L’appartenance du théologien à l’institution
Pages 443 à 467
Citer cet article
- THEOBALD, Christoph,
- Theobald, Christoph.
- Theobald, C.
https://doi.org/10.3917/rsr.243.0075
Citer cet article
- Theobald, C.
- Theobald, Christoph.
- THEOBALD, Christoph,
https://doi.org/10.3917/rsr.243.0075
Notes
-
[1]
Ce qui ressort avec force du tout récent Dictionnaire critique de l’Église, sous la direction de Frédéric Gabriel, Dominique Iogna-Prat et Alain Rauwel, PUF, Paris, 2023. Cf. plus particulièrement les articles « Affiliation / appartenance », « Institution » et « Savoirs ».
-
[2]
Cf. le grand classique de Marie-Dominique Chenu, La théologie comme science au XIIIe siècle, Vrin, Paris, 1927, 19432, 19573.
-
[3]
Friedrich Schleiermacher, Le statut de la théologie. Bref exposé, trad. Bernard Kaempf avec Pierre Bühler, Labor et fides/Éd. du Cerf, Genève/Paris, 1994, §§ 277-338 ; Johann Sebastian Drey, Brève introduction à l’étude de la théologie, §§ 324-388, dans Max Seckler (dir.), Aux origines de l’école de Tübingen, Éd. du Cerf, Paris, 2007, p. 357-389.
-
[4]
Cf. Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine. 9. Les sciences religieuses. Le XIXe siècle : 1899-1914, sous la direction de François Laplanche, Beauchesne, Paris, 1996, Introduction, p. xvii.
-
[5]
Cf. Code de Droit canonique (1983), Livre III, chap. II, III et V.
-
[6]
Pour ce qui est de l’utilisation des concepts de « recadrage » et de « changement paradigmatique » dans l’histoire des doctrines de la Tradition chrétienne, je me permets de renvoyer à Christoph Theobald, La réception du concile Vatican II. I. Accéder à la source, US Nouvelle Série, Éd. du Cerf, Paris, 20091, 20242, p. 682-693.
-
[7]
DzH, 3013.
-
[8]
Je me permets de renvoyer à Christoph Theobald, « L’apostolicité de l’Église. Pour une théologie œcuménique des origines chrétiennes », dans Id., Le courage de penser l’avenir. Études œcuméniques de théologie fondamentale et ecclésiologiques, CF 311, Éd. du Cerf, Paris, 2021, p. 339-369.
-
[9]
Cette conception « architecturale » de la doctrine chrétienne et l’orientation du sens de l’Écriture (sensus) vers son édification (ad aedificationem doctrinae christianae) paraissent pour la première fois dans le Décret du concile de Trente sur l’interprétation de l’Écriture Sainte (DzH, 1507) et dans la réception de ce Décret par le concile Vatican I (DzH, 3007). Le Codex iuris canonici de 1917 fournira le soubassement juridique à cet « édifice » homogène qui forme l’ossature principale de l’institutionnalité catholique (comme il ressort de sa première mention au Can. 247 § 1 : « Congregatio S. Officii, cui ipse Summus Pontificus praeest, tutatur doctrinam fidei et morum »).
-
[10]
Cf. les deux articles « charisme » et « institution » du Dictionnaire critique de l’Église.
-
[11]
Cf. « Sens de la foi, sens des fidèles », RSR 104/2 (2016), p. 161-236 (avec des contributions de Joseph Famerée, Jean-François Chiron et Christoph Theobald) ; cf. plus anciennement Dario Vitali, Sensus fidelium. Una funzione ecclesiale di intelligenza della fide, Pontificia Universitas Gregoriana, Morcelliana, Brescia, 1993.
-
[12]
François, Discours pour le cinquantième anniversaire de l’institution du Synode des évêques, le 17 octobre 2015 : https://www.vatican.va/content/francesco/fr/speeches/2015/october/documents/papa-francesco_20151017_50-anniversario-sinodo.html.
-
[13]
Cf. François, Exhortation apostolique Evangelii gaudium, 236 : « Le modèle n’est pas la sphère, qui n’est pas supérieure aux parties, où chaque point est équidistant du centre et où il n’y a pas de différence entre un point ou un autre. Le modèle est le polyèdre qui reflète la confluence de tous les éléments partiels qui, en lui, conservent leur originalité. Tant l’action pastorale que l’action politique cherchent à recueillir dans ce polyèdre le meilleur de chacun ».
-
[14]
Cf. Alberto Melloni, « Essence, Concept, or History : What Is at Stake in a Dispute over the COGD », The Catholic Historical Review 101/3 (2015), p. 578-587.
-
[15]
Cf. le titre du Document de travail pour l’Étape continentale du Synode sur la synodalité : « Élargis l’espace de ta tente » (Is 54,2).
-
[16]
Les textes se trouvent sur le site du Vatican (https://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/documents).
-
[17]
Le texte se trouve en suivant le lien https://www.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/motu_proprio/documents/hf_jp-ii_motu-proprio_30061998_ad-tuendam-fidem.html
-
[18]
Cf. Jean-François Chiron, L’infaillibilité et son objet. L’autorité du magistère infaillible de l’Église lorsqu’elle se prononce sur des vérités non révélées, Éd. du Cerf, Paris, 1999.
-
[19]
Je me permets de renvoyer à mon étude historique et herméneutique « Le développement de la notion des “vérités historiquement et logiquement connexes avec la Révélation”, de Vatican I à Vatican II », CrSt 21 (2000), p. 37-70.
-
[20]
Dominique Iogna-Prat, « Foi de l’Église », dans Dictionnaire critique de l’Église, p. 451-467 (citation p. 457).
- [21]
-
[22]
Les deux types de documents mis en relation ici relèvent de compétences curiales différentes, la première série de la Congrégation (aujourd’hui du Dicastère) pour la Doctrine de la foi, la seconde de la Congrégation (du Dicastère) pour la Culture et l’Éducation.
-
[23]
Cf. les quatre principes reliés à des tensions bipolaires propres à toute réalité sociale dans Evangelii gaudium, 221-237 : a) le temps est supérieur à l’espace ; b) l’unité prévaut sur le conflit ; c) la réalité est plus importante que l’idée ; d) le tout est supérieur à la partie.
-
[24]
On peut se référer ici à une Quaestio de Karl Rahner, intitulée « Le “dynamique” dans l’Église » (1958 ; Id., L’Église face aux défis de notre temps. Études sur l’ecclésiologie et l’existence chrétienne, Œuvres 10, Éd. du Cerf, Paris, 2017, p. 461-600) : « Il faut apprendre à reconnaître les charismes dès leur apparition. Que des tombeaux soient érigés aux prophètes par les enfants de leurs meurtriers, Jésus l’avait déjà observé, sans pour autant approuver le sort qu’ils avaient subi. Que l’on glorifie et canonise les prophètes après leur mort, alors que leur charisme est officiellement reconnu, voilà ce qui est bon et utile. Mais ce qui est presque plus important c’est de percevoir ces charismes de l’Esprit dès leur première irruption, pour qu’ils soient promus, au lieu d’être étouffés par l’incompréhension et la paresse d’esprit, quand ce n’est pas la méchanceté et la haine de leur milieu (même ecclésiastique). […] Quant à l’élément charismatique, il est quelque chose d’essentiellement nouveau et il surprend toujours. Sans doute est-il en continuité intime et secrète avec la tradition dans l’Église et il demeure inséré dans l’esprit et dans le cadre institutionnel de l’Église. Il n’en reste pas moins quelque chose de neuf et de non déductible. Que tout cela puisse coexister dans l’ensemble permanent de l’Église, on ne le voit pas au premier coup d’œil. » (Œuvres 10, p. 528).
-
[25]
Cf. Jean-Noël Aletti, Essai sur l’ecclésiologie des lettres de Saint-Paul, Gabalda, Paris, 2009, p. 150-157, 167-173 et 194-196 ; Michael Theobald, Dienen statt Herrschen. Neutestamentliche Grundlegung der Ämter in der Kirche, Pustet, Regensburg, 2023, p. 167-191.
-
[26]
Cf. DH 806.
-
[27]
Cf. DH 3016.
-
[28]
Cf. DV, 12 : « Cependant, puisque la Sainte Écriture doit être lue et interprétée à la lumière du même Esprit qui la fit rédiger, il ne faut pas, pour découvrir exactement le sens des textes sacrés, porter une moindre attention au contenu et à l’unité de toute l’Écriture, eu égard (ratione habita) à la Tradition vivante de toute l’Église et à l’analogie de la foi ».
-
[29]
Je me permets de renvoyer à Christoph Theobald, « Analogia Regni. Approche contextuelle du “principe” de la théologie chrétienne », dans Id., « Selon l’Esprit de sainteté… ». Genèse d’une théologie systématique, CF 296, Éd. du Cerf, Paris, 2015, p. 441-485.
-
[30]
Cf. l’Instrumentum laboris de la première session, nos 32-42.
-
[31]
Cf. François Laplanche, La crise de l’origine. La science catholique des Évangiles et l’histoire au XXe siècle, Albin Michel, Paris, 2006.
-
[32]
Cf. Vincent Holzer, Le Christ devant la raison. La christologie devenue philosophème, Éd. du Cerf, Paris, 2017.
-
[33]
Hans-Georg Gadamer, Wahrheit und Methode. Grundzüge einer philosophischen Hermeneutik, J.C.B. Mohr, Tübingen, 1960.
-
[34]
Un des meilleurs rapports sur l’état des disciplines théologiques à la sortie du concile Vatican II est la conférence de Karl Rahner lors du congrès théologique international de l’université Notre-Dame (Indiana, États-Unis), le 14 février 1966 : « La théologie et sa mise en demeure par Vatican II », dans Id., Le deuxième concile du Vatican. Contributions au Concile et à son interprétation, Œuvres 21, Éd. du Cerf, Paris, 2015, p. 817-849. On y trouve des paragraphes importants sur la théologie morale (ibid., p. 832-841) et sur la « théologie pratique » naissante (ibid., p. 845-846). Cf. aussi Evangelista Vilanova, Histoire des théologies chrétiennes. III. XVIIIe – XXe siècle, Éd. du Cerf, Paris, 1997, p. 975-1016, et Histoire du christianisme, XIII. Crises et renouveau. De 1958 à nos jours (dir. Jean-Marie Mayeur), Desclée, Paris, 2000, p. 169-227.
-
[35]
Cf. en particulier la collection « Jésus et Jésus-Christ », fondée en 1977 par Mgr Joseph Doré et achevée par lui en 2010 ; cf. aussi la rétrospective de Jean-Louis Souletie dans son ouvrage Les grands chantiers de la christologie, Desclée, Paris, 2011.
-
[36]
On peut prendre comme repère historique le synode romain extraordinaire de 1985 « pour célébrer le Concile, le vérifier et le promouvoir » (cf. aussi Paul Ladrière, « Le catholicisme entre deux interprétations du concile Vatican II. Le synode extraordinaire de 1985 », Archives de sciences sociales de religion 62 [1986], p. 9-51).
-
[37]
Cf. par exemple plus récemment Olivier Bobineau, « La troisième modernité, ou “l’individualisme confinitaire” », SociologieS, mis en ligne le 06 juillet 2011 sur https://journals.openedition.org/sociologies/3536
-
[38]
Cf. aussi ma contribution dans Histoire du christianisme, XIII. Crises et renouveau. De 1958 à nos jours, op. cit., p. 194-205.
-
[39]
Cf. l’introduction de « Selon l’Esprit de sainteté ». Genèse d’une théologie systématique, op. cit., p. 24-25.
-
[40]
Cf. le dossier des Recherches de Science Religieuse, intitulé « Faire de la théologie dans un christianisme diasporique » avec des contributions de Danièle Hervieu-Léger, Olivier Riaudel, Gilles Routhier, Hans-Joachim Sander et Christoph Theobald, RSR 107/3 (juillet-septembre 2019), p. 417-523.
-
[41]
Cf. dernièrement : Jean Baubérot et Micheline Milot, Parlons laïcité en 30 questions, La Documentation française, Paris, 2017.
-
[42]
Cf. Émile Durkheim, De la division du travail social, Alcan, Paris, 19224, p. 143-144.
-
[43]
Honorer cette visée est précisément le projet du Dictionnaire critique de l’Église. Cf. l’Introduction d’Alain Rauwel : « C’est en effet à un coup de force fondateur (pour reprendre la formule de Denis Pelletier) que se livre Durkheim, juste avant la Première Guerre mondiale, lorsqu’il “dérobe” le titre d’Église aux confessions qui le revendiquent historiquement pour en faire une notion propre à désigner toute communauté soudée par un ensemble de valeurs et de pratiques définissables comme religion. On n’insistera jamais assez sur l’importance de ce geste, qui installe l’Église comme objet dans le champ du social, dépourvue de tout privilège ontologique, mais certes pas reléguée ni marginalisée, tant il est vrai que chez Durkheim l’ecclésial est au cœur et à la racine du social » (ibid., p. xii).
-
[44]
Hans Joas, Les pouvoirs du sacré. Une alternative au récit du désenchantement, Seuil, Paris, 2020. Je me permets de renvoyer à ma relecture de l’œuvre de Hans Joas : Christoph Theobald, « Le sacré et le saint. Une confusion qui donne à penser », dans Alexandre Escudier, Pierre Gisel et Jean-Marc Tétaz (éds.), Le sacré en questions. Lectures et mises en perspective de Hans Joas, Labor et Fides, Genève, 2023, p. 197-247.
-
[45]
Hans Joas, La foi comme option. Possibilités d’avenir du christianisme, Salvator, Paris, 2020 ; cf. aussi Les pouvoirs du sacré, op. cit., p. 16-17.
-
[46]
Je me permets de renvoyer à Christoph Theobald, « La “sécularisation interne” du christianisme : quel apprentissage pour la théologie ? », RSR 101/2 (2013), p. 201-210.
-
[47]
Cf. Gaudium et spes, 3 § 2 : « Voilà pourquoi, en proclamant la très noble vocation de l’homme et en affirmant qu’un germe divin est déposé en lui… ».
-
[48]
Cf. par exemple Claude Langlois, « Un historien devant la théologie », dans Id., Le continent théologique. Préface de Guillaume Cuchet et Denis Pelletier, PUR, Rennes, 2016, p. 25-34.
-
[49]
François-André Isambert, « La sécularisation interne du christianisme », R. franç. Sociol., 1976, p. 577. Cf. aussi Christoph Theobald, « La “sécularisation interne” du christianisme : quel apprentissage pour la théologie ? », art. cit.
-
[50]
Cf. plus haut note 20.
-
[51]
Cf. Dominique Iogna-Prat, « Foi de l’Église », dans Dictionnaire critique de l’Église, p. 466 (en référence aux travaux de Bruno Karsenti).
-
[52]
On peut se référer à la Charte de la transdisciplinarité, élaborée au Congrès mondial d’Arrábida au Portugal (1994) en lien avec le Centre international de recherches et études transdisciplinaires de Paris (CIRET) et au Manifeste de Basarab Nicolescou, intitulé La transdisciplinarité. Manifeste, Éditions du Rocher, Paris, 1996.
-
[53]
Bernard d’Espagnat, Le réel voilé, Paris, Fayard, 1994 ; cf. aussi Christoph Theobald, « Selon l’Esprit de sainteté ». Genèse d’une théologie systématique, op. cit., p. 25.
-
[54]
Cf. à titre d’exemple Françoise Bianchi, « La littérature, une emblématique de la transdisciplinarité », Transdisciplinaires. Imaginaire Raison Rationalité 1-2 (1996), p. 37-45.
-
[55]
Marie-Jo Thiel, Marc Feix (éds.), Le défi de la fraternité. The Challenge of fraternity. Die Herausforderung der Geschwisterkeit, Lit Verlag, Vienne-Zürich, 2018.
-
[56]
Pour d’avantage de précisions, cf. Christoph Theobald, Le christianisme comme style. Une manière de faire de la théologie en postmodernité, 1er vol., CF 260, Éd. du Cerf, Paris, 2007, p. 59-107 ; Id., « Selon l’Esprit de sainteté ». Genèse d’une théologie systématique, op. cit., p. 89-106 et 345-366.
Qu’elle s’exprime au sein d’institutions universitaires sous juridiction ecclésiastique ou dans un jeu relationnel complexe entre pouvoirs facultaires de l’université d’État et pouvoirs ecclésiastiques de nomination et de contrôle, l’appartenance du théologien à l’institution doit être abordée aujourd’hui sur deux terrains différents, intrinsèquement liés entre eux et en tension. L’article entre dans cette configuration par la théologie en s’interrogeant d’abord sur la mutation contemporaine de l’institutionnalité ecclésiale et sa répercussion sur le positionnement institutionnel du théologien et de la théologienne. Abordée en un deuxième temps, leur appartenance à l’institution universitaire leur pose la question de savoir pour quelles raisons théologiques ils doivent laisser la place à une pluralité de savoirs, parmi eux les sciences sociales, et entrer en apprentissage par rapport à elles. C’est cette double « formalité » ou « appartenance » institutionnelle, difficile à réaliser en raison de la complexité « transdisciplinaire » qui en résulte et de la diversification culturelle et confessionnelle de ses configurations, qui conduira à situer le charisme du théologien et de la théologienne au sein d’une vision messianique du monde, plus large que son orientation proprement chrétienne.
How a theologian belongs to the institution
Whether within university institutions under Church jurisdiction or in a complex play of relationships between faculty powers of a State university and Church powers of appointing and control, the way a theologian belongs to the institution must today be examined from two different standpoints, intrinsically interwoven and in tension. This article deals with this configuration by theology in first examining the contemporary change in Church institutionality and its repercussion on the institutional positioning of theologians. Looked at secondly, their way of belonging to a university institution requires them to think about the theological reasons why they must allow for a plurality of fields of knowledge, among which figure the social sciences, and then take up relations of learning with them. This amounts to a double ‘formality’ or institutional ‘belonging’, which is difficult to create, due to the complex ‘transdisciplinarity’ resulting from cultural and confessional diversification of its configurations, which may lead to seeing the charisma of theologians within a Messianic vision of the world that is broader than its solely Christian orientation.