussi juste.

3Nous proposons de faire le point sur les principes et critères qui pourraient présider à l’établissement d’un panier de soins public, d’en discuter les enjeux éthiques, économiques et techniques.

1 – Construire un « volume » de soins de santé

4De manière assez intuitive, l’OMS a imaginé de représenter le « panier de soins » remboursés par un volume, un parallélépipède rectangle dont les dimensions représentent la population couverte, les prestations prises en charge et le taux de cette couverture (Organisation Mondiale de la Santé, 2010). Nous nous inspirons de cette représentation mais nous l’adaptons en modifiant la signification des dimensions, ce qui donne au volume un aspect moins « régulier », le parallélépipède devient ainsi « quelconque », ce qui ne signifie en rien que sa forme est le fruit du hasard.

1.1 – Rencontrer la « commune humanité »

5Si l’on accepte le principe selon lequel nous partageons toutes et tous une « commune humanité », que dès lors il n’existe aucune raison d’exclure des personnes de l’accès aux soins de santé, l’axe horizontal de notre figure est constitué de l’ensemble de la population d’une société. Une société et non pas nécessairement la population mondiale, ce qui peut apparaître comme une contradiction avec la « commune humanité ». Si, a priori, toute personne humaine est censée être fragilisée par les mêmes « vulnérabilités » [5], on ne peut toutefois exclure que des différences entre pays ou cultures puissent apparaître lorsqu’on s’écarte d’une certaine forme d’objectivité en la matière. En effet, le contexte sociétal peut induire des injonctions, des normes qui peuvent susciter des « souffrances » chez celles et ceux qui ne peuvent les respecter. Ne pas ou ne plus être capable de répondre efficacement à des normes en termes de performance au travail, sportives, sexuelles ou en termes d’apparence physique peut être extrêmement mal vécu et occasionner un mal-être nécessitant une certaine médicalisation. Ces normes ne sont toutefois pas identiques dans tous les pays et dans toutes les cultures. D’autre part, certains besoins présentent assez clairement un caractère universel quand ils touchent notamment l’exercice de fonctions vitales de l’organisme (voir correctement, pouvoir se mouvoir, avoir une fonction rénale et cardiaque normale…). Cette clarification relative à la dimension « horizontale » de notre volume trouve un prolongement naturel dans l’explicitation de la deuxième dimension, sa profondeur.

Figure 1

Les trois dimensions du panier de soins

Description de l'image par IA : Graphique montrant l'interaction entre l'intensité des soins médicaux et la population humaine, avec trois dimensions du panier de soins.

Les trois dimensions du panier de soins

1.2 – Les besoins

6La profondeur de notre figure représente les « besoins vitaux médicaux ». Le terme « vital » ne doit pas s’entendre ici dans un sens strict et représenter uniquement ce qui repousse la mort. Un besoin de santé peut être « vital » si sa satisfaction permet de vivre sa vie et de conserver ses capacités de pouvoir ou d’être ce que l’on appelle un « agent », c’est-à-dire de disposer de « capacités agentives ». Comme nous l’avons souligné plus haut, le concept de « besoins de santé » réfère à la fois à un aspect contextuel, communautaire, social mais aussi à un aspect plutôt biologique. Prendre en considération ces deux aspects, ces deux dimensions des besoins permet d’échapper à une certaine « dictature des préférences » de la population, une posture qui correspond à l’insatisfaction que David Wiggins exprime à l’égard de la substitution des besoins par les préférences de santé (Batifoulier et al., 2009). Nous adoptons ici une définition du besoin de santé qui est vital au sens où il exprime un « endommagement grave » (serious harm) induit par une mauvaise santé. Cet « endommagement grave » trouve son origine, non pas exclusivement dans un manque d’ordre biologique, mais dans une sorte d’articulation des registres biologique, psychologique et social (Batifoulier et al., 2013). Notre conception de « l’endommagement grave » est assez proche du concept de « dysfonction préjudiciable » (harmful dysfunction) de Wakefield (Wakefield, 2006) qui propose ce concept hybride selon lequel le trouble est une « dysfonction », terme scientifique factuel, basé sur la théorie évolutionniste. Cette dysfonction se rapporte à la défaillance d’un mécanisme interne au corps dans la réalisation d’une de ses fonctions naturelles. Cette dysfonction s’avère « préjudiciable », terme évaluatif qui se rapporte aux conditions jugées négatives selon des standards socio-culturels (Wakefield, 2006, p. 39).

7Selon Wakefield, les types de fonctions qui sont susceptibles de « dysfonctionner » ne sont « pas ceux qui résultent de décisions sociales ou personnelles d’utiliser une partie de l’esprit ou du corps d’une façon particulière » (Wakefield, 2006, p. 44). Ainsi, il sera question d’un trouble lorsqu’un organe ne peut fonctionner comme il est censé le faire selon la nature, donc quand il ne peut assumer sa fonction naturelle, la fonction pour laquelle il a été sélectionné naturellement (Wakefield, 2006, p. 50). Toutefois, pour être considérée comme un trouble, une dysfonction ou une lésion doit affecter le bien-être de l’organisme de manière préjudiciable (Wakefield, 2006, p. 55). Il s’agit donc d’un raisonnement en deux temps qui consiste à se demander quelles déviations sont des lésions et quelles lésions sont des troubles. Pour Wakefield, ce raisonnement s’applique autant au domaine mental qu’au domaine physique. Établir une ligne de démarcation précise entre les besoins vitaux et non vitaux, les endommagements graves ou non ou entre les dysfonctions préjudiciables ou non dépasse le cadre de cet article. La caractérisation que nous donnons de ces endommagements graves nous semble suffisante pour comprendre les fondements de notre approche.

Figure 2

Décomposition des besoins de santé vitaux d’une société

Description de l'image par IA : Diagram montrant la décomposition des besoins vitaux en besoins médicaux et non médicaux.

Décomposition des besoins de santé vitaux d’une société

8Toutefois, reconnaître cette articulation entre un trouble factuel et objectivable et un contexte sociétal et caractériser un endommagement de « grave » ou de « préjudiciable », ne signifie pas nécessairement que les besoins que l’on qualifie de « vitaux » soient tous de nature à être rencontrés par des « soins médicaux ». Il s’agit ici de faire preuve de lucidité « illichienne » [6] (Illich, 1976, 1994, 1999, 2005b, 2005a) à l’égard des phénomènes de médicalisation de problèmes et même de souffrances ancrées dans le monde, notamment sociétal et économique. Par exemple, la solitude peut être vécue comme une souffrance, autant qu’une insuffisance de revenus, qu’un déclassement social ou un manque d’accès à l’enseignement ou à la culture. Ces formes de souffrances n’en sont pas moins réelles mais elles exigent une réponse à leur cause profonde qui relève des valeurs véhiculées par la société. Demander à la médecine de « soigner » de telles souffrances reviendrait à déverser les deniers publics dans un « tonneau des Danaïdes » même si, au passage, les dépenses consenties ne seraient pas perdues pour tout le monde. Les besoins vitaux médicaux ainsi définis peuvent être subdivisés en « besoins non thérapeutiques » et « besoins thérapeutiques ». Cette distinction vise essentiellement à souligner que, parmi les besoins médicaux, certains sont déjà rencontrés par des thérapies, prestations ou médicaments ; il n’y a donc plus dans ce cas de besoin thérapeutique. D’autres besoins médicaux sont thérapeutiques car il n’existe pas encore de thérapie ou car la thérapie existante n’est pas satisfaisante. A priori, dans les systèmes de santé des pays les plus développés, la part des besoins médicaux non thérapeutiques est majoritaire. En d’autres termes, de nombreux besoins vitaux sont déjà rencontrés de manière satisfaisante par un traitement et une alternative n’apporterait qu’une plus-value marginale. En revanche, certains besoins vitaux attendent encore d’être satisfaits, parce que la recherche médicale ne s’y est pas encore intéressée ou qu’elle n’est pas encore parvenue à une solution acceptable. Il y a donc dans ce cas un besoin vital thérapeutique et notre dimension des « besoins vitaux » pourrait être prolongée par un trait indiquant que des besoins vitaux supplémentaires existent mais qu’ils ne sont pas rencontrés par une thérapie et qu’il n’y a, à l’heure actuelle, aucun remboursement prévu (hauteur du volume nulle).

1.3 – Le taux de couverture

9La hauteur de notre volume représente le taux de remboursement des thérapies rencontrant les besoins de santé médicaux ainsi que des thérapies qui rencontreront ou rencontreraient les besoins médicaux qui sont encore qualifiés de thérapeutiques. Pour la simplicité de l’exposé, nous postulons qu’il existe un traitement par besoin médical [7]. Le parallélépipède n’est pas rectangle, la partie supérieure « descend », signifiant que le taux de remboursement est décroissant car les besoins médicaux sont classés du plus « important » au moins « important ». À ce stade, la question de la détermination de l’importance, clinique et sociétale, des besoins reste ouverte, nous l’aborderons plus loin. Le principe de base consiste à mieux rembourser les traitements qui soignent les problèmes les plus sérieux, les besoins les plus importants, les souffrances les plus graves.

10Toutefois, il ne suffit pas qu’un traitement soit dédicacé à un besoin jugé important pour que son taux de prise en charge par un système public de soins soit élevé, encore faut-il qu’il s’avère efficace et dans un premier temps nous considérerons que l’efficacité du traitement est le seul critère qui modifie le taux de remboursement fondé sur l’importance du besoin médical. Si l’on tient compte d’une part de l’importance de ce besoin et de l’efficacité du traitement, on approche le principe connu sous l’appellation « Value Based Insurance » (Cleemput et al., 2012).

2 – Des critères liés au patient pour « ajuster » les remboursements [8]

11Nous disposons à présent d’un panier de biens et services de santé qui rencontrent des besoins vitaux médicaux non thérapeutiques et, pour les besoins thérapeutiques, des taux de remboursements potentiels sont également disponibles [9]. En l’absence de toute « discrimination » entre les patients, le taux de remboursement d’un traitement rencontrant un besoin médical est identique pour tous les membres de la population. Toutefois, la littérature scientifique ainsi que les déclarations d’experts ou de politiques traduisent des possibilités de différencier la prise en charge publique en fonction de critères liés au patient. Il est dès lors possible de modifier notre volume en appliquant ces critères. Il s’agit en fait de faire prévaloir à chaque fois une certaine forme d’égalitarisme déclinée en fonction de la variable focale considérée (Sen, 2000, p. 42), tous les patients pour lesquels la valeur de la variable en question est identique auraient donc droit au même taux de remboursement. À ce stade, notre volume est fondé sur une forme d’égalitarisme qui peut s’exprimer comme « à chacun selon ses besoins vitaux médicaux ». Nous allons voir que certaines des variables focales que l’on peut substituer au « besoin vital médical » sont mutuellement exclusives car elles relèvent de principes éthiques différents, voire opposés, alors que d’autres pourraient être combinées.

2.1 – À chacun selon son mérite

12Le critère du « mérite » est l’un des plus controversés mais aussi celui qui le plus souvent évoqué quand il s’agit de prendre des mesures d’économie dans le domaine des soins de santé, certains le considèrent comme un concept fondateur possible afin d’assurer une allocation juste des ressources, avec celui de « contribution » et celui de « besoins » (Bergmark, 1996). Ce principe, connu également sous l’appellation « Choicism » (Cleemput et al., 2014, p. 45), vise à faire participer financièrement les patients aux coûts des soins en fonction de leur « responsabilité » à l’égard de l’occurrence de leurs problèmes de santé. Selon ses défenseurs, ce principe permettrait de conscientiser les patients et même de leur faire adopter un comportement plus « responsable », plus « sanitairement correct ». D’un point de vue de l’économie néoclassique, ce principe semble marqué du sceau du bon sens puisqu’il utilise les incitants financiers afin d’envoyer des signaux auxquels les consommateurs de soins considérés comme des « homo oeconomicus » ne peuvent que réagir dans le sens attendu par la théorie.

13Au-delà des doutes que l’on peut formuler à l’égard de l’efficacité de ces mesures à réduire les dépenses de soins, les raisons de questionner leur équité sont nombreuses (Léonard, 2015). Nous savons en effet qu’un gradient socio-économique caractérise les déterminants de la santé et/ou de la consommation de soins. C’est le cas de l’intelligence émotionnelle qui est associée négativement aux actes médicaux jusqu’au nombre de journées d’hospitalisation (Vancorenland et al., 2014a). Ce gradient touche également les connaissances en santé, appelées « Health Literacy », positivement corrélées aux comportements sains en termes de tabagisme, d’alimentation et activités physiques (Bailey et al., 2014 ; Van den Broucke et Renwart, 2014 ; Vancorenland et al., 2014b). On ne compte plus les études qui attestent d’un tel gradient dans le domaine de la prévention, en termes de morbidité, d’espérance de vie (Avalosse et al., 2008 ; Avalosse et Vancorenland, 2014 ; Van der Heyden, 2003, 2009 ; Van Oyen, 1993, 2011), d’activités physiques favorables à la santé (Drieskens, 2014) et de reports de soins (Després et al., 2011a ; Després et al., 2011b). Enfin, les associations entre les inégalités de revenus et de nombreuses variables telles que la morbidité, l’espérance de vie, les grossesses précoces ou le décrochage scolaire (Wilkinson et Pickett, 2013) complètent un tableau de réserves à l’égard de la « méritocratie » appliquée aux remboursements des soins. Ce dernier argument ne présente pas la même pertinence en fonction des cultures ou postures idéologiques. Même si la redistribution des revenus est un choix politique, l’inégalité de leur répartition ne choque pas (autant) aux États-Unis qu’en Europe, essentiellement par ce qu’on y considère que chacun est responsable de son revenu. Mais au sein de l’Europe, globalement plus solidariste, des voix s’élèvent pour remettre en question fondamentalement les principes de redistribution. Citons à titre exemplatif, le dernier livre de Philippe Nemo qui considère toute taxation sans contre-prestation comme un vol (Nemo, 2014, p. 127).

2.2 – À chacun selon sa liberté réelle

14Ce principe est le complément idéal au principe méritocratique si l’on accepte l’idée selon laquelle on ne peut « mériter » que ce que l’on a volontairement décidé. Il s’agit non seulement de reconnaître le lien entre liberté et responsabilité, d’admettre que « la liberté est la condition nécessaire et suffisante à la responsabilité » (Sen, 2003, p. 372), mais aussi d’exiger que cette liberté soit réelle et non uniquement postulée ou simplement une injonction. Une manière d’approcher une mesure de cette liberté pourrait consister à en évaluer le contraire, c’est-à-dire à évaluer l’impact des gradients évoqués ci-dessus. Chaque « déterminant » étant, comme son nom l’indique, un élément qui contraint la personne, qui l’empêche de s’épanouir, finalement d’être libre et choisir. En l’absence d’une approche susceptible de libérer la personne, futur patient, il est éthiquement difficile de la rendre totalement responsable de son état de santé (Léonard, 2013a, 2013b, 2014).

2.3 – À chacun selon son niveau socio-économico-culturel

15Rembourser les soins de santé en tenant compte du niveau social, économique et culturel des patients peut aussi se justifier au nom du lien entre liberté et responsabilité. Si l’exigence en termes d’éthique est moins forte que dans le principe précédent, son caractère réaliste ou réalisable plaide en sa faveur. En Belgique, le meilleur remboursement octroyé aux titulaires de l’assurance maladie bénéficiant d’une intervention majorée par rapport aux titulaires « ordinaires » constitue une forme d’application de ce principe. Toutefois, en considérant non seulement le niveau social et économique mais en imposant la dimension culturelle, on fait un pas supplémentaire vers la reconnaissance des « handicaps » que subissent les personnes moins nanties, quelles que soient les dimensions de la précarité dans laquelle ils vivent. Cette dimension culturelle, dont Bourdieu a montré les impacts sur les trajectoires de vie des personnes (Bourdieu, 1979, 1986) ne revêt pas seulement une importance quant à la capacité de comprendre une information et une prescription médicales, elle impacte aussi la façon de les traiter. On sait par exemple que la place de l’écrit et de son autorité diffère entre les religions et que cette place détermine ainsi le sort réservé à l’ordonnance médicale et, d’une certaine façon, peut expliquer l’observance aux traitements prescrits (Fainzang, 2001).

2.4 – À chacun selon son « statut social »

16Être responsable d’une famille ou avoir une position politique ou économique importante, voilà ce que l’on pourrait considérer comme une forme de « statut social ». Est-il envisageable d’accorder une priorité, un meilleur remboursement, un meilleur accès aux soins pour celles et ceux qui ont une charge de famille par rapport aux personnes qui ont choisi ou pas de ne pas avoir d’enfants ? Cette forme de différenciation serait-elle fondée sur la valorisation de la fécondité qui permet d’apporter une solution partielle au problème du vieillissement démographique ? S’agit-il de reconnaître le « mérite » que les parents ont d’éduquer des enfants ? Implicitement, souhaiterait-on pénaliser les personnes qui auraient choisi une vie plus centrée sur soi ? Dans ce cas, il faudrait alors faire la distinction entre celles qui ont délibérément opté pour une vie sans enfants et celles qui auraient souhaité devenir parents. Ces derniers devraient-ils alors prouver qu’il s’agissait bien de leur volonté en présentant par exemple la facture de tentatives de fécondation in vitro qui auraient échoué ?

17La justification d’un tel principe ne semble pas plus immédiate si le « statut social » est fondé sur une position politique ou économique. La première difficulté réside dans le caractère provisoire de ces positions à la différence du statut de parents. De plus, envisagerait-on de distinguer les personnes qui assument une responsabilité politique en fonction de l’importance du budget qu’elles doivent gérer ou du nombre de personnes qui dépendent de leurs décisions ? Les responsables économiques sauraient-ils évaluer à l’aune du chiffre d’affaires de leur entreprise, du nombre de leurs employés, de l’empreinte écologique des activités qu’ils supervisent, du nombre de personnes licenciées ?

18La pertinence d’un égalitarisme fondé sur le « statut social » semble bien légère, ce principe ne suscite d’ailleurs que peu d’engouement chez les chercheurs et peu d’adhésion chez les personnes auxquelles on demande de s’exprimer à ce sujet (Cleemput et al., 2014, p. 47). Il nous semblait toutefois indispensable d’y consacrer une place dans notre exposé car l’abandon d’une partie de l’assurance obligatoire et donc de la solidarité qui en est aux fondements aurait inévitablement pour conséquence d’établir une nouvelle « hiérarchie » entre les citoyens-patients au sein de laquelle la prime de risque à payer serait directement proportionnelle au risque de santé potentiel de l’assuré et de ses personnes à charge.

19Cette remarque nous amène à prendre conscience que tout « filtre » ou « critère » susceptible de modifier les taux de remboursements des soins doit être évalué à l’aune de l’effet transformationnel qu’il génère, opérant implicitement une métamorphose au moins partielle d’un système solidaire vers un système privatisé.

2.5 – À chacun selon sa capacité à bénéficier du traitement

20Voilà un principe susceptible d’intéresser le gestionnaire soucieux de maximiser l’output produit par le système de soins. En effet, accorder la priorité aux patients qui peuvent retirer le plus grand bénéfice des biens et services médicaux constitue une décision parée d’une vertu quasi universellement reconnue, celle de l’efficience. En soi, l’efficience est un objectif qu’il est difficile de contester, mais également de défendre, aussi longtemps que le dénominateur du rapport coût/output n’est pas précisément défini. Il est en effet indispensable de s’entendre sur la finalité du système de soin avant de choisir le ou les indicateurs qui en seront les plus fidèles expressions. La capacité à bénéficier d’un traitement doit-elle alors être mesurée en unité de qualité de vie préservée donc de souffrance évitée ou de quantité de vie sauvée ? L’utilisation d’un tel critère repose évidemment sur l’hypothèse, parfois forte, qu’il est possible d’attribuer une valeur numérique à chaque état de santé et donc à chaque amélioration de ce dernier (Hasman et al., 2006, pp. 150-151). Si l’on accorde ainsi une importance à la qualité et la quantité de vie, dont on peut concevoir que l’un des deux aspects soit prédominant pour le citoyen ou le décideur [10], on doit peut-être envisager des seuils minima de qualité ou de quantité de vie en deçà desquels une société soucieuse du respect de la dignité humaine s’impose de ne pas descendre. C’est précisément l’objet des trois principes égalitaristes suivants.

2.6 – À chacun une durée de vie en santé équivalente (« Fair innings »)

21Assurer à chacun un « quota » de vie en santé procède clairement d’une volonté égalitariste de nature à fortement nuancer le principe utilitariste précédent. L’application d’un tel principe à des taux de remboursement par prestations de soins présente évidemment des difficultés techniques que nous discuterons plus loin. Il est toutefois très spécifique à une « demande de reconnaissance » comme principe fondateur de la redistribution (Gautun et Grødem, 2014) et s’oppose au « Luck Egalitarianism » qui caractérise le « Choicism » car il constitue la vraie nature de l’égalitarisme. C’est à juste titre qu’Elisabeth Anderson souligne que les personnes ne doivent pas exprimer leurs revendications sur la base d’états d’infériorité, mais bien en vertu de leur égalité commune et de l’égal respect que cette commune humanité exige (Anderson, 1999). Concrètement, le principe du « Fair innings » tend à avantager les plus jeunes, qui n’ont forcément pas encore atteint leur « quota », ainsi que les personnes les plus défavorisées en termes de santé, notamment les malades chroniques et les personnes handicapées. La portée de ce mode de redistribution dépend évidemment du niveau du « quota » de « durée en santé » dont la société reconnaît qu’il correspond à un réel respect de chacun et donc de l’ampleur de l’ambition égalitariste qui la traverse. Une ambition qui entrera inévitablement en contradiction avec la priorité que recevraient les patients qui peuvent bénéficier le plus des prestations de santé. En effet, assurer à un patient une « durée en santé » minimale signifie un investissement important pour celles et ceux qui se trouvent dans une situation marquée par une souffrance importante et définitive. Les personnes âgées dépendantes, les personnes handicapées ne peuvent pas atteindre le niveau de « durée en santé » de la moyenne des patients, même avec une quantité importante de soins. Cela signifie-t-il que l’on doit concevoir, à leur égard, une éthique du soin différente ou imposer des limites à l’ambition égalitariste sociétale ?

2.7 – À chacun selon son niveau de santé initial

22Peut-on trouver une solution au problème soulevé par ce principe d’égalité de « durée de santé » pour les personnes en « grande souffrance » en fondant la redistribution sur l’état initial de santé ? D’un point de vue éthique, se référer à un état de santé permet d’éluder la difficile question du niveau minimal de réalisation de santé à atteindre. En effet, il « suffit » d’accorder un taux de remboursement élevé aux patients qui satisfont des critères de « souffrance minimale » [11] sans exiger que les traitements successifs permettent d’atteindre un niveau de santé donné. Seul le processus par lequel on alloue des moyens publics d’autant plus importants que l’état de santé initial est dégradé présente un réel intérêt. Une fois de plus, il s’agit d’une démarche qui entrerait en conflit avec une approche utilitariste fondée notamment sur l’efficience.

2.8 – À chacun un fonctionnement minimal

23Assurer un fonctionnement minimal au travers des soins de santé dépasse en exigence la réalisation d’un certain état de santé. On rejoint ici le concept de « capabilité » de Sen et Nussbaum, ensemble de fonctionnements (« beings and doings ») au sein duquel la personne doit faire un choix. La personne doit donc être en capacité d’atteindre un certain niveau de fonctionnement qui ne dépend pas uniquement de son état de santé (voir Hasman et al., 2006, pp. 149-150). Ce principe demande ainsi que l’on identifie, au sein d’un niveau de fonctionnement, la partie qui est directement la conséquence de l’état de santé. En ce qui concerne le niveau de prestation professionnelle par exemple, il faudrait distinguer ce qui relève de la santé physique et mentale du travailleur et ce qui dépend notamment de sa volonté et du contexte dans lequel s’inscrit son travail. En plus de cette exigence informationnelle, il faut tenir compte d’un probable surplus d’exigence en termes d’investissements publics. En effet, pour peu que la société nourrisse des aspirations de « performance » de la part de ses membres en termes de travail, activités de loisir ou même de culture, le montant de dépenses de soins auquel il est nécessaire de consentir peut rapidement atteindre des niveaux peu compatibles avec le budget alloué. Ce n’est pas la première fois que cette contrainte budgétaire apparaît, que ce soit en filigrane ou de manière explicite, il nous faudra en discuter la prégnance et le lien qu’elle entretient avec le concept de financement et de solidarité.

2.9 – À chacun la même utilité marginale

24Ce principe correspond à l’approche utilitariste puisque la maximisation de la somme des utilités requiert l’égalisation des utilités marginales de tous (Sen, 1979, p. 198). En termes informationnels, cette approche est évidemment très exigeante mais si l’on émet l’hypothèse que l’on peut connaître les fonctions d’utilité de chaque personne et que le niveau de santé qui détermine le niveau d’utilité est parfaitement identifié, le calcul devient simple, voire simpliste. En effet, aussi longtemps que les utilités marginales ne sont pas égales, il est possible d’augmenter l’utilité totale en enlevant des biens de santé à l’un pour les prodiguer à un autre. On rejoint ainsi le principe qui vise à exploiter au maximum la capacité de chacun à retirer un bénéfice des soins de santé à la différence qu’ici cette capacité est en permanence comparée à celle des autres de manière à maximiser l’agencement de soins répartis entre tous les patients.

2.10 – À chacun selon son âge

25Lorsque l’âge est évoqué comme critère de choix pour différencier le remboursement des soins, ce n’est pas en tant que variable « fétiche », selon laquelle les personnes âgées seraient « sacralisées » ou au contraire, en référence à un jeunisme ambiant qui rendrait l’investissement pour les jeunes générations non négociable. L’âge peut en effet être un proxy pour le statut « social » ou « professionnel » si l’on considère par exemple le niveau de productivité que l’on peut en attendre. Les jeunes sont souvent perçus comme des « forces de travail » prêtes à de nombreux sacrifices notamment en temps de travail, ce qui compenserait une moindre expérience. Les plus âgés, plus expérimentés, sont des « mémoires » vivantes de l’entreprise mais sont aussi moins enclins, en général, à sacrifier leur santé pour l’entreprise, d’ailleurs ils en sont parfois dans l’impossibilité. Si l’on tient compte du salaire versé, les jeunes détiennent alors un solide avantage. L’âge est également lié à la « capacité de bénéficier » des biens de santé. Nous avons vu qu’il pouvait entrer en considération dans l’application du principe de « Fair innings ». Même le principe méritocratique pourrait ne pas être indifférent à l’idée qu’en deçà et qu’au-delà d’un certain âge, le concept de responsabilité individuelle perd de sa pertinence.

2.11 – À chacun selon sa contribution au système

26Pour terminer, nous abordons un critère ou un principe qui nous ramène, d’une certaine manière, à notre point de départ puisqu’il exprime une sorte de « méritocratie ». En effet, il s’agirait d’adapter le niveau de remboursement pour chacun en fonction de sa contribution financière au travers de la fiscalité et de la parafiscalité. On pourrait penser qu’il s’agit finalement d’une « simple » privatisation du système de soins selon laquelle les prestations de l’assureur dépendent des primes payées par l’assuré. Toutefois, adopter une approche aussi dichotomique traduirait une absence de lucidité à l’égard d’un processus lent mais profond de remise en question fondamentale de la solidarité d’une part et d’une volonté de réciprocité d’autre part.

27Pour certains, la légitimité d’un prélèvement dépend de la valeur de ce qu’il permet de recevoir en échange. « Certains citoyens paient plus d’impôts que d’autres, alors que tous reçoivent les mêmes prestations de l’État. C’est donc pour eux un paiement en pure perte, un impôt sans contrepartie » (Nemo, 2014, p. 125) et « dans toutes les langues et toutes les traditions morales, cela s’appelle un vol » (Nemo, 2014, p. 127) [12], ce qui s’apparente à un vol. Pour d’autres, la solidarité n’est précisément possible que si l’on renonce à toute compensation. « La dette sociale n’est rien d’autre que l’expression de la solidarité nationale. Cette vision positive de la dette met au premier plan le don solidaire, expurgé de la nécessité d’être quitte. La logique de la cotisation sociale est celle d’une obligation de donner sans contrepartie. La dette sociale ainsi définie résume le sentiment d’appartenir à un monde commun » (Batifoulier, 2014, p. 16). Ces deux postures à l’égard de la solidarité présentent l’avantage d’être claires, tranchées, elles ne laissent pas la place à l’implicite. Toutefois, certaines revendications, si elles demeurent feutrées, n’en constituent pas moins des remises en question fondamentales du système. C’est par exemple le cas du système de « sélectivité », ce principe selon lequel on « réserve » une partie des prestations à certaines catégories de personnes afin de limiter les dépenses. On peut approcher l’adhésion qu’elle suscite en considérant les résultats d’une récente enquête élaborée par des chercheurs de la VUB [13] pour le compte de l’INAMI [14] (Elchardus et Te Braak, 2014). Lors de cette enquête, il a été demandé aux participants [15] s’ils espéraient « retoucher », grâce au système de soins de santé, plus ou moins que leur « mise de départ », c’est-à-dire leur contribution financière au système. Il est interpellant de constater que 46,5 % des répondants espèrent retoucher au moins autant que leurs contributions au système alors que nous savons que les soins et donc leurs coûts sont fortement concentrés. En effet, 5 % de la population belge concentrent 53 % des remboursements de soins [16]. Il est par conséquent impossible que chacun retrouve « sa mise », il s’agit de l’essence de la solidarité. On peut interpréter cet « espoir » comme une sorte de principe de réciprocité et donc comme une certaine forme de rejet du principe de sélectivité. Il faudrait évidemment procéder à une analyse qualitative afin de vérifier les véritables motivations des répondants mais, compte tenu de la concentration des soins et donc de la répartition de l’occurrence des épisodes de maladies au cours d’une année, on pourrait s’attendre à ce qu’une très large majorité de personnes « acceptent » l’idée de retoucher moins que le montant de leurs contributions.

3 – Questions complémentaires

28L’exposé des enjeux éthiques directs de ces critères et principes qui pourraient fonder un système d’assurance maladie n’épuise pas toute la problématique de la fixation des priorités en santé, tant s’en faut. S’ils relèvent tous d’une logique interne spécifique, ils s’inscrivent aussi dans un contexte éthique et économique plus large, dans une logique qui les transcende. En outre, on ne peut négliger les aspects « pratiques » que leur implémentation pourrait poser. Nous nous proposons à présent d’aborder ces différents éléments contextuels.

3.1 – Égalité de quoi ?

29Se soucier d’adopter une approche éthique des questions sociales exige que l’on considère toutes les personnes de manière égale sur un plan quelconque, celui qui nous apparaît le plus pertinent. C’est aussi le cas dans le domaine des soins de santé, comme nous l’avons montré, organiser un système de remboursement traduit toujours une ambition égalitariste de « quelque chose » (Sen, 2000, pp. 37-42). Il est toujours question de traiter de manière égale des égaux, encore faut-il choisir la variable focale avec soin. Le spectre de l’expression de la justice en la matière est assez large entre l’égalité des ressources et l’égalité des résultats, entre l’égalité des chances libérale et celle des réalisations solidariste. Le premier pôle n’exclut pas la solidarité mais il la limite aux possibilités de restaurer la santé défaillante. Il laisse ensuite chacun « libre » d’en faire ou non bon usage, de se montrer compliant, de tirer le maximum des soins reçus. Chacun est ainsi livré à sa « responsabilité » individuelle. Le pôle qui lui est diamétralement opposé est plus exigeant en termes de moyens financiers mais aussi en qualité et quantité d’information susceptible de caractériser de manière précise l’état de santé de chacun. S’il traduit une solidarité horizontale entre bien portants et malades sécurisante, il n’exclut pas la recherche de l’efficience dans l’affectation des deniers collectifs. Il est toutefois l’objet d’une critique fondamentale : son incapacité à faire coexister solidarité et responsabilité (Léonard, 2015).

3.2 – Relations ambiguës entre budget et panier de soins

30La constitution théorique du volume de remboursement du panier de soins s’inscrit, à un moment donné, dans un cadre budgétaire donné. L’exercice est effectivement théorique car il existe à ce moment précis une base de biens et services remboursés sur base de critères probablement multiples qui ont évolué au gré des contraintes budgétaires et des orientations politiques successives. Si un budget constitue par définition une limitation, une contrainte, on peut imaginer que le constat des besoins puisse amener à le revoir. Un coût d’opportunité caractérise toute décision au sein du budget de l’assurance maladie, il en va de même entre les différents budgets de l’intervention publique. Toutefois, si au sein des dépenses de santé l’unité de mesure peut être la quantité et/ou la qualité de vie, au sein de l’ensemble des budgets publics, on peut estimer que l’on manque d’une unité satisfaisante. Comment exprimer, dans une unité identique, la perte sociétale d’une réduction du budget de l’enseignement et l’avantage d’une hausse équivalente du budget des soins de santé ? Des événements ponctuels suscitent parfois une telle émotion qu’il devient difficile de faire parler la raison. L’art de la politique est d’ailleurs de donner un espace d’expression à l’une et l’autre, émotion et raison doivent en fait se nourrir mutuellement afin d’éviter que l’une n’occupe une position de monopole dans le processus décisionnel (Kahneman, 2011 ; Le Coz, 2014). La mort d’un enfant dont on pourrait penser qu’elle était évitable amène inévitablement à se demander si le concept de budget est compatible avec celui de dignité humaine. Cette émotion légitime, et probablement nécessaire pour que la spécificité du soin soit reconnue, ne doit pas faire oublier que toute intervention publique a un coût et que choisir, prioritiser, limiter procède d’une démarche éthique, soucieuse de l’équité.

3.3 – Choisir entre besoin et risque, est-ce choisir entre la solidarité et l’assurance privée ?

31L’éthique des choix en santé pourrait amener les décideurs à « requalifier » les « besoins » en « risques ». Si je considère l’autre comme un individu qui court des risques de santé est l’objet d’aléas, je peux aisément traduire cette nature en termes assurantiels et utiliser froidement les mathématiques pour calculer des primes permettant de constituer un système d’assurance soutenable. Je peux aussi me livrer à un exercice, tout aussi technique, de détermination de la part de responsabilité individuelle dans l’occurrence des risques. Revenir ou rester dans le domaine des besoins vitaux de la personne ne relève pas de la seule sémantique, il s’agit d’une posture qui reconnaît aux soins de santé une nature, une ontologie particulière. Le « soin » de santé représente la manière dont l’humain prend en charge l’humanité, la manière dont la souffrance humaine est l’objet d’une attention partiellement et ponctuellement incompatible avec un calcul de risque. Ce « soin » laisse un espace à une « rule of rescue » dont chacun doit savoir qu’elle est une possibilité. C’est bien de la définition du besoin vital qu’il s’agit ici et plus particulièrement du besoin vital médical. Le contour de l’assurance maladie, quels que soient les critères de remboursement qui sont ou seront adoptés, est fondé sur cette exigence de caractérisation de ce besoin reconnu comme vital, expression d’une souffrance humaine et reconnu comme relevant du domaine de la médecine. Il est peu probable que les seuls experts, aussi compétents soient-ils, puissent légitimement effectuer un tel exercice.

3.4 – La technicité et la « privacy » au secours de l’éthique ?

32Une des critiques, assez évidente, à l’égard des approches de la justice redistributive concerne le haut développement technique et l’intrusion dans l’intimité de l’existence qu’elles exigent. En effet, comment déterminer ces valeurs correspond à ces nombreux critères et principes censés assurer l’équité d’un système de remboursements de soins. Il ne s’agit pas seulement de « capter » des comportements, encore faut-il mesurer l’existence de ces facteurs qui expliquent, voire déterminent, les styles de vie. On imagine aisément le degré d’intrusion dans la vie privée qui accompagne la collecte de ces données. Une double difficulté qui pourrait justifier un système fondé, non sur des incitations censées générer la responsabilité individuelle mais sur une responsabilisation capacitante qui exige une réelle liberté des agents (Léonard, 2012, 2013a, 2013b, 2014, 2015).

3.5 – L’éthique des choix en santé va-t-elle se diluer dans les nouvelles technologies et le droit ?

33Il existe un lien très étroit entre les technologies que l’on qualifie souvent de progrès et le droit car dès qu’une possibilité est offerte par le changement technologique, on est très rapidement amené à se demander si son utilisation doit être autorisée, bien avant normalement que l’on s’interroge sur les modalités de son financement. C’est évidemment le cas en ce qui concerne les technologies qui relèvent de la bioéthique, toutefois notre propos porte plutôt sur l’éthique des choix organisationnels ou budgétaires dans le domaine des soins de santé. L’assureur « Progressive » aux États-Unis propose aux conducteurs de « payer en fonction de leur conduite – Pay as you drive » et deux millions auraient déjà accepté d’équiper leurs véhicules de capteurs afin de bénéficier de tarifs personnalisés. C’est également aux États-Unis que des assureurs obligeraient certains de leurs clients à porter des bracelets connectés pour contrôler s’ils adoptent une bonne hygiène de vie (Géneau, 2014). Le droit doit-il se mêler de processus de personnalisation des assurances si les assureurs demandent toujours l’autorisation de leurs clients ? Légalement, on peut concevoir que l’on exige, comme dans le domaine des soins de santé, le « consentement éclairé » du client, ce qui règle le problème de « privacy » évoqué ci-dessus.

34Encore faut-il s’entendre non seulement sur l’objet de ce consentement mais aussi sur sa portée. Si une description claire et détaillée des informations qui seraient enregistrées par des capteurs placés dans une habitation et/ou sur une personne est de l’ordre du possible, l’assureur doit encore informer le client sur les conséquences de la prise ne compte de ces enregistrements. Imaginons qu’une table précise de tarification soit établie en fonction des valeurs prises par tous les indicateurs. Imaginons même que l’assureur fournisse des informations, fondées sur l’évidence scientifique, sur le lien entre le comportement de l’assuré et la valeur prise par ces indicateurs. Peut-on alors être rassérénés sur la portée de ce consentement ? Tout dépend du type de société que nous voulons, tout dépend de la place que nous voulons donner à la solidarité. En effet, un tel système de personnalisation paroxystique de l’assurance exclut toute possibilité de solidarité. Dès lors que je peux payer une prime qui correspond à mes risques de santé réels dont on m’assure qu’ils sont liés à mon comportement, pourquoi accepterais-je de payer plus pour financer l’irresponsabilité de celles et ceux dont je suis convaincu qu’ils ne partagent pas avec moi, la soi-disant « commune humanité » ? Comme il est peu probable que le droit oblige l’assureur à sensibiliser le client à la cause solidariste, on est en droit de se demander d’où viendrait la sensibilisation au sort de l’autre. Dans un tel système, qu’il faut éviter de considérer comme une fantasmagorie, la question de l’éthique du choix en soins de santé cède la place à l’établissement de tables de risques de morbidité et mortalité extrêmement précises et individualisées.

4 – La participation citoyenne : une aide décisionnelle incontournable ?

35La grande variété des critères et principes qui pourraient présider à la confection du panier de soins de santé et les questions notamment éthiques que leur application pose attestent de la complexité intrinsèque de la fixation de priorités en soins de santé. Cette complexité pourrait plaider pour des choix implicites, c’est-à-dire effectués de manière non transparente au sein de comités d’experts. Toutefois, l’évolution sociétale semble favorable à une implication des celles et ceux qui sont directement concernés, les citoyens-patients. En Belgique, les derniers mois ont apporté une plus-value à fois méthodologique et informationnelle à propos des préférences des citoyens consultés à propos de la manière de faire des choix en soins de santé. Après les deux enquêtes, une réalisée par la VUB (Elchardus et Te Braak, 2014) et l’autre par le KCE (Cleemput et al., 2014) et le LaboCitoyen organisé par la Fondation Roi Baudouin, la manière de décider dans le domaine de l’assurance ne sera probablement plus tout à fait la même. Si l’on ne peut encore évaluer les effets en termes de contenu, le processus enclenché caractérise une volonté d’une plus grande implication citoyenne et d’une meilleure légitimité des choix. Les citoyens, bien informés, auront à choisir les contours de la solidarité, un exercice qui exige de la maturité, une dose d’introspection qui amène à se « soucier des autres ».

36Afin de terminer sur une perspective stimulante, nous livrons les résultats d’un petit exercice citoyen organisé par des jeunes adolescents de 16-17 ans qui font partie d’un groupe appelé « Speech4young » et qui demande à des orateurs de les entretenir de thématiques diverses un dimanche après-midi chaque mois. Après un temps d’explications théoriques de quelques principes de justice (re)distributive, nous leur avons proposé de choisir, par groupe de trois, le critère ou le principe qui devrait présider à l’élaboration de « leur » système d’assurance maladie. Ils étaient également invités à formuler éventuellement des remarques pour préciser leur choix. Le tableau 1, ci-dessous, résume les réponses réparties entre un pôle « libéral » et un pôle « solidariste ». Nous avons ensuite montré les résultats vulgarisés d’études scientifiques mettant en évidence l’existence d’un gradient socio-économico-culturel dans plusieurs dimensions de l’existence sans toutefois faire le lien avec un principe distributif qui s’avérerait préférable compte tenu des constats présentés afin d’assurer la neutralité de l’information fournie.

Tableau 1

Réponses des 9 groupes de jeunes avant la conférence

Description de l'image par IA : Tableau avec des réponses de groupes de jeunes avant une conférence, incluant des phrases sur les opportunités et les défis.
N° Mérites Chances Dépenses Besoins Résultats Raison 1 Raison 2 1 1 2 1 « Avoir l’opportunité d’être guéri quelle que soit la maladie » « Même chance d’être guéri qui que l’on soit » 3 1 « On ne peut ‘casser’ le déterminisme » 4 1 « Tout le monde n’a pas les mêmes besoins » « Gérer les abus » 5 1 « Inutile ‘d’injecter de l’argent’ pour ceux qui sont en bonne santé » 6 1 « Avec une approche personnalisée » « Être proche du patient pour répondre au mieux à ses besoins » 7 1 « Bonne base pour atteindre l’égalité » « On peut accepter certaines exceptions justifiées par la maladie » 8 1 « Car tous les hommes sont égaux » 9 1 « Ne pas juger le passé du patient » « Gain de temps en considérant uniquement ses besoins » 1 3 1 4 0

Réponses des 9 groupes de jeunes avant la conférence

37On constate un « déplacement » des réponses vers le pôle « solidariste », vers un principe d’égalité des besoins, voire des résultats. Les raisons invoquées mettent en évidence une méfiance à l’égard de la méritocratie pour des raisons éthiques (« qui est-on pour juger ? ») mais aussi « techniques » (« mesurer le mérite est trop difficile »). La prudence reste évidemment de mise lorsqu’il s’agit d’interpréter de tels résultats mais l’on peut tout de même en dégager quelques perspectives positives en termes d’implication citoyenne. Tout d’abord, l’initiative est remarquable et semble « décalée » par rapport à l’idée que l’on a tendance à se faire des activités qui mobilisent la jeunesse actuelle. Au-delà du contenu des réponses exprimées par les groupes, il est utile de prendre conscience que susciter la réflexion, le débat est en soi un acte citoyen qui, lorsqu’il concerne les jeunes, relève de l’investissement sociétal. Cet investissement dans la jeunesse semble d’autant plus légitime que les dernières études de neuroscience tendraient à montrer que la générosité n’est pas un sentiment inné mais qu’il se développe avec l’âge, qu’il ne s’agit pas d’un comportement émotionnel mais qu’il peut être suscité par une réflexion sur le caractère moral du comportement envers les autres (Cowell et Decety, 2015 ; Paulus, 2015). En outre, nous serions l’objet d’un stress social qui aurait l’effet de bloquer notre empathie face à un étranger qui souffre mais cette empathie pourrait être « débloquée » par quelques minutes passées à partager un jeu vidéo avec cet étranger qui le deviendrait moins (Martin et al., 2015) [17]. Les sciences fondamentales pourraient ainsi venir soutenir des intuitions éthiques selon lesquelles investir dans l’éducation, la conscientisation, la libération de toutes et tous, et notamment des plus jeunes, serait de nature à refonder la solidarité (Léonard, 2015). Cet investissement n’est toutefois pas possible sans la pratique d’un care informationnel, une manière de proposer des informations et un mode de réflexion respectueux de la liberté de chacun.

Tableau 2

Réponses des 9 groupes de jeunes après la conférence

Description de l'image par IA : Tableau avec des réponses de groupes de jeunes après une conférence, incluant des phrases et des résultats.
N° Mérites Chances Dépenses Besoins Résultats Raison 1 Raison 2 1 1 2 1 « Qui sommes-nous pour juger les autres ? » 3 1 « C’est le résultat qui compte le plus : soigner les gens » 4 1 « Tout le monde n’a pas les mêmes besoins » « Gérer les abus » 5 1 « Celui qui a besoin de soins a le droit de les recevoir » « Même si l’on pense personnellement qu’il ne le mérite pas - Qui sommes-nous pour juger ? » 6 1 7 1 « Théoriquement tout le monde a la possibilité d’être en bonne santé » « À besoin différent, traitement différent » 8 1 9 1 « Mesurer le mérite est trop difficile » « Si égalité des dépenses, les résultats restent inégalitaires » 0 0 0 7 2

Réponses des 9 groupes de jeunes après la conférence

5 – Conclusion

38L’axiologie que nous avons développée consiste en une articulation de quatre idées fondatrices. Tout d’abord, le besoin vital est un principe universel inaliénable même si sa concrétisation peut dépendre du lieu et du temps. Cette forme de plasticité ne lui enlève pas son essence qui questionne en permanence notre responsabilité à l’égard de l’autre. De manière corollaire, les évolutions tant technologiques et légales sont de nature à donner à la commune humanité un statut d’utopie enterrée et ce risque doit être pris en considération avec le plus grand sérieux. Troisièmement, il semble indispensable de s’atteler à une déconstruction du concept de mérite, dont certaines acceptions ne posent pas seulement des problèmes techniques d’implémentation mais dressent surtout un obstacle à la solidarité. Enfin, les décideurs et experts ont tout à gagner à consulter les citoyens-patients car ils ne sont pas seulement les bénéficiaires du système de soins, ils en sont aussi les coauteurs. Il faut en effet créer les conditions pour qu’ils puissent s’y retrouver, y adhérer et l’assumer non par souci de se sentir assurer et rassurer, mais pour que s’exprime, au sein de l’assurance maladie, l’acceptation que nous sommes toutes et tous responsables de la façon de prendre soin de notre commune humanité.

Références

  • Anderson, E. (1999), « What is the Point of Equality ? », Ethics, 99(2), pp. 287-337.
  • Avalosse, H., Gillis, O., Cornelis, K. & Mertens, R. (2008), « Inégalités sociales de santé : observations à l’aide de données mutualistes », MC – Informations, 233, septembre, pp. 3-15.
  • Avalosse, H. & Vancorenland, S. (2014), « Inégalités de santé et importance des déterminants sociaux sur l’état de santé des populations », in INAMI (Ed.) Livre vert sur l’accès aux soins en Belgique, Bruxelles, Wolters Kluwer Belgium, pp. 25-34.
  • Bailey, S. C., O’Conor, R., Bojarski, E. A., Mullen, R., Patzer, R. E., Vicencio, D., Jacobson, K. L., Parker, R. M., & Wolf, M. S. (2014), « Literacy disparities in patient access and health-related use of Internet and mobile technologies », Health Expectations, n/a-n/a.
  • Batifoulier, P. (2014), Capital santé. Quand le patient devient client, Paris, La Découverte.
  • Batifoulier, P., Braddock, L., & Latsis, J. (2013), « Priority setting in health care : from arbitrairiness to societal values », Journal of Institutional Economics, 9(1), pp. 61-80.
  • Batifoulier, P., Latsis, J., & Merchiers, J. (2009), « The Philosophy of need and the Normative Foundations of Health Policy », Revue de philosophie économique, 10(1), pp. 79-101.
  • Bergmark, Å. (1996), « Need, allocation and justice : on priorities in the social services », Scandinavian Journal of Social Welfare, 5(1), pp. 45-56.
  • Bourdieu, P. (1979), La distinction : critique sociale du jugement, Paris, Minuit.
  • Bourdieu, P. (1986), « The forms of Capital », in A. Richardson (Ed.), Handbook of Theory and Research for the Sociology of Education, New York, Greenwood, pp. 241-258.
  • Cleemput, I., Devos, C., Devriese, S., Farfan-Portet, M.-I., & Van De Voorde, C. (2012), « Principles and criteria for the level of patient cost sharing : Reflections on value-based insurance », Health Service Research, n° 186, Bruxelles, Centre fédéral d’expertise des soins de santé.
  • Cleemput, I., Devriese, S., Kohn, L., Devos, C., Van Til, J., Groothuis, K., Vandekerckhove, P., & Van de Voorde, C. (2014), « Incorporating societal preferences in reimbursement decisions. Relative importance of decision criteria according to Belgian citizens », Health Service Research (HSR), n° 234, Bruxelles, Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE).
  • Cowell, J. M. & Decety, J. (2015), « The Neuroscience of Implicit Moral Evaluation and Its Relation to Generosity in Early Childhood », Current Biology, 25(1), 93-97.
  • Després, C., Dourgnon, P., Fantin, R., & Jusot, F. (2011a), « Le renoncement aux soins pour des raisons financières : une approche économétrique », Questions d’économie de la santé (IRDES), 170.
  • Després, C., Dourgnon, P., Fantin, R., & Jusot, F. (2011b), « Le renoncement aux soins : une approche socio-anthropologique », Questions d’économie de la santé (IRDES), 169, octobre.
  • Drieskens, S. (2014), « La pratique d’activités physiques », in L. Gisle & S. Demarest (Eds.), Enquête de santé 2013. Rapport 2 : Comportements de santé et style de vie, Bruxelles, WIV-ISP.
  • Elchardus, M. & Te Braak, P. (2014), « Vos soins de santé. Votre avis compte ! », Bruxelles, Institut d’assurance Maladie Invalidité (INAMI).
  • Fainzang, S. (2001), Médicaments et société. Le patient, le médecin et l’ordonnance, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Ethnologies-controverses ».
  • Gautun, H. & Grødem, A. S. (2014), « Prioritising care services : Do the oldest users lose out ? », International Journal of Social Welfare, n/a-n/a.
  • Géneau, D. (2014), « Des assurances calculées selon notre conduite », Le Monde (Supplément Big Data), Paris, 6 novembre.
  • Hasman, A., Hope, T., & Osterdal, L. P. (2006), « Health Care Need : Three Interpretations », Journal of Applied philosophy, 23(2), pp. 145-156.
  • Illich, I. (1976), Limits to Medicine : Medical Nemesis, the Expropriation of Health, London, Boyars.
  • Illich, I. (1994), « Le renoncement à la santé », Conférence au congrès de l’Association des directeurs généraux des services de santé et des services sociaux du Québec, Québec.
  • Illich, I. (1999), « L’obsession de la santé parfaite », Le Monde diplomatique, 28 mars.
  • Illich, I. (2005a), « Douze ans après némésis médicale : pour une histoire du corps », Œuvres complètes, Paris, Fayard, pp. 927-934.
  • Illich, I. (2005b), « Némésis médicale. L’expropriation de la santé » (première édition en français, 1975), in V. Borremans & J. Robert (Eds.), Œuvres complètes, Paris, Fayard, pp. 581-786.
  • Kahneman, D. (2011), Système 1, Système 2, les deux vitesses de la pensée, Paris, Flammarion.
  • Le Coz, P. (2014), Le gouvernement des émotions… et l’art de déjouer les manipulations, Paris, Albin Michel.
  • Léonard, C. (2012), « La responsabilisation capacitante : un nouveau paradigme pour refonder l’État-providence ? », Éthique et économique/Ethics and Economics, 9(2), pp. 45-65.
  • Léonard, C. (2013a), « Être libre et responsable pour refonder la solidarité », Revue d’éthique et de théologie morale, 275, septembre, pp. 9-35.
  • Léonard, C. (2013b), « Le care capacitant comme alternative au paradigme néoclassique de la responsabilité individuelle. L’exemple de la consommation de statines », Revue du MAUSS, 41, pp. 157-172.
  • Léonard, C. (2014), « Concilier priorité de santé et liberté réelle : l’action du “care” capacitant », Les tribunes de la santé, mars, pp. 51-60.
  • Léonard, C. (2015), Libérer et reponsabiliser pour refonder la responsabilité, Namur, Presses universitaires de Namur, coll. « Épistémologie et sciences du vivant ».
  • Martin, L. J., Hathaway, G., Isbester, K., Mirali, S., Acland, Erinn L., Niederstrasser, N., Slepian, P. M., Trost, Z., Bartz, J. A., Sapolsky, R. M., Sternberg, W. F., Levitin, D. J., & Mogil, J. S. (2015), « Reducing Social Stress Elicits Emotional Contagion of Pain in Mouse and Human Strangers », Current Biology, 25 (3), pp. 326-332.
  • Nemo, P. (2014), Esthétique de la liberté, Paris, Presses universitaires de France.
  • Organisation Mondiale de la Santé (2010), « Health System Financing. The Path to Universal Coverage », en ligne : http://www.who.int/whr/2010/whr10_en.pdf?ua=1.
  • Paulus, M. (2015), « Cognitive Development : The Neurocognitive Basis of Early Prosociality », Current Biology, 25(1), R47-R48.
  • Rosier, F. (2015), « Les ressorts de l’empathie », Le Monde – Sciences & Médecine, Paris, 21 janvier, p. 3.
  • Sen, A. (1979), « Equality of What ? », The Tanner Lectures on Human Values, Stanford University.
  • Sen, A. (2000), Repenser l’inégalité, Paris, Seuil.
  • Sen, A. (2003), Un nouveau modèle économique. Développement, justice, liberté, Paris, Odile Jacob.
  • Van den Broucke, S. & Renwart, A. (2014), « La littéracie en santé. Un médiateur des inégalités sociales et des comportements de santé », Louvain-la-Neuve, Université catholique de Louvain – Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation.
  • Van der Heyden, J. H., Demarest, S., Tafforeau J., & Van Oyen, H. (2003), « Socio-economic differences in the utilisation of health services in Belgium », Health Policy, 65 (2), pp. 153-165.
  • Van der Heyden, J. H. A., Schaap, M. M., Kunst, A. E., Esnaola, S., Borrell C., Cox, B., Leinsalu, M., Stirbu, I., Kalediene, R, Deboosere, P., Mackenbach, J. P., & Van Oyen, H. (2009), « Socioeconomic inequalities in lung cancer mortality in 16 European populations : an update », Lung Cancer, 63, pp. 322-330.
  • Van Oyen, H., Deboosere, P., Cox, B., Lorant, V., Nusselder, W., & Demarest, S. (2011), « Contribution of mortality and disability to the secular trend in health inequality at the turn of century in Belgium », Eur J Public Health, 21, pp. 781-787.
  • Van Oyen H. (1993), « Inequalities in health expectancy. In Solidarity at older ages. (Ongelijkheden in de gezondheidsverwachting) », in B. Cantillon (Ed.), Ouderen en Solidariteit, Zaventem, Kluwer Editorial, pp. 95-108.
  • Vancorenland, S., Mikolajczak, M., Vanbroeck, N., & Rummens, G. (2014a), « Les compétences émotionnelles, un facteur à prendre en compte », MC-Informations, 258, pp. 34-47.
  • Vancorenland, S., Van den Broucke, S., & Rummens, G. (2014b), « Bilan des connaissances des Belges en matière de santé », MC-Informations, 258, pp. 48-55.
  • Wakefield, J. (2006), « Fait et valeur dans le concept de trouble mental : le trouble en tant que dysfonction préjudiciable », Philosophiques, 33(1), pp. 37-64.
  • Wilkinson, R. & Pickett, K. (2013), Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous, Paris, Les Petits matins – Institut Vleben.

Mots-clés éditeurs : agentivité, besoins, care, choix, égalitarisme, priorités, soins de santé

Date de mise en ligne : 30/06/2015

https://doi.org/10.3917/rpve.534.0011